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CHAPITRE IV

Production du son. — Son' et bruit. — Limites de l’audition normale. — Hauteur. — Intensité. — Timbre. — Renforcement dji son. — Résonnateurs. — La voix humaine. — Description sommaire de l’appareil de la phonation. — Rôle des organes principaux. — Importance particulière du voile du palais et de la langue. — Registres de la voix. — Examen laryngoscopique des rubans vocaux dans l’émission de la voix dite de poitrine et de la voix dite de tête. — Gomment la voix se transforme en parole. — Curieux exemple de langage conventionnel. — Y a-t-il un langage naturel. — Voyelles. — Consonnes. — Régions d’articulation. — Gutturales, linguales, labiales. —• Consonnes continues, vibrantes, nasales. — Voyelles pures, voyelles nasales.

La parole est le résultat de sons articulés simples ou combinés, conlinus ou interrompus, variés en hauteur, en timbre et en intensité. Pour en pénétrer ou en raisonner le mécanisme, il est indispensable de posséder quelques notions d acoustique (1). Tous les sons, tant les sons musicaux que les bruits, sont causés par les vibrations de la matière. Lés premiers résultent de vibrations régulières ou périodiques ; les autres résultent de vibrations irrégu- ’hères, confuses, non périodiques. Partout où se produit un

(1) C est le mot employé par les auteurs français pour désigner la partie de la physique qui s occupe du son émis autant que du son recueilli. Nous aimerions mieux, au heu de ce mot qui rappeUe surtout l’appareil de l’aut étrangers-cette expression : physique

son, il doit y avoir du mouvement; et réciproquement partout où se produit du mouvement, il pourrait y avoir du son, pourvu qu’il y ait un intermédiaire pouvant conduire le son à nos oreilles, et que nos oreilles soient capables de percevoir les vibrations.

Telles qu’elles sont constituées, elles ne peuvent percevoir un son résultant de moins de 32 vibrations par seconde ; elles ne peuvent pas davantage apprécier un son quand les vibrations dépassent 36 000 par seconde (1). La note la plus basse de la double basse d’un orcHestre a 40 1/2 vibrations par seconde. Le si le plus bas d’un piano de sept octaves a 32 vibrations et le plus haut (le si le plus élevé) en a 4 096. A 10 000 vibrations, le son devient perçant et perd son caractère musical. De 32 000 à 40000 vibrations par seconde, l’oreille ne peut plus apprécier les différences successives.

Les vibrations qui frappent notre oreiUe peuvent provenir d’une multitude de causes. Elles peuvent prendfe naissance dans l’air lui-même, ou bien dans une substance très éloignée, et être conduites jusqu’à nous par Tair, par un milieu quelconque solide, liquide ou gazeux.

Le même nombre de vibrations produit toujours des sons de même hauteur^ quelle que soit la substance vibrante ou la cause des vibrations; la durée, l’intensité et le timbre peuvent différer, mais la hauteur est invariablement la même pour un nombre égal de vibrations. Vintensité est due à l’amplitude des vibrations, ou à la distance parcourue par le son.

Nul son, quelle qu’en soit la cause, même celui perçu par l’oreille comme un son simple, n’est en réalité un

( 1 ) V. Théorie physique de laphonaüon, par O. Gay.

son simple. Il est toujours un son composé, formé d’un certain nombre de sons différents d’intensité et de hauteur, avec adjonction possible de bruits. Le tout réuni forme le son tel que nous le percevons.

« Prenons, par exemple, une corde vibrante ; outre le son fondamental qu’elle donne en vibrant en totalité^ elle fait entendre le son qu’elle peut donner en se divisant en deux parties égales, et qui est l’octave du son fondamental; puis le son qu’elle produit divisée en trois, quatre... en un nombre quelconque de parties égales. Les nombres des vibrations de ces différentes parties seront entre eux comme la suite des nombres naturels, ce seront les notes harmoniques, qui sont consonnantes ou non avec le son fondamental. En général, le son produit par un corps susceptible de vibrer est formé par la superposition d’un certain nombre d’harmoniques et l’on comprend que, suivant que ces harmoniques seront nuis ou plus ou moins développés, le timbre pourra varier. »

La différence que présente une même note musicale émise par des instruments différents, tels que le violon, la clarinette et 1 orgue, est due à l’adjonction différente de sons supérieurs et de sons inférieurs à la note fondamentale.

