PLEUREZ, MAIS RESTEZ BIEN SOUMIS À LA VOLONTÉ DE DIEU
Et voilà (donc) que, sous le bon plaisir de la Providence divine, il est parti de ce monde (ce cher défunt), pour aller en celui qui est le plus désirable, et auquel il nous faut tous aller, chacun en sa saison ! Il y a & longtemps que vous êtes apprise à l’école de Ia Croix, que non seulement vous acceptez celle-ci patiemment, mais, je m'assure, doucement et amoureusement, en considération de Celui qui porta la sienne jusques à la mort, et de Celle qui, n'ayant qu'un Fils, mais Fils d'amour incomparable, le vit mourir sur la croix, avec des
yeux pleins de larmes, et un cœur plein de douleur, mais de douleur suave et douce, en faveur de votre salut et de celui de tout le.monde.
La vraie science de Dieu nous apprend (en effet), sur toutes choses, que sa volonté doit ranger notre cœur à son obéissance et à trouver bon, comme en effet il est très-bon, tout ce qu’elle ordonne sur les enfants de son bon plaisir. Vous serez, je m'assure, de ceux-là, et, selon ce principe, vous acquiescerez douere.
ment et humblement, quoique non sans sentiment de douleur, à la miséricorde dont il a usé en vers votre cher défunt, qu’il a retiré dans le sein de sa bienheureuse éternité,
Les peines considérées en ellesmêmes, ne peuvent, certes, être aimées ; mais regardées en leur origine, c'est-à-dire en la providence et volonté divine qui les ordonne, elles sont infiniment gimables, Sile grand
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Abraham eût vu, hors la volonté de Dieu, la nécessité de tuer son fils, pensez combien de peines et de convulsions de cœur il eût souffertes |! mais la voyant dans le bon plaisir de Dieu, elle lui est toute d’or et il l’embrasse tendrement. (C'est dans ce même sentiment de soumission à la volonté de Dieu que) David affligé disait. à Notre Seigneur : ‘J'ai fait le muet et n'ai dit mot ; parce que c'est vous, Ô mon Dieu, qui m'avez envoyé la peine que je souffre. ” disait : Si un autre que vous m'avait envoyé cette aflliction, je ne l’aimerais pas, je la rejetterais ; mais puisque c'est vous, je ne dis plus mot, j'accepte, je la reçois, je l honore, Le cœur qui s’unit au cœur de Dieu ne peut s'empêcher d’aimer et d’accepter enfin amoureusement les traits que sa main décoche sur lui.
Vous protestez tous les jours et priez Dieu que sa volonté s'accom-
Comme s’il
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plisse en la terre comme au ciel; que vous reste-t-il à faire, qu'à vous ré:
soudre courageusement, à vous conduire en ce pêélerinage par les voies qu'il plaira à la Majesté divine de vous tracer ? |
Les pensées des hommes sont vaines et inutiles en elles:mêmes.
Dieu seul est le maitre et le consolateur des cœurs ; c’est lui seul qui apaise les âmes de bonne volonté ; et il met son bon plaisir aux âmes qui, selon sa bonne volonté, espèrent en lui. Il faut entrer en cette admirable Providence de Dieu et s’apaiser en ses ordonnances, Le grand saint Maurice, patron de la Touraine, vit tuer toute sa chère légion devant ses yeux; et on peut dire qu'il souffrait autant de fois le martyre du cœur qu'il vit martyriser et meurtrir,. Quand pour l'amour de Dieu nous vuyons mourir, acquiesçons à la mort de ceux que nous chérissons,
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l'outes choses considérées, il faut accommoder nos mœurs à la condi:
tion de Ia vie en laquelle nous| sornmes ; c’est une vie périssable et mortelle : et là mort qui domine sur cette vie ne tient point de train ordinaire : elle prend tantôt ici, tantôt Jà, sans choix ni méthode quel:
conque, les bons parmi les mauvais, et les jeunes parmi les vieux.
