‹ Commentaire sur les Epîtres catholiques de S. Jacques, S. Pierre, S. Jean et S. JudeChapitre 44 sur 119 · Ttaque et hi qui patiuntur · texte numérisé non relu

Ttaque et hi qui patiuntur

secundumvoluntatem Dei, fideli Creatori comtnendeni animas suas in benefactis.

14. Si vous souffrez des opprobres pour le nom de Jésus-Christ, vous serez heureux ; car l'honneur, la gloire, la vertu de Dieu et son Esprit reposent sur vous.

15. Que nul d'entre vous ne souffre comme homicide, ou comme voleur, ou comme médisant, ou [tour avoir convoité le bien d'autrui.

16. Mais si quelqu'un souffre comme chrétien, qu'iln'enait point dehonte; au contraire, qu'il en glorifie Dieu.

17. Car voici le temps où le jugement va commencer par la maison de Dieu. Que s'il commence par nous, quelle sera la lin de ceux qui ne croient pas à l'Evangile de Dieu ?

18. Et si le juste même se sauve avec peine, que deviendront les impies et les pécheurs ?

19. Que ceux donc qui souffrent selon la volonté de Dieu remettent leurs âmes entre les mains de leur fidèle Créateur, en faisant de bonnes œuvres.

1. Christo igitur passo in carne, et vos eaclem cogitatione armamini. Ici l'Apôtre reprend la suite de la pensée qu'il avait exprimée plus haut (m, 18). Ainsi donc, puisque le Christ a souffert pour vous dans sa chair mortelle, armez-vous aussi de la même pensée ; et, imitant son exemple, soyez résolus à souffrir dans votre chair.

Eadem cogitatione armamini, x^\ wMp iwotow b-ulî^Ji. « Revètez-vous de cette pensée comme d'une armure. » Cette belle expression nous fait entendre que la méditation habituelle de la passion de Jésus-Christ est une fiiiiiisse et un bouclier qui peut nous rendre invulnérables aux traits de Satan.

Qttia qui passas est in carne desiit a peccatis. « Car

celui qui a souffert dans sa chair a cessé de pécher », s'il a souffert pour le Christ, en confessant le Christ, à l'imitation du Christ. D'abord, il a renoncé au péché par une volonté sincère, puisqu'il a mieux aimé souffrir que de pécher. En outre, la participation aux douleurs de Jésus-Christ lui a donné la force de vaincre la concupiscence et les tentations du démon. Enfin, celui qui s'inflige lui-même des mortifications et crucifie sa chair, dompte ses passions et ne se laisse pas entraîner au péché.

Desiit a peccatis. Des fautes légères pourront encore échapper à son irréflexion et à sa fragilité ; mais sa volonté est fixée dans l'amour du bien et dans la haine du mal, parce que Dieu protège et remplit de force celui qui souffre pour sa gloire (1).

2. Ut jam non desideriis hominum, sed volunlati Dei, qnod reliqaum est in carne vivat temporis ; c'est-à-dire : ut per omne quod superest in carne tempus exigendum, vivat non desideriis hominum, sed voluntati Dei subditus. Il sera tellement purifié et fortifié par la croix, qu'il ne vivra plus désormais selon les désirs et les passions des hommes mondains, mais selon la volonté de Dieu, pendant tout le temps qu'il lui reste à vivre dans la chair. Sans doute, la concupiscence n'est pas éteinte en lui ; mais il la domine et il en est le maître. L'énergie de sa volonté et la grâce que Dieu lui donne avec abondance le préservent du péché.

3. Sufficit enim prœteriturn tempus ad voluntatem gentium consummandam, his qui ambulaverunt in luxuriis, desideriis, vinolentiis, comessationibus, potationibus, et illicitis idolorum cultibus. « Aimez donc la pénitence. Car vous avez assez marché selon la volonté des nations

(1) Saint Paul disait de même aux Galates: « Ceux qui appartiennent au Christ ont crucifié leur chair avec ses vices et ses concupiscences. » Qui aatem sunt Christi, carnem suam crucifixerunt curr> vitiis et concupiscentiis. (Gai., v, 24.) — Qui passus est, desiit. Ces temps passés, mis pour le présent, indiquent ce qui arrive d'ordinaire. (Synt. gr. 137.)

