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Mon Dieu ! que je suis embarrassé ! M. Jean Longnon, sans crier gare, est venu me demander un article sur Stendhal pour la Revue critique, non pas la Revue critique d'Histoire et de Littérature à laquelle j'ai jadis collaboré assidûment, mais à la Revue critique des Idées et des Limbes, qui, pour un homme de mon âge, est une revue jeune. Que dire sur Stendhal que l'on ne connaisse déjà ; on a traité de Stendhal diplomate, Stendhal mathématicien, Stendhal socialiste, Stendhal militaire, Stendhal économiste, Stendhal académicien — il n'a occupé quele4ie fauteuil de l'Académie — Stendhal par-ci, Stendhal par-là. Que de Stendhal ! mon Dieu ! Que je suis embarrassé ! Je n'ai qu'un moyen de sortir de cette situation difficile : c'est celui qui est le plus commode pour les vieillards à court de sujet : raconter quelques souvenirs personnels. Voilà pourquoi j'ai
remis à M. Jean Longnon, fils de mon regretté ami et confrère, Auguste Longnon, ce bavardage, cette causerie à bâtons rompus, at random, diraient les Anglais.
Pendant l'été de i885, j'étais allé passer quelques jours à Grenoble, sous le fallacieux prétexte de suivre les travaux de l'Association française pour l'avancement des sciences ; en réalité, pour visiter le Dauphiné, où m'attiraientles charmes d'une nature grandiose. Pendant mon séjour à Grenoble, ma curiosité habituelle me conduisit au Musée et à la Bibliothèque qui ne tardèrent pas à absorber la plus grande partie de mon temps. J'étais tombé sur la série des volumes qui renferment les manuscrits de Stendhal. La figure un peu énigmatique de Beyle, son caractère complexe, contraste frappant avec la nature de son pays, objet de l'étude d'un très petit nombre de lettrés, ne pouvaient manquer d'intéresser un curieux comme moi, et je me plongeai avec délice dans cet amas formidable de papiers de tous formats, couverts d'une écriture pressée, parfois illisible, qui renfermait, plus que les ouvrages parus jusqu'alors, la pensée de l'écrivain. J'en fis un inventaire sommaire, puis je cueillis à droite et à gauche ce qui attirait le plus mon attention et je rapportai mon butin à Paris, sans m'inquiéterde ce qu'il adviendrait plus tard du résultat de mes recherches dans la bibliothèque de Grenoble. Je n'avais pas manqué de relèvera l'Hôtel de Ville, dans le onzième registre de la paroisse Saint-Hugues, 1778 à 1783, l'acte de baptême du 24 janvier 1783 de « Marie Henry » né la veille, « fils légitime de noble Chérubin- Joseph Beyle, avocat auPaiiement, et de dame Caroline- Adélaïde-Henriette Gagnon ». Beyle était né, en effet, le 23 janvier 1783, rue des Vieux-Jésuites, aujourd'hui rue
Jean-Jacques-Rousseau. J'avais ajouté à ma collection une copie du portrait de Stendhal par Alfred Dedreux d'Orcy, conservé au musée de Grenoble ; c'est une aquarelle exécutée par un artiste local de talent, Louis Vagnat, mort depuis.
Ces documents sommeillaient dans un carton, lorsqu'en 1888, un de mes amis ayant des attaches avec un périodique qui n'eut qu'une vie éphémère, la Revue universelle illustrée, me demanda un article. Je pensai à Beyle et donnai deux articles intitulés : Notes sur Stendhal et ses amis par un curieux. A propos du Journal et des documents inédits ; le premier seul parut dans le numéro de la revue du mois d'octobre 1888 ; je conservai le second en placards. Cette publication me valut la visite de mon homonyme, M. Auguste Cordier, qui n'est pas mon parent, quoique né comme moi, chose curieuse, à la Nouvelle-Orléans. Il est l'auteur d'ouvrages très originaux, insuffisamment connus, la Bague Noire, la Tour du Nord, un almanach illustré de Jeanne d'Arc, conçu sur le plan des almanachs de Munich. M. Auguste Cordier avait été très lié avec la famille de Romain Colomb, exécuteur testamentaire de Stendhal, dont il possédait un grand nombre de papiers. M. Auguste Cordier n'avait pas encore utilisé ses documents et Stendhal et ses amis lui donna l'idée d'écrire, en 1893 : Stendhal raconté par ses Amis et ses Amies ; depuis lors, il a publié un certain nombre de pièces inédites, en particulier dans Stendhal raconté par lui-même qui renferme quatorze testaments olographes, s'étendant sur une période de quatorze années, de 1828 à 1840, les budgets de Stendhal, comment avait vécu Stendhal. Je n'hésite pas à dire que je place les publications de M. Auguste Cordier parmi les plus in-
téressantes et les plus importantes relatives à notre écrivain. M. Auguste Cordier a fait don de ses papiers à M. Casimir Stryienski.