Cependant, nous ne saurions em:
pêcher notre pauvre cœur de ressen:
tir la condition de cette vie, et la perte de ceux qüi y étaient nos délicieux compagnons ; mais il ne faut pourtant pas dementir la solen:
nelle profession que nous avons faite de joindre inséparablement notre volonté à celle de notre Dieu.
H faut aller plus loin et élever le cœur en haut, ainsi que «it l'Eglise.
Ce cœur généreusement relevé est toujours humble, car il est établi en Ja vérité, et non en la vanité ; il est
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doux et paisible, car il ne tient pue compte de ce qui le peut trouler; mais quand je dis qu'il est doux et paisible, je ne veux point dire qu'il n’ait point de douleur ni de sentiment d’affliction. Non, certes, je ne dis pas cela; maisje dis que les souffrances, les peines, les tribulations, sont accompagnées d’une si forte résolution de les souffrir pour Dieu, que toute .
cette amertume, pour amère qu'elle soit, est en paix et tranquillité.
Il faut donc que votre cœur souffre l'absence dès maintenant de votre bon (défunt), puisque ia Providence divine l’a tiré à soi et mis hors de cette chétive vie mortelle, en laquelle nous vivons en mourant et mourons continuellement en vivant; car la grâce que Dieu nous a faite de le vouloir servir, vous oblige à vous consoler en Lui; et les filles de l’amour de Dieu ont tant de confiance en sa bonté, que jamais elles ne se dé-
solent ; ayant un refuge auquel elles trouvent tout contentement. Tant que nous pouvons lever les yeux et regarder en la Providence cé':ste, l'ennemi ne nous saurait accabler.
Il faut que je dise ce petit mot de confiance. Il n’y a pas un homme au monde qui ait le cœur plus tendre et plus affectionné aux amities que moi, et qui ait le sentiment plus vif aux séparations ; néanmoins, je tiens pour si peu de chose cette vanité de vie que nous menons, que jamais je ne me retourne à Dieu avec plus de sentiment d'amour que quand il m’a frappé ou quand il a permis que je sois frappé.
Oui vraiment, je pleure aussi bien, . moi, en telles occasions; et mon cœur.
de pierre dans les choses célestes, verse des larmes abondantes pour ces sujets; mais je dis: Dieu soit loué!
toujours, et toujours avec un grand sentiment d’amoureuse dilection en-
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vers la providence de Dieu ; car depuis que Notre Seigneur a aimé la mort et qu'il a donné sa mort pour objet à notre amour, je ne puis vouloir mal à la mort ni de mes sœurs ni de personne, pourvu qu’elle se fasse en lamour de cette mort sacrée de mon Sauveur.
En somme, vous voilà au vrai essai de la fidélité que vous devez à Dieu, auquel vous avez si souvent résigné tout ce qui vous arriverait. Dieu vous a visitée pour l'épreuve de votre constance et fidélité. Il a plu à sa Providence de retirer de ce isérable monde cette bonne âme pour l’avoir, comme j'espère fort assu- ‘ément, auprès de soi en sa main roite. Confessons que Dieu est bon et que sa miséricorde est à l’éternité. Toutes ses volontés sont justes, et tous ses décrets équitables; son bon plaisir est toujours saint et ses ordonnances très aimables. C’est lui
qui veut ainsi exercer notre cœur ; ce n'est donc pas une rigueur, c'est une douceur. Que notre volonté ne soit pas faite, mais l4 sienne toute sainte, Mon Dieu ! ne faut-il pas en tout et partout adorer cette suprême Providence de laquelle les conseils sont saints, bons et très aimables ?
