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rien? Cela ne peut pas même se concevoir.
Mais les âmes mortes n'attendent que peu et vaguement, rien d'ailleurs qui mérite l'attente, ni qui diffère de la mort qu'on tient. Mais l'âme vivante etprophétique, — et toute àme doit l'être en un sens, — l'âme vivante, dis-je, doit attendre tout, l'absolue nouveauté, l'union à l'infini; c'est-à dire qu'il lui faut attendre celui qui est Dieu avec nous. Oui, le devoir du monde ancien était d'attendre celui qui devait venir, et le devoir du monde moderne est d'attendre celui qui reviendra, et qui revient dans chaque élan des âmes ou des peuples vers l'avenir sacré.
Mais que répond Jésus à ceux qui lui demandent : Etes-vous celui qui doit venir ? Il leur montre ces œuvres. Rapportez au prophète captif ce que vous avez vu et ce que vous avez entendu.
Les hommes sont délivrés : leurs yeux s'ouvrent à la lumière, leurs oreilles à la vérité, la vie rentre dans l'humanité morte, et l'Evangile est annoncé aux pauvres.
Ces œuvres-là sont, aujourd'hui-même, plus clairement qu'en aucun siècle, offertes aux yeux de tout le genre humain.
J'avoue, pour moi, que si j'avais été l'un des disciples de saint Jean, la vue de quelques
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tant de plaintes et de gémissements et que le plus souvent je ne puis contempler sans larmes?
Je vois ceci :
Malgré les interférences ténébreuses et les vicissitudes de la lumière qui éclaire le groupe des chrétiens, je vois l'esprit humain sortir de plus en plus de l'antique surdité et de l'antique aveuglement. Je vois la guôrison et la résurrection humaines. Je vois surtout FEvangile annoncé aux pauvres. Je vois les lumières de justice, et de justice universelle, que la sagesse antique était radicalement incapable de concevoir. Je vois aujourd'hui même, plus que jamais, cette conviction universelle, indiscutée : que le devoir social consiste à donner aux moindres de ces petits la lumière etle pain, ladignitéhumaine, la liberté. La masse entière, bonne ou mauvaise, commence à être pénétrée d'une certaine lumière générale, comme l'Orient lorsque commence le jour.
Et les lois, et les œuvres, et les institutions, les idées, les mœurs marcheront indéfiniment dans ce sens. Et cela même doit conduire au Christ les plus aveugles, puisqu'ils seront forcés de voir que la vie et le progrès moral est la •xmrce de tout ; que la morale c'est l'Évangile :
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cette réponse d'un généreux esprit sur le mal que l'on a nommé Paupérisme. Qu'est-ce donc, se dit-il, que ce cri général de l'Europe contre le Paupérisme? C'est le sentiment du mal qui s'en va, c'est l'effort de la vie pour guérir. Les nations chrétiennes ont, contre le mal, une vue perçante, une indignation frémissante. Et ne savez-vous pas ce que l'on trouve dans l'àme de tous les saints, lorsqu'ils se regardent euxmêmes et se jugent? Profond mépris pour ce qu'ils sont actuellement ; plaintes amères contre leurs péchés ; déclarations sincères, profondément senties, qu'ils sont les plus indignes et les plus coupables des hommes. Certes les nations chrétiennes ne sont pas saintes encore, il s'en faut de beaucoup. Elles auront donc encore longtemps à gémir sur elles-mêmes.
Mais le rapide développement de clairvoyance et de publique indignation, depuis un siècle, sera l'annonce et la préparation d'un prochain progrès de justice, lorsque la colère de chacun, semblable à la colère des saints, tombera d'abord sur lui-même. La contrition ouvre l'âme à la grâce et prépare la sainte communion.
Je vois donc tout cela : le spectacle n'est pas caché; c'est l'histoire même que nous vivons, c'est le monde même que nous voyons et que nous sommes, comme s'exprimait saint Augus-
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<c mort et la vie : et la première sert de fonde- « ment à la seconde. » Il y a le renversement de l'obstacle, l'aplanissement de la voie, et il y a l'entrée de Dieu qui vient habiter l'homme, pour y régner, et l'élever à un état nouveau. Il y a d'abord Le Précurseur, l'homme en travail sous l'attrait de Dieu : puis il y a celui qui doit venir, l'Homme-Dieu, Dieu descendu dans l'homme. Saint Jean est l'ange qui marche devant la face du Christ pour préparer et aplanir la voie. L'œuvre propre de l'homme dans le mystère de la surnaturelle régénération, c'est d'enlever l'obstacle ; l'œuvre de Dieu est de verser la grâce; il la versait déjà, et il la verse au cœur dès que l'obstacle est enlevé. Le Précurseur dans le désert, et l'homme qui n'a pas encore Dieu habitant dans son âme, n'est pas simplement un roseau agité par le vent, c'est un roseau qui pense, qui pressent et désire, qui souffre et qui agit. Il est plus que prophète, car il n'annonce pas seulement, il opère et prépare.