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païennes durant le temps de votre vie précédente : je parle de ceux d'entre vous qui vivaient alors dans les impudicités, les désirs mauvais, les festins d'ivresse et de dissolution, les excès du vin et le culte criminel des idoles. »

bte phrase regarde spécialement les Gentils convertis au christianisme. Le dernier trait, idolorwn cultibus. ne s'applique pas aux Juifs ; car, bien que mêlés aux Gentils, ils avaient en ce temps-là horreur des idoles.

Saffkit, « c'est assez », expression figurée qui signifie : Vous n'avez que trop longtemps marché dans les voies de l'iniquité. Ezéchiel disait de même : « Tous les crimes que vous avez commis jusqu'à présent doivent vous suffire, ù maison d'Israël. » N'en ajoutez pas de nouveaux. Sufficiant vobis omnia scelera vestra., domus Israël, (Ez., xliv, 6.)

In htxurîis, desideriïs, kozkyefaiç, Imôu^aiç. Le premier terme signifie toute action déshonnête, contraire à la pudeur ; et le second marque la volonté arrêtée de commettre de telles actions. Lors même que le libertin ne fait pas des choses impures, il le désire ; sa passion est comme un feu intérieur qui brûle toujours : en sorte que, dans son cœur, le péché est continuel, incessabile deliclimt. (H Petr., n, 14.) Or, l'homme sera condamné non seulement pour les fautes extérieures qu'il a commises, mais encore pour les pensées mauvaises dans lesquelles il s"est complu et pour le mal qu'il a voulu faire.

Vinolentiïs, olvo^Xuy^aiç. Ce mot désigne la passion d'absorber beaucoup de vin, la grossière ivrognerie.

Comessationibus, -/.<■>•,/,-. Ce sont les débauches de table, les orgies,

Potationibus, -oto-.;, les parties de buveurs, où l'on se provoquait à boire, où le roi du festin réglait les coupes que chacun devait vider. Ces excès honteux étaient fréquents cho/ les nations païennes ; les hommes les plus illustres n'en rougissaient pas, comme le témoignent les les d Horace. Quem venus arbitrant Dicet bibendt? Non ego sanius Bacchabor Edonis. (Il Od., v.)

Idolorum cultibus. Saint Paul écrivait aussi aux Corinthiens : Vous savez que lorsque vous étiez infidèles, vous alliez aux idoles muettes et sans raison, comme Ton vous y menait. Scitis quoniam, quum Gentes essetis, ad simulacra 'imita, prout ducebamini, euntes. (I Cor., xn, 2.) Hélas ! il en est encore de même : le monde est toujours plein d'idoles et des chrétiens les adorent.

lllicitis idolorum cultibus, sdcp/Toiç eî8û>AoX<XTpe6xtç. Tout culte rendu aux idoles est coupable. Pourquoi donc saint Pierre ajoute-t-il ce mot illicitis? Pour faire entendre que plusieurs de ceux à qui il parle avaient autrefois honoré les idoles par des actions qui étaient elles-mêmes de grands péchés. On sait de quelles infamies étaient souillés les mystères de la Bonne-Déesse, et le culte de plusieurs autres dieux, dont les noms mêmes sont obscènes. (Corn. Lap.)

4. In quo admirantur non concurrentibus vobis in eamdem luxuriœ confusionem. Et maintenant ils s'étonnent de ce que vous ne courez plus avec eux aux mêmes débordements d'intempérance et de luxure (1).

Luxuride confusionem, àsom'aç kv&yymv. Le mot grec àvà/uc.ç veut dire effusio. refusio, œstus, débordement tumultueux. Ce terme fait entendre que la passion de la luxure, excitée par le culte impur des idoles, se déborde comme une mer soulevée par les vents, et se répand en toute sorte de débauches. Libido instar maris exœstuat in omnes obscenitates. (Corn. Lap.)

Blasphémantes. Et comme votre vie sage et austère condamne leur licence, ils se vengent de vous par des injures et des calomnies. Nous voyons de même aujourd'hui des libertins, dont la vie est pleine de hontes, ré-

(1) In quo admirantur, h w fevi'Çsvrat. C'est-à-dire : et in ea re insolens aliquid ac stupendum esse existimant, scilicet videntes quod non amplius curritis cum ipsis ad impur as libidines. Us voient dans votre conduite actuelle une chose étrange, quand vous refusez de partager désormais leurs dissolutions. — Saint Jean nous présente une phrase semblable. In hoc mirabile est, quia vos nescitis unde sit, et aperuit meos oculos. (S. Joann., ix, 30.) C'est comme s'il y avait : In hac re est aliquid mirabile, scilicet quia vos nescitis, ou simplement, illud mirabile est quod vos nescitis unde sit.