L’intermédiaire par lequel les vibrations sonores sont généralement transmises à l’oreille étant l’air, nous constatons que ces vibrations sont affectées par les substances avec lesquelles elles entrent en contact. Les substances molles absorbent le son, tandis que les substances dures, au contraire, le réfléchissent. Une chambre tendue de draperies massives assourdira et absorbera le son; tandis qu’une salle à murs polis réfléchira le son et donnera de l’écho.

Un des phénomènes les plus intéressants de la physique du son est l’augmentation ou le renforcement du son par les causes secondaires. Un son émis par un corps peut forcer un autre corps, capable de produire le même nombre de vibrations, à devenir sonore par influence. Et, dans ce cas, ce son sera répété, augmenté et prolongé. Mais les deux corps doivent être accordés à l’unisson. Par exemple, un son musical produit à proximité des cordes d’un piano produira dans les cordes avec lesquelles il est à l’unisson des vibrations identiques. Ce son pourra même continuer après que le premier aura cessé. Un corps creux, ou un tube court fermé à un bout, contenant une colonne d’air d’une certaine longueur, peut être amené à produire des sons en dirigeant son côté ouvert dans la direction d un corps résonnant. Le son émis met en mouvement la colonne d’air, et, ces vibrations étant identiques à celles du corps résonnant, augmentent ou renforcent la note primitive.

Si la colonne d’air, dans un semblable tube sonore, n’est à l’unisson avec aucun des sons qui accompagnent le son fondamental produit, ce tube restera muet, on n’entendra aucune réponse. Mais si elle est à Funisson avec un des tons du son initial, ce ton sera augmenté ou renforcé. Ainsi, un corps résonnant peut augmenter le son fondamental; ou bien, étant à Funisson avec un des tons secondaires (supérieur ou inférieur), il augmentera ou renforcera ce ton-là, à l’exclusion des autres. La forme de ces cavités résonnantes peut être variée. La matière dont elles sont confectionnées n’a pas d’importance. Le bois, le verre, le métal, le caoutchouc peuvent servir à former des cavités résonnantes. La résonnance dépend plus de la forme et des dimensions de la cavité que de la matière dont elle est faite.

Appliquant les principes que nous venons de rappeler

à la Yoix humaine, nous aurons la clef du mécanisme de la parole. L’homme parle au moyen d’un appareil spécial; el la voix n’est qu’un son produit par des vibrations et sujet à toules les lois qui régissent le son provenant de n’importe quelle source.

Fig. 1. — Poumons et trachée. Fig. 2. — Thorax.

L’un des poumons est resté in- Du côté gauche les muscles ont été entact (d); mais, de l’autre côté, on levés, tandis que du côté opposé ils sont en a détruit la substance pour en place. La voûte formée dans l’intérieur mettre à nu les ramidcations des du thorax par le diaphragme {(j) se voit à bronches (e). gauche, et, du côté droit, la continuation

a, larynx et extrémité supérieure de cette voûte est indiquée par une ligne de la trachée artère ; — 6, trachée ; ponctuée.

— c, divisions des bronches; — A, piliers du diaphragme s’insérant aux e, ramuscules bronchiques. vertèbres lombaires ; — i, muscles éléva¬

teurs des côtes ; — d, clavicule ; — c, côtes ; — e, muscles intercostaux; — b, ster- ‘ num ; — a, vertèbres cervicales.

L’appareil qui produit la voix est tout ensemble simple et complexe ; simple dans son action, complexe dans sa structure ; encore plus complexe et plus surprenant dans

ses résultats. La modulation, l’étendue et la richesse de sons de la voix humaine ne sont approchées par les cordes d’aucun instrument.

La voix est intimement liée à l’une des fonctions essentielles de la vie, la respiration. Chaque souffle que nous expulsons peut, avec un léger effort, provoquer l’émission d’un son. L’appareil vocal dépend de l’appareil respiratoire (fig. 1 el 2) tant pour son action que pour sa puissance.