C'est en ces occasions, dans les:
quelles, avec un saint amour, il faut suavement acquiescer au bon plaisir du doux Jésus. N'est.il pas raisonnable que la très sainte volonté de Dieu soit exécutée, aussi bien aux choses que nous chérissons, comme aux autres. Dieu soit encore loué en cet endroit! Dieu nous donne, Dieu nous ôte: son saint nom soit béni! Oui, vous êtes béni, car tout ce qui vous lait est bon. Laissons prendre à Dieu ce qu'il lui plait, et le remercions de ce qu’il nous laisse, et encore plus de ce qu’il nous rendra le tout avec une usuré non pareille le jour
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où nous verrons s& face. Bienheureux sont ceux quin’estiment jamais avoir rien perdu de ce que Dieu a reçu en sa grâce.
O Dieu! laissons nos enfants à la merci de Dieu qui a laissé le sien à notre merci. Offrons-lui la vie des nôtres, puisqu'il a donné la vie du sien pour nous, Dieu vous doit être pour fils, pour père, pour mère; pour frère, pour tout, eu la présence duquel si vous vivez toujours en innocence, au moyen de la grâce vous obtiendrez un jour le Paradis.
Ce fut Dieu qui vous donna (celui que vous pleurez) : c'est lui qui l'a repris et retiré à soi; (ne craignez rien ;) il est obligé de vous être propice dans les affiotions que les justes affections qu'il vous avait élargies vous causeront désormais en cette privation.
Faites en sorte que ce soit Dieu qui soutienne votre esprit et lui soit
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refuge et support ; d'autant que votre esprit, comme celui du reste des hommes, ne voyant pas les fin et intention pour lesquelles les choses arrivent, il ne les reçoit pas en la façon qu'il les sont. Or cette souveraine bonté s’inclinera certainement vers vous et viendra dans votre cœur pour l'aider et secourir en cette tribula- ‘tion, si vous vous jetezentre ses bras et vous réfugiez en ses mains patetnelles,
Et, croyez-moi, les paroles intérieures que Dieu dit au cœur affligé qui recourt à sa bonté sont plus douces encore que le miel et plus salutaire Ks le baume le plus précieux.
Regardez-le donc avec les yeux de votre foi, et accoisez en cela votre âme. Prenez les bandelettes de Notre Seigneur, ou son suaire, et essuyez vos larmes avec cela. Vous serieztrop téméraire, si vous prétendiez être exempt des secousses que l'incons-
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tance de cette vie donne de temps en temps aux hommes. Le divin Epoux de nos Âmes veut que nous regardions tous nos événements dans le sein de sa céleste providence, et que nous Jjetions nos affections en l'éternité, où nous nous reverrons tous pour ne plus jamais être séparés.
Pour moi, Je ne veux point vous présenter d'autre consolation que Jésus-Christ crucifié, à LA vue duquel votre foi vous consolera ; car : aprôcette mort du Sauveur, Loirte Hoi!
est heureuse à ceux qui meurent das le sein et avec le secours de la sainte Eglise ; etquiconque se glorifie en 11 mort de Notre Seigneur, jamais il ne se désolera en la mort de ceux qu'il a rachetés et reçus pour siens.
Prononcez de tout votre cœur la protestation filiale que Notre-S:igneur nous a enseignée : «Oui, pêre ternel; car ainsi vous a-t-il plu de faire, et il est bon qu'il soit ainsi ;!
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et mettez votre cœur, je vousen prie, aa pied de la Croix, et acceptez la mort et la vie de tout ce que vous aimez pour lJ’amour de Celui qui donna sa vie et reçut [Ia mort pou vous, |
En somme, il faut s'accommoder à la nécessité et la rendre utile à notr félicité future, à laquelle nous n pouvons ni ne devons aspirer que pa <e chemin de croix, d’épines, d’afüic tions.