— 215 — IPetr., iy.

pandre d'abominables accusations contre les plus saints personnages et s'efforcer de ternir les vertus les plus pures. La vue des hommes justes est odieuse aux méchants, dit le Sage, parce qu'elle leur reproche leurs iniquités. Gravis est ?ioôis etiam ad videndam, quoniam dissimilis est aliis vita ejus. (Sap., n, 15.) C'est pourquoi ils imputent leurs propres ignominies aux hommes les plus vénérables.

5. Qui reddent rationem ei qui parafais est judicare vivos et morluos. Ces calomniateurs rendront compte à. celui qui est tout prêt à juger les vivants et les morts.

Para tus est. Le souverain Juge voit tout, action, parole, pensée. Il cite maintenant devant lui, en particulier, tous les hommes l'un après l'autre, et fixe le sort éternel de chacun. Mais en outre, à la fin des siècles, il descendra des cieux avec majesté pour juger tous les hommes assemblés devant son tribunal.

Vivos, il jugera ceux qu'il trouvera vivants lorsqu'il descendra sur la terre ; — et mortuos, et ceux qui seront morts depuis le commencement du monde ; car toutes les générations sortiront des tombeaux et comparaîtront devant lui pour entendre leur sentence.

Quand viendra-t-il? Le jour et l'heure sont inconnus; mais nous savons que le Juge est prêt : parafas est.

6. Propter hoc enim et mortitis evangelizatum est, ut judicentur quittent secundum homines in carne, vivant autem secuudum Dewn in spiritu.

Ce passage est difficile à entendre. Sans relater les diverses explications que l'on a essayées, nous donnerons colle qui nous paraît la meilleure.

Propter hoc. Saint Pierre vient de dire que le Christ jugera les morts. C'est pour cela, ajoute-t-il, que l'Evangile a été annoncé non seulement aux vivants, mais aux morts eux mêmes. La bonne nouvelle de la rédemption du genre humain a été portée par l'âme du Christ aux morts (pii achevaient d'expier leurs fautes dans le purgatoire, et aux esprits des justes qui attendaient sa venue dans les limbes. Ceci est clair.

Pour entendre le reste, nous ferons deux observations. D'abord, la première proposition est une parenthèse; la conjonction ut, qui semble la régir, ne retombe que sur la seconde. Ainsi, ut judicentur quidem, vivant autem, équivaut à cette phrase : ut, dum judicantur, vivant (1).

En second lieu, on remarque que les deux phrases sont symétriques. Chacune est, en effet, composée de trois termes corrélatifs, savoir : 1° judicentur et vivant ; 2° secundum homines et secundum Deum ; 3° in carne et in spiritu. Comme il y a ici trois antithèses, la corrélation des termes aide à éclaicir le sens de la phrase.

Nous traduirons donc : « C'est pourquoi la bonne nouvelle de la rédemption a été aussi portée aux morts, afin que l'on sache que, s'ils sont jugés dans la chair selon les hommes, ils vivent selon Dieu dans l'esprit. »

Judicentur secundum homines in carne. Cette phrase devient plus claire lorsqu'on la rapproche d'une parole que nous venons de lire. « Les adorateurs des faux dieux s'étonnent de ce que vous ne courez plus avec eux aux voluptés de la chair, et ils vous accablent d'injures. » En effet les justes auxquels l'âme de Jésus est allée annoncer la délivrance, sont jugés et condamnés par les mondains : ces homines jugent que les saints ont mené sur la terre, dans les jours de leur chair, une vie insensée. Car la sagesse du monde conseille de rechercher les honneurs, les plaisirs et les richesses que les chrétiens méprisent.

Ut vivant. C'est-à-dire ut sciantur vivere, ut constet eos vivere. Le Christ est donc descendu aux enfers pour visiter les âmes des justes , afin qu'il soit prouvé au monde que les justes ne sont pas morts, mais qu'ils sont vivants selon Dieu et devant Dieu. Ils vivent, non pas dans leur chair, qui ne ressuscitera qu'à la fin des siècles,

(1) On trouve une structure semblable dans saint Paul : Grattas autem Deo quod fuistis servi peccati, obedistis autem ex corde in eara formam doctrinœ. C'est-à-dire, Gratias Deo, quod, quum fuissetis servi peccati, obedistis. (Rom., vi, 17.) Ce tour est familier aux Hébreux, il se voit aussi chez les Grecs, les Latins, et même chez de bons auteurs français.

