SCÈNE PREMIÈRE
DESMARRES, la porte.
Hé ! Dufresny, c'est moi, moi Desmarres !
Entrant.
Personnel Voilà bien, sans mentir, une heure que je sonne, Carillonnant à l'huis et frappant aux volets. La bizarre maison ! ni maître ni valets.
Regardant autour de lui.
O désordre inouï qui sent bien son poète I Des livres, une épée et des débris de fête Épars ! sur un drapeau, ce luth en désarroi,
Remontant la scène et apercevant le portrait de Henri IV. Et ce portrait d'aïeul qui représente un roi ! Il s'arrête devant le portrait et continue tout rêveur, après un silence* Oui, noble Henri quatre, ô guerrier qui me parles, C'est toi qui fus l'aïeul d'un fou, l'aïeul de Charles
J 1 6 LE COUSIN DU KOL
Rivière Dufresny! Le bon roi jardinait
Avec «a jardinière, en son manoir d'Anet :
Ils s'aimèrent, grisés par le mois de la sève ;
Voilà pourquoi, marchant dans la vie en plein rôve,
Dufresny (car l'Amour a des jeux inouis)
Est le propre cousin du roi... du roi Louis!
Beau joueur, grand par l'âme et par la bourse mince,
Il a le sort d'un gueux et la fierté d'un prince.
Les femmes l'adoraient, le voilà pauvre et seul :
Lui qui planta des parcs, il n'a pas un tilleul;
Lui riraeur, entêté des escrimes hardies,
Il se laisse en enfant voler ses comédies !
0 grave question, celle du bien perdu!
Dès que nous avons faim, c'est du fruit défendu.
Nous brûlons, au début de notre apprentissage,
La maison où pourrait vivre et mourir un sage,
Pour bâtir un palais sur le sable mouvant!
La chimère travaille avec nous ; mais le vent,
Tandis qu'avec ferveur nous battons la campagne,
A déjà renversé nos châteaux en Espagne!
Op. entend frapper à la porte ; Desmarres ne répond pas. Entre Angélique. Elle aperçoit Desmarres et le reconnaît.