II. vit la multitude et fut ému de compassion
Nous arrivons au grand miracle, qui bientôt, renouvelé chaque jour par toute la terre, devien-
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plier par le tri vail, le nombre d'hommes se multiplie tout aussitôt beaucoup plus vite, et les derniers et les plus faibles sont toujours décimés par la faim. Voilà la loi.
Mais en face de cette loi, le Christ vient annoncer la bonne nouvelle aux pauvres, nourrir les faibles, releverles derniers. Il vient multiplier les pains au delà du nombre des hommes. S'il fait cela, sera-t-il Dieu ?
Déjà cette grande et noble science que j'appellerai la science du pain, a regardé le Christ avec admiration, et n'est pas éloignée d'adorer. C'est l'un des maîtres de la science, le plus grand de tous, selon moi, qui a dit ces paroles : « Un mortel ne pouvait pas avoir celte connais- « sance des lois de la nature humaine et de la « vie des sociétés, que l'on rencontre dans « l'Evangile ! » Mais le Christ montrera qu'outre cette connaissance de ce que l'homme n'eût pu savoir, il a aussi la puissance d'opérer ce que ne peuvent ni l'homme ni la nature.
N'a-t-il pas déjà commencé? La première phase du monde nouveau, dans laquelle cependant les hommes n'ont encore su donner au Christ qu'unefoi vague etpartielle, n'a-t-elle pas accompli déjà le miracle en partie, comme quand Jésus guérissait l'aveugle en deux foisr ne lui donnant la première fois que cette vue
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Nul progrès de moralité sans un progrès de religion.
Aucun progrès de religion sans Jésus-Christ.
Donc Jésus-Christ seu. multiplie les pains.
Il y a bien longtemps déjà que nous, discipies ou ministres de l'Evangile, nous présentons au monde ce raisonnement. Il existe des livres de science sociale, savants et parfaitement déduits, qui le développent. Depuis saint Paul jusqu'à Montesquieu, tout homme clairvoyant voit cela. Mais les hommes ne pensent pas: ou bien, s'ils pensent un peu, ils ne sont du moins convaincus que des choses qu'ils touchent de la main. Eh bien! c'est maintenant l'histoire visible, et, qui plus est, c'est lnistoiredu pain, qui va parler, pendant deux ou trois siècles, à tout le genre humain, et démontrer par toute la terre, à tous les yeux, que le Christ seul multiplie le pain.
Et quand les hommes verront cela de leurs propres yeux, et comprendront décidément, par quelques siècles d'expérience certaine, l'incurable stérilité de toute autre doctrine, et de tout autre chef que Jésus-Christ, je ne serais pas étonné que tous les peuples de la terre ne méditassent, commes les cinq mille hommes nourris de pain miraculeux, de se saisir du Christ pour te proclamer iw du globe. (Jean,
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dessein, Jésus saurait s'enfuir encore et se retirer, libre et seul comme Dieu, au-dessus de la terre, pour en faire descendre, sur les vallées et les travaux des hommes, la source vive de la prière.
Et n'est-ce pas aussi en se retirant solitaires sur les montagnes pour y prier, que les moines ont défriché l'Europe ?
La nouvelle et grande phase sociale de l'Evangile ne sera introduite dans le monde que par des hommes d'ardente prière et de foi toute-puissante.
Vous êtes vraiment le Fils de Dieu.
« Vous êtes vraiment le Fils de Dieu », disent lès apôtres à Jésus qui vient de marcher sur les eaux, d'y faire marcher saint Pierre, et de le soutenir lorsqu'il doute. Vous êtes vraiment le Fils de Dieu, dira aussi le genre humain avant trois siècles, à la vue des merveilles que produira .l'application de l'Evangile à la vie des nations. Quelle merveille prophétise pour le monde
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qui ne nait pas, qui n'est pas créée, qui est surnaturelle. Dieu est l'Être surnaturel, l'Etre plein et parfait, qui n'est pas en dehors de la nature des choses, puisqu'il est, au contraire; la nature nécessaire, immuable, absolue.
Mais attendez : les chrétiens nomment précisément surnaturel ce qui s'opère dans ou par une nature créée et qui cependant dépasse les forces de toute nature créée. Si vous me dites que cette définition implique contradiction, il
est facile de vous répondre. Ecoutez bien ceci : N'esi-iJ pas impossible à un arbre déporter des fruits qui ne sont pas les siens ? Et cependant l'arbre greffé porte des fruits qui ne sont pas les siens. 11 les porte, et ces fruits, étant donnée la greffe, sont les siens, en un certain sens, quoiqu'ils dépassent absolument sa force primitive. De même, l'homme peut être greffé de Dieu, et lorsque la nature humaine vient à produire des fruits qui ne sont pas les siens, à faire des actes qui dépassent en effet les forces de toute nature créée, on en conclut rigoureusement que la nature est greffée de Dieu, que l'infini s'est incarné, que l'infini s'est uni au fini; et quand on voit cet homme nommé Jésus produire des actes qui dépassent toutes les forces de toute nature créée, et à mesure qu'on le verra plus clairement par le dévelop-
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