Qui ignoratis quid erit in crastino
15. Quœ est enim vita vestraf Vapor est ad modicum parensy et deinceps exterminabitur : pro eo ut dicatis : Si Dominus voluerit, et : Si vixerimus, faciemus hoc aut illud.
16. Nunc autem exsultatis in superbiis vestris. Omnis exsultatio talis maligna est.
— 75 — Jac, îv.
17. Scienti igitv.r boninn fa- 17. Celui donc qui, sachant le bien.
cere, et non facienti, peccatnm qu'il doit faire, ne le fait pas, est
est illi. coupable de péché.
1. Unde délia et lites in vobis ? Nonne hinc : ex concupiscentiis vestris, quse militant in membris vestris? Nous avons dit que la sagesse qui vient du ciel est pacifique et pleine de modération. Mais plusieurs parmi vous sont loin de posséder une telle sagesse. « D'où viennent les guerres, les contestations et les animosités qui régnent entre vous? N'est-ce pas de vos concupiscences qui combattent dans vos membres ? »
Bclla et lites, en grec t.6),vj.o<. wxl pi^ai, des guerres et des combats. L'Apôtre accuse- 1- il les chrétiens de se livrer entre eux des batailles réelles ? ou parle-t-il seulement de querelles et de luttes intestines? Les mots de guerre et de combats peuvent se prendre dans le sens figuré. Mais saint Jacques dit formellement : Vous tuez, occiditis, (poveueTE. Ce terme ne paraît pas être une métaphore. Si l'Apôtre ajoute : zelatis. cela veut dire : vous tuez étant excités par la jalousie. S'il dit encore litigatis et belligeratis, « vous plaidez devant les tribunaux et vous guerroyez », ces mots n'atténuent pas la force du verbe occiditis, qui signifie : vous tuez.
Quelques observations nous aideront à déterminer le sens de ce mot.
Premièrement. L'Epître de saint Jacques est envoyée aux douze tribus d'Israël qui sont dispersées parmi les Gentils. Or, les Juifs chrétiens et non chrétiens ne faisaient encore qu'une seule nation aux yeux même des Apôtres. Il suffisait donc que des Juifs eussent commis quelque meurtre pour que saint Jacques pût dire : Vous tuez.
Secondement. Le verbe occiditis peut se prendre
dans le sens inchoatif, c'est-à-dire qu'il peut marquer une action commencée et voulue dans le cœur, mais non accomplie en réalité. Occiditis signifierait donc : Vous voulez tuer, vous haïssez votre prochain au point de lui souhaiter la mort; et cela suffit pour que l'homicide soit commis dans votre cœur, selon cette parole de saint Jean : Qui odit fratrem suum homicida est (1).
Enfin, l'on peut entendre que l'Apôtre ne s'adresse ni aux Juifs ni aux chrétiens en particulier, mais à tous les hommes en général. C'est comme s'il disait : D'où viennent les guerres et les combats parmi les hommes? Pourquoi se livrent-ils des batailles sanglantes? C'est parce qu'entraînés par leurs concupiscences, ils se disputent les biens de la terre. — Mais par une figure vive, qu'on nomme apostrophe, saint Jacques adresse la parole à tous les peuples, comme s'ils étaient présents.
Bella ex concupiscentiis . Les guerres entre les hommes viennent de leurs concupiscences. C'est une vérité manifeste et reconnue par les sages du paganisme (2). De là il résulte que, même au seul point de vue social, les Ordres religieux sont très utiles pour modérer dans le cœur des hommes la passion des richesses, en leur donnant l'exemple de la pauvreté volontaire.
Or, il y a trois concupiscences : celle des richesses, celle des honneurs et celle des plaisirs.
Quœ militant in membris vestris. Expression énergique : ces concupiscences sont pour ainsi dire campées
(1) I Joann., m, 15. — Erasme, qui ne comprenait pas le sens de ce passage, a mis dans son édition ptfîvîÏT», invide tis, au lieu de paveûjre, occiditis. C'est une correction téméraire, ou plutôt une dépravation du texte.
