‹ Comment enseigner le catéchisme à l'école primaire [microforme]Chapitre 1 sur 1 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

J'ai donné cette conférence aux institutrices catholiques du diocèse des Trois-Rivières, lors du Congrès pédagogique qui a eu lieu en cette ville dans la semaine du 6 au 13 août 1906. Je la leur dédie de nouveau en témoignage de l’estime que j'ai pour leurs importantes fonctions, et dans l'espoir que la lecture qu’elles pourront en faire en rendra les enseignements plus utiles et plus durables. Avant de livrer ce travail à l'impression, j'ai cru qu'il serait bon de donner quelques développements à certaines pensées que le temps d’une simple conférence ne m'avait permis que d'indiquer. Je le fais aussi publier en brochure, après l'avoir donné comme primeure à L'Enseigrement Primaire. Il pourra ainsi parvenir à un grand nombre de personnes qui, ne faisant pas partie du corps enseignant ou n'étant pas abonnées à cette revue, s'intéressent Pourtant à l'œuvre de l'éducation, et surtout à l'instruction religieuse des enfants et de la jeunesse. Mes vénérés frères, dans le sacerdoce, pourront peut-être eux aussi retirer quelque profit de cette lecture. L’ enseignement du catéchisme à l'église ne diffère pas essentiellement de celui qui se donne ou doi. se donner dans les écoles. Le prêtre, il est vrai, enseigne avec plus d'autorité et il possède une préparation que l’on n’est pas en droit d'exiger ‘e nos institutrices même les plus zélées. Mais, du reste, il y a des qualités

‘incipales qui doivent se trouver chez tous les catéchistes ; le même esprit doit présider partout à cet enseignement ; et le catéchisme fait à l’église ne doit que confirmer et compléter celui que les enfants ont reçu à l’école.

Puisse Jésus-Enfant bénir cet humble travail, entrepris pour le bien spirituel des enfants. Daigne aussi la Vierge Iminaculée, notre commune et douce Mère, l'avoir pour agréable et le présenter elle-même à son divin Fils.

H. Bariz, Ptre, V. G.

Les Trois-Kivières, le 5 janvier 1907.

M. le Président, Monseigneur, Mesdan.

Le sujet qui doit nous occuper ce matin est inscrit au programn + 1 ce titre : « Comment enseigner le catéchisme à l’école primaire.» C'est à bon L:u1t qu'il a été mis au prerr'er rang des matières étudiées dans ces conférences. L'attention toute spéciale do:r , doit être l'objet à l'école, à cause de sa souveraine importance, lui méritait bien cette place d'honneur.

J'ai accepté de bon cœur l'invitation que M. le Surintendant a bien voulu me faire de traiter ce sujet devant vous, parce que je suis heureux de prendre une part quelque peu active à l’œuvre de ce congrès pédagogique. Et puis, l’enseignement de la doctrine chrétienne m'étant un devoir sacré, comme prêtre, comme l’une de mes fonctions les plus chères, je ne puis que bénir le bon Dieu de me fournir l’occasion de donner quelques conseils pratiques, en faisant ressortir la grandeur de leur fonction, à celles qui, comme vous, mesdames, avez reçu de l’église la mission de l'aider dans la formation religieuse de la jeunesse. Je donnerai à cet entretien la forme d’une causerie familière plutôt que d'une dissertation savante ; cette manière de traiter le sujet me paraissant plus confrrme à la simp''cité toute évangélique svec laquelle doivent être donnés et reçus les , emirs éléme : ie ia doctrine du christianisme.

Comment enseigner le catéchisme à l’écol : imaire ? Cette question, mesdames, en renferme plusieurs autres et peut êt'e consia.ee sous différents aspects. On peut sc demander, 1° quelles qualités cuit 1voir un bon catéchiste et dans quelles dispnsitions d’âme et d’erprit doit-il donner ‘" enseignement ? 2° Quel but doit-il se proposer, quels sentiments d..i:-;! s'efforcer “éveiller et de développer dans les âmes ; en un mot quel résultat pra‘. « doit-il suriout s’efforcer d'atteindre ? Enfin, 3° quelle est la méthode la meilleure à suivre, à quels procédés doit-il recourir pour arriver au succès désiré ?

Tels sont les points que je me propose d'examiner, vous priant de m’accorder une indulgente attention.

L'enseignement du catéchisme, à l’école comme ailleurs, du reste, exige de celui qui veut s’y livrer avec succès et d’une manière digne de ce noble ministère, tout un ensemble de qualités et de dispositions essentielles. C’est un enseïsnement d'ordre surnaturel, qui a particulièrement besoin d’être béni de Dieu. C'est un enseignement pratique à l'égard duquel les e:.ants sont plus frappés par ce qu’ils voient que par ce qu’ils entendent. Il faut donc au catéchiste la piété qui attire la grâce pour

rendre son enseignement fécond, et le bon exemple qui montre le modèle en même temps qu’il formule les préceptes. (Ces deux choses sont marquées dans les Saintes Ecritures où il est dit que Jésus-Christ commença par faire ce qu’il a enseigné, (Actes des Apôtres, chap. 1er) et que, si les ouvriers évangéliques plantent et arrosent, c'est Dieu seul cependant qui peut donner l’accroissement. De plus, l’enseignement du catéchisme renferme des difficultés et suppose de la part du maître une grande somme de dévouement. C’est aussi un enseignement d’un caractère sacré, qu’il ne faut pas donner au hasard surtout à des intelligences encore jeunes et trop faciles à égarer. De là, pour le catéchiste, la nécessité d’un zèle tout apostolique ; de là aussi l'ebligation de posséder une connaissance sûre et suffisamment approfondie de la doctrine du christianisme. Permettez-moi, mesdames, d’'insister spécialement sur ces deux derniers points, dont l’étude nous découvrira de précieux enseignements.

Je dis d’abord que le zèle est nécessaire. Quelle est l’institutrice qui pourrait se flatter de réussir dans l’enseignement, si l'amour de sa profession et un sentiment vif de son devoir ne la tiennent toujours en éveil, et ne deviennent comme l'âme de toute sa vie. A l'exception de certaines natures particulièrement bien douées, amies de leur devoir et vraiment désireuses de s’instruire, les enfants, par antipathie pour les choses sérieuses, n’ont ordinairement d’ardeur pour l'étude que dans la mesure où le maître sait exciter en eux les sentiments d’une louable émulation. C’est un fait d'expérience dont chacune d’entre vous pourrait rendre le témoignage incontesté.

L'enseignement du catéchisme ne fait pas exception à cette loi. Il est vrai, d’un côté, que les matières de cet enseignement, à savoir les vérités révélées, ont par leur nature même quelque chose de propre à piquer la curiosité des enfants. L’attrait du merveilleux, qui se joint souvent au surnaturel, agit aisément sur ces âmes tendres et impressionnables ; la pureté de leurs cœurs, l'amour de la vertu, fruit d’une bonne éducation reçue dans la famille, en portent assurément un grand nombre à s'instruire des vérités de la religion. Maïs souvent aussi, c’est le contraire qui arrive. La difficulté de cette étude, dont la nature ne frappe guère les sens, la légèreté naturelle des enfants et les défauts qui proviennent d'une première éducation, constituent un obstacle sérieux que le catéchiste peut difficilement surmonter. Mais les industries d’un zèle ingénieux et ardent triompheront de ces difficultés ; et si l’institutrice en est généreusement pourvue, elle pourra réaliser des succès merveilleux ; mais si elle nest pas animée de ce principe d'activité et de vie, si elle laisse entrevoir une apathie mal déguisée, les enfants recevront facilement l'impression de cette glaciale indifférence, et ils en concluront, en pratique du moins que cette matière n’est pas après tout d’une si grande importance, et qu'il n'est pas besoin de se donner tant de peine pour l’étudier.

Il faut donc conclure que pour bien enseigner le catéchisme, l’institutrice doit être animée d’un zèle tout apostolique. Mais où ira-t-elle le puiser ce zèle si salucaire et si indispensable ? Comment en entretiendra-t-elle en son cœur la flamme vive et toujours agissante ? Vous le devinez sans peine, mesdames : il n'y a que la foi et l'esprit de foi qui fassent naître le véritable esprit de zèle et qui en suggèrent les motifs solides et durables. La doctrine du christianisme, si conforme aux principes de la raison, peut exciter son admiration, si les préjugés ou les passions ne l’aveuglent ; mais la foi seule nous en fait voir parfaitement l’ineffable beauté, la grandeur et l’excellence, si elle est considérée en elle-même, de même que son absolue nécessité, si on envisage son union intime avec la suprême félicité de l’homme.

Elles sont multiples assurément et bien variées les matières de ses connaissances et de ses observations ; multiples sont les êtres avec lesquels il se trouve en rap-

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port à cause de la place qu’il occupe au milieu de la création. Au dessous de lui, et comme au bas de l'échelle, il aperçoit les êtres inanimés dans leurs espèces infiniment variées ; un peu plus haut, la vie lui apparaît sous ses formes rudimentaires, et bientôt arrivé à lui-même, il se reconnaît, être intelligent et raisonnable, doué d’une âme immortelle, capable de comprendre et de goûter la vérité, de faire les actes d’une volonté libre et d’adhérer d’une manière consciente à la loi de Celui qu’il reconnait comme son souverain Seigneur et Maître, parce qu’il est son Créateur. Les lois de la nature s'offrent à ses observations ; il peut étudier les étonnantes propriétés de la matière, ses applications multiples aux besoins de son existence. Tout cela est beau, et rien d'étonnant si de grands esprits se passionnent à la vue et à la contemplation des merveillles de la création. Mais, qu'est-ce que tout cela en présence des vérités surnaturelles révélées de Dieu, et communiquées à l’homme par l’enseignement de la religion ? Au dessus et à la tête de tout, Dieu et sa nature et ses perfections infinies ; Jésus-Christ, son Fils unique et éternel, attiré sur notre globe par un incompréhensible amour : puis les merveilles de sa vie mortelle, l’Incarnation, la Rédemption, l'Eglise, les Sacrements, et tout cela se rapportant à l’homme, accompli pour l’homme à cause de ses destinées éternelles, et lui rappelant sans cesse la nécessité de les atteinäre avec les moyens d'y parvenir.

Y a-t-il quelque chose de plus digne d'attirer l'attention de l’homme dès ses tendres années, et qui réponde aussi bien à la fin dernière de toute véritable éducation ?