— 211 — I Petr., îv.

mais dans leur esprit, dans leur Ame. Notre-Seigneur disait de môme aux Juifs : N'avez-vous pas lu ces paroles de l'Ecriture : « Je suis le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob? Or, il n'est pas le Dieu des morts, mais des vivants. » Non est Deus mortuorum, sed viventium. (S. Matth., xxn, 32.)

Voilà, ce nous semble, une explication naturelle d'un verset qui a désespéré tant de commentateurs.

Saint Pierre insiste sur la descente de Jésus-Christ aux enfers, et les Apôtres l'ont inscrite dans le Symbole comme un fait très important. C'était afin de renverser l'erreur des Sadducéens chez les Juifs, et celle des Epicuriens chez les Gentils : erreur très répandue alors. qui niait l'immortalité de l'âme et prétendait que dans l'homme tout périssait à la mort. Socrate et Platon avaient combattu cette opinion, mais par des arguments j>eu solides.

7. Omnium autem finis appropinquavil. « Au reste, la fin de toutes choses est proche. » Instruits par Notre- Seigneur, les Apôtres veulent que nous vivions en regardant la lin du monde comme prochaine; ils nous exhortent à nous tenir préparés, comme si la génération présente devait voir Jésus-Christ descendre du ciel pour juger les vivants et les morts. L'époque de sa venue est eachée, afin qu'elle soit toujours attendue. Les vieillards qui sont arrivés près de la tombe ne savent pas si la génération qu'ils laissent sur la terre ne verra pas les signes effrayants de la fin du monde (1).

Estote itaque prudentes, et vigilate in orotionibus. Ainsi donc, pour n'être pas surpris par l'arrivée du Juge redoutable, il faut que vous soyez prudents. Or, la prudence ordonne de ne point s'exposer à un malheur

(1) x S' ■'•"'•- V",! el s. — Au reste, chaque homme doit se dire :

Pour m- h, la tin de toutes cho prochaine. Après un petit nombre

de jours qui sont comptés, l'univers sera pour moi comme s'il n'était

-i riche el aussi puisant que Salomon, bientôt viendra

Fheurs où il il- me restera que Je sépulcre. Solum mihi superest

■'ni. (Job, XVII.)

éternel. Ne péchons pas, ne gardons jamais une faute grave sur notre conscience; et pour nous conserver purs, veillons dans les prières, cela veut dire, prions souvent et avec ferveur, afin que la venue du souverain Juge nous trouve préparés.

Vigilate in orationibus. En donnant cet avertissement, saint Pierre se souvenait de sa chute. Jésus lui avait dit au Jardin des Oliviers : Veillez et priez, afin de ne pas entrer en tentation. Pierre s'était laissé vaincre par le sommeil et n'avait pas prié. La tentation vint et il renia le Christ. Instruit par son malheur, il avertit les autres d'éviter l'écueil qui lui a été funeste. Prions le jour et prions la nuit, malgré la fatigue et le sommeil. Tout péché vient de ce que l'on n'a pas prié. Le salut dépend de la prière.

In orationibus, « dans les prières. » Ce pluriel fait entendre qu'on ne doit négliger aucune des espèces d'oraison. Ne nous contentons pas de la demande : joignons-y la louange de la grandeur et de la bonté divine, l'action de grâce pour les bienfaits reçus, et l'humble supplication pour le pardon de nos péchés.

8. Ante omnia antem mutiiam in vobismetipsis charitatem conlinaam habenlas. « Mais avant toute chose , ayez les uns pour les autres une charité persévérante. »

A nte omnia, avant tout. Car, sans la charité, les œuvres les meilleures ne plaisent point à Dieu. Il faut vous réconcilier avec votre frère, avant d'apporter vos dons à l'autel.

Charitatem. La vraie charité est dans le cœur, elle aime. Elle est aussi dans la bouche, elle parle. Elle est dans la main, elle donne et elle secourt.

Charitatem continuant, acxevTj. Enfin, la vraie charité ne se lasse pas d'aimer le prochain malgré ses défauts, ni de le soulager malgré son peu de reconnaissance.