(2) Bella et seditiones et pugnas, disait Platon, nihil aliud générât quant corpus et illius desideria, TziVé;j.',v; x»\ atâoeti xcei ys-yy.; oùâkv èciXo -xfsiyii r, ri ç&yst x»\ ai r^ùrov lm9ufiÎ7t. (Phœdr.', xv.) — Cicéron développe la même pensée : Cupidilates sunt insatiabiles, dit-il, quœ non modo singulos /tontines, sed unicersas f antilias evertunt, totam etianx labefactant sœpe rempublicam. Ex cupiditatibvs odia, dissidia, dis- Cordiœ, seditiones, bella nascuntur. (De Fin., 1. I, c. xm.) Enfin, Tacite exprime avec concision la même idée : Aurunt et opes,prœcipuœ bel- Xoruin causœ. (Hist., 1. IV, 74.)
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et retranchées dans vos membres ; elles y font la guerre contre votre raison et contre la loi divine.
Il faut lutter dès le principe contre la concupiscence naissante, si l'on ne veut pas en devenir l'esclave. « Car, dit saint Augustin, elle commence par le libre arbitre de la volonté, elle grandit par le charme du plaisir, et elle s'affermit par la chaîne de l'habitude. Capiditas mundi inithim habet ex arbilrio voluntatis, progressum ex jucnnditate voluptatis, firmamcntum ex vinculo consuetndinis. (S. Aug., de Patientia, c. xvn.)
2. Concupiscitis., et non habetîs ; « vous désirez et vous n'avez pas. » Grande misère de l'homme, toujours poussé par sa concupiscence à désirer, et condamné à ne jamais avoir !
Occiditis et zelatis, et non potestis adîpïsci. Pour avoir ce que vous désirez, vous tuez. Mais le sang que vous répandez n'éteint pas votre passion ; la jalousie continue de vous tourmenter, et vous ne pouvez acquérir les biens que détiennent les autres. LUigatls et bellirje- ?*att's, et non habetis. Vous avez beau livrer des combats et des batailles, vous n'avez point ce que vous convoitez. Quelle peinture ! Saint Jacques se montre ici un écrivain plein d'éloquence. Le mot qu'il ajoute à la fin n'est pas moins frappant. Vous n'avez pas ce que vous désirezr .dit-il, et cependant, il est facile de Fobtenir. Au lieu de tant de guerres, de combats, de sang répandu, il vous suffisait de demander. « Vous n'avez pas, parce que vous ne demandez pas. » Non habetis, propter qnod non postulatis. Comme ce dernier trait, jeté là tout à coup, étonne le lecteur! De telles beautés seraient admirées dans un auteur classique.
Après cela viennent des raisonnements pressants. .!. Ceux qu'il interpelle si vivement pouvaient lui répondre pour s'excuser: Mais nous avons demandé, et nous n'avons rien obtenu. 11 les confond d'un mot : Vous demandez et vous ne recevez pas, parce que vous demande/ mal. Petitis et non accipitis, eo quod maie petatis. Si vous demandiez humblement les choses nécessaires à la
vie, Dieu vous les donnerait. Mais vous demandez des richesses pour les employer à contenter vos criminelles concupiscences. Ut in concupiscentiis vestris insumatis.
Demandez avant tout le royaume de Dieu et sa justice; et le reste vous sera donné par surcroit. Mais si vous demandez ce qui vous serait nuisible, Dieu, qui ne donne que de bonnes choses, ne vous écoutera pas. Il vous punirait en vous exauçant, et il vous accorde une grâce lorsqu'il vous refuse.
4. Adulteri, iiescitis quia amicitia hujus mundi inimica est Dei? Quicumque ercjo voilier it amicus esse sœculi hujus, inimicus Dei constituitur. « Adultères, ne savez-vous pas que l'amitié de ce monde est une inimitié contre Dieu? Celui donc qui veut être ami du monde se rend l'ennemi de Dieu. »
Voici la pensée. Chrétiens qui vous êtes consacrés à Dieu dans votre baptême, vous lui devenez infidèles et vous commettez une espèce d'adultère en donnant au monde et aux biens du monde un amour que vous devez à Dieu. C'est pourquoi tout homme qui veut être ami du siècle et s'attacher aux concupiscences mondaines, rompt l'alliance avec Dieu et se constitue son ennemi.
Le terme d'adultère est souvent employé par les prophètes pour désigner les infidélités du peuple d'Israël, lorsqu'il abandonnait le culte de Dieu pour celui des idoles.