Je sais qu'il y a deux courants d'idées bien opposées au sujet de l’enseignement religieux dans les écoles. Les uns veulent l’en bannir absolument, et ils restreignent les programmes aux matières qui relèvent uniquement de l’ordre rationnel. Rejetant toute notion de surnaturel, ils n’envisagent que les nécessités et le bien-être de la vie présente. Tout leur système d'éducation est organisé et conduit d’après ces principes. Pas un mot de Dieu ni des choses religieuses dans les écoles, pas d'emblèmes religieux, pas de livres où le Saint Nom de Dieu ait la plus petite place. Les faits historiques eux-mêmes ne trouvent point grâce aux yeux de ces laïciseurs enragés. Ainsi, on trouve le moyen d'écrire l’histoire sans faire la moindre allusion à la vie et à la mort de Jésus-Christ et à l'établissement du christianisme. Ce fait culminant de l’histoire, autour duquel l'humanité se meut comme autour de son centre, dans les siècles qui ont précédé comme dans ceux qui ont suivi la venue du Messie, est rayé d’un trait de plume des manuels de l’enseignement primaire : et si cela était au pouvoir de ces conspirateurs sacrilèges contre la vérité, nos futurs diplômés, qui entendraient parler de l'ère chrétienne, ne sauraient plus ce que cela veut dire, quel en est le point de départ, quel est l'événement ou le personnage remarquable dont l’apparition a mis une ligne de démarcation entre les temps anciens et les temps modernes.

Mais heureusement, il y a une école qui voit les choses de plus haut et qui ne traite pas Dieu et les choses divines avec cet insultant dédain. A la suite des souverains Pontifes, dont les enseignements ont été si souvent rappelés,.avec tous les pasteurs des âmes, les partisans de l'idée religieuse veulent qu’elle préside à l'éducation des enfants, qu’elle en soit l'âme vivifiante et dirigeante, et comme l'atmosphère où les jeunes intelligences se meuvent, se nourrissent et se fortifient en se développant. Tous ceux qui s’attachent à l'Eglise pour ne pas aller au hasard dans une question de cette importance, n'ont pas de peine à accepter sa doctrine concernant le caractère religieux de l’école. Ils acceptent volontiers sa compétence hors ligne en la matière, ct ils ne sont nullement surpris, que, soucieux des intérêts éternels des âmes, elle ne cesse de rappeler les principes que la saine raison approuve, d'accord avec leur foi qui

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les proclame et les défend. Qu'il me soit permis, mesdames, de développer un peu ma pensée. :

Tout être n'existe qu’en vue de sa fin. A cette fin, sont ordonnés ses élément: constitutifs, ses caractères les plus intimes et les plus essentiels, ainsi que ses tendances et ses aptitudes naturelles. Dès lors, tout ce qui coopère comme cause seconde, soit à la formation des êtres, soit à leur développement et à leur perfectionnement, est soumis à des lois et doit agir conformément à ces lois. Or, voyons ce qui se passe chez les partisans de l’école sans Dieu. D'abord, ils affectent un culte suprême pour ce qu'ils appellent la science. Au nom de cette science, (qui est à la vérité si belle et si utile quand elle n’est pas une simple contrefaçon), ils travaillent à pénétrer tous les secrets de la nature. Ne contestons pas qu'ils soient déjà arrivés à d’admirables résultats. Nous n'avons pas intérêt d’ailleurs, à contester leurs progrès, puisque les savants croyants et religieux y ont contribué pour leur large part. Nous voulons simplement mettre à jour les inconséquences de ces hommes qui veuler chasser Dieu de l’école et le mettre à l'écart de toutes les choses humaines. Donc quand il s’agit des êtres qui sont au dessous de l’homme par leur nature et par leur destinée, ils mettent une persistance, une activité et une sagacité étonnantes pour en connaître les propriétés, en mesurer et utiliser les forces, et en faire les applications les plus variées aux nécessités, au bien-être et même aux exigences excesives et superflues de la vie. On nomme cela le progrès des sciences et on s’en vante avec un orgueil et des prétentions qui ne sont pas toujours justifiés. Mais pour eux, quand il s’agit de l’homme, quand ils veulent l’étudier et le connaître, il en va tout autrement. Mettant de côté les croyances séculaires et universelles des peuples, les données de la révélation, l'autorité intellectuelle de ces multitudes de savants qui ont admis l’existence d’un ordre supérieur à ce que nous voyons, ils éliminent d’abord par une détermination à priori et un jugement sans appel tout l’ordre surnaturel et ce qui s'y rattache. Ils veulent cependant donner des règles pour la formation intellectuelle et morale de l'enfant. Ils travaillent même à les imposer à ceux qui n’en veulent pas. Ils prétendent conduire l’homme à sa plus haute perfection, lui faire toucher les sommets de la grandeur, et dans l'exécution de ce programme, ils retranchent le véritable élément de sa grandeur, ce sans quoi il n’arrivera jamais à la perfection. Er effet, que l’homme ait une âme immortelle, créée à l’image de Dieu pour être heu-reuse avec lui pendant l'éternité, qu’il ait au dessus des préoccupations du temps, des tendances, des aspirations, des aptitudes pour un au-delà qui le mettra seul en possession de 5a fin, en lui faisant toucher le terme de la perfection, c’est quantité négligeable, et les partisans de l’école neutre ne s’en occupent pas.

Dans leur haine du surnaturel, ils mutilent sacrilègement l’œuvre du Créateur par son sommet, et en cela ils font preuve d'une inconséquence, d’un illogisme qui aurait lieu de nous surprendre, quand même il ne constituerait pas un crime contre Dieu et un attentat de lèse-humanité. Un crime contre Dieu, parce que c’est lui qui a assigné à l’homme sa fin et qu’il ne peut être indifférent de voir annuler tous les efforts de son amour pour le rendre heureux éternellement, Un crime de lèse-hunianité, parce que rien n'importe tant à l'homme que de parvenir à la fin que son Créateur lui a assignée. (C'est cette chose nécessaire qui peut compenser tout, mais que tous les autres bicns de l'univers ne peuvent remplacer.

Tous les êtres ont été crées pour une fin, mais il n’est pas de la même souveraine importance que tous et chacun d'eux y arrivent. Qu'il y ait quelques grains de sable de moins sur Îles rivages de la mer, la nature n’en sera point troublée. Qu'’une étoite du firmament vienne à s’éteindre, il en restera assez d’autres pour orner la voûte des

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cieux et éclairer notre planète ; et ces êtres sans intelligence ni raison, inconscients d'eux-mêmes, n'auront pas à souffrir du sort qui leur serait fait. Mais qu’une âme humaine n’occupe pas dans le ciel la place que le Père céleste lui avait assignée, c’est un malheur irréparable, et un malheur d'autant plus grand et plus affreux que cette âme aura toute une éternité pour en mesurer la profondeur.

« Qu'il en soit ainsi, nous le voulons, diront quelques-uns ; les enfants doivent connaître la religion et pour cela il faut qu’elle leur soit enseignée. Mais pourquoi à l’école et non ailleurs ? Il y a tant de choses qu'ils doivent apprendre pour faire face aux exigences de la vie et se faire une position honorable dans la société.» Il est vrai, on demande beaucoup aujourd’hui pour la formation intellectuelle des enfants ; les programmes de l’enseignement sont chargés. Mais d’abord disons que, s’il fallait retrancher au programme de nos écoles primaires, ce n’est pas par ce qu’il y a de plus important qu’il serait à propos de commencer. Le développement intellectuel de l’enfant ne prime pas nécessairemnt tout le reste, puisque, au témoignage même de la sagesse antique, le but principal de l’éducation, c’est la formation morale, c'est la pratique de la vertu. Or, il n’y a pas de vraie vertu, de vertu solide et complète sans la religion. Et puis n'oublions pas que l'éducation religieuse, par son caractère élevé, contribue pour sa large part au développement intellectuel que l’on veut obtenir. Au reste, pour instruire convenablement les enfants de la science du catéchisme, il n’est pas nécessaire de négliger les autres parties du programme. Que l'institutrice ordonne sagement sa classe, que tout y soit pourvu et bien réglé, et, comme l'expérience le démontre, tout l’ensemble ira bien et toutes les matières seront enseignées d’une manière satisfaisante.

Cette objection mise de côté, examinons un peu les raisons pour lesquelles l’enscignement de la religion doit trouver sa place dans l’école, et n’être pas relégué en dehors des heures de classe. C’est d’abord parce que cet enseignement ne peut se donner ailleurs d’une manière suivie et avec toute l'efficacité que son importance requiert. Ce n’est point dans la famille, du moins ordinairement ; elle doit y être commencée, sans doute, favorisée et aidée, et les parents ne doivent pas abdiquer ce devoir. Mais combien d’entre eux n'ont ni les connaissances voulues, ni les loisirs, et il faut bien le dire, ni le zèle suffisant pour bien accomplir cette tâche. Ce n’est pas non plus à l’église. Les pasteurs des âmes doivent, il est vrai, considérer l’enseignement du catéchisme comme l’un de leurs principaux ministères. Les prescriptions des. Souverains Pontifes sont bien claires et bien éloquentes, quand elles abordent cet important sujet. Mais les enfants ne peuvent se rendre à l’église aussi souvent et aussi longtemps qu’il serait nécessaire, pour y recevoir uu enseignement complet. On tient à ce qu’ils fréquentent les écoles, des soins nombreux les retiennent à la maison. Pour un grand nombre, les longues distances, les intemnéries des saisons, les chemins difficiles créent autant d'obstacles. Et puis, qui ne sait quelle infience profonde exercent sur toute la vie de l’homme les impressions bonnes ou mauvaises qu’il a reçues durant ses années d'enfance, lorsqu'il fréquentait l’école. Aura-t-il pour la religion, et en conséquence pour l’enseignement religieux !’.mour et l’estime qu’il en doit avoir, s’il s'aperçoit que, de par l'autorité publique, :ette matière n’est pas de celles qui méritent d'occuper son attention et celle de ses maîtres pendant les heures de classe. C’est du reste un fait de douloureuse expérience que les enfants qui fréquentent les écoles d'où la religion est exclue, sont ordinairement d'une ignorance religieuse profonde. Même dans notre pays, ceux qui se présentent pour leur première communion sans une préparation préalabie à l'école, peuvent beaucoup plus difficilement et souvent après bien des retards, être admis à ce grand

acte de la vie chrétienne. D'où il faut conclure que c’est l’école elle-même qui doit avoir un caractère religieux et non pas purement profane. L'enfant n’a pas deux âmes, l’une pour se former et s'élever par la connaissance des choses naturelles, et l’autre destinée à ne recevoir que l'enseignement religieux ; mais une seule âme, ouverte par son Créateur à la connaissance de ces deux ordres de vérités, où les éléments du naturel et du surnaturel s'unissent harmonieusement, se fortifient l’un l’autre, se coordonnent, se développent pour ainsi dire parallèlement, de manière à aboutir à la fin parfaite de l'éducation.