Continuant. Ce mot est l'épreuve de la charité sincère. On peut aimer quelque temps par une sympathie naturelle; mais un moment vient où, pour continuer d'aimer, il faut que l'amour ait son principe en Dieu. Saint Paul disait de même aux Hébreux : « Que la charité frater-

— '219 — f Petr., iy.

nelle demeure et persiste parmi vous », maneat in voèis. (Hebr., xm, 1.)

Quia charitas operit multitudinem peccatoram. Dieu regarde comme fait à lui-môme le bien que nous faisons à nos frères. C'est pourquoi il récompense généreusement l'aumône; une seule aumône faite pour l'amour de Dieu couvre une multitude de péchés. Elle les couvre, c'est-à-dire qu'elle les efface, et Dieu ne les voit plus.

Saint Pierre cite librement cette belle maxime des Proverbes : Odium suscitât rixas , et universa delicta operit charitas. < La haine excite les querelles, et la charité couvre toutes les fautes. » Le sens littéral parait un peu différent chez l'Apôtre et dans les Proverbes. Selon saint Pierre, on couvre et on efface ses propres péchés en exerçant la charité envers ses frères, et Salomon dit que la charité couvre, dissimule, excuse les fautes du prochain. (Trov., x, 12.) Mais ce n'est pas sans raison que les deux écrivains ont choisi le verbe operit, xoXikrei, parce que la double interprétation était voulue par le Saint-Esprit.

Charitas operit multitudinem peccatoram. Toutes les bonnes œuvres que nous faisons servent à couvrir nos fautes, mais c'est ce qui arrive spécialement quand nous remettons au prochain ses dettes envers nous. Car Dieu, qui est la justice même, s'est engagé à nous traiter comme nous traitons les autres, et à nous pardonner comme nous pardonnons à nos frères. (Bède.)

9. Hospitales invicem sine murmuratione. « Exercez entre vous l'hospitalité, sans murmure. » L'hospitalité, chez les premiers fidèles, était le lien des églises. Ils recevaient les Apôtres dans leurs voyages, les prédicateurs de l'Evangile, les évoques, leurs messagers et les fidèles que l'intérêt de la religion appelait en diverses provinces. Les recevoir et pourvoir à leurs besoins était une œuvre nécessaire à la fondation et à l'administration des églises; mais elle ne laissait pas d'être onéreuse. si pourquoi saint Pierre ajoute : Sine murmuratione. Ne gâtez pas une œuvre si belle par des murmures.

Cette recommandation regardait spécialement les habitants du Pont., auxquels écrit saint Pierre. Ils s'étaient fait une réputation séculaire de dureté envers les étrangers, et cette nation passait pour inhospitalière, comme la mer dont elle habitait les rivages. (Tertull. contra Marcion, 1. I, c. i.)

10. Unusquisque, sicut accepit gratiam, Main administrantes, sicnt boni dispensatores midtiformis gratiœ Dei. « Que chacun de vous emploie au service des autres le don qu'il a reçu, comme étant de fidèles dispensateurs des différentes grâces de Dieu. »

Gratiam, /àpi^aa. C'est la grâce que les théologiens appellent gratiam gratis datant, une grâce gratuite ou spécialement donnée pour le bien du prochain. Tel est le don de guérir les maladies, de chasser les démons, d'administrer avec intelligence les biens de l'Eglise, le don de l'éloquence ou celui de la science des Ecritures, le don même des richesses. Tous ces dons variés (midtiformis gratia), Dieu les distribue comme il veut dans son Eglise, afin que chacun ait besoin des autres, et que tous s'entr'aident avec amour, comme les membres d'un même corps.

Ainsi, le savant n'est pas savant pour lui seul, et le riche n'est pas riche pour jouir de son opulence dans le faste et la mollesse. Ils doivent employer fidèlement au bien du prochain et de l'Eglise les dons que Dieu leur a confiés pour qu'ils en soient les dispensateurs : ut boni dispensatores.

