‹ Commentaire sur l'esprit des lois de Montesquieu. Suivi d'observations inédites de Condorcet sur le vingt-neuvième livre du même ouvrage [u.a.]Chapitre 19 sur 216 · CHAPITRE III , LIVRE III. IÜ · texte numérisé non relu

CHAPITRE III , LIVRE III. IÜ

que l’on s’y détermine; et d'ailleurs il ne se charge jamais de chercher les moyens de les perpétuer et de les accroître. De plus, Montesquieu dit lui-même en propres termes : Quoique la manière d’obéir soit différente dans ces deux gouvernemeus ( monarchique et despotique ), le pouvoir est pourtant le même. De quelque côté que le monarque se tourne, .il emporte et précipite la balance , et est obéi. Toute la diffëretire est que dans la monarchie , le prince a des lumières , et que les ministres j sont infiniment plus habiles et plus rompus aux affaires que dans l’état despotique. Ce ne sont donc pas là deux gouvernemens différens. 1,’un n’est que l’abus de l’autre; et, comme nous l’avons déjà dit, le despotisme dans ce sens n’est que la monarchie avec des mœurs brutales. Nous ne parlerons donc ni du despotisme ni de la crainte. .

A l’égard de Yhonneur accompagné «le Y ambition , qu’on regarde comme le principe de la monarchie ; à l’égard de la vertu qu’on suppose être le principe delà république, et que l’on change en modération , quand

20 COMMENTAIRE SllR MOiYIESqtlEO.

celte république est aristocratique , qu’est-ce que tout cela aux yeux d’une saine critique? n’y a-t-il pas un véritable honneur qui ne s’applaudit que de ce qui est bien , et qui doit être exempt de reproches? et un faux honneur qui cherche tout ce qui brille et se targue de vices et même de ridicules, quand ils sont à la mode? n’y a-t-il pas aussi une ambition généreuse, qui ne veut que servir ses semblables et conquérir leur reconnaissance , et une autre ambition qui , dévorée de la soif du pouvoir et de l’éclat, y court par tous les moyens? ne sait-on pas aussi que la modération , suivant les occasions et les motifs, est sagesse ou faiblesse , magnanimité ou dissimulation ? et quanta la vertu, qu’est-ce donc que cette vertu uniquement propre aux républiques?

serait-il vrai que la vraie vertu soit déplacée quelque part ? est-ce sérieusement que Montesquieu a osé avancer que de véritables vices, ou, si l'on veut, des vertus fausses, sont aussi utiles dans la monarchie que des qualités réellement louables ? et , parce qu’il fait un portrait abominable des cours, Chap. 5 , est-il bien sûr qu’il soit désirable

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