Au lieu de adulteri, on lit en grec [j.ov/y.'XiUç, adultéra?. Ce féminin s'explique par un hébraïsme. Rien n'était plus commun chez les prophètes que l'expression de filia Sion pour désigner le peuple d'Israël ; et ils condamnaient la fille de Sion comme adultère lorsque Jérusalem était infidèle au Seigneur. Jésus-Christ lui-même appelle les Juifs de son temps une génération adultère, generatio prava et adultéra. (S. Matth., xn, 39.) Cette locution ;xo'./aÀc'o£ç, adultéras, pour signifier une nation prévaricatrice, était donc parfaitement comprise des Juifs auxquels écrivait saint Jacques.
Il est maintenant aisé de voir comment on devient l'en-
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nemi de Dieu en voulant être l'ami du monde. Car de même qu'une épouse adultère est nécessairement ennemie de son époux qu'elle outrage et déshonore, de même une âme qui se laisse corrompre par l'amour du siècle devient l'ennemie de Dieu. Quomodo enim non potest fieri adultéra conjux, nisi inimica sit viro suo : sic anima adultéra amore rerum sœcularium non potest nisi inimica esse Deo. (S. Aug., Serm. xci, n. 10.) C'est pourquoi le vénérable Bède appelle ennemis de Dieu tous les chercheurs de bagatelles, omnes inquisitores nugarum, c'està-dire, tous ceux qui négligent le ciel pour la terre, et Dieu pour la créature.
5. Anputatis quia inaniter Scriptura dicat:Ad invidiam concupiscit Spiritns qui habitat in vobis ? « Pensez-vous que l'Ecriture dise en vain : L'Esprit qui habite en vous aime d'un amour de jalousie? »
C'est l'explication du mot adulteri. L'Apôtre justifie ce terme énergique en leur disant : L'Esprit de Dieu habite dans les âmes qui se sont données à lui, et il veut être aimé d'elles comme il les aime ; en sorte que si elles l'abandonnent pour courir vers les voluptés mondaines, il ressent, pour ainsi dire, l'indignation jalouse qu'éprouve un époux généreux, lorsqu'il voit une épouse infidèle le délaisser et s'attacher â un adultère.
La parole citée par saint Jacques (ad invidiam concupiscit Spiritus) ne se trouve pas dans les saintes Ecritures avec les mêmes termes; mais l'idée s'y rencontre plusieurs fois, notamment dans les passages où le Seigneur est appelé un Dieu jaloux. (Voyez Exod., xx, 5, et xxxiv, 14; Deut., iv, 24, et v, 6, etc.)
S/iirifus qui habitat in vobis. Non seulement le Saint- Esprit répand ses grâces dans les âmes des justes, mais il y demeure substantiellement. Il réside en nous et s'unit à nous dans le baptême, pour nous rendre saints, justes et enfants de Dieu. (Rom., vin, 11.)
6. Mais que fait le Seigneur quand il veut gagner une •nue? 11 lui donne des grâces plus grandes. La jalousie dont il l'aime lui fait multiplier ses libéralités pour
qu'elle ne l'abandonne pas, mais s'attache inviolablement à lui. Majorera autem dat grattant. Car l'Ecriture dit que, si Dieu résiste aux superbes, il donne sa grâce aux humbles. (Prov., m, 34.) Propter quod dicit : Deus saperais resistit, humilibus autem dat gratiam (1). Il n'est pas dit qu'il donne seulement aux justes, mais il donne aux pécheurs mômes qui s'humilient.
Majorem autem dat (jraliam. Cette phrase pourrait encore se lier aux premiers versets, de cette manière : Vous sentez dans vos membres des concupiscences impérieuses qui vous entraînent vers les choses de la terre. Eh bien, Dieu vous offre une grâce plus puissante avec laquelle vous pouvez réprimer ces passions. Concupiscitis; majorem autem dat gratiam. Mais il faut être humble; car plus l'âme est humble, mieux elle est préparée à recevoir la grâce (2).