11. Si guis loquitur, quasi sermones Dei. Saint Pierre, entrant dans le détail, indique comment on doit user des grâces gratuites et, spécialement, remplir deux des plus importantes fonctions de la charité. Il commence par le prédicateur qui est chargé d'enseigner la doctrine et d'exhorter à la piété. « Que celui qui parle, dit-il, parle comme si ses discours étaient ceux de Dieu. » Saint Paul disait de même : Nous sommes les ambassadeurs du Christ auprès des hommes. Quand nous prêchons l'Evangile, c'est comme si Dieu même exhortait par notre

— 221 — / Petr., iv.

bouche, tanquam Deo exhortante per nos. (II Cor., v, 20.) Oh ! si le prédicateur était bien pénétré de cette pensée, il serait toujours éloquent. Avant d'ouvrir la bouche, il faut que l'orateur sacré, dit saint Augustin, élève vers le ciel son âme altérée, afin de répandre sur ceux qui l'écou tent la lumière et la grâce que Dieu aura versées dans son cœur. Ut cructet quod biberit, vel c/uod impleverit fandat. (De Doctrina Christ., 1. IV, c. xv.)

Si guis ministrat, tanquam exvirtute quam administrât Deus. Voici maintenant la fonction du diacre et des mitres ministres. Le diacre avait dans les premiers siècles une grande autorité dans l'Eglise, et sa charge était très importante. Que celui qui exerce un ministère, le remplisse avec courage et avec humilité, comme agissant par la vertu, la puissance, la force que Dieu lui donne. Surtout qu'il se souvienne que la passion de l'homme ne fait point l'œuvre de Dieu.

Ut in omnibus honorificetur Deus. La fin que nous devons nous proposer dans toutes nos actions est la gloire de Dieu ; car c'est pour le glorifier qu'il nous a créés et mis au inonde. Tout ce que nous avons et tout ce que nous sommes, nous le tenons de Dieu : il est donc juste que nous rapportions tout à sa gloire. Ad majorent Dei gloriam. Voilà le fondement de la vraie philosophie et de la piété chrétienne.

Per Jesum Chris tum. Mais pour que nos hommages soient agréables à Dieu, il faut qu'ils lui soient présentés par Jésus-Christ, notre Médiateur. C'est pourquoi cette formule, per Jeswn Chris tum, termine toutes les oraisons de l'Eglise.

Cui est (jh>ria et imperium in sœcula sxculorum. Amen. L8-Christ possède la gloire et l'empire dans les siècles des siècles, non seulement comme Dieu, mais même comme homme ; car, au nom de Jésus, tout genou fléchit au ciel, sur la terre et dans les enfers. S'il laisse pendant quelque temps la puissance aux mains des impies, il fait concourir leur haine même à l'accomplissement de ses desseins.

12. Charissimi, nolite peregrinari in fervore qui ad ten~ tationem vobis fit, quasi novi aliquid vobis continuât. Saint Pierre passe de la charité à la patience. « Mes chers frères, dit-il, ne soyez point surpris lorsque vous êtes éprouvés par le feu de la tentation, comme si quelque chose d'extraordinaire vous arrivait. » C'est pour la troisième fois que l'Apôtre revient sur les tribulations. (Voyez i, 6, et n, 19.)

Noiite peregrinari. C'est un hellénisme : y.\ jjev^eofle, nolite niirari ut rem novam et peregrinam. Le verbe 'hv;Zo[j.%i (de j-évoç, hospes ou peregrinus) veut dire ressembler à un voyageur qui s'étonne des choses nouvelles pour lui, qu'il voit dans un pays étranger. Ce même verbe avait été rendu plus haut par admirari : h w ÇeW^ovrai, in quo admirantur. (y. 4).

In fervore. C'est encore un hellénisme, h Tiupwcet. Le mot ^upcociç (de TTupow, igné exploro) signifie « épreuve par le feu. » Ce mot rappelle celui de David : « Seigneur, vous m'avez éprouvé par le feu de la tribulation », igné me examinas ti. (Ps. XVI.)

Des chrétiens demandaient : puisque Jésus-Christ est un Dieu tout-puissant, d'où vient donc qu'il laisse persécuter ses adorateurs ? et pourquoi ne les délivre-t-il pas de leurs ennemis ?

Saint Pierre répond : Si vous êtes persécutés, n'en soyez pas surpris ; c'est la condition du chrétien en ce monde; il faut qu'il soit éprouvé dans la patience. Saint Paul dit la même chose à son disciple : Tous ceux qui veulent vivre avec piété en observant la loi de Jésus-Christ, souffriront persécution. Omnes qui volunt pie vivere in Christo Jesu persecutionem patientur. (II Tim., m, 12.) Il en était de même dans l'ancienne loi : l'ange déclarait à Tobie qu'il avait dû être soumis à l'épreuve de la tribulation, parce qu'il était agréable à Dieu. Et quia acceptus erasDeo, necesse fuit ut tentatio probaret te. (ïob., xn, 13.) Au contraire, si tout nous souriait en ce monde, c'est alors que nous devrions craindre de ne pas appartenir à Jésus-Christ.