Pour confirmer tout ce qui précède, nous n’aurions besoin que de nous rappeler quelle a été la conduite de Dieu par rapport à nous. Quand il voulut créer le monde, une seule parole lui suffit, et l’univers sortit du néant. Mais s'agit-il d’instruire les hommes des préceptes de sa divine loi, de leur montrer leur destinée et de leur rappeler leurs devoirs, il multiplie le nombre de ses ambassadeurs, auxquels il confie des pouvoirs étonnants. Et puis c'est son divin Fils lui-même qui descend des hauteurs des cieux, qui nous parle, qui nous prêche et nous :xhorte en toute manière à nous pénétrer de ses divines leçons. Ainsi, mesdames, lorsque vous enseignez le catéchisme, vous pouvez vous dire, pour exciter votre zèle : « Ce que je fais, Jésus- Christ lui-même l'a fait ; pourrai-je trouver indigne de moi ce qu’il n’a pas trouvé indigne de lui ? C’est aussi la tâche qu'il a laissée à ses apôtres, « Allez, leur dit-il, enseignez toutes les nations.» Ç'a été le ministère de prédilection des plus grands docteurs et des saints les plus illustres. Les Augustin, les Cyrille, les François-Xavier ont été des catéchistes modèles, et parmi les modernes aussi bien que parmi les plus anciens, des savants justement admirés, se sont fait un devoir de marcher sur leurs traces, heureux eux aussi de suivre les exemples du Divin Maître.

En voilà assez, je crois, mesdames, pour vous donner une haute estime de vos fonctions de catéchistes, et vous faire apprécier la nécessité du zèle dans cet enseignement. Disons de plus que pour rendre cet enseignement salutaire et fructueux, il faut y apporter une préparation suffisante et une grande exactitude de doctrine. 11 est dit quelque part que Dieu a livré le monde à la dispute des hommes. Les mille et mille opinions changeantes et souvent contradictoires qui se font jour et acquièrent tour à tour faveur ét crédit auprès des savants, nous font voir comment ils 8avent user de la liberté qui leur est donné par le Créateur. Mais il n’en est pas ainsi, quand il s’agit des vérités de la religion. Dieu n’a pas voulu qu’elles eussent parmi ous le sort des inventions et des opinions humaines. « Dieu, dit l’apôtre saint Paui, qui autrefois a parlé à nos pères de diverses minières et en diverses occasions, nous a parlé dernièrement par son fils. Ce Fils de Dieu, objet des complaisances de son Père Céleste, à accrédité à son tour auprès des hommes, des messagers de sa doctrine, auxquels il a délégué l’autorité qu'il avait reçue de son Père. «e Comme mon Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie. Allez, enseignez toutes les nations. Celui qui vous écoute m'écoute, celui qui vous méprise me méprise. Je serai avec vous tous les jours jusqu’à la consommation des siècles. »

Ainsi, c’est une société vivante et visible à qui Jésus-Christ a confié le dépôt sacré de la vérité qu'il est venu annoncer aux hommes pour les sauver. Et cette société, qui est notre mère la sainte Eglise, il l'a dotée du privilège de l'infaillibilité, afin qu’elle conservât et transmit la doctrine de son divin Fondateur dans toute son inviolable intégrité. Votre enseignement, mesdames, doit être l’écho fidèle de celui que vous recevez vous-mêmes des pasteurs qui vous instruisent. Il ne faut pas diminuer la vérité ni l'exagérer, ni la corrompre par un mélange d’affirmations ou d'opinions peu sûres, lorsqu'elles ne sont pas tout à fait erronées. Sans doute, il ya “ns

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la théologie catholique des questions controversees. Les conséquences plus ou moins éloignées et plus ou moins claires des dogmes définis et des préceptes certains, donent lieu quelquefois à des déductions qui ne sont pas an<:i certaines. Mais ce n'est pas ce qui fait la matière de l'enseignement élémentzire de la religion. Les enfants ne sont pas capables de ces discussions subtiles et approfondies. 11 faut s’en tenir avec eux aux questions plus essentielles. Quoiqu'il en soit, vous vous garderez toujours de donner avec la même assurance et d'affirmer d'une manière également positive ce qui est certain et ce qui ne l’est pas. Ainsi, pour donner un exemple, si vous parlez du dogme de l'enfer, vous enseignerez l'éternité des peines comme un article de foi. Mais si un enfant vous demandait où est l'enfer, vous répondriez prudemment que c’est un sentiment bien appuyé et probable que l'enfer est dans l'intérieur de la terre ; vous ne seriez pas dans le vrai, si vous lui onniez cette opinion comme une vérité certaine et définie par l'Eglise.

Le même respect pour la vérité doit caractériser votre enseignement e:: ce qui regarde les préceptes et les devoirs du chrétien. Il y a des pratiques e1 usage parmi les fidèles et que l’Eg se recommande sans les imposer, il ne faut pas dépasser les lie imites indiquées par elle. Vous insisterez sur le grand précepte et le grand moyen de la prière. Vous recommanderez à vos ce ants d’être fidéles à leurs prières du matin ct du soir ; mais vous vous garderez de ire qu’ils commettent un péché, s'ils omettent quelquefois ces exercices qui commencent et finissent si saintement la journée. Veus inspirerez aux enfants l'horreur du vol et de toute injustice ; mais vous iriez trop loin, si vous leur donniez à entendre que le moindre vol est un péché mortel ; que le petit espiègle qui prend quelques fruits dans le jardin du voisii, ou la petite gourmande qui dérobe quelques bonbons à sa compagne, est digne du feu éternel de l'enfer. Il faut, en un mot, faire en sorte de ne pas fausser la conscience des enfants, et de les former à la pratique de la vertu selon le véritable esprit du christianisme. L'é‘: ie de quelques bons auteurs vous sera nécessaire pour préparer vos leçons, et nul doute qu’en vous adressant aux curés de vos paroisses, vous aurez des renseignements profitables à cet égard.

Nous avons parlé des qualités que doit avoir le catéchiste. Examinons maintenant les résultats pratiques auxquels son enseignement doit tendre, et les sentiments

qu'il doit s’efforcer de développer dans l’âme des enfants. C’est la seconde question qui ressort, avons-nous dit, du sujet que nous étudions maintenant.

La fin des commandements, dit l’apôtre saint Paul, c’est la charité qui nait d’un cœur pur, d'une bonne conscience et d’une foi sincère et vraie. (1 Tim. 1.5.) C'est aussi conséquemment la fin de l’enseignement religieux, et vous entrevoyez dans ces paroles le but que vous devez vous proposer dans vos leçons de catéctisme. Inspirer l'amour de Dieu par dessus toutes choses et l’amnur d' prochain comme soi-même : c'est réaliser le dessein et tous les désirs du divin Maïtre. La charité est sc- commandement de prédilection e! le signe distinctif de ses vrais disciples. Mai: “harité appelle et suppose d’autr:s vertus. Ce n’est pas un amour purement phile ique et rationnel dont se contenterait notre Dieu qui lui-même nous a aimés d’un amour éternel. La charité est une vertu essentiellement surnaturelle, à laquelle nous n'arrivons que par une grâce surnaturelle, et pa une connaissance surnaturelle de Dieu et de ses infinies perfections. Elle a sa racine dans la vraie foi ; l'espérance chrétienne en est la compagne inséparable, et toutes les trois forment cette trinité de vertus dites théologales, dont la charité est la reine parce qu'elle commande à toutes et qu’elle aura ie privilège d’une durée sans fin dans le ciel.

Il faut faire aimer Dieu ; il faut appremire aux enfants à espérer en lui € se confier en sa paternelle Providence. Mais pour que ces vertus s'établissent s dement dans les âmes, je n'hésite pas à vous dire, Mesdames, qu'il faut plus parti lièrement, et comme objet immédiat de votre enseignement, vous appliquer à les { tifier dans la foi, et à cultiver en elles le véritable esprit de foi. La foi est le princ de la vie surnaturelle ; ce que la racine est à l'arbre, le iondemxnt à l'édifice, la l'est par rapport à la vie chrétienne, et c’est dan” ce sens tout à fait catholique l'apôtre a pu dire que le juste vit de ia foi. Celui qui n’a pas de foi n'a pas religion, et la vie surnaturelle, qui seule conduit au ciel, n’est pas en lui. (Celui n’a que peu de foi ne remplit ses devoirs qu'avec négligence ; il en omet un gr: nc:ubre et trop souvent des plus importants. Mais celui dont la foi est vive, a; sante et suffisamment éclairée, sera comme cet arbre décrit par le psalmiste, qui planté au bord des eaux, et en qui un trouve toujours des fruits 2: temps de la m son. Les saints ont été par excellence des hommes de foi. Quelle 1 1agnifique abondante floraison de vertus n'admirons-nous pas dans ces légions de confesse: de vierges, d'apôtres et de martyrs dont la vie jette un si vif éclat dans les Annales la Sainte Eglise.

Notre société contemporai:« souffre d’un mal terrible et ce mal paraît aller t jours grandissant. L'esprit d'erreur qui l’a envahie depuis plus d’un siècle, se m tre avec un caractère distinctif et tout particulièrement dangereux : c’est l’incrédu

et la tendance à l’incrédulité. Cette incrédulité, fruit de l’orgueil, est portée si 1 qu’elle ne s'attaque plus seulement à quelques dogmes en particulier, mais à tou!

système de la révélation. Bien plus, les principes mêmes et les lois de la raison turelle en ont subi une profonde atteinte. L'esprit d’incrédulité a pour première < séquence de faire négliger l'étude de la religion et de conduire ainsi à une désastre ignorance. Celle-ci, à son tour, a son infaillible retentissement dans ies àt Le peu de foi qui y restait disparaît bientôt, et la vie chrétienne ar fatalement à la ruine. Ainsi le mal va toujours s’aggravant. Ceux qui veulent ter catholiques ne descendent pas jusqu’au fond de l'abime. Mais combien n'y at-il pas qui, sans peut-être s'en rendre bien compte, subissent l'influence de cet prit directement opposé à celui du christianisme. Ils se prévalent de leur titre de tlioliques ; ils protestent de leurs bons sentiments ; mais trop souvent aussi ils | lent et agissent comme s'ils ne croyaient pas à la révélation et à la divinité de

glise. Que d'opinions et d’affirmations hasardées, soit dans les c:versations

vées, soit dans les discours publics, et jusque dans les écrits de la presse périodi Il en résulte une diminution de la vérité dans les âmes, un esprit de défiance et « certitude qui dégénère facilement en hostilité déclarée contre les dôgmes et les pt ques les plus saintes de l'Eglise.