L'article de la Revue universelle fut le point de départ de mes relations avec ce dernier qui vint me voir. M. Casimir Stryienski, jeune professeur d'anglais à Grenoble, s'était à son tour passionné pour Stendhal ; il avait copié une grande partie des documents de Beyle conservés dans la bibliothèque de la ville et venait de publier le Journal dont j'avais loué la publication. Tour à tour, M. Stryienski a donné, d'après les manuscrits inédits, le Journal de Stendhal (1810-1814) en 1888, la Vie de Henri Brulard en 1890 et les Souvenirs d'égotisme en 1892, qui ont renouvelé complètement l'histoire de la vie de Beyle dont ces ouvrages constituent une véritable autobiographie. Jusqu'alors on ne possédait guère, pour la biographie de Stendhal, que la notice de Romain Colomb, l'article d'Auguste Bussière dans la Revue des Deux Mondes, le fameux//. B. de Mérimée et le livre de l'Anglais Paton. Depuis, M. Stryienski a publié un grand nombre de notes sur Stendhal qu'il a négligé, dans les dernières années de sa vie, pour se livrer à des études historiques, fort intéressantes d'ailleurs. On sait que, le 3 août dernier, il fut victime d'un terrible accident d'automobile.
Sur ces entrefaites, Paul Calmann-Lévy, sur le conseil de notre ami commun, le vicomte de Spoelberch de Lovenjoul, me demanda d'écrire une préface pour les Lettres intimes adressées par Beyle à sa sœur Pauline, appartenant à M. Lesbros-Bigillion, petit-neveu par alliance de Stendhal. L'éditeur pensait qu'il y aurait probablement des coupures à pratiquer dans ces lettres que je trouvais fort ennuyeuses. « Quand il écrit à cette
sœur qu'il n'oublie dans aucun de ses testaments, ni dans aucun des actes sérieux de sa vie, ai-je dit alors, ce n'est plus un militaire, un diplomate, un artiste qui parle : c'est un sérieux professeur, un pédant même ; ce n'est plus un frère, mais un oncle grognon. Quand il écrit à cette sœur, il ne conseille pas, il ne gronde pas, car il n'y a pas matière à gronderie, il ronchonne ; tranchons le mot : quand il écrit à sa sœur, il est mortellement ennuyeux. Aussi cette correspondance avec sa sœur ne formera-t-elle pas un de ces ouvrages que le délicat de lettres exhume pour s'en délecter devant les flambées solitaires d'hiver ou dans les clairs de lune rêveurs d'été, c'est, dirait un de nos romanciers actuels, un document humain, document pour servir à l'histoire d'une époque difficile et à celle d'un esprit bizarre. »
« Et cependant, combien cet homme nous laisse entrevoir « l'humour » qu'il aurait pu déployer s'il n'avait pas eu peur, pendant cinq minutes seulement, de voir paraître devant lui le fantôme flottant du ridicule. Il parle de YEsprit des lois à cette gamine qu'il traite quelques instants plus tard de petite imbécile ; il l'appelle petite bringue après l'avoir rasée avec Montaigne. Mais l'homme est ainsi fait d'antithèses, et quand il ne veut pas être lui-même, il grossit encore ses contradictions apparentes. Stendhal, qui adorait le vrai, a voulu se montrer trop souvent artificiel ; il est peut-être plus curieux, mais étant moins génial, il diminue d'ampleur. »
Je ne pratiquai pas de coupures, et proposai à Calmann-Lévy de placer mes notes en tête du volume, mais elles formaient un tel contraste avec les lettres qu'il fallut y renoncer, et les Lettres intimes parurent en 1892, sans ma préface. Je m'étais décidé à imprimer
mes notes à part sous le titre de Stendhal et ses amis en un volume in-40, tiré à petit nombre, dont Charles Hérissey, d'Evreux, termina l'impression le 3 1 janvienScp. Le volume renfermait un grand nombre d'illustrations, de fac-similés d'autographes, etc., et la couverture portait le célèbre médaillon de Henry Beyle, par David d'Angers (1829), dont j'ai prêté le cliché pour la brochure relatant l'inauguration du monument funéraire de l'écrivain au cimetière Montmartre, le 19 juin 1892. J'avais porté sur Stendhal plusieurs jugements qu'il ne me semble pas devoir modifier aujourd'hui ; j'ai dit entre autres choses que « Beyle et Mérimée étaient l'un et l'autre dépourvus d'imagination : l'œuvre dans laquelle Stendhal paraît en avoir montré le plus : le Ronge et le Noir, ne repose, somme toute, que sur un fait divers qui s'est passé dans le Dauphiné, son pays, et auquel il a même emprunté une quantité surprenante de détails. C'est à cette absence d'imagination que nous devons ce nombre invraisemblable de notes