7. Humiliez-vous donc devant Dieu et soyez-lui soumis, afin d'obtenir la. grâce précieuse qu'il vous destine. Subditi ergo estote Deo. Il est vrai, le diable fera de nouveaux efforts pour exciter votre concupiscence et vous entraîner encore vers le monde. « Mais résistez au diable, et il s'enfuira loin de vous. » Resistite autem diabolo , et fugiet a vobis. Non seulement il ne vous vaincra pas, mais vous lui deviendrez redoutables, étant défendus par l' Esprit- Saint. Humiliez-vous, dis-je, et le démon s'enfuira; car ce que hait le plus cet esprit d'orgueil, c'est l'humilité. Nulla re magis fugatur diabolus, quam humiîitate. (Estius.)
8. Appropinquate Deo, et appropinquabit vobis. Pour résister au diable avec succès, et pour le mettre en fuite, « approchez-vous de Dieu, et il s'approchera de vous, s
(1) Le sens littéral de l'hébreu est un peu différent : illiisores ipse illudet, et humilibus dabit gratiam (traduction de la Vulgate). M;iis saint Jacques cite mot a mot les Septante : Kvptoç bnspr,?v.vois ù.j-.i-v.'zzi-ii, ra-cfvil,' Sk Siâam xàptv. — Propter quod. Le discours se lie ;iinsi : « Dieu donne une grâce plus grande; c;ir l'Ecriture dit qu'il donne sa grâce aux humbles. » La première partie de la citation (superbis resistit) n'est mise que pour amener la seconde.
(2) La liaison de cette pensée avec le discours a beaucoup exercé les commentateurs : nous donnons les deux interprétations qui nous ont semblé les plus naturelles.
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Or, c'est par la pureté qu'on s'approche du Dieu saint. Lavez donc vos mains, ô pécheurs ; et purifiez vos cœurs, vous qui avez l'âme double. Emttndate manus, peccatores ; et purificate corda, duplices anhno.
Lavez vos mains: que rien ne soit répréhensible dans vos actions extérieures. Purifiez vos cœurs : que vos affections, vos intentions, toutes vos pensées soient pures. Et si quelque faute a souillé votre âme, hâtez-vous de l'expier par la pénitence.
L'Apôtre fait allusion à cette parole de David : Quel est celui qui montera sur la montagne du Seigneur ? Ce sera l'homme dont le cœur est pur et dont les mains sont innocentes. Quis ascendet in montent Domini,aut quisstabit in loco sancto ejus ? lnnocens manibus et mundo corde. (Ps. XXIII.)
Duplices animo. Nous avons vu plus haut que l'homme qui a le cœur double est celui qui veut plaire à Dieu et au monde ; faire d'abord sa fortune, puis son salut ; concilier la religion avec ses passions, et plier l'Evangile aux maximes du siècle. (Ch. i, v. 8.)
9. Mais saint Jacques va prêcher une morale bien différente aux pécheurs qui veulent sauver leur âme. Miseri estote, leur crie-t-il ; et lur/ete, et plorate. Risus vester in luctum convertalur, et gaudium in mœrorem. « Affligezvous vous-mêmes, vivez dans le deuil, versez des larmes et poussez des cris. Que votre rire se change en pleurs, et votre joie en tristesse. » Il imite en tout ce passage les exhortations et le style des prophètes anciens. Il répète la grande Leçon de saint Jean-Baptiste et de Notre-Seigneur lui-même: « Faites de dignes fruits de pénitence. » I <a pénitence chrétienne a ses joies sprituelles q ui surpaseelles des sens, mais elle est inconciliable avec les plaisirs du monde. Miseri estote, en grec TaXat7C(i>pT$<rcTe, ferle le bures el aerumnas, menez une vie austère et dure. Jeûnez et gémissez sur vos péchés, comme vous y invite 1 i prophète Joël par ces paroles : « Convertissez- vous à moi de tout votre cœur, dans les jeûnes, dans les larmes, e! dans les gémissements. Déchirez vos cœurs et non vos
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vêtements. Convert'nnini ad me in toto corde vestro, in jejunio, etinfletu, et in planctiu et scindite corda veslra et 7io/i vestimenta vestra. (Joël, n, 12.)
Miseri estote. Souvenons-nous que nous sommes dans une vallée de larmes, in valle lacrymarum. (Ps. lxxxiii.) Les chrétiens souffrent et pleurent sur la terre pour se i\\}ou\rddns\escie\ix.Flebitisvos,mundusautemqaudebit; sed tristitia vestra vertetur in gaudiit)n.(S. Joann., xvi, 20.)