J'estime que vous avez tant de cha rité et de crainte de Dieu, que, voyan son bon plaisir et sa sainte volonté vous vous y accommoderez et adouci rez votre déplaisir par la considéra tion des maux de ce monde, |
Je ne laisse pas d'espérer qu’apr tant de considération que vous ave faites sur la vanité de cette vie ets la vérité de la future, après tant « protestations de vouloir être irrév ‘sablement attachée à la suite de I
Providence céleste, vous ne trouviez une parfaite consolation au pied de la croix de Notre Seigneur, où la mort nous a été rendue meilleure que la vie; et cette 1llusion de la vie de ce monde n'aura pas eu le crédit, je m'assure, de vous faire démarcher des résolutions que Dieu vous fit prendre sur les évènements d'autrefois.
Si la foi de la vie éternelle règne en nos esprits comme elle doit, nous devons être grandement consolés, Que bienheureux sont ceux qui se réjouissent d’être affligés et qui convertissent l’absinthe en miel!
Que si (après avoir tout considéré), quelque reste de tristesse. pousse encore votre esprit pour le départ do cette douce âme, jetez-vous (ainsi) le cœur devant Notre Seigneur crncifié, et demandez-lui secours; il vous ie donnera, et vous inspirera. la pensée et le ferme propos de vous bien préparer pour faire à votre:tour, à
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l'heure qu'il a marquée, ect épouvantable passage en sorte que vous arri.
viez heureusement au lieu où nous devons espérer parvenir.
Soyez done bien consolée, et si votre cœur ne peut s’empècher d’avoir une vive peine en cette séparation, faites au moins qu'elle soit tellement modérée par l’acquiescement que nous devons au bon plaisir de notre Sauveur, que sa bonté ne soit point offensée.
Qu'est-ce que nous ferons ? Nous nous résignerons entièrement et sans réserve à la bonne volonté de Notre Seigneur. Nous remettrons purement et simplement à sa providence la mort et la vie de tous les nôtres, pour faire survivre les uns aux autres, et à nous, selon son bon plaisir; assurés que nous sommes que, pourvu que su souveraine bonte soit avec nous, et en nous. et pour nous, il nous tuffit très-abondamment.
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Ma chère fille, ramassons bien notre esprit dans notre cœur, et rangeonsle au devoir qu’il a d’aimer très uniquement Dieu; et ne lui permettons aucun amusement frivole, ni pour ce qui se passe en ce monde, ni pour ce quise passe en l’autre; mais, ayant départi aux créatures ce que nous leur devons d'amour et de charité, rapportons tout à ce premier amour magistral que nous devons au Créateur, et conformons-nous à sa divine v olonté.
Nous pâtissons, nous souffrons, nous mourons AVEC CEUX QUE NOUS AÏMONS, par la dilection qui nous tent à eux; et quand ils souffrent et meurent en Notre Seigneur. et que nous acquiesçons en patience à leurs soufirances | et trépas pour l’amour de Celui qui, pour notre amour, a voulu souffrir et mourir, nous souffrons et mourons avec eux, Tout cela bien ramassé, ma très chère fille, sont des richesses
spirituelles incomparables; et nou
les connaiïitrons un jour quand, pou
ces légers travaux, nous verrons de récompenses éternelles.
Je prie Dieu qu’il vous soulage lui même de sa sainte consolation, e qu’il vous fasse ressouvenir, en cett occasion, de toutes les résolution qu'il vous a jamais données, d’ac quiescer en toutes occurrences à 8 très sainte volonté. Or sus, consolon nos cœurs le mieux que nous-saurons et tenons pour bon tout ce qu’il a pl à Dieu de faire, car aussi tqut ce qu’i a fait est très bon.
A lui sont honneur, gloire et béné diction ! Dieu soit béni en la viee
en la mort des siens |
Et maintenant, je vous dresserai Dieu aidant, quelque petit exercic pour notre chère volonté divine; ] dis notre, car si nous ne voulons qu ce que Dieu veut, sa volonté et 1
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hôtre no sont qu’une volonté. Oh!
quel bonheur, ma chère fille!