que Beyle nous a laissées, car dès qu'une idée lui paraissait bonne, il l'inscrivait immédiatement sur un papier quelconque, de peur de l'oublier, et se hâtait de l'emmagasiner, dans la crainte de ne pas en retrouver une autre à point nommé : si une pensée nouvelle jaillit de son cerveau, il s'empresse de la noter en marge de son journal, sur la garde d'un volume, sur une note d'hôtel : il ne se fie pas à sa mémoire et il économise ses frais d'imagination. Cette idée, il la travaille longtemps : il y ajoute le résultat de travaux antérieurs accumulés sur ses bouts de papier ; ce n'est qu'après de laborieux efforts que Beyle arrive, non pas à une forme définitive, mais à un premier essai qui est aussi éloigné de la rédaction finale que lui-même l'est de la conception première ».
COMMENT JE SUIS DEVENU STENDHAUEN q
J'ajoutais : « Oserai-jc dire que ce même manque d'imagination se retrouve chez nos deux grands romanciers, Zola et Daudet, qui le cachent par une surabondance de recherches et d'études : chez l'un, il y a plus de lecture ; chez l'autre, plus d'observation. » Aussi fus-je ravi de lire dans le feuilleton de Y Echo de Paris du 19 novembre 1891, ce passage du Journal des Concourt qui confirmait ce que j'avançais au sujet de Daudet :
Dimanche 27 janvier. — Daudet s'écrie : « Je suis un être tout subjectif... je suis traversé par des choses..., je ne puis rien inventer... Déjà toute ma famille y a passé... Je ne peux plus aller dans le Midi. »
J'avais parlé du fameux article publié par Balzac dans sa Repue parisienne, dans lequel il écrivait : « La Chartreuse de Parme est dans notre époque et jusqu'à présent, à mes yeux, le chef-d'œuvre de la littérature française. »
Une fois déjà, Stendhal avait eu la chance d'être loué dans le Journal des Débats. Le professeur de rhétorique de Mérimée, Joseph Lingay, chez lequel Beyle avait rencontré le futur auteur de Colomba en 1821, avait réussi à faire passer, dans le numéro du 6 mars 18 18, un article signé Z., fort élogieux sur Y Histoire de la Peinture en Italie, dont voici le début :
Je désire que mes lecteurs se trouvent dans la même disposition où je me sens quelquefois doucement entraîner, celle de chercher avec complaisance et de rencontrer avec délices une distraction littéraire aux spéculations politiques dont je me laisse involontairement occuper, quelque étranger que je sois à leur objet direct. Mais je ne sais par quel détour la politique se reproduit dans les esprits les moins ouverts à ses insinuations : mes lectures, mes conversations, mes
promenades, mes travaux, mes loisirs, tout s'y rattache, tout m'y ramène ; elle se glisse, avec mon journal du matin, sous ma tasse de chocolat ; à ma première sortie, je la retrouve devant un monument ; au théâtre, elle ne manque pas de m'avertir de chaque allusion ; dans le monde, elle domine exclusivement les entretiens ; elle dicte à l'Académie le programme du concours proposé pour la poésie ; la musique a des refrains pour tous les partis politiques ; enfin, au salon de peinture, elle m'attend encore entre un portrait et un tableau d'histoire. Le Musée royal, je l'avoue, étoit, jusqu'à présent, mon refuge le plus assuré contre les entreprises de la politique sur mes pensées ; mais cette année, il n'y a pas eu moyen de s'y soustraire ; les plus tristes souvenirs m'ont assailli jusque dans le Musée des Arts, et pour l'honneur d'un clairobscur, il m'a fallu subir une seconde fois la douleur du 20 mars. Heureux encore, si tous les arts, en se vouant à la politique, ne lui empruntoient et ne retraçoient à nos yeux que des souvenirs consolateurs, et l'image des plus belles vertus et de la gloire la plus pure ! Lorsqu'à la fin de l'exposition de 1817, tous les regards, tous les cœurs étoient attachés sur l'admirable tableau de M. Gérard, lorsqu'au pied de cette toile où respiroit le modèle des Rois dans le portrait du nôtre, toutes les opinions se confondoient dans un seul sentiment, alors je n'accusois plus la dépendance politique des arts, etjerendois grâce à cette heureuse combinaison du plus beau souvenir de l'Histoire de France avec le plus beau talent de l'école française! Je voyois avec transport tous les esprits se rallier dans l'admiration commune d'un grand Roi et d'un beau talent, tous deux Français, et dont l'un, en retraçant avec tant de perfection l'image si chérie de l'autre, flattoit doublement l'orgueil national !