10. Il termine cette exhortation par une pensée que la sainte Ecriture ne cesse de nous inculquer : Humiliamini in conspectu Domini. Humiliez-vous en présence du Seigneur, reconnaissez sa grandeur et votre bassesse, avouez sincèrement vos péchés devant lui. Que votre confusion soit véritable, et que Dieu lui-même voie au fond de votre cœur la sincérité de votre repentir.
Et exaltabit vos. Alors il vous exaltera, selon sa promesse ; car il a dit : Qui se humiliaverit exaltabitur. (S. Matth., xxiii, 12.) Tous ceux qui s'humilient devant Dieu seront exaltés dans le ciel ; et souvent môme, après leur mort, ils recevront sur la terre des honneurs incomparables.
Saint Jacques passe maintenant à la médisance : c'est l'opposé de l'humilité ; car elle vient de l'orgueil ; et c'est une seconde cause de division parmi les fidèles. La médisance est un vice très répandu : les personnes pieuses n'en sont pas exemptes. Quelquefois même, dit saint Jérôme, ceux qui ont évité les autres défauts tombent dans celui-là comme dans un dernier piège du démon. Tanta hujus inali libido mentes hominum invasit, ut etiam qui procul ab aliis vitiis recesserunt, in istud tamen quasi in exlremum diaboli laqueum incidant. (Epist. ad Celantiam.) C'est cependant un péché grave lorsqu'il ravit au prochain sa réputation, qui est plus précieuse que les richesses.
11. Nolite detrahere alterutrum fratres. « Mes frères, prenez garde de médire les uns des autres (1). » Vous
(1) Nolite detrahere aUerutrum, ;j>, Kvrctktùîlrs à>X#.wv. Par la détraction ou la médisance, jcaro/sài», saint Jacques entend un discours tenu
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êtes frères, il serait odieux de vous dénigrer mutuellement. En outre, médire du prochain, mal parler de lui, censurer sa conduite, c'est juger son frère. « Or celui qui blâme son frère et juge son frère, blâme la loi et juge la loi. » Qui detrahit fratri, aut qui judicat fratrem suit?n, delrahit legi et judicat legem. Comment cela? parce que la loi bannit du milieu du peuple les accusateurs et les médisants secrets : Non eris criminator et snsurro in populo. (Lev., xix, 15.) Et Notre-Seigneur lui-même con- • damne le jugement téméraire : Nolite judicare et non judicabimini ; nolite condemnare et non condeninabimini. (S. Luc, vi, 37.)
Si donc vous blâmez et censurez votre frère, si vous le jugez et le condamnez, alors vous protestez contre la loi de .lésus-Christ, vous la rejetez par votre conduite, vous jugi /. qu'elle n'est pas sage et qu'elle n'oblige pas.
(,)ue si vous jugez la loi, vous ne vous considérez pas comme le simple observateur de la loi (ce qui est votre rôle et votre devoir), mais vous usurpez les fonctions mêmes de législateur et de juge. Si autem judicas legem, non es factor legis, sed judex.
12. Or cette usurpation est criminelle. Il n'y a qu'un seul législateur et qu'un seul juge, qui ait la puissance de condamner et d'absoudre, de perdre et de sauver, aussi bien dans la vie présente que dans la vie future. I nus est législateur et judex, qui potest perdere et libevare.
13. Et vous, qui êtes-vous pour vous arroger le droit déjuger votre prochain, malgré la défense de Dieu? Tu autrm quis es, qui judicas proxinium? Saint Paul avait dit de même : « Qui êtes-vous pour juger le serviteur d'autrui .' C'est devant son maître que sa cause doit être poi tée, el ce n'est pas devant vous qu'il doit la perdre ou la gagner. ■ Rom., xiv, 4.)
Nul homme, en effet, n'a par lui-même le droit de
contre lf prochain par malignité : comme lorsqu'on publie les fau
•iiain, lorsqu'on exagère ses torts, que l'on rabaisse son mérite, que l'on envenime ses paroles innocentes, et que Ton dénigre
- «mi lui supposant des intentions mauvais
juger un autre homme. Cependant il y a des juges dans les sociétés ; mais c'est de Dieu, et non simplement des hommes, qu'ils reçoivent leur pouvoir.