Et que dire de ce naturalisme abject et désolant qui s’insinue presqu’insensi ment dans les âmes, y mine peu à peu les principes surnaturels et en paralyse fluence dans les habitudes ordinaires de la vie. (On juge de tout au point de vue restre et humain. On n’estime les choses que d’après ce qu’elles valent ici-bas. biens éternels sont oubliés ou mis au second rang, et par une sorte d’instinct dont o: se défie pas, l’amour du bien-être devient de plus en plus le mobile de toutes les occupations de la vie. Combien il est nécessaire de réagir contre ces funestes dances : c'est ce dont doivent se prévccuper plus que les autres les pasteurs chargé la conduite du troupeau ; et ils en sont justement alarmés. Mais ils ne doivent l'oublier non plus tous ceux que leurs fonctions mettent en contact avec les âmes ] les éclairer et pour les instruire. Loin de fermer les yeux sur ce devoir pour

r en lui et à ablissent soliplus particuuer à les for- :st le principe édifice, la foi atholique que oi n'a pas de ii. Celui qui met un grand st vive, agismiste, qui est >s de la mois- Liagnifique et e confesseurs, es Annales de

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La foi et l'esprit de foi s’alimentent et s'affermissent par l'étude des dogmes et nseignements qui forment le corps de la doctrine catholique. Le Symbole des Apôres en contient les points fondamentaux. Il doit. tout d’abord attirer votre attenion. Entre le premier article qui nous fait connaître Dieu comme notre Créateur, t le dernier, qui nous le montre comme notre fin dernière et notre éternelle récom-

Dense, quelle ad irable suite et quel déploiement de vérités sublime: saintes, cons0-

antes et fortifiantes. Au milieu des t'istesses, des épreuves, des déceptions et des euils de cette courte vie, au sein méêne des prosçérités enivrantes, mais caduques qui s'; rencontrent, combien il est utile à l’homme de pouvoir se dire : Je crois en Dieu ; ie crois en Jésus-Christ ; je crois et j'espère la résurrection finale et la vie éternelle >romise aux élus. La source de tous les devoirs les plus sacrés de l’homme et le principe de toutes ses grandeurs sont là. Faites donc connaître Dieu et ses perfections infinies. Faites cuunaître aussi +28 droits absolus sur toutes ses c:eatures.

Il y a un peu plus d’un siècle un esprit nouveau et pervers à surgi au sein de notre ancienne mère-patrie. On s'est mis à proclamer les droits de l'homme, et, mettant de côté les droits de Dieu, on a ouvert l'ère de la Révolution. Ça été un malheur et une grande faute. On a follement oublié que le meilleur moyen de sauvegarder les droits de l’homme, c’est de lui rappeler ses devoirs et les droits de Dieu, et que, si les droits de Dieu sont respectés, ceux de sa créature seront efficacement mis en sûreté.

Combien la France a payé cher cet acte de rébellion contre la souveraine autorité de Dieu ! C’est ce que nous voyons déjà, mais qu’elle ne comprend malheureusement pas assez. Aussi n’est-elle pas au bout de ses épreuves. Puissions-nous en profiter pour nous instruire.

Faites aussi connaître Jésus-Christ, vrai Dieu e et Sauveur, ie roi immortel dont les drcits sont aussi sacrilègement méconnus. Faites ressortir et apprécier, comme il convient, la nécessité et les bienfaits de sa Rédemption. Connaître Dieu et Jésus-Christ, c'est pour nous commencer la vie du ciel sur la terre, parce que le divin Maître l’a dit: «La vie éternelle, ô mon Dieu, consiste à vous connaître, Vous le seul vrai Dieu, et Celui que vous avez envoyé, Jésus-Christ (Jean

La doctrine de la foi ne se trouve pa

être enseignée que sous son contrôle. L’ sairement à traiter le chapirre de l'Eglise.

t vrai homme, notre Rédempteur

s en dehors de l'Eglise catholique, et ne peut explication du Symbole vous con<uit néces- Ce qu'il faut surtout inculquer dans l’âme

des enfants, c'est que l’aseignemeit de l'Eglise est la règle prochaine, nécessaire, et divinement fixée de nos croyances et de nos pratiques religieuses. Qu'ils sachent bien que ce que Dieu nous enseigne, il l'enseigne par la sainte Eglise, et ce que l'Eglise enseigne, c’est l’enseignement de Dieu lui-même. Nos Frères séparés ne cessent de crier au contraire que c’est dans la sainte Ecriture qu’il faut chercher la règle de foi, et que doit nous guider. Voilà pourquoi ils jettent partout leurs bibles à pleines mains et portent jusque parmi les sauvages la ferveur de leur prosélytisme. Le temps me manque pour vous montrer combien ce princise est ctroné. Remarquons cependant combien il est contredit par les données les plus certs de l'histoire. La Sainte Ecriture n’est pas tombée de toute pièce des hauteurs du ciel pour apprendre aux hommes les vérités qu'ils doivent croire et les devoirs qu'ils doivent accomplir. Sans remonter plus haut, ne savons-nous pas que ce sont des apôtres, et parmi eux Pierre, et d’autres évêques de l'Eglise catholique, qui nous

ont donné tous les livres dont se compose le Nouveau Testament. L'Eglise n'étaitelle pas constituée et n’exerçait-elle pas son magis’ re souverain, lorsque les Evangiles sont parus et que les hommes apostoliques envoyaient leurs Epitres aux fidèles qu'ils avaient à instruire. Et voudrait-on faire croire qu'en recevant ce dépôt sacré que le Saint Esprit mettait entre ses mains, elle a dès lors ou perdu ou abdiqué sa divine autorité ? Non, les Saintes Ecritures ne nous sont pas venues en dehors de l'Eglise, ct leur autorité n’est prs au-dessus de l'autorité de l'Eglise. Elles font, au contraire, rartie de l’enseignement officiel de l’Eglise, et ce qu’elles contiennent n’a de force obligatoire que dans la mesure qu’il nous est imposé ou prescrit par l'Eglise en vertu de sa suprême et infaillible autorité. Les livres saints sont remplis de mystères et renferment des dogmes et des préceptes difficiles à comprendre. Les plus habiles en donnent souvent les interprétations les plus contradictoires. Si l'Eglise n'était pas là avec son autorité tutélaire et ses lumières venues d'en haut pour réprimer les audaces, ou corriger les faiblesses de l’esprit humain, il y a longtemps que la doctrine de Jésus-Christ, torturée, mutilée, défigurée par les savants non moins que par les ignorants, serait devenue méconnaissable plus encore que son auguste face après les scènes sanglantes de son crucifiement. Il est bon et utile de lire et d'étudier la Sainte Ecriture, pourvu que ces lectures et études soient faites avec discrétion et soumission de jugement à l’enseignement de l'Eglise. Hors de là, la voie est quverte à tous les égarements. Il n’y a plus de certitude religieuse, mais des divisions, des querelles, l'anarchie dans le gouvernement spirituel, et le désarr.’ dans les âmes. C'est toute l’histoire du protestantisme, qui peut détruire, dénigrer et nier, mais re sait rien constituer de solide et de cohérent en fait de croyances et de doctrine. La Bible est le plus saint des livres ; c’est un livre divin. Laissez-le à une Eglise qui ne soit pas infaillible, ou à la libre interprétation du sens privé, il devient un livre tout à fait dangereux, et d'autant plus que les hommes prétend'ont appuyer sur l'autorité de Dieu même les erreurs les plus graves et les vices les plus monstreux. Vous insisterez donc sur la mission divine de l’Eglise et sur la nécessité de placer en elle la règle de notre foi. Vous montrerez comment par les apôtres et surtout par Pierre elle se rattache à Jésus-Christ, et par Jésus-Christ à Dieu. De là, l’autorité divine de sa parole, et, comme conséquence le respect et la soumission absolus qui sont dus à son enseignement. Pour confirmer tout cela, vous rappellerez les admirables prérogatives qui lui ont été cunférées par son divin Fondateur ; son indéfectibilité ou durée permanente à travers les siècles ; son infaillibilité dans les choses de la foi ; prérogatives qui lui sont assurées par une promesse divine : voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des siècles.

Ces leçons souvent répétées ne pourront mariquer de faire des impressions salutaires dans l’âme des enfants et de leur inspirer des sentiments profonds de respect et d'estime pour tout ce que l'Eglise nous prescrit. Ils apprendront que ses préceptes ont la même force d'obligation que ceux du décalogue, et qu’il n’est pas plus permis de les rejeter que de rejeter les dix commandements de Dieu. Mais il ne faut pas s'arrêter là. L'Eglise n’est pas seulement une institution divine ayant mission de nous enseigner avec autorité. Elle est pour nous une véritable mère, et elle a droit à l’amour de ses enfants. C’est elle qui nous a enfantés à la vie surnatuelle de la grâce; c'est elle qui nous nourrit et entretient en nous cette vie divine qui doit aboutir à la vie éternelle de la gloire. Ne devons-nous pas nous efforcer de la faire aimer et d’attirer à elle tous les cœurs.

Les hommes légers et superficiels ne regardent souvent que le côté humain de l'Eglise, et ils n’aperçoivent que les défaillances et les imperfections qui sont les con-

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séquences de l’humaine faiblesse. Ils ne l'aiment pas comme ils le devraient, parce qu'ils ne la connaissent pas ou la connaissent mal. Mais il y a plus. L'Eglise catholique est dans le monde la colonne de la vérité, l'ennemi des vices, l’école de toutes les vertus : elle est la forteresse inexpugnable qui protège et soutient le royaume de Dieu sur la terre. L'Esprit du mal sait cela et voilà pourquoi il ne cesse de souffler partout la haine contre elle ; voilà pourquoi aussi elle est le point de mire des attaques de tous les méchants et de tous les impies.