— 223 — / Petr., îv.

Nous répéterons donc, comme saint Pierre, aux chrétiens de nos jours : Nolite percgrinari quasi novi aliquid vobis contingat. Ne vous étonnez pas quand vous voyez les hommes religieux opprimés. Depuis Abel tué par Caïn, jusqu'au dernier juste qui paraîtra sur la terre à la lin des siècles, les méchants persécuteront les serviteurs de Dieu. (Bède.)

13. Sed communicantes Christi passionibus, gaudete, ut et in recelatione gloriœ ejus gaudeatis exsullantes. « Mais réjouissez-vous plutôt de ce que vous participez aux souffrances de Jésus-Christ, afin d'être aussi comblés d'allégresse au jour où sera révélée sa gloire. » Telle est la loi : celui qui partage les souffrances de Jésus-Christ partagera son bonheur. Souffrir pour le Christ est une marque de prédestination. (S. Jac, i, 12.) Ainsi la persécution que vous endurez ne doit point vous abattre. Au contraire, dites avec le grand saint Ignace : c'est maintenant que je commence à être le disciple du Christ. Nunc incipio Cliristi esse discipulus. (Brev. R.)

Ut et in revelatione gloriœ ejus gaudeatis exsultantes. La manifestation de la gloire du Christ aura lieu en présence de l'univers assemblé au jour du jugement, jour de terreur et de confusion pour les réprouvés, jour d'allégresse et de triomphe pour les justes.

14. Si exprobramini in nomme Cliristi, beati eritis. « Si vous êtes insultés pour le nom de Jésus-Christ, vous serez heureux. »

I /Apôtre en ajoute aussitôt la raison : Qnoniam cjuod est honoris, gloriœ et virtutis Dei (1), et qui est ejus Spiritus super vos requiescit. « Car tout ce qu'il y a d'honneur, de gloire, de vertu de Dieu, et son Esprit lui-même repose sur vous. » Les hommes vous méprisent : Dieu

(1) ' ' fjl<>ri(f\ :•/ rtjj '.'c-,.-. esl un hellénisme bien connu ; c'est

la même **$«, la gloire. — Honoris et gloriœ, deux mots

latins qui rendent le seul mo4 v . —Plusieurs éditions grecques

suppriment * ttt*. D'autres les conservent ; ils se

lisent 'exemplaire alexandrin, dans saint Athanase, saint Cyprien

et plusieurs

vous décerne la gloire. Les hommes vous persécutent : la vertu de Dieu vous couvre, sa puissance vous défend et vous communique une force surnaturelle; l'Esprit-Saint lui-même repose sur vous avec amour. Or celui que Dieu honore et protège, celui en qui l'Esprit-Saint demeure, est déjà heureux; ou, s'il ne Test pas encore, il le sera certainement un jour. Beati eritis.

Saint Pierre en parlant ainsi ne fait que répéter la parole de son divin Maître : « Vous serez heureux, disait Jésus, quand les hommes vous maudiront, vous persécuteront, et diront faussement toute espèce de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous alors et tressaillez d'allégresse ; car votre récompense est grande dans les cieux. » (S. Matth., v, 10.)

15. Nemo autem vestrum patiatur ut homicida, aut fur., aut maledicus, aut alienorum appetito?\ « Mais que nul d'entre vous ne souffre comme homicide, ou comme voleur, ou comme médisant, ou comme ayant convoité le bien d'autrui. *

Fur, xXÉTTTYiç, est un filou qui dérobe frauduleusement.

Maledicus. Ce mot désigne un homme qui se livre à la médisance, à la calomnie, à l'injure (1).

Alienorum appetitor, àÀAoTpis7rfoxo7roç, alienorum spéculator. Ainsi traduit Tertullien. Ce mot désigne l'envie du bien d'autrui manifestée par des actions coupables; car les sentiments qui ne sortent pas du cœur ne tombent pas sous la répression des lois humaines, et le mot patiatur suppose une faute punie par les tribunaux. Longtemps ces crimes contre lesquels s'élève saint Pierre furent inconnus ou rares dans l'Eglise. Vers la fin du second siècle, sous Marc-Aurèle, lorsqu'on torturait, à Lyon, sainte Blandine pour lui faire avouer les crimes dont on chargeait