Kcce nunCj « voilà maintenant. » C'est une formule qui annonce une nouveau sujet.
Médire du prochain est l'effet d'une méchanceté orgueilleuse : un autre orgueil, c'est de former de grands projets en comptant sur une longue vie.
Ecce nunc qui dicitis : Hodie aut crastino ibirnus in illam civitatem, et faciemus ibi quidem annum, et mercabimnr, et lucrum faciemus : 14) Qui ignoratis quid erit in crastino. « Voilà que je m'adresse maintenant à vous, hommes présomptueux, qui dites : Nous partirons aujourd'hui ou demain pour nous rendre en telle ville, nous demeurerons là un an, nous y trafiquerons, et nous ferons un gain considérable. Vous parlez ainsi, et vous ne savez pas ce qui vous arrivera demain. »
Saint Jacques saisit au vif un trait du caractère de sa nation. Dès cette époque, les Juifs étaient répandus dans tous les pays du monde, ils s'établissaient dans les grandes villes, ils achetaient, ils vendaient, ils s'enrichissaient.
L'Apôtre, les voyant absorbés dans la pensée d'amasser des biens terrestres et tout occupés de leur fortune, leur adresse cette parole : Vous qui croyez disposer de l'avenir et qui formez de vastes projets, vous ne savez pas ce qui vous arrivera prochainement, vous n'êtes pas même assurés de vivre demain. En vérité l'homme passe comme une ombre, comme un fantôme qui s'évanouit, et cependant il s'agite et se trouble inutilement pour une vie qui dure si peu. V erumtamen in imagine pertransit homo, sed et, frustra conturbatur. (Ps. xxxviii.)
15. En effet, qu'est-ce que notre vie? C'est une légère vapeur qui paraît un instant comme un nuage et se dissipe ensuite. Quœ est enim vita vestra? Vapor est ad modicum parens, et deinceps exterminabitur (1). Cette
(1) Parens et deinceps exterminal)iti<r. En grec : pv.c.o/j.ivr,, è'nsirx ai jpxviÇifiëvr,, apparens et deinceps evanescens.
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vapeur, quelque brillante qu'elle semble, est sans consistance, et on ne peut la saisir ni la fixer. Un souffle l'emporte, elle se dissipe d'elle-même, et disparaît pour toujours. Et c'est sur cette vanité que vous bâtissez vos fortunes !
Ne devriez-vous pas plutôt dire : Si le Seigneur le veut, et si nous vivons, nous ferons telle et telle chose ? Pro eo ut dicatis : Si Dominus voluerit, et : Si vixerimus, faciemus hoc aut illud (1) ?
Est-il raisonnable, en effet, de compter sur des richesses futures, et de former de vastes desseins pour l'avenir, comme si notre vie ne dépendait pas de Dieu ?
Salomon disait de même : Ne vous glorifiez point de ce que vous ferez demain, ou de ce qui vous arrivera demain, car vous ignorez ce que vous apportera la journée prochaine. Ne glorieris in crastinum, ignorans quid superventura pariât dies. (Prov., xxvn.)
Le philosophe Senèque, contemporain de l'Apôtre, écrivait de même à un de ses amis : Quam stidtum est œtatem disponere ne crastini quidem dominum! 0 quanta dementia est spes long as inchoantium ! Emam, œdificabo, credam, exigam, honores gcram ; tum deinde lassam et plénum senectutem in otiumrefcram. Omnia, mihi crede, eticun felicibus dubia sunt ; nV.dl sibi quisquam de futur o débet promittere. (Senec. Epist., 1. XVII, 1.)
Ainsi donc la sagesse païenne elle-même, considérant l'incertitude de la vie, conseillait de ne jamais compter sur le lendemain ; elle répétait avec Horace : Omnem crede dieni tibi diluxisse supremum. (Hor. I Ep., iv, 13.)
Certes, l'Apôtre ne défend pas de former de grands desseins dont l'exécution exigera de longues années. Mais en travaillant à de nobles et saintes entreprises, le bon serviteur se tient toujours prêt à écouter l'appel de son Maître, qui saura bien, s'il le veut, achever les travaux commencés pour sa gloire.
(I) La phrase se lie ainsi ; ffatc clicitis, pro eo ut dicatis : Si DomU tiVë voluerit. Voilà ce que vous dites daus votre orgueil, au lieu de dire modestement : S'il plaît au Seigneur.
