La Fare’dit à tort
3. Voir Hist. de Louvois, par Cam. Rousset, t. I, p, 500 et t. II, et suiv.
ils «de ces villes les munitions de guerre et de 1). «bouche, et le canon des places qu’on abandon- Lait « nait, et ramener son armée, dont Louvois lui de « avait fait donner le commandement pour l’édes « loigner de la cour et pour l’exposer à tous les es ; « méchants offies qu’il trouverait occasion oirs « de lui rendre. (1) » M. de Bellefonds, qui ne [. le voyait dans cette retraite qu’une fuite honteuse, > de essaya de faire changer les intentions de la
nen- Cour ; Louvois insista : « et le maréchal, abonuvel « dant en son sens, opiniâtre à l’excès et inca-
« pable de se soumettre, donna bientôt lieu aux
plus « mauvais offices du ministre. Il résista long- [| 11 u de « temps... prétendant avoir de bonnes raisons.. ! |. | rmies « et que le roi était mal conseillé. (2) » |, | con Le Père Griffet nous a conservé quelques- ï | échal unes des lettres écrites alors par M. de Belle- | | ière fonds; (3) s'il y montre son caractère entier et ll | Beau- 1. Mém, du marquis de la Fare. Le
2. Mém. du marquis de la Fare. Ro | 3. Recueil de Lettres pour servir d'éclaircissement pli t.L,p à l'histoire militaire du règne de Louis XIV, t. IL,p. jun | di 291-311, Dh |
opiniâtre, il n’y témoigne pas moins d’indépendance, de franchise et de courage; car il ne fallait pas être plat courtisan pour oser affronter les colères de Louvois.
« Je ne suis pas reb:té, écrivait-il en date du « 10 mars 1674, sur ce que je vous ai écrit de «la douceur avec laquelle il faut traiter les « peuples conquis {1}, je ne vous en parlerai «a pas de loin... J'espère que vous voudrez bien « quelquefois préférer le parti de vous faire aimer à celui de vous faire craindre, Il est bon « que vous cessiez d'être redoutable lorsqu'on
cesse d’être de vos ennemis, et que l’on puisse
être assuré de votre protection lorsqu'on se
soumet, et qu’on ne songe plus à vous résister... Monsieur, ce n’est pas assez que vos intentions soient droites, il faut que le public en soit convaincu, sans cela le service du roi ne se peut faire... »
Louvois ne dut pas se montrer. fort satisfait
1. Le ministre avait probablement recommandé certaines mesures de rigueur envers les Hollandais.
de ces conseils; « homme terrible et absolu, dit « Saint-Simon, et qui voulait et se piquait de « l'être, » il répondit de manière à faire comprendre au maréchal l'imprudence de sa conduite; aussi M. de Bellefonds lui écrivait de nouveau le 23 avril: «Je vous avoue que j'ai « été un peu en garde sur le chapitre des alliés « à cause de la réponse que vous m'avez déjà « faite sur ce sujet, et je l'ai trouvé d’une si «grande conséquence et si fort contre les in- « térêts du roi, que je vousen parlai avec trop « peu de ménagement. Quoique je sois naturel- « lement attaché à mon sens, je ne le suis pas «assez pour manquer de déférer aux ordres du « roi... » Il développe ensuite le plan qu'il avait formé pour conserver à la France ses conquêtes, plan qu'il avait déjà exécuté en partie, en en prenant conseil que de son dévoûmentet de son désir de bien faire.
Le ministre ne se laissa pas persuader par un homme en position cependant d'apprécier les
mesures que voulait imposer sa politique; son
ER
caractère d’ailleurs était pour le moins aussi entier que celui du maréchal, « Son humeur, «qui dominait toujours en lui, était fière, « brusque et hautaine, et sa férocité naturelle «était toujours peinte sur son visage, et ef- « frayait ceux qui avaient affaire à lui. Il était
« sans ménagement pour qui que ce püt être,
« et traitait toute la terre haut la main, et même « les princes; d’ailleurs avide, jaloux, rancunier « et capable de tout sacrifier pour soutenir son «autorité et ses intérêts. (1) » M. de Bellefonds apprit bientôt à ses dépens que M. de Louvois voulait être obéi.
Le 12 avril, l'intendant Robert, attaché à la campagne de Hollande, recevait un double mes-
sage expédié de Versailles : il devait user de toute son influence sur le maréchal pour lui faire exécuter les ordres du roi; ou bien, en cas de refus, lui remettre une lettre de Louis XIV, qui lui enlevait son commandement. le
LA
l. Mém. de Saint-Hilaire.
rappelait en France et nommait le duc de Lorge pour le remplacer. M. de Bellefonds ne se montra pas plus soumis ; il répondit qu'il «ne s’as- « sujettissait pas à ceque faisaient les autres. …, « qu’il voulait éviter au roi la honte d’aban- « donner ses alliés. » L’intendant n'ayant pu réussir à briser sa ténacité, fut contraint de lui présenter les dépêches, qu'il avait tenues secrètes jusqu'à ce moment ; et la résistance du maréchal, qui n'avait jamais été de la révolte, tomba aussitôt. « Il obéit enfin, mais trop tard, à ce qu’on prétendait (1),» et se dirigea sur Maëstricht.
Il serait injuste de vouloir justifier le maréchal dans des circonstances où l’obéissance est un devoir, surtout chez un militaire. Il abusait vraiment jusqu'à l'excès de l’indulgence de son maître, Louis XIV aurait brisé toute autre résistance ; mais il avait pour ce vieux et loyal serviteur une complaisance aveugle. Cette af-