Pour la faire aimer, il faut montrer l'élément divin qui domine en elle et qui en fait la digne épouse de Jésus-Christ. Il faut faire ressortir le caractère bienfaisant de sa doctrine, de sa morale, de l'esprit qui l'anime et qu’elle inspire à ses enfants. L'Eglise catholique est pour le genre humain une société de bienfaisance sans égale, et toujours elle s’est montrée comme le médecin charitable dévoué au soulagement de toutes les misères. Fondée pour assurer le salut éternel des hommes, elle est cependant d’une fécondité si grande pour le bien, que même au point de vue matériel et humain, elle est comme la pourvoyeuse charitable du Père céleste pour les besoins temporels de ses enfants. On veut se passer d’elle aujourd'hui en certains pays, après que l'on a pu se civiliser à son école et se former le cœur sous l'influence de son enscignement. On veut Ja chasser des hôpitaux, des maisons de bienfaisance et lui renäre de plus en plus difficile sa mission de charité.

Mais attendons un peu que l'absence de son action ait le temps de se faire sentir. On verra ce que peut valoir cette philanthropie humaine dont on attend de si grandes merveilles. On le pressent déjà ; la pauvreté et la misère poussent des cris de douleur que la charité chrétienne serait seule capable de soulager. Mais on s'apercevra encore mieux plus tard que l'humanité souffrante ne peut pas plus se passer du feu que Jésus-Christ a apporté sur la terre, que le monde physique, de la chaleur vivifiante du soleil.

Oui, il faut s’efforcer de faire aimer l'Eglise en elle-même, comme institution divine, comme mandataire des divines miséricordes. Il faut la faire aimer comme une mère tendre et dévouée qui ne cherche que le bonheur de ses enfants. Ces sentiments de filial amour inclineront facilement les jeunes âmes à aimer aussi ses commandements, à accomplir volontiers ses pratiques, même celles qui sont plus ou moins crucifiantes pour la nature. Jugez-en, Mesdames, par votre expérience personnelle. Vous obtenez tout des enfants dont vous avez conquis l'affection et la confiance, et qui vous regardent comme leurs bienfaitrices. Il n’en arrivera pas autrement à l'égard de l’Église. Appliquez-vous aussi à montrer le devoir, non pas par ce qu'il a de plus difficile, mais plutôt par son côté salutaire et bienfaisant. Ainsi, par exemple, je suppose que vous avez à parler de la pénitence et de la mortification dont on a tant de peur aujourd’hui. Ne vous contentez pas d'en exposer la nécessité par les pa-

roles de Notre-Seigneur et les ordonnances de l'Église. Montrez aussi comme elle est avantageuse pour offrir à Dieu des satisfactions et des réparations trop légitimes, pour expier le péché, abréger le purgatoire, tremper fortement les caractères et faire pratiauer les vertus solides. Avez-vous à traiter le sujet de la confession ? Ce devoir cessera d’être un épouvantail pour les enfants, si vous leur dites et leur démontrez que la confession est une des institutions où Notre-Seigneur Jésus-Christ nous a le mieux manifesté son amour et la miséricorde de son Divin Cœur. En leur rappelant comme elle nous fournit le moyen de nous relever de nos chutes, de recouvrer nos droits au ciel, perdus par le péché, d'échapper à un malheur éternel, vous exciterez facilement les sentiments de leur reconnaissance envers Dieu. Vous pourrez facilement vous

servir de la comparaison suivante. Un criminel est condamné à mort pour avoir

EE

attenté à la vie de son souverain. Celui-ci plein de bonté et de clémence fait savoir au coupable que, s'il veut avouer son crime à l’un de ses ministres, et lui en demander pardon avec les marques d’un sincère repentir, la sentence de mort sera retirée, les portes de la prison lui seront ouvertes et il recouvrera son entière liberté. Quelles ne seraient pas la joie et la reconnaissance de cet infortuné; comme l'offre du pardon serait vite acceptée, et la condition imposée, jugée douce et facile ! C’est une image bien imparfaite de la clémence de Dieu à l'égard des pécheurs, et de ce qui se passe tous les jours au tribunal de la miséricorde. Par ce moyen, vous apprendrez aussi aux enfants à voir dans le prêtre le représentant de Dieu qui absout et pardonne, et non pas un juge sévère qui scrute les secrets des « eurs pour condamner et punir ceux qui sont trouvés coupables.

Vous voyez, mes chères Sœurs et Mesdames, la foi que nous donnons ici comme base de la piété chrétienne, n'est pas cette croyance vide et stérile en bonnes œuvres qui se trouve au fond des doctrines du Protestantisme. Une telle foi est morte et absolument inefficace pour le salut. (S. Jac. 2, 14 et suiv.) C'est la foi vive et agissante qui pousse le vrai croyant à faire le bien, c'est-à-dire à observer les commandements du Père Céleste.

Tel est le résultat immédiat de l'esprit de foi, et vous aurez rempli le but que vous vous proposez dans l’enseignement de la religion, si vous formez, avec l’aide de Dieu, des chrétiens croyants et pratiquants. Le salut tient à cela. Si vous voulez entrer dans la vie, dit N.-S. J.-C., gardez les commandements. Or, pour garder les commandements, et, par la fidélité à y conformer sa conduite, mériter la couronne du ciel, il faut les connaître. L'institutrice catholique doit donc s'appliquer à les bien enseigner à ses enfants. Cet enseignement doit être pratique et approprié le plus possible aux besoins de notre peuple. S'il est vrai que rien ne doit être umis ou négligé dans la loi évangélique, il est certain aussi qu'il faut donner une attention spéciale aux points où les transgressions sont plus communes et causent des désordres plus déplorables. Combien de fois n’avez-vous pas entendu vos pasteurs gémir sur le fléau de l’ivrognerie, s'élever contre le parjure, le blasphème et les paroles injurieuses contre Dieu et les choses saintes. Tâchez d’inspirer aux enfants de l’horreur pour ces habitudes funestes, et par des exemples bien choisis, montrez combien elles exposent les coupables à la vengeance céleste. La multiplicité des affaires a pour résultat naturel de développer les convoitises et devient l’occasion de nombreuses injustices. On oublie trop souvent que la compétition n'autorise pas à s'affranchir de la légitimité des moyens, et que la bonne foi et l'honnêteté doivent toujours régler les conven ons humaines. La fidélité à sa parole, la loyarté et la franchise étaient proverbiales chez nos rncêtres. Il y a des signes alarmants que notre peuple s'éloigne peu à peu de ces nobles traditions. Le septième article du décalogue mérite assurément que le catéchiste y donne une attention spéciale.

Mais ici encore, je vous dirai, Mesdames : efforcez-vous de faire aimer la loi de Dieu. Ce sont les ordonnances du meilleur des Pères, et la fidélité à les observer est vn gage de bonheur pour les individus et pour les peuples. « Le trouble et l'angoisse, dit saint Paul (Rom. 2, 9,) sont le partage de toute âme qui fait le mal, et c’est le péché qui rend les peuples malheureux.» (Prov. 14, 34) En vous appliquant à montrer les effets salutaires des commandements, vous apprendrez aux enfants à les considérer non comme un fardeau difficile à supporter, mais comme un joug bienfaisant et plein de douceur, selon l’expression du Maïtre lui-même : «Prenez mon joug sur vous, car mon joug est doux et mon fardeau est léger. »

Si votre enseig: ment s'inspire de ces sentiments, vous aurez la consolation et le très-grand mérite devant Dieu de faire aimer la religion à vos enfants et de les rendre fermes et généreux dans leur foi. Leurs cœurs se tourneront vers Dieu comme vers leur Père ; ils agiront ainsi selon le véritable esprit du Christianisme.

Réfléchissons-nous assez à cette doctrine pleine de douceur que saint Jean nous

enseigne au commencement de son Evangile, et que nous trouvons plus développée encore dans l'Epitre aux Romains : (Chap. 8, 15 et suiv.) « Jésus-Christ a donné aux hommes le pouvoir de devenir enfants de Dieu, » dit le disciple bien aimé. Et l'Apôtre saint Paul s'exprime ainsi à son tour : € Nous n'avons pas reçu l'esprit de servitude pour servir Dieu selon la crainte, mais 'esprit d'adoption des enfants par lequel nous appelons Dieu notre Père.» Oui, le baptême nous a faits enfants de Dieu. Les soins maternels de l'Eglise développent dans nos âmes les traits distinctifs et les caractères de cette filiation divine. Elle ne veut pas non plus nous en laisser ignorer les avantages. « Si nous sommes les enfants, continue le grand apôtre, nous sommes aussi les héritiers, oui, les héritiers de Dieu, les cohéritiers de Jésus-Christ.» Ne sont-ce pas là des rêves d’ambition démesur £e, et n’exagérons-nous pas nos titres de gloire et de grandeur en Dieu, par Notre-Seignez:7 Jésus-Christ ? Ecoutez encore une parole de l’Apôtre particulièrement aimé de Jésus : « Mes bien aimés, dit-il, nous sommes déjà enfants de Dieu, mais ce que nous serons un jour ne parait pas encore. Nous savons que lorsque Jésus-Christ se montrera, nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu'il est. » (S. Jean, 3. 2.) Aimons donc à appeler Dieu notre Père, et à faire pénétrer la même piété filiale dans l'âme des enfants. L’Oraison dominicale est tout entière l'expression de ce sentiment et ne se comprend pas autrement. C'est là gu’il faut aussi chercher la clef d’un autre mystère, le plus étonnant et le plus attendrissant de notre sainte religion. Dieu a donné :a manne aux Israélites dans le désert. Ils n'étaient encore que sous la loi de crainte et dans la période des figures et de l'attente. Mais à ses enfants, qui sont sous la loi de grâce et d'amour, il donne un aliment vraiment céleste ; son corps devient leur quotidienne nourriture. Le mystère de l’Eucharistie, si étonnant qu'il soit, ne serait-il pas une chose étrange et une sorte de contradiction dans le Christianisme, si nous n'étions en droit de dire en toute réalité : Notre Père qui êtes au cieux. Mais voici une autre merveille : N.-S. a fait un pas de plus pour rendre plus manifestes encore les liens de fraternité qu'il veut étatlir entre lui et nous. Rappelons-nous ce qui s’est passé au haut de la Croix, avant que la céleste Victime annonçât au monde que tout était consommé, Sa divine Mère était là, abimée dans la douleur ; le disciple bien aimé y était aussi, représentant, dans la pensée du Sauveur, le genre humain tout entier. «€ Femme, voilà votre enfant, dit Jésus, et vous, mon frère, voilà votre mère » ; et le disciple la reçut pour sa mère, et depuis lors aussi, la Vierge Mère nous porte dans son cœur comme ses véritables enfants. L'Eucharistie et Marie nous révèlent le véritable esprit du Christianisme. C'est l'amour et la confiance rattachant par les liens les plus forts et les plus doux le cœur du genre humain au cœur de son Créateur et Sauveur.