Si Dominus voluerit. En disant : « Si Dieu le veut », nous reconnaissons que la Providence gouverne les actions des hommes, et que le succès de nos entreprises dépend de sa volonté. — Si vixerimus. En ajoutant : « Si nous vivons », nous confessons la fragilité de notre existence, qui peut à chaque moment s'éteindre. Aussi la sainte liturgie nous fait répéter chaque soir cette parole : Seigneur, je remets mon âme entre vos mains. In manus tuas, Domine, commenclo spiritum meum.
Si Dominus voluerit, « s'il plaît à Dieu. » Cette parole se retrouve chez divers peuples ; en sorte qu'on peut la regarder comme un sentiment qui est dans la nature de l'homme. C'est pourquoi saint Augustin disait à ce sujet : Mettez dans votre cœur ce que tous les hommes ont sur les lèvres : « Comme Dieu voudra. » Car souvent, ajoutait-il, le langage du peuple renferme une leçon salutaire. Discite habere in corde quod habet omnis homo in linç/ua : « Quod vult Deus. » Jpsa lingua popularis plerumque est doctrina salutaris. (In Ps. xxxn, Serm. i.)
Nanc autem exsullatis in superbiis vestris. « Mais au contraire vous vous élevez dans vos pensées d'orgueil. » Vous vous glorifiez des magnifiques espérances que vous avez conçues, des habiles mesures que vous avez concertées, et vous vous flattez d'accomplir vos desseins comme si vous étiez indépendants de Dieu.
In superbiis vestris, h totç iXatÇoveftnç jy.wv, in jactantiis vestris (1). Les projets des mondains, dont le succès paraît infaillible, sont de vaines jactances, s'ils ne s'appuient que sur leur sagesse. Souvent la Providence se plaît à les confondre. Car toute présomption semblable est mauvaise. Omnis exsultatio talis maligna est. Soyons convaincus intimement que nous et nos conseils nous sommes en la main de Dieu. In manibus tuis sortes meœ. (Ps. xxx.) Et reconnaissons avec Jérémie que la voie de l'homme ne dépend ni de sa volonté ni de sa prudence : Scio, Domine, quia non esthominis via ejus. (Jerem., x, 23.)
(1) 'À^stÇwv, le fanfaron (d'où vient B&aÇovrfx, jactantia) est celui qui se vante d'un avantage ou d'un mérite qu'il n'a pas.
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17. Toutes ces vérités que je viens de vous exposer, vous les connaissez, vous prétendez môme les enseigner aux autres. Mettez-les donc en pratique vous-mêmes. Car celui qui sait le bien qu'il doit faire et ne le fait pas, est coupable de péché. Scienti igitur bonum facere et non facienti, peccatum est illi.
Saint Jacques n'enseigne pas que l'homme qui connaît son devoir et ne le fait pas, soit le seul qui pèche. Car très souvent l'ignorance n'excuse pas du péché. Celui, par exemple, qui ignore ce qu'il peut et doit savoir, est coupable. Saint Jacques fait seulement entendre, comme Notre-Seigneur, que le serviteur qui ne connaît pas la volonté de son maître sera puni moins sévèrement que celui qui la connaît et la viole. Servus qui cognovit voluntatem Domini sui, et non fecit sccundwn voluntatem ejus, vapulabit imrftis. Qui autem non cognovit et fecit cligna plagis, vapulabit paucis. (S. Luc, xn, 37.) Pour n'être pas puni, il faut connaître la loi de Dieu, et l'accomplir.
Scienti bonum et non facienti. Cette maxime générale clôt les divers préceptes que vient de donner l'Apôtre. Il l'adresse spécialement aux Juifs convertis qui ambitionnaient l'honneur de parler dans les assemblées. Parce qu'ils brillaient autrefois dans les synagogues, ils prétendaient enseigner aussi dans l'Eglise. Mais saint Jacques leur dit : Vous qui savez si bien la loi et les prophètes, souvenez-vous que celui qui sait et ne fait pas ce qu'il sait, est plus coupable et sera traité plus sévèrement que celui qui ne sait pas. Appliquez-vous donc avant tout à profiter de votre science pour vous sanctifier vousmêmes.