‘“ Votre volonté soit faite en Ia terre comme au ciel! Oui, Seigneur, votre volonté soit faite en la terre, où nous n'avons point de plaisir sans mélange de quelque douleur, point de roses sans épines, point de jour sans la suite d’une nuit, point de printemps sans qu'il soit précédé de l'hiver; en la terre, Seigneur, où les consolations sont rares et les travaux innombrables. O Dieu! néanmoins, que votre volonté soit faite, non seu« lement en l'exécution de ves com:
mandements, conseils etinspirations, qui doivent être pratiqués par nous, mais aussi en la souffrance des afflictions et peines qui doivent être recues en nous; afin que votre volonté fasse par nous, pour nous, en nous, et de nous tout ce qu'il lui plaira. Oui, Seigneur Jésus, faites tout à votre
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wré de notre cœur, car nous n’ÿ voulons ni part ni portion, mais nous vous le donnons, consacrons et sacrifions pour jamais.”?
PLEUREZ, MAIS SOULAGEZ-LES ; ET ENSUITE ILS VOUS PROTÉGERONT DU HAUT DU CIEL.
Il est (ce cher défunt) hors du pèlerinage plein de tantde travaux ; il est arrivé au lieu de son assurance ; et, s’il ne possède pas encore la vie
éternelle, il en possède la certitude, et nous contribuerons par nos prières à la réception de son bonheur.
Il n’est pas, (d’ailleurs), si loin que nous pensons. Nous nous en allons, et nous sommes plus assurés de la présence de nos chers amis qui sont là-haut, que de ceux ani sont ici-bas ; car ceux-la nous attendent, et nous allons vers eux ; ceux-ci nous laissent aller, et retarderont le plus
qu'ils pourront après nous ; et, s'ils vont comme nous, c’est contre leur gré. Oh ! si une fois nous avions notre cœur bien engagé à cette sainte et bienheureuse éternité ! Allez (dirons-nous à tous nos amis), allez, chers amis, allez à cet Etre éternel ; à l'heure que le roide l'éternité nous a marquée, nous y irons aussi après vous.
Et puisque ce temps ne vous est donné que pour cela, et que le monde ne se peuple que pour peupler le ciel, quand nous allons là, nous faisons tout ce que nous avons à faire.
Soyez bien assuré que les amitiés saintes, commencéesen cette vie, se continueront dans l’autre éternellement. Si cela est ainsi, comme il est vrai qu'il est, ô mon Dieu |! quel contentement recevrons - nous en voyant ceux que nous aurons Si chèrement aimés en cette vie ! En cette éternité, nous jouirons do nou-
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eau de la socièté des nôtres, sans amais en craindre la séparation. Ce era là où nous accomplirons et parerons sans fin ces bonnes et chréiennes amitiés que nous n'avons fait ue commencer en ce monde, O Dieu! quelle consolation recevronsnous en cette conversation céleste ue nous aurons les uns avec Îles autres |
Ayons done doucement patience, pour ce peu de temps que nous avons à vivre ici-bas sans (eux), puisque nous avons espérance de demeurer avec eux éternellement au ciel, en une société indissoluble et invariable. Petit à petit, Dieu nous sèvre des contentements de ce monde; il faut donc plus ardemment aspirer à ceux de l’immortalité, tenir nos cœurs élevés au ciel où sont nos prétentions, et où nous avons désormais une grande partie des âmes que nous chérissons le plus.’
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Vivez en des pensées généreuses et magnifiques, qui vous tiennent attachée à cette éternité et à cette Providence sacrée qui n’a disposé ces moments mortels que pour cette vie éternelle. Regardez Dieu et (cette) éternité, en laqueiie toute vos pertes seront réparées, et notre société, désunie par la mort, sera restaurée.