Mesdames, et vous surtout, mes révérendes Mères et chères Sœurs, que votre plus grand bonheur au milieu de vos fonctions pénibles et souvent difficiles, soit de faire aimer la Divine Eucharistie et la très sainte Vierge. Il vous sera généralement aussi facile qu'agréable de le faire. Les enfants se portent comme naturellement à ces deux dévotions qui parlent si doucement à leurs cœurs. Leur attachement à la foi est assuré et sera inébranlable, si vous réussissez à leur faire aimer Marie comme leur tendre et dévouée Mère, et Jésus-Christ comme leur frère et leur meilleur ami.

Je ne développerai pas dev - ce point de vue de la doctrine chrétienne, bien

que nous puissions en déduire encore de multiples conséquences.

Communion des Saints, le culte que nous rendons à ceux qui nous

les combats de la vie st qui en sont sortis ave uréole de la sainteté, sont des

sements de cette loi de charité qui fait que : Christianisme est dans la ivrce du mot une religion d'amour. Puissiez-vous régler là dessus l'éducation de vos enfants, comme vous en faites, je n'en doute pas, la règle de vos propres sentiments.

Examinons maintenant la troisième question que je me suis proposé de traiter, à savoir quelle est ls meilleure méthode à suivre dans l'enseignement du catéchisme. C'est la partie la plus strictement pédagogique de mon sujet, et je voudrais y donner toute l'attention qu'elle mérite.

La méthode en général désigne l’ensemble des moyens que l'on emploie pour parvenir à une fin. Un catéchiste qui saurait toujours se servir des moyens les plus propres à faire avancer les enfants dans la science et l'amour de la religion, aurait par le fait même employé les meilleures méthodes, et son enseignement serait parfait. Il est toujours difficile et souvent même impossible d'atteindre à la perfection de cet art ; mais on doit du moins s'efforcer d'en approcher et, Dieu aidant. on peut espérer d'arriver à un succès légitimement désiré.

La première condition d’une bonne méthode, c'est que le professeur se rende bien compte tout d’abord de la matière qu’il veut enseigner, se fasse une juste idée de ce qu'elle comprend, en détermine les cadres avec soin et en ordonne bien les différentes pa ‘es, afin de procéder avec ordre et clarté.

.lci c'est à l'Eglise qu'il appartient de tracer le programme <t de nous dire quelles sont les choses qu'il faut faire étudier et quelles sont celles sur lesqueliss il faut particulièrement insister. Elle l’a fait depuis longtemps d’une manière ».on équivoque, et il y a deux ans à peine notre S. P. le Pape Pie X, revenant sur ce sujet, nous rappelait les matières déjà indiquées par le catéchisme du Concile de Trente. Elles comprennent le Symbole des Apôtres, la doctrine des sacrements, les Commandements de Dieu et de l'Eglise et le sujet si important de la prière. C'est du reste le même programme qui était déjà suivi dans notre enseignement religieux. Le petit Catéchisme de la Province ecclésiastique de Québec renferme ce corps de doctrine où tqutes les principales vérités, ainsi que nos devoirs, sont suffisamment exposées.

Quant à la conduite de votre classe de catéchisme, n'oubliez pas qu'avec les enfants, le succès tient souvent à de bien petites choses. Mettez d'abord un peu plus de solenuité à cette partie de votre enseignement. Commencez par une prière, faites chanter un cantique. Voyez à ce que le groupement de vos élèves, la distribution des bonnes notes et des récompenses (dont les plus belles doivent être attribuées au catéchisme), les petits privilèges auxquels les enfants sont si sensibles, soient réglés avec discernement, et par ces divers procédés, tâchez d'atteindre non seulement les plus capables, mais tous ceux en qui vous remarquez quelque bonne volonté.

Faut-il faire apprendre le catéchisme par cœur, mot à mot, et le faire réciter de même dans l’école ? Je ne crois pas que l’on puisse mettre en doute la nécessité de faire apprendre ainsi le catéchisme, et d'exiger que les enfants rendent compte du texte qu'ils ont en mains avec la plus rigoureuse exactitude. Pour être apprise et conservée intacte dans l’âme des enfants, la doctrine catholique a besoin de s’y fixer par des formules claires et précises. Ce sont ces formules qui sont pour eux l'expression de la vérité : s'ils ne les apprennent que d’une manière incomplète, ou s'ils viennent à les oublier, ils ne conservent plus que les notions vagues et indéterminées de la religion ; des idées fausses viendront facilement s'y mêler, et c’est un danger contre lequel il est important de les prémunir dès le commencement de ler éducatiôn. Dans le-atéchisme, les définitions sont nombreuses ; il faut résumer la doctrine dans un

Tr se F1»

je, pr. .

texte court, substantiel et facilement intelligible. Un mot changé ou umis donne souvent à une définition un sens tout autre que le sens véritable et peut constituer une hérésie. Et puis, certains nots contiennent tout un dogme ; l'Eglise les a adoptés avec l'assistance du Saint Esprit, et, à son exemple, nous devons dans l'enseignement les conserver avec fidélité. Tels sont les mots « consubstantiel », pour exprimer la divinité du Fils de Dieu ;e procession », pour dire que le Saint Esprit procède du Père et du Fils; etransubstantiations dans la Sainte Eucharistie, etc., et. Donc il faut bien faire apprendre par cœur le texte du catéchisme. N'object . pas que les enfants ne doivent pas apprendre leurs leçons comme des perroquets. Ce n'est pas non plus ce que nous voulons, pas plus pour le catéchisme que pour les autres matières. Que le professeur, avant de fuire apprendre un texte par cœur, explique aux enfants, selon que l'exigent leur âge et le développement de leur esprit, le sens des mots qu'ils ne comprennent pas. Que ces explications soient claires et courtes. Il y reviendra ensuite, lorsque l'enfant rendra compte de la leçon, et les nouvelles explications seront plus développées que les premières. Je suppose, par exemple, que vous vouliez expliquer le chapitre des sacrements. Qu'est-ce qu’un sacrement ? Un sacrement est un signe sensible institué par N. S. Jésus-Christ pour nous sanctifier: Vous avez dans cette réponse plusieurs mots qui demandent des explications, et donnent matière à des développements à la fois instructifs et intéressants. <Le mot sacrement, direz-vous, a plusieurs significations. Il veut dire une chose secrète, mystétieuse, etc. Dans l'Eglise catholique, il sert à désigner ces choses saintes que Notre- Seigneur Jésus-Christ a établies pour nous communiquer sa grâce, ct que je vais vous expliquer. Un sacrement est un signe... Un signe est une chose qui en indique une autre, Ainsi, par exemple, la fumée est un signe qu'il y a du feu. Les lettres, les mots sont des signes par lesquels se manifeste la pensée. (C'est un signe sensible, c'est-à-dire qui tombe sous les sens ; n“1e l’on peut voir, entendre, toucher, etc. Ce signe sensible a été institué ou établi par N. S. Jésus-Christ. parce que lui seul, comme Dieu, pouvait établir ainsi des moyens de remettre le péché... pour nous sanctifier, c'est-à-dire nous donner ou augménter en nous la grâce qui nous rend saints ou justes devant Dieu. Ainsi, vous le voyez, dans les sacrements le signe ne fait pas seulement qu'indiquer, mais il produit ce qu'il signifie». Pour mieux faire comprendre les termes de cette définition, faites-en l'application :. l’un ou l’autre des sacrements, par exemple, le baptême, et dites : « Mes € :fants, voyez comment se fait et se donne le sacrement de baptême. Celui qui baptise un enfant prend de l’eau et la fait couler sur ss tête, en prononçant en même temps les paroles : Enfant, je te baptise au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Vous savez que dans la nature on se sert de l'eau pour iaver, purifier, enlever les souillures. La vertu du sacrement de baptême, c'est d'effacer les taches, les souillures que le péché originel imprime à l’âme, Ainsi l'eau, par sa propriété de laver, représente l’action invisible de la grâce qui purifie l'âme de la personne que l’on baptise. Mais l’eau ne sert pas seulement à laver ; on s'en sert aussi pour d’autres usages, par exemple, pour se rafraichir. L'action de verser de l’eau sur la tête d’un enfant n’exprimerait pas suffisamment toute seule l’effet du sacrement ; le signe n'aurait pas sa signification complète. C'est pour cela que l’on prononce les paroles : je te baptise, etc. ; c’est-à-dire, je te lave, je te purifie, et il y a.là tout ce qui constitue un sacrement. »

« Maintenant, mes enfants, connaissez-vous quelqu'un qui a le pouvoir de remettre et de pardonner le péché. Ils répondront probablement : € Oui, M. le curé (ou le prêtre). 2»--C'est très bien. Mais M. le‘curé (ou le prêtre), qui lui a donné ce pouvoir ? Les enfants vous diront : € C'est le bon Dieu, c’est N. S. Jésus-Christ. »

Poursuivez : Est-ce qu'un autre que le bon Dieu pourrait donner ce pouvoir au prêétre» ? Cette fois, vos auditeurs seront peut-être enbarrassés. Amenez-les à trouver la réponse eux-mêmes par des comparaisons à leur portée. Dites, par exemple :

« Voyons, Paul, si quelqu'un vous fait une injure et veut ensuite en avoir le pardon, à qui est-ce à pardonner cette injure ?— e C'est à moi», répondra l'enfant. Si un criminel a été condamné à mort, qui pourra lui remettre sa peine et lui accorder son pardon ?—C'est le roi. Mais le roi ne peut-il pas charger un autre de pardonner à sa place et en son nom? € Oui, monsieur ; et il le fait n'est-ce pas par le gouverneur ou ses ministres. Eh bien : il en est de même du péché ; c'est une injure faite à Dieu. Dieu seul peut le pardonnner. Mais Dieu n'est-il pas tout-puissant ? Oui. Et ne fait-il pas tout ce qu'il veut ? Oui. Ne peut-il pas donner à un homme le pouvoir de pardonner en son nom ? Oui. Et ne peut-il pas attacher à des signes extérieurs la vertu de produire la grâce et de remettre le péché ? Oui». Très bien répondu. Et c'est ce que Je bon Dieu a fait dans son infinie sagesse et dans sa grande miséricorde. Pour nous donner des moyens de salut appropriés à notre nature et à nos besoins, par le ministère de la Sainte Eglise, il donne aux prêtres le pou-

voir de remettre les péchés et de communiquer la grâce, et les prêtres exercent ce pouvoir par les sacrements. <