Cherchons dans la patrie des arts elle-même, dans l'histoire de sa gloire et de ses grands artistes, le plaisir sans mélange d'admirer les chefs-d'œuvre pour eux, de sentir le génie par ses propres efforts ! J'ouvre Y Histoire de la Peinture en Italie. Ce livre manquoit à la littérature...
L'article se terminait ainsi :
En résumé, ce livre est utile aux artistes comme aux amateurs ; c'est le plus complet, et en même temps le plus concis qui ait été publié sur cette matière. Les gens du monde voudront le lire, parce qu'il fournit beaucoup de phrases pour la conversation... L'auteur a beaucoup d'esprit, mais il a aussi tous les préjugés des philosophes ; car ils ont bien les leurs. Je ne les combattrai point dans un article consacré aux douces idées des arts : une telle discussion seroit ici déplacée.
La joie de Stendhal ne devait pas être de longue durée.
Dans le Journal des Débats, du lundi 9 mars 1818, parut un article daté : Paris, 8 mars, sans signature, dans lequel, au nom des saines doctrines, on rabrouait sévèrement et l'auteur du livre et l'auteur du compte rendu élogieux. Ce réquisitoire n'a jamais été réimprimé : il est trop curieux pour que je ne profite pas de l'occasion qui m'est offerte aujourd'hui de le reproduire :
Il s'est glissé dans ce journal, Feuilleton du 6 de ce mois, un article plein de louanges sur un ouvrage plein d'extravagances, intitulé : Histoire de la Peinture en Italie. La religion du rédacteur en chef a été d'autant plus facilement surprise, qu'il ne pouvoit soupçonner jusqu'à quel point une imagination délirante peut, dans un ouvrage sur la peinture, insulter aux principes de la plus saine politique, et outrager les maximes de la plus saine morale; c'est ce que l'auteur de l'article, qui n'appartient et ne peut appartenir à aucun des rédacteurs du Journal des Débats, s'étoit bien gardé d'indiquer. On pouvoit entrevoir dans cet extrait que l'historien de la Peinture en Italie n'est pas toujours guidé par un goût sûr dans ses jugemens, et que dans ses observations, immédia-
tement relatives à l'art dont il traite, il s'écarte plus d'une fois des doctrines orthodoxes; et l'auteur de l'article, qui semble partager en cela ses sentimens, a pu s'attendre à une tolérance qui n'entraîne pas de forts (sic) grands inconvéniens, et qui ne présente pas de forts grands dangers ; il nous semble, par exemple, que les rangs, dans la peinture, sont aujourd'hui fixés entre nos premiers artistes par les vrais connoisseurs, de manière que cet ordre et cette espèce d'hiérarchie ne sauroient plus être à la merci du caprice ; mais il a fort bien senti que la même sorte de tolérance ne pouvoit s'appliquer à des idées plus graves et à des choses plus importantes ; et c'est ce qui l'a engagé à laisser totalement dans l'ombre ce que l'auteur dit de l'influence du gouvernement monarchique sur les arts, doctrine qu'il étoit si facile de réfuter, et ce qu'il dit aussi à l'occasion de l'Antinous (p. 123 et 124, t. II), de certains égaremens honteux, dont il ose faire l'apologie avec une franchise qu'il seroit aisé d'appeler d'un autre nom : la citation de ce dernier passage, que nous rougirions de transcrire, feroit sans doute rougir aussi et l'auteur du livre et l'auteur de l'article. Nous nous bornerons à donner une idée plus complète de ce qu'avance l'historien de la Peinture touchant le gouvernement monarchique, considéré dans ses rapports avec les arts ; il prétend d'abord (p. 81 de son Introduction) que le gouvernement monarchique brise les cimes des artistes, que ce gouvernement (même page) écrase le moral des peuples ; il ajoute ensuite que, quelles que soient les vertus du Roi, il ne peut empêcher que la nation ne prenne et ne conserve les habitudes de la monarchie ; que chaque classe de sujets n'ait intérêt à plaire au ministre ou sous-ministre, qui est son chef immédiat; ce qu'il développe delà manière suivante : « Je suppose tou- « jours ces ministres les plus honnêtes gens du monde. Les « habitudes serviles que donne la soif de leur plaire ont un « caractère déplorable de petitesse, et chassent toute origina- « lité ; car, dans la monarchie, celui qui n'est pas comme « les autres, insulte les autres, qui se vengent par le ridicule.