Fig. 3. — Larynx vu par côté. Fig. 4. — Coupe du larynx.

a, épiglotte; — b, cartilage thy- a, épiglotte; — d, corde vocale roïde ; — g, f, muscle crico-aryté- supérieure coupée; — f, corde vonoïdien postérieur ; — h, muscle cale inférieure et son muscle g ; — crico-thyroïdien. v, ventricule du larynx.

Le même courant d’air expulsé des poumons dans la respiration naturelle produira un son, grâce à la plus délicate transformation de forme des conduits aériens.

L’organe principal intéressé à la production de la voix est le larynx (voir fig. 3 et 4). Les organes accessoires sont les poumons, la trachée-artère, les muscles inspirateurs et expirateurs et les cavités résonnantes du pharynx et de la

■ LES SOÜRDS-MÜETS. 6

bouche. Les poumons fournissent l’air par lequel les cordes vocales sont mises en vibration, et le mécanisme de cette action est simplement une modification de l’acte respiratoire. Par l’action des muscles expirateurs, l’intensité des sons vocaux est régularisée. La trachée-artère ne conduit pas seulement Pair au larynx, mais encore, par certaines modifications dans sa longueur et dans sa capacité, peut aider à modifier le diapason de la voix.

Il est impossible de donner une description complète de la structure du larynx, sans entrer plus loin qu’il n’est désirable dans des détails purement anatomiques. Nous nous proposons simplement de nous occuper ici de ce qui concerne la situation des cordes vocales et d’indiquer les modifications auxquelles on peut les soumettre au point -de vue de leurs rapports et de leur tension, par l’action de certains muscles.

Disons cependant que le larynx est composé de cartilages thyroïde (fig. 3), cricoide et aryténoïdes.

Les cordes vocales sont tendues au travers de l’ouverture supérieure du larynx, d avant en arrière (fig. 4 et 5). Il y en a deux paires. Les supérieures, appelées les. fausses cordes vocales, n’ont presque aucun rôle dans la production de la voix. Elles sont moins proéminentes que les cordes vocales inférieures bien qu’elles aient à peu près la même direction.

Les vraies cordes vocales sont situées juste au-dessous des cordes supérieures. Les attaches antérieures sont très rapprochées, à l’angle rentrant du cartilage thyroïde. Postérieurement elles sont attachées aux cartilages mobiles aryténoïdes et, par l’action de certains muscles, leur tension peut être modifiée et l’ouverture de la glotte peut être ouverte ou fermée.

Les anatomisles divisent ordinairement les muscles du larynx en muscles extrinsèques et en muscles intrinsèques. Les muscles extrinsèques sont attachés à la surface extérieure du larynx et aux organes adjacents, tels que l’os hyoïde et le sternum. Ils sont utilisés surtout dans les mouvements d’élévation et d’abaissement du larynx. Les muscles intrinsèques sont attachés aux différentes parties du larynx lui-même et, par leur action sur les cartilages articulés, peuvent modifier l’état des cordes vocales.

Pendant l’expiration ordinaire, aucun des muscles intrinsèques ne paraît agir, et le larynx est tout à fait passif pendant que l’air est doucement chassé par l’élasticité des poumons et des parois thoraciques. Mais, dès qu’un effort est fait pour produire un son vocal, l’apparence de la glotte éprouve un changement notable (fig. 6). Elle se modifie de la manière la plus variée et la plus intéressante, suivant les divers changements de hauteur et d’intensité qui peuvent être produits dans la voix. Bien qu’il soit évident qu’un son peut être produit, et même que des mots peuvent être articulés au moyen de l’acte de l’inspiration, la phonation vraie et normale est effectuée pendant l’expiration seule.

La trachée-artère conduit l’air des poumons vers le larynx et renforce le son, à un certain degré, par les vibrations delà colonne d’air qu’elle contient.

Les modifications les plus importantes des sons produits par le larynx sont dues à la résonnance de l’air dans le pharynx, dans la bouche et dans les fosses nasales. Cette résonnance est indispensable à la production des notes naturelles. Le voile du palais a pour rôle de produire une répartition du son dans les cavités bucco-pharyngienne et naso-pharyngienne (fig. 5, D).

g4 . COMMENT ON FAIT PARLER LES SOURDS-MUETS.