Etendez souvent votre vue jusqu au ciel et voÿez que cette vie n’est qu’un passage à celle que l’on vit là. Voilà comme, rang à rang, nous passons le fleuve du “Jourd ain, pour entrer en la terre de promission où Dieu nous appelle les uns après les autres ; Car’ nous n'avons de vie en ce monde que pour aller à celle du paradis, à laquelle nous avançons de jour en jour, et ne savons pas quand ce sera le jour de notre arrivée. Cela suftit bien pour nous consoler, car enfin en peu de jours, ou
tôt ou tard, nous suivrons (nos amis)
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en ce passage ; quatre où cinq mo:
ments d'absence 2seront bientôt passés, toutes nos pertes et nos séparations né sont que pour ce petit moment.
Oh ! vraiment pour si peu que cela, il faut avoir patience. Non-senlement nous espérons, mais nous aspirons à cet heureux repos.
Ne nous fâchons pas, nous serons bientôt tous réunis ! Nous allons incessamment et tirons pays du côté où sont nos trépassés, eten deux où trois moments, nous y arriverons, pensons seulement à bien marcher et à suivre tout le bien que nous aurons reconnu en eux.
Et puis, ayons patience, et attendons courageusement que l'heure de notre départ sonne pour aller où ces amis sont déjà arrivés ; et puisque nous les avons aimés cordialement, persévérons à les aimer : faisons pour l'amour d'eux ce qu'ils ont désiré
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que nous fissions, et que maintenant ils souhaitent pour nous.
Vous êtes quasi sur le départ, pour aller où est (ce cher défunt) ; mais en attendant de faire voile, apaisez votre cœur par la considération de la très sainte éternité, en laquelle il est, et de laquelle vous êtes proche. Et au lieu que vous Jui ecriviez quelqueïois, parlez à Dieu pour Jui, et il saura promptement tout ce que vous voudrez qu'il sache, et recevra toute l'assistance que vous lui ferez par vos vœux et vos prières, soudain que vous l’aurez faite et livrée entre les mains de sa divine Majesté.
Prenons (aussi) en gré, je vous prie, cette petite attente qu'il nous faut faire ici-bas ; et au lieu de multiplier nos soupirs et noslarmes sur lui, répandons-les pour lui devant Notre Seigneur, afin qu’il lui plaise de hâter sa réception entre les bras
de sa divine bonté, si déjà il ne lui a fait cette grâce.
La prière pour les trépassés a été faite par toute l'ancienne Eglise. Les suffrages et les bonnes actions des gens de bien vivants les peuvent beaucoup soulager et leur sont profitables, puisque tous ceux qui décèdent ex la grâce de Dieu et qui par conséquent sont du nombre de ses élus, ne vont pas toujours de pre.
mier abord en Paradis; mais plusieurs vont en Purgatoire, où ils souffrent en satisfaction uñe peine temporelle, que nos prières et nos bonnes œuvres, faites en bonne disposition, peuvent aider et servir très utilement.
C’est l'ordinaire de toutes les factions de notre âge, de se moquer du Purgatoire et de mépriser les pires qui se font pour les irépassés mais l'Eglise catholique s’est opposée vivement à tous ses ennemis,
chacun en son temps, Elle a l’Ecriture Sainte en main, de laquelle nos devanciers ont tiré plusieurs belles preuves, car elles nous apprennent que les aumônes, les prières et autres saintes actions peuvent soulager les défunts. C’est la principale pensée que nos amis décédés requièrent de nous, en laquelle je vous supplie de vous entretenir.
Mais cette prière pour nos chers défunts doit être faite suavement, bannissant de notre cœur le désir inquiet de savoir (où ils sont). C’est l'ardeur et force de votre cœur à aimer et chérir ce qu'il aime, qui vous fait tant parler à Notre Seigneur de ce cher trépassé, et qui vous porte à es désirs de savoir où il est.