Il ne faut pas craindre de répéter plusieurs fois les mêmes explications ; cela est même nécessaire pour les graver dans l'esprit des enfants. Pour la même fin, il est bon aussi de multiplier les questions sous différentes formes, c'est un moyen d'exciter leur intérêt et de captiver leur attention. Les termes suffisamment clairs par eux-mêmes n’ont pas besoin d’être expliqués ; dans certains cas, on se contentera de joindre au mot que l'on veut faire comprendre un mot synonyme, dont le sens leur est plus familier et plus connu. Ne vous attardez pas non plus à vouloir faire comprendre certains termes abstraits dont l'intelligence exige, suppose des notions philosophiques bien au-dessus de leur portée. Dans les mystères de la très sainte Trinité, par exemple, et de l'Incarnation, il y a les mots e personne et nature » qui ont une importance dogmatique fondamentale. ‘Toute l'économie de la religion chrétienne repose sur ces deux mystères. Il faut donc bien les enseigner aux enfants. Ils doivent savoir qu’en Dieu, il y a trois personnes distinctes, mais une seule nature, la nature divine. Qu'en Jésus-Christ, il y a deux natures, la nature divine et la nature humaine ; mais une seule personne, la personne du Fils de Dieu. Ces mots € nature et personnne » sont difficiles à expliquer aux enfants. Procédez plutôt par voie de comparaison. Dites, par exemple : dans l’homme il y a un corps et une âme, et l'union des deux forme la nature humaine. En Notre-Seigneur Jésus-Christ, il y a un corps et une âme unis ensemble : il y a donc la nature humaine ; mais cette union se fait par l’élévation et l'union à la personne du Fils de Dieu. Il n'y a pas de personne humaine ; mais il y a les deux natures divine et humaine, unies dans la personne du Fils de Dieu. Ainsi, il n’y a pas deux Jésus-Christ, mais un seul Jésus- Christ, parce qu'il n’y a en lui qu'une seule personne. Dans la très sainte Trinité, il y a trois personnnes distinctes, mais il n’y a pas trois Dieux, parce qu’il n’y a qu’une seule nature divine, et que cette nature divine est tout entière également dans chacune des trois personnnes.

Quand un homme vient à mourir, la nature humaine est détruite, en lui, et la personne aussi. L'une et l’autre seront constituées de nouveau, lorsque le corps et l’âme se réuniront au jour de la résurrection. Lorsque Notre-Seigneur Jésus-Christ mourut, la nature humaine, qui existait en lui, fut détruite par la séparation de l’âme d'avec son corps ; mais la personne continua d'exister, parce que c’est la personne du Fils de

Dieu, qui est éternelle. Par sa résurrection, la nature humaine qu'il avait prise, devint en lui parfaite et immdrtelle. Ces notions ne sont pas à la portée des petits enfants, et le catéchiste doit savoir, dans toutes ces explications, se placer au niveau de leur intelligence, tenir compte non seulement de leur âge, mais de leur degré de formation intellectuelle et du milieu où se passe leur existence.

C'est pour cela sans doute que certains catéchistes n° ‘aignent pas de recourir quelquefois à des expressions vulgaires, que l'on chercherait en vain dans la grammaire ou le dictionnnaire, mais dont certaines catégories d'enfants connaissent parfaitement la signification. Observons toutefois que si l'on emploie ce langage vulgaire, peut-être même trivial, par nécessité, il ne faut pas manquer de ramener cette manière de parler à la bonne langue dont il faut toujours se servir dans l'instruction des enfants.

Permettez-moi à ce propos de rapporter un trait qui vous fera mieux comprendre ma pensée.

Un de nos bons évêques canadiens, en visite pastorale dans une paroisse reculée de son diocèse, faisait le catéchisme aux enfants qui se préparaient à la confirmation. Entre autres questions, il leur adressa celle-ci : € Qui est-ce qui est le chef de l'Eglise ? Les enfants embarrassés, se mettent à se regarder, et personne n'ose se lever pour répondre.—e Ils ne savent pas cela ? » dit l'évêque au curé, qui assistait au Catéchisme.—< Oui, Monseigneur, ils le savent bien et vous allez voir. «€ Voyons, mes enfants, qui est-ce qui est le « Boss » dans l'Eglise ?» À cette question, plus d’hésitation : «le Pape, monsieur, le Pape». Je ne ferai pas de reproche à ce bon curé de s'être servi auprès de ses enfants d’un terme comme celui-là pour leur apprendre une vérité qu'il fallait nécessairement ne pas leur laisser ignorer. Mais peut-être, je n’en sais rien, n’avait-il pas assez insisté pour leur rappeler que celui que l'on appelle le € 5oss » dans une usine ou un chantier, s’il s'agit de N. S. Père le Pape, on l'appelle le chef de l'Eglise.

Les comparaisons prises dans la nature, dans les usages ordinaires de la vie, dans les événements ou les phénomènes dont ils sont témoins, sont un excellent moyen de rendre les vérités en quelque sorte sensibles, et de les graver dans l'esprit des enfants. Notre-Seigneur y avait fréquemment recours dans ses prédications, et c’est comme cela qu'il nous a laissé ses admirables paraboles qui renferment une grande partie de ses enseignements. Il ne dédaignait pas de les tirer des objets les plus familiers. Ici, c’est le maître de la vigne qui engage des ouvriers ; c'est le semeur qui va jeter son grain en terre ; c'est la femme, qui ayant perdu sa dragme, allume sa lampe, balaye sa maison et ne cesse de la chercher jusqu’à ce qu’elle lait trouvée.

On peut aussi prendre ses points de comparaison dans les faits évangéliques, et dans quelque circonstance de la vie de Notre-Seigneur. Quoi de plus saisissant que cette allégorie par laquelle on représente l'Eglise comme un vaisseau qui vogue sur la mer du monde et conduit sûrement au port du salut tous ceux qui ont bien voulu Ii confier leur éternellle destinée. «Un vaisseau, pourriez-vous dire aux enfants, pour être solide, capable de résister à la mer et de préserver les passagers de tout danger, doit avoir toutes ses parties bien appuyées, bien agencées et fortement liées entre elles. Il doit être muni de toutes ses machines et agrès, et être conduit par un bon pilote qui connaisse les endroits dangereux, et possède les secrets de toute la manœuvre. Or, mes enfants, le vaisseau de l'Eglise catholique a eu Jésus-Christ luimême, le Fils de Dieu, pour architecte, et plus on l'étudie, plus on le trouve merveilleusement construit. Les parties qui le composent, c’est-à-dire les dogmes que nous devons croire, les préceptes que nous devons observer, les pratiques du culte que nous rendons à Dieu, la constitution de son gouvernement, tout cela est appuyé sur l’au-

torité de Dieu même, et tout y est si bien coordonné et lié que, l’on ne peut rejeter un seul point sans que tout le reste s'écroule et que le vaisseau soit détruit. Ce vaisseau a un divin Pilote pour le conduir , C’est N. S. Jésus-Christ, son chef invisible, représenté visiblement par N. S. Père le Pape, son vicaire sur la terre. I] est avec lui et il a promis de l’assister et de le guider jusqu’à la fin des siècles. Le vaisseau est muni de tous les appareils nécessaires pour sauver les passagers en cas de danger. Ce sont les moyens de salut et surtout les sacrements par lesquels l'Eglise pourvoit à tous nos besoins spirituels ; et tant que nous restons sur le vaisseau, c'est-à-dire tant que nous restons fidèles à l'Eglise, nous sommes en parfaite sécurité. Sans doute, le vaisseau de l’Église est souvent agité par les flots : il est battu quelquefois par de terribles tempêtes. Les schismes, les hérésies, les persécutions, les désordres des mauvais chrétiens sont comme des vents violents qui le secouent, le ballottent en tous sens et menacent de le faire périr. Mais Notre-Seigneur Jésus-Christ est au dedans avec les passagers, comme il était dans la barque de Pierre avec les Apôtres, sur le lac de Génézareth. Il lui su‘£t d’un mot pour calmer les flots, et le vaisseau continue sa marche ininterrompue, tant qu’il y aura des âmes à sauver pour compléter le nombre des élus. De cela, nous avons la promesse de Jésus-Christ ; et puis, n’avons-nous pas souvent la joie de recevoir des nouvelles de ceux, qui, avant nous, ont eu le bonheur de traverser la vie sur cette barque divine ? N'y a-t-il pas des légions de saints qui sont déjà rendus au ciel ? Nous le savons par leurs miracles souvent renouvelés pendant leur vie et après leur mort. Nous le savons aussi par le témoignage infaillible de l'Eglise qui leur fait rendre un culte public sur les autels.

Quelle différence entre ce vaisseau très sûr de l'Eglise catholique et ces embarcations fragiles et toutes vermoulues, qui représentent les sociétés religieuses séparées de l’Eglise de Jésus-Christ ! A l'extérieur, elles paraissent fortes et solides, à cause de l'appui qu'elles reçoivent des puissances séculaires. Mais comme la construction en est défectueuse ! Pas de corps de doctrine qui se soutienne, ni d'autorité divinement constituée sur laquelle elle s'appuie ; pas de promesses divines qui en garantissent la sûreté ; et puis, des passagers qui s’y abritent, il ne nous vient aucune nouvelle quand ils sont arrivés au terme de la route. Les sectes séparées de l'Eglise catholique n’ont pas de saints. Leur stérilité est complète, et elles sont incapables de donner au ciel ni à la terre le spectacle des vertus qui portent les caractères de a véritable sainteté.

Une remarque qui me parait importante. Il faut bien se garder de: poser des questions ou de faire des objections de manière à faire naître des doutes dons l'esprit des enfants. Il en serait ainsi certainement si, à ces questions ou objections, vous n’opposiez des réponses claires et absolument péremptoires ; il vaut mieux les prévenir et les réfuter d'avance par une exposition claire et solide de la véritable doctrine. Cette remarque a particulièrement son application -quand il s’agit des vérités où nos sens et notre raison ont plus besoin de se renoncer pour faire place à la foi. Vous parlez, je suppose, de la présence réelle de N. S. Jésus-Christ dans l’Eucharistie. Ne posez point une question commme celle-ci : « Est-il bien vrai que Notre- Seigneur est présent dans le sacrement de l’Eucharistie ? D'tes-leur plutôt, par exemple : € Voyons, mes enfants, comme Notre-Seigneur nous fait clairement connaître ve mystère. D'abord, il l'annonce et le promet d'avance à ses apôtres, en leur disant : le pain que je donnerai, c’est ma chair pour la vie du monde... Si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme, et ne buvez son sang, vous n'aurez point la vie en vous... car ma chair est vraiment une nourriture et mon sang, un breuvage, etc. (S. Jean, Ch. VI). Et quand il institua le Saint Sacrement, selon les Evangiles et l’Apôtre saint Paul, Notre-Seigneur prit du pain, le bénit, le rompit et le donna à ses apôtres

Le.

en disant : € Prenez et mangez, ceci est mon corps. Il prit ensuite le calice, le bénit aussi et le leur donna en disant : « Buvez-en tous, car ceci est le calice de mon sang qui sera répandu pour vous, etc.