Dans les changements que le pharynx subit dans la production des différentes notes, la luelte (E) agit avec le voile du palais et aide à la fermeture des diverses cavités.

La différence de diapason dansJes voix est due principalement à la plus grande longueur des cordes vocales dans les voix à diapason bas, et à leur moindre longueur dans les plus élevées. La même note, chantée par une voix d’homme ou par une voix de femme, trahit une différence d’une octave, qui est due à la différence dans le nombre des vibrations. Dans les tons bas, les cordes vocales sont allongées, et cela jusqu’au minimum de tension compatible avec des vibrations régulières.

Les différences de qualités de la voix sont dues à des particularités dans la conformation du larynx, à des différences dans la longueur, la largeur et l’épaisseur des rubans vocaux, et à des variations dans la grandeur et la forme des cavités résonnantes auxiliaires.

La voix est produite d’abord, et jusqu’à un certain point, par la vibration de la colonne d’air contenue dans le larynx pendant l’expiration; secondement et principalement par les vibrations des cordes vocales; troisièmement par résonnance dans les cavités buccales et nasales.

Les organes accessoires qui produisent des modifications de la voix sont le pharynx, le voile du palais, la langue, les dents et les lèvres.

Le pharynx (FF, fig. 5) peut être comparé à un tube musculaire ouvert et continué au-dessous par l’œsophage et la trachée, continué au-dessus par les conduits du nez et la cavité buccale. Ses parois sont musculaires et aptes à se contracter fortement, même jusqu’à obturation complète du passage

Le pharynx exécute une fonction importante dans

Fig. 5.

h, corde vocale supérieure; — d, voile du palais; — e, luette:

corde vocale inférieure; • /■/, pharynx.

le mécanisme de la parole. D’abord passivement, comme cavité résonnante, ensuite activement, par les mouvements de ses muscles constricteurs. Grâce à ces derniers, la partie supérieure du pharynx se contracte et sa paroi postérieure s’avance jusqu’à rencontrer le voile du

palais, de manière que la voix est lancée dans la cavité buccale. Cette action du pharynx peut être étudiée facilement dans les cas de crevasses du palais. Les mouvements cachés à l’état normal sont alors pleinement en vue (1).

(1) V. De l’urano-staphyloraphte, par le docteur A. Bellier.

gg COMMENT ON FAIT PARLER LES SOURDS-MUETS.

Le voile du palais est un rideau musculaire attaché au côté postérieur de la partie osseuse supérieure de la bouche, ou palais proprement dit. Il est suspendu comme une cloison entre les cavités buccales et nasales, formant la limite à double arcade de l’arrière-bouche, avec la luette suspendue à sa partie centrale (fig. 5, D, E). Le voile du palais est composé d’un tissu musculaire recouvert d’une membrane muqueuse. 11 se meut comme une valve entre les cavités nasales et la bouche, tantôt contre le pharynx, dirigeant le courant vers l’extérieur à travers la bouche, tantôt contre le dos de la langue, dirigeant le courant à travers le nez ; et puis se suspendant de nouveau entre les extrêmes, divisant le courant et lui permettant de passer par les deux conduits. Plus des trois quarts des sons du langage articulé dépendent de l’intégrité du palais pour leur parfaite émission.

La langue est communément considérée comme le plus important des organes de la parole; mais on dit qu’il existe quelques exemples dé cas dans lesquels la langue ayant été perdue par accident (ou à la suite d’une opération) le patient continua à articuler intelligiblement. Dans beaucoup de mouvements, la langue joue le rôle le plus important en modifiant la capacité résonnante de la cavité buccale.

« Les dents n’ont pas obtenu de la part des dentistes l’attention que leur importance exige, au point de vue de 1 articulation. Elles ont été par eux considérées presque uniquement comme des organes de mastication. Et, quand des dents artificielles étaient rendues nécessaires, le dentiste et le patient étaient généralement satisfaits si la faculté de mastiquer était rétablie.

Le dentiste peut nuire très sérieusement aux intérêts

d’un causeur el d’un auditeur par une denture artificielle mal arrangée (1).