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« Dès lors, plus de vrais artistes, plus de Michel- Ange, plus « de Guide, plus de Giorgion. On n'a qu'à voir les mouve- « mens d'une petite ville de France, lorsqu'un prince du sang « doit y passer, l'anxiété avec laquelle intrigue un malheu- « reux jeune homme pour être de la garde d'honneur à che- « val ; enfin il est désigné, non point par ses talens, mais par « l'absence de ses talens ; mais parce qu'il n'est pas une mau- « vaise tête, mais parle crédit qu'une vieille femme dont il fait « le boston a sur le confesseur du maire de la ville. Dès lors, « c'est un homme perdu. Je ne prétends pas qu'il ne soit hon- « nête homme, homme respectable, homme aimable, si l'on « veut, mais ce sera toujours un plat homme. » (Pages 82 et 83 de l'Introduction.)
A la vérité, l'auteur cherche à faire entendre, quelques pages après, que ce qu'il vient de dire n'a point trait à la monarchie constitutionnelle, qui, suivant lui, seroit asse^ favorable à la peinture. Nous voulons bien l'en croire, car nous n'essayons pas d'aller au delà du sens littéral de ses paroles ; mais il est si facile de passer de la haine des Rois à la haine de toute espèce de gouvernement royal, qu'après avoir lu et le passage précédent, et ce que l'auteur dit (p. 258, 1. 1) à l'occasion de François Ier, pleurant la mort de Léonard de Vinci, on a quelque envie de penser que son exception en faveur de la royauté constitutionnelle, n'est qu'une sorte de précaution oratoire etd'artifice de rhétorique dont il se sert pour adoucir ce qu'il y a de trop cru dans l'énoncé de ses opinions. lia, en effet, si mauvaise idée des Rois, qu'il s'étonne des larmes dont François Ier honora la mémoired'un grand artiste, et qu'il s'écrie avec un sentiment qui est même autre chose que de l'étonnement et de la surprise : Un Roi pleure ! comme s'il voulait dire qu'un Roi, par cela même qu'il est Roi, a nécessairement l'âme trop dure pour donner de pareilles marques de sensibilité. Au reste, tout cela se trouve parfaitement d'accord avec les déclamations antireligieuses et les insinuations immorales qui fourmillent dans cet ouvrage où l'auteur va jusqu'à dire ici,
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puis dire qu'il tenait plus que ne promettait son titre, car outre le commentaire de Stendhal sur Molière, il renferme bon nombre de documents inédits, et, en particulier, les notes de Beyle sur Vauvenargues.
Cette fois, je croyais avoir dit un adieu définitif à Stendhal : j'avais même écrit, en tête de la préface de mon dernier volume : « Je n'ai aucun scrupule à dire que l'on a peut-être trop en public, moi tout le premier, parlé de Stendhal. Il en est de Beyle, comme d'autres écrivains qui se doivent déguster à petites doses, et non être avalés à grandes gorgées. Le seul auteur de ce siècle, que notre cerveau puisse absorber sans fatigue, est Alexandre Dumas. »
Hélas ! j'avais compté sans l'enthousiasme d'un jeune éditeur entreprenant ! M. Edouard Champion allait publier les Œuvres complètes de Stendhal. Il me demanda d'écrire la bibliographie des oeuvres de son auteur: c'est un projet que j'avais jadis caressé et qui même avait été annoncé dans le Livre d'Octave Uzanne. J'hésitai beaucoup à accepter une collaboration qui devait me prendre beaucoup du temps que je consacre à des travaux d'une tout autre nature, puis ayant pensé que cet ouvrage serait un dérivatif à mes recherches ordinaires consacrées à l'Extrême-Orient, au contact de la jeunesse redevenant plus jeune, j'acceptai la proposition de M. Champion. Voilà pourquoi je suis redevenu stendhalien. Que ceux qui ne sont pas retombés deux fois dans le même péché me jettent la pierre !