Et cela est vrai de tout homme qui, en quelque temps, en quelque lieu qu'il ait vécu, a fait, dit notre théologie, ce qui était en lui: Facienti quod in se est Dens non denegat gratiam. Quiconque fait ce qui est en lui, sous l'attrait général de la grâce, laquelle poursuit toujours
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Et tout ceci exprime aussi la différence qu'il y a entre la lumière naturelle de la raison et la lumière divine et surnaturelle de la foi. La raison, c'est le Précurseur. Bien étranges sont eaux qui s'en moquent, et qui ne voient dans la raison humaine qu'un roseau agité par le vent, ou l'instrument des sens et de leurs convoitises. Cette raison, que Dieu ne cesse pas et de produire et d'exciter en nous, cette raison est ou doit être un prophète, puisqu'elle doit pressentir et attendre Dieu même ; prophète et même plus que prophète, puisqu'elle doit, par le discernement du juste et de l'injuste, et l'effort de la loi, lutter contre l'obstacle et préparer la voie de Dieu. Elle est ainsi prophète et précurseur. Et certes, sa plus haute lumière, qui est la vue de ce qui manque et la critique de ce qui est, demeure toujours bien moindre que le moindre rayon de la foi. Mais enfin elle est précurseur et prophète, elle désire et elle cherche, et quand celui qui doit venir et qui est attendu, c'est-à-dire le rayon de foi, et
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cela cherche à fermenter dans le fond mystérieux de l'âme; leur pensée claire, et leur vie libre n'en tiennent pas compte. Tout cela se développe devant eux par la bouche d'autres hommes plus avancés et plus vivants ; ils n'en sont point émus. On pleure, dit l'Evangile, et ils ne s'en attristent point. Mais vient alors le glorieux rayon révélé, avec ses bienheureuses et magnifiques affirmations, et la bonne nouvelle positive de la venue de Dieu, la joie et l'enthousiasme des beaux mystères. Nos chants se font entendre, dit l'Evangile, et vous n'êtes point soulevés de joie. Et nous avions pleuré, et vous ne vous êtes point émus. Jean est venu dans la tristesse et dans l'austérité, et vous le repoussez comme possédé! Moi je viens dans la joie et la sérénité, et vous me repoussez comme un homme ivre qui se donne à tous. Que faire donc, et où sont donc les fils de la sagesse pour la recevoir sur la terre
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vingt siècles de christianisme, après les grands progrès déjà visibles, l'obstination des peuples et surtout des hommes qui les mènent, à demeurer dans l'inertie antique, dans le luxe, la guerre, l'orgueil, la ruse et la spoliation, cette obstination m'épouvante. Car ce mépris de l'Evangile comme loi de vie des nations et ressource de l'avenir, cet aveuglement plus étrange que celui de Corosaïn, et de Capharnaiim, et de Bcthsaïda ; cet effroyable crime d'un peu pie chrétien qui, au dix-neuvième siècle, a prétendu rétablir l'esclavage; le crime d'un autre peuple chrétien qui jusqu'ici avait rétabli et consolidé le servage ; puis l'esprit sataniquequi dévore et qui assassine par la main de trois peuples, depuis un siècle, toute une nation; et puis les effroyables iniquités des successeurs de Tyr et de Sidon ; plus coupables que Tyr et Sidon ; oui, toutes ces résistances aux forces et aux lumières évangéliques, et tout cet endurcissement criminel, font frémir. Beaucoup d'hommes regardent cela d'un œil calme, et n'ont que des sourires pour les menaces évangéliques. Et pourtant déjà sous nos yeux, ce n'est plus seulement la menace, c'est la foudre qui vient de tomber, hier même, sur les grands prévaricateurs ; c'est la foudre qui les brise et les tue, s'ils ne font bientôt pénitence, et ne se régénèrent. Pour moi,