Les seuls prganes qu’il nous reste à examiner, dans cette description, pour la production de la parole, sont les lèvres, les joues et les narines. Leur action physiologique est importante. 11 suffit de dire que toute déviation considérable de leur, condition normale, soit par maladie soit par difformité, est de nature à compromettre leurs fonctions. Des excroissances morbides dans les narines, les lèvres fendues, les narines élargies (habituellement asso-

Fig. 6.

Forme de l’ouverture de la glotte dans l’inspiration profonde (A), dans les sons graves (B) et dans les sons aigus (C). »

ciées au bec-de-lièvre), sont toutes des conditions anormales qui compromettent l’articulation.

Avant d’examiner comment la voix se transforme en parole, il est utile de dire quelques mots des deux registres inférieur et supérieur, qu’on a appelés registre de poitrine et registre de tête. Depuis longtemps on a cherché à connaître la façon dont se produisent les deux registres. Les opinions les plus diverses ont été émises à ce sujet, surtout avant la découverte du laryngoscope par Garcia (1840).

« Si l’on examine au laryngoscope un homme émettant

(1)V. W. Kingsley, Oral deformities.

une note grave du registre inférieur, on voit la glotte béante dans tonte son étendue... Dans les sons les plus aigus du registre inférieur, la glotte est presque linéaire, mais jamais elle n’est complètement fermée... Le registre de poitrine comprend donc, des sons produits lorsque la glotte est ouverte dans toute sa longueur et dont la hauteur est déterminée par la tension de la corde vocale.

« Quand on examine le larynx pendant l’émission de la voix de fausset, on voit que la glotte est ouverte seulement dans sa porlion interligamenteuse (1). »

En dehors de cette constatation, sur laquelle tous les physiologistes sont d’accord aujourd’hui, les théories émises jusqu’à ce jour sur la production de la voix de fausset sont encore trop contestées pour que nous nous risquions à nous prononcer pour l’une d’elles.

Nous étant ainsi sommairement expliqué sur la physique du son et la physiologie de la voix, il nous reste à décrire comment la voix se transforme en parole.

Le langage articulé est une réunion de sons définis, associés avec des idées déterminées. Cette association est devenue par la suite des temps un système si complexe, que presque toutes les idées du cerveau le plus suhtil peuvent être communiquées à un autre esprit à l’aide du son seul. Et, par suite de l’habitude, nous arrivons à regarder 1 idée et les mots qui l’expriment, comme choses inséparables. 11 est difficile de penser et impossible de raisonner sans que nos pensées se formulent en mots. Mais les pensées ne furent pas tout d’abord formées en mots, puis exprimées par la parole.

Les mots sont les résultats de l’effort fait pour exprimer

(I) O. Gay, loc. cit.

les idées au moyen de sons et au moyen de combinaisons de sons. L’instinct naturel d’un enfant le porte à exprimer ses besoins, en général, au moyen de sons. Et quand son intelligence se développe, et que ses besoins deviennent plus définis, Ü adopte, d’après ses éducateurs, les sons qui expriment ses besoins précis.

Un exemple curieux de la manière naturelle dont un être humain a recours au son pour exprimer ses besoins, sans adopter les formes convenues, s’est produit dans la famille de M. Kingsley. « Une de mes petites filles, raconte cet auteur, avait dans son enfance une nourrice qui avait des goûts musicaux très prononcés et chantait ou fredonnait constamment de petits bouts de chansons. L’enfant les retint et associa ces notes et ces refrains à ses propres idées et à ses besoins. Jusqu’à l’âge de trois ans, elle n’articula presque rien en dehors de « papa » et « maman ». Je commençais à craindre qu’elle ne parlât jamais.

. « Pendant cette période, elle exprimait tous ses besoins par des refrains. Et nous arrivâmes à les comprendre aussi aisément que s’ils avaient fait partie de notre langage. Il était étonnant de constater jusqu’à quel degré de perfection ce langage musical d’un enfant pouvait être arrivé (1). »

Tout langage articulé doit absolument s’acquérir. Il n’existe point de langage naturel. L’arrangement des sons qui a été admis est purement arbitraire, et tire sa puissance du consentement et aussi de l’usage général. C’est ainsi que des communautés isolées tendent à former des dialectes, et à la longue, des kngues spéciales.