Notre-Seigneur ne dit pas : « Ceci est l’image de mon corps », il ne dit pas non plus : e Mon corps est dans ce pain ou avec ce pain », comme les protestants le prétendent ; mais : .e Ceci, ce que je vous présente, c’est mon corps», et par sa toute puissance, il opère et produit ce qu'il affirme. Telle a toujours été la foi de l'Eglise.

L'étude de la religion nous offre un grand nombre de ces questions difficiles, et les mystères se présentent à tout moment pour exercer notre foi. D'un autre côté, vous vous trouvez parfois en présence d'enfants à l'esprit raisonneur, doués de peu de droiture et chez lesquels l’enseignement des vérités religieuses ne trouve point de sympathie. Pour peu que ces dispositions se développent, elles font naître une foule de tentations et la foi de ces jeunes chrétiens peut devenir en péril. Ce sera un grand bonheur pour eux si leur première éducation, laissant de fortes empreintes dans leurs âmes, réussit à y étouffer ces germes de doute et d’incrédulité. Il suffira souvent pour cela de rappeler à propos certaines vérités de sens commun, admises de tout le monde. La comparaison qui se fait dans leur esprit les éclaire et fait tomber les préventions.

Vous leur parlez de Dieu et vous dites qu’il est éternel, c'est-à-dire qu'il a toujours existé et qu’il existera toujours, qu’il n’a pas eu de commencement et n'aura point de fin. Dites-leur : « L’éternité, mes enfants, c’est un mystère. Notre intelligence bornée ne peut comprendre comment il peut se faire qu’un être ait existé toujours. Mais vous allez voir que cet enseignement de la religion n’a rien d'étrange. Voyons, Paul, je vais vous faire une question. «Combien y a-t-il de temps que deux fois deux font quatre ? (Remarquez la question. Ne lui demandez pas : combien y a-t-il de temps que deux gouttes d’eau et deux autres gouttes d’eau en font quatre ? Si c'est un espiègle, il vous répondra : « Depuis qu'il y a de l'eau». Et vous ne seriez pas plus avancées.) Mais dites : combien y at-il de temps que deux fois deux. font quatre ?» Il restera un peu surpris, mais il répondra : € Ç’a toujours été comme cela. >—< En êtes-vous bien sûr ? » — « Oui. »—Eh bien, c’est l'éternité. Vous ne le comprenez pas; mais c'est cela. Cette simple question ainsi résolue fera impression sur son esprit et pourra le disposer à acccoter sans difficulté les autres mystères. Cette question des mystères de la foi, il n’est pas indifférent de la traiter ou de la passer sous silence. Il y a en effet une maxime très en vogue parmi les rationalistes et en général tous les incrédules : c’est que l’on ne doit accepter et croire que ce que l’on comprend par la raison, ou que l’on perçoit par les sens. Avec un tel principe, c’en esc vite fait de la religion. Une petite excursion avec les enfants dans le domaine de l'ordre naturel sera suffisant Dour leur montrer l’absurdité de cette doctrine et les prémunir contre les tentations de l'avenir. Dites-leur, par exemple : «y a-t-il des mystères dans la nature, parmi les choses qui vous entourent et que vous voyez tous les jours? Ils répondront diversement, je ne sais pas, ou bien, oui, ou non, sans être sûrs de leurs réponses. Allez plus loin : « Paul, comprenez-vous comment il se fait qu'un grain de blé, d'orge, ou d’avoine, jeté dans la terre au printemps, en produit vingt-cinq, trente, quarante autres à l'automne ?» — Non. — Comprenez-vous comment il se fait qu’un prunier ou un pommier produise des fleurs au printemps, et ensuite des prunes, des pommes, que vous aimez tant à manger ? — Non. Comprenez-vous comment il se fait que votre âme donne à vos yeux la puissance de voir, à vos bras et à vos jambes la faculté de se mouvoir ?— Non. — Ce sont des mystères, n'est-ce pas ? Eh bien, s’il y a tant de mystères dans les choses de la nature,

est-il surprenant qu'il y en ait en Dieu, qui est bien plus grand que la nature, et dans la religion qu’il nous a donnée. Ces mystères qui se passent sous nos yeux, vous les croyez, bien que ne les comprenant pas ; s'il est raisonnable de les croire, pourquoi ne le serait-il pas de croire les mystères que Dieu nous a révélés et qu'il nous enseigne dans la religion.

Si vous voulez rendre vos leçons intéressantes, ne négligez pas les traits historiques ou les exemples en rapport avec les parties du catéchisme que vous expliquez. Ces faits qui nous montrent les préceptes en action, qui nous en font voir l’accomplissement tout à fait proportionné à notre faiblesse, frappent l'esprit des enfants et leur laissent des impressions inoubliables. Les sources où on peut les puiser sont diverses. Les aistoires de l'Ancien et du Nouveau Testamen l'histoire de l'Eglise, les vies des saints en renferment des trésors inépuisables. Il n’y a qu’à les bien choisir pour en retirer les plus précieux avantages. Au reste, l’histoire des rapports de l’huimanité avec Dieu depuis le commencement du monde, c'est-à-dire l’histoire de la religion, est d'une grande force pour nous en prouver la vérité et en démontrer la nécessité. C’est pour cela que dans le programme de l'enseignement religieux, on fait marcher l'étude de l'Histoire Sainte parallèlement à l’enseignement du catéchisme.

Vous avez : -ut-être lu sur les journaux cette étrange question que posait naguère un écrivain féminin, sous forme de critique et de blâme contre cette partie de nos programmes scolaires : € Pourquoi ne met-on pas de côté l'h;.' rire du peuple juif, et ne consacre-t-on pas un temps plus long à l'Histoire tu Canada?» Je ne veux pas dire des mots désagréables à cet écrivain, dont j'aime à croire les imentions bonnes ; mais cette question suppose une grande ignorance du caractère véritable de l'Histoire Sainte que l’on fait étudier dans les écoles. Cette histoire n’est pas seulement l’histoire du peuple juif et ne mérite pas d’être traité avec ce patriotique dédain. L'histoire sainte, c'est l’histoire du monde depuis l’apparition de la lumière à la parole créatrice de Dieu, jusqu’à la venue de Jésus-Christ, * C'est l'histoire de l'humanité depuis son origine la plus lointaine et la plus cachée dans la nuit des temps. N’est-il pas vrai que jusqu’au cirquième siècle environ avant l’ère chrétienne, la famille humaine n’a pas d'autre histoire authentique que celle qui est désignée dédaigneusemen’ sous le nom d'histoire du peuple juif. La religion assurément y occupe la plus grande place ; cela en accroit encore l'importance. On y voit le culte de Dieu durant l’ège patriarchal, sous la forme rudimentaire de la loi naturelle. Il prend une nouvelle forme et de nouveaux développements sous la loi de Moïse. Le Messie promis et attendu y est plus clairement signalé à mesure que se multiplient les figures et les visions inspirées des prophètes.

Ne l'oublions pas, dans les plans de la Providence, l'Ancien et le Nouveau Testament sont unis par des liens indissolubles. L'un prépafe l’autre, et le dernier complète et réalise ce qui est annoncé dans le premier. L'unité de la religion dans la variété de ses formes s'y révèle d'une manière évidente ; et alors, on comprend le sens profond de cette sentence de saint Paul. : Christus, heri, hodie, ipse et in sœcula (Hebr. 13, 8). Oui, Jésus-Christ était hier, tout l'Ancien Testament était rempli de Lui. Il est aujourd'hui ; la Loi nouvelle nous le donne et nous le montre dans son existence réelle, visible, et dans l’accomplissement de sa mission ; il continuera à remplir les siècles, parce que son règne n'aura point de fin.

C'est ce Seigneur Jésus-Christ, Sauveur du monde, que vous avez mission de faire connaître et aimer par vos enfants. Jugez par là, mes chères Sœurs et Mesdames, de l'importance de vos fonctions, et réjouissez-vous parce que vous acquérez des droits tout particuliers à cette récompense promise par Jésus-Christ lui-même, lorsqu'il

dit : « Celui qui me confessera devant les hommes, moi, à mon tour, je le confesserai devant mon Père qui est dans les cieux. »

Il est temps de terminer ce discours. Je me suis appliqué à vous tracer les principes d’après lesquels vous devez donner l’enseignement religieux dans vos écoles. J'ai voulu surtout faire ressortir l'esprit dont cet enseignement doit être animé, pour former les jeunes âmes à une vertu solide, et exciter en elles les sentiments qui feront la plus grande consolation de leur vie. D'abord, je vous ai rappelé la nécessité de donner cet enseignement dans les classes. Je vous ai dit en second lieu, comment vous devez vous appliquer à développer l'esprit de fc', et à faire aimer ia religion, l'Eglise, ses préceptes, ses pratiques, comme il convient aux vrais enfants de Dieu. Enfin, quelques notions de pédagogie catéchistique, dont la mise en pratique vous aidera à obtenir le résultat désiré. Ne croyez pas pour cela que je veuille vous rendre plus diffiile l'enseignement de la doctrine chrétienne, ni exiger plus que vous ne pouvez raisonnablement faire. Ne vous laissez pas aller non plus à cette idée que je veux vous enseigner l’art de faire des sermons dans vos classes, et vous y faire jouer le rôle de prédicantes. Cette pensée est loin de moi ; mais il me semble que l’on tomberait dans un excès contraire, si on voulait porter dans l’enseignement du catéchisme un cœur froid et sec, comme dans les leçons de grammaire, de mathématiques ou de chimie, Vous ne devez pas faire de sermons ; mais une courte exhortation pieuse faite aux enfants, à l’occasion du catéchisme, surtout en certains jours, à l'approche de certaines fêtes, a bien sa place dans la bouche d’une institutrice cacholique. Ces quelques mots d’édification les détournent du mal, les excitent à la vertu et produisent ainsi, pour leur plus grand bien, les conséquences pratiques de l’enseigñement de la religion et de toute véritable éducation.

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