AVANT-PROPOS
Dans l 'Introduction au Commentaire français littéral de la Somme théologiqiie, nous disions la place que la doctrine de saint Thomas occupe dans l'enseignement officiel de rÉglise, et nous aimions à constater que cette place tout à fait hors de pair était, plus que jamais, conservée au grand Docteur par le pape Pie X comme elle l'avait été par le pape Léon XIII. Depuis que nous écrivions notre Introduction, de nouveaux actes -du pape Pie X ont précisé encore les intentions et les volontés formelles du Souverain Pontife. Nous ne rappellerons que le plus g-rand de ces actes, celui qui restera dans l'histoire comme un des plus beaux monuments de la sollicitude, de l'énergie et de la haute science que Dieu accorde au pilote de son Eglise, quand cette Église est exposée à des dangers plus redoutables. \
Une doctrine « monstrueuse », que le Souverain Pontife ne craint pas de définir « le rendez-vous de toutes les hérésies », et où il semble qu'on s'était « donné la tâche de recueillir toutes les erreurs qui furent jamais contre la foi et d'en concentrer la substance et comme le suc en une seule » se répandait, semblable à « une atmosphère pestilentielle gagnant tout, pénétrant tout et propageant la contagion ».
(.elle doctrine, « pétrie d'erreurs » et « où l'hérésie foisonne », était (( née d'une alliance de la fausse philosophie avec la foi ». Son point de départ était l'agnosticisme, déclarant inconnaissable tout ce qui n'est pas du monde purement phénoménal. Il s'ensuivait que Dieu ne pouvait être connu par nous qu'autant qu'il s'identifiait en quelque sorte avec nous. Il fallait qu'il fût immanent à l'homme pour que l'homme pût le saisir. Et encore l'homme ne saisissait-il que ses phénomènes de conscience. Quant à affirmer une réalité (|uelconque au delà de ces phénomènes, la philosophie nouvelle le lui interdisait, sous peine de le mettre hors l'histoire et hors la science. 11 est vrai qu'en dehors du domaine de , l'histoire et de la science, la nouvelle philosophie lui laissait le domaine de la foi ou de la croyance dont elle n'avait cure, le tenant pour le monde du rêve, de la chimère, de l'irréel. Le croyant s'en contentait. Il espérait y retrouver la réalité divine ignorée du philosophe, par la voie du sentiment et de l'expérience intime, source de toute certitude dans le domaine de la foi. Et quand, faisant office de théologien, l'homme des temps modernes voulait rapprocher la science de la foi, c'était, par une nécessité fatale, au détriment absolu et pour la ruine de cette dernière. L'objet de la foi étant Dieu dans sa réalité à lui, et Dieu dans sa réalité à lui ne pouvant être saisi que par le sentiment ou l'expérience individuelle, tout le domaine de la foi devenait tributaire de ce sentiment et de cette expérience, soumis à leurs lois ou plutôt à leurs caprices. C'était un besoin du cœur qui faisait trouver Dieu. La raison n'avait d'autre office que d'analyser et de formuler ces lois ou ces besoins du cœur, soit dans l'individu, soit dans la société, d'où naissait la nouvelle théologie, distinguant la foi ou le sentiment reli-
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giciix (les Formules cl()iJ!iiia(i(|ii('s, |)nis Miniiolcs de riiiconnaissable ou inslrunieuls (jui (Jovaiciil nous aider ou aider la colleelivilé à prendre une certaine conscience du divin, mais conscience 1res relative (jui n'avail cessé d'évolner de|»Mis les orii^iues de riiuinaiiilé et (|ui devail dans la suile rvolu«'r' encore sans Hn. On comprend ce (pie devaient rire l'élude de l'histoire, la critique des saints Livres et l'apolog-étique avec une pareille théologie. Rien de Hxe ou d'établi par Dieu; tout ramené à un germe initial qui avait son oi'igine dans la nature et qui, pur révolution lente de celte nature, expliquait tout ce qui est aujourd'hui la vie de l* Église.
C'était la destruction de tout ; car ces nouvelles « méthodes et doctrines, semées d'erreurs, étaient faites non pour édiher mais pour détruire, non pour susciter des catholiques mais pour précipiter les catholi([ues à l'hérésie; mortelles njénie à toute religion ».
Etlrayé par un tel déluge d'erreurs, le pape Pie X poussa, au grand étonnement des novateurs et à l'admiration reconnaissante des vrais enfants de TEglise, son sublime cri d'alarme.
Après avoir mis à nu la plaie qui menaçait de devenir mortelle, il chercha la cause du mal et prescrivit en même temps le remède. Le mal consistait dans une philosophie mauvaise pétrie d'erreurs, qui, unie à la foi, avait enfanté une théologie, une histoire, une critique, une apolog-ie où l'hérésie foisonne. La cause de ce mal était l'ig-norance de la vraie philosophie. « Ces modernistes, qui posent en docteurs de l'Eglise, qui portent aux nues la philosophie moderne et regardent de si haut la scolastique, n'ont embrassé celle-là, pris à ses apparences fallacieuses, que parce que,
XIV SOMME THÉOLOGigUE.
ignorants de celle-ci, il leur a nian(|iié l'inslrumenl nécessaire pour percer les confusions et dissiper les sophismes ». « C'est un fait, ajoutait le Pape, qu'avec l'anriour des nouveautés va toujours de pair la haine de la méthode scolastique, et il n'est pas d'indice plus sur que le goût des doctrines modernes commence à poindre dans un esprit, que d'y voir naître le dégoûl de cette métliode ».
Déjà, dans sa Lettre au cardinal Richard et aux évêques protecteurs de î'insiitut catliolique de Paris, à la date du T) mai, le Pape, après avoir dit sa « douleur de voir sortir (Ws rang-s du clerg-é, du jeune clergé surtout, des nouveautés de pensées, pleines de péril et d'erreurs, sur les fondements même de la doctrine catholique », ajoutait : « Quelle en est la cause habituelle? Evidemment, c'est un dédain ,s'«perbe de Cantique sagesse, le mépris de ce système philosophique des princes de la scolasiique, que l'approbation de l'Eglise a pourtant consacré de tant de manières ».
Où donc serait le remède?
Dans cette même Lettre au cardinal Richard, le Pape l'indiquait et le prescrivait avec énergie : « Pour ce qui est de la philosophie, déclarait-il, Nous vous demandons de ne jamais soujfrir que dans vos séminaires on se relâche sur l'observation des règ-les que Notre prédécesseur a édictées, avec tant de prévoyance, dans son Encyclique yEterni Patris : ce point est de très grande importance pour le maintien et la protection de la foi... Pour vos élèves ecclésiastiques, vous ne devez pas vous contenter d'une instruction philosophique, telle que la prescrivent les règlements officiels pour l'enseignement public des Lettres; mais exiger d'eux une étude d'autant plus étendue et plus profonde suivant la doctrine de saint Thomas d'Aquin : ainsi pourront-