Avec un système aussi compliqué que le langage l’est

(1) Kingsley, loc . cit .

devenu maintenant parmi les nations civilisées, exprimant au moyen du son les nuances et les distinctions les plus délicates de la pensée, nous pourrions nous attendre à trouver le mécanisme de la parole compliqué au point de dépasser notre compréhension. Mais les investigations des savants dans ces quelques dernières années (particulièrement depuis l’introduction du laryngoscope) ont éclairci et expliqué la nature des sons vocaux, ce qui avait été considéré comme incompréhensible pendant des siècles.

ta voix humaine est produite par l’action des muscles expirateurs chassant l’air au dehors par le larynx. Le son produit par les vibrations des cordes vocales n’est pas un son simple, mais bien un son comiposé. La cavité buccale et la cavité nasale deviennent des milieux résonnants 5 le palais, la langue, les mâchoires, les joues, les lèvres et les narines ayant la faculté de modifier la forme et les dimensions de ces cavités dans de notables proportions. Mais quelle que soit la forme que ces cavités affectent, elles auront, comme tous les corps creux et remplis d’air, leur caractère et leur timbre propre, dans chaque forme et dans chaque dimension.

On peut faire naître dans ces cavités des sons indépendants du son glottique, en y faisant passer un courant d air assez peu intense pour ne pas faire vibrer les cordes vocales. Il se produit alors une sorte de murmure qui est la VOIX aphone ou chuchotée. L’expérience d’Helmholtz montre bien que la production du son pharyngé est in- '

dépendante du son glottique. ^

Helmholtz fait vibrer devant la bouche disposée d’une certaine façon une série de diapasons de hauteurs variées Lorsque le son d’un diapason correspond à la forme de la

cavité buccale, ce son est renforcé. Tous les soiis ainsi produits sont des voyelles.

■ Lorsque le courant d’air qui produit les sons pharyngés

rencontre quelque obstacle,*il y a production d’un bruit accompagnateur qu’on appelle consonne [i).

Ces obstacles se rencontrent dans des régions déter-

Eig.8.

minées qu’on appelle régions dlarticulation et qui ont fait désigner par des noms tirés de ces régions les consonnes qui s’y forment.

(1) O. Gay, loG. cit.

: Ces régions sont placées :

r Au niveau du voile du palais(fig. 7). Celui-ci s’adossant à la langue pour arrêter le courant d’air produit les consonnes gutturales ;

2" Au niveau de l’arcade dentaire supérieure et de la partie antérieure de la voûte palatine et de la langue (fig. 8), Celle-ci s’appliquant de ses bords contre une partie plus ou moins étendue de l’arcade dentaire produit les consonnes linguales;

3" Au niveau de l’orifice labial (fig. 9), les lèvres s appli¬

quant l’une contre l’autre avec plus ou moins de force produisent en se séparant les consonnes labiales.

« Il ne faut pas attacher trop d’importance, remarque M.^ 0. Gay, à cette classification, car en réalité tous les points du tuyau vocal peuvent donner lieu à la formation de consonnes; Elles se produisent par divers procédés:

le tube additionnel est simplement rétréci, et le son se produit tant que dure le courant d’air, on obtient ainsi les continues; 2“ il y a une occlusion complète et

yaHieuIation, la consoLe es.

eccflhstve, 3 la région d’articulation vibre et donne un

son tremblé, ce sont les consonnes vibrantes'^ 4“ le voile du palais s’abaisse et le son prend le timbre spécial qui caractérise les consonnes natales. »

Les sons-voyelles purs ne peuvent être formés que par résonnance de la cavité buccale seule et dans son intégrité normale. Qu’une autre cavité communique avec elle, les fosses nasales par exemple, et son caractère tonique est détruit et par conséquent aussi la pureté de ses sonsvoyelles.

Nous étudierons plus loin le mode de formation particulier de chaque voyelle et de chaque consonne, en indiquant les procédés employés pour les enseigner au sourdmuet et qui ont pour base l’observation aussi exacte que possible du jeu des organes qui concourent à la formation de chaque élément phonétique.

Avant d’en venir là, nous devons dire comment on prépare les organes du jeune sourd à fonctionner convenablement et comment on lui apprend à émettre une voix normale.

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