Or, ma chère fille, il faut réprimer ces élancements : et quand vous surprendrez votre esprit en cet amusement, il faut soudain, et même avec des paroles vocales, vous retourner
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du côté de Notre Seigneur et lui dire ou ceci ou chose semblable :
O Seigneur, que votre Providerce est douce ! que votre miséricorde est bonne ! Hé ! que cet enfant est heureux d’être tombé entre vos bras paternels. Car si vous perm'ettez à votre âme de s’amuser à cet objet qui lui est si cher, jamais elle ne s’en voudra ôter, et, sous prétexte de prières de piété, elle s’étendra à Certaines complaisances et salis- . factions naturelles qui vous ôteront le loisir de vous employer au tour de l’objet surnaturel et souverain de votre amour. [l faut certainement se modérer en ces ardeurs des affections naturelles, qui ne servent qu’à troubler notre esprit et à détourner notre cœur.
J1 faut entrer dans cette admirable Providence de Dieu, et s’accoiser en ses ordonnances, avec une sainte conflance qu’elle aura eu soin de cette
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bonne âme. Si néanmoins le secret inscrutable de notre Dieu l’avait encore confinée pour quelque temps au séjour du purgatoire,donnons-lui nos prières et oraisons, nos jeûnes et nos veilles, et tout ce que nous pouvons et surtout des saints sacrifices, afin qu'ils lui soient appliqués.
Non seulement nous devons prier pour ces chers défunts, mais aussi nous devons tenir pour certain qu'ils prient pour nous et répandent mille souhaits sur notre vie afin qu’elle soit de plus en plus conforme à la volonté céleste, et que, par elle, nous puissions gagner celle dont ils jouissent.
Or, ces âmes, nous aimant parfaitement, non-seulement nous désirent, mais aussi nous procurent les grâces de Dieu, poussées par le motif de l’amour et de la charité qu’elles ont pour lui ; d'autant que l'amour du prochain procède et naît de l’amour de Dieu, . comme de sd source ; et de là vient
le désir très ardent qu’elles ont que sa divine miséricorde nous donne sa grâce en ce monde et la gloire dans l'autre.
Mais les saints ont encore un autre motif qui leur fait souhaiter et demander à Dieu qu’il nous donne sa grâce ; c'est qu'ils voient le grand désir qu’il a de nous la départir, ce qui fait qu'ils nous la désirent et procurentavecun amour d'autant plus grand qu’ils le voient grand en Dieu. Et c’est là leur principal et plus excellent motif; car voyant que nous avons été créés pour la gloire éternelle, et que c’est pour jouir de cette gloire que sa divine bonté nous a rachetés, et qu’il ne désire rien tant que nous jouissions du fruit de notre rédemption, ils conforment leurs désirs à celui de sa divine Majesté, en procurant notre salut, autant qu’il leur est possible, par leurs prières et intercessions. De sorte que vous avez de quoi espérer que (votre
; | cher défunt) vous assistera même de la terre des bienheurenx,
Car ne pensez pas que, quoique les saints soient au ciel, et que nous soyons en terre, cela empêche la com- .munion et participation que nous avons avec eux ; Ô non, certes ! Îa mort n’a pas le pouvoir de faire cette désunion. Nous n'avons tous qu’un même chef qui est Jésus-Christ, et notre union étant fondée en lui,la mort n'aura jamais aucun pouvoir de la rompre : Quis nos separabit a charitate Christi ? Qui est-ce qui nous séparera de la charité de Jésus-Christ ? disait saint Paul. Je suis certain que ni les anges, ni les vertus, ni le ciel, ni la terre, ni l'enfer, ni chose quelconque ne nous pourra jamais séparer de la charité de Dieu qui est en Jésus- Christ. Or, cette charité n’est autre que la communion des saints, avec lesquels nous sommes maintenant unis d'esprit ; et quand nous mourrons, si
da DS ie
Dieu nous fait la grâce d’être sauvés, nous serons plus unis avec eux que nous n’aurons jamais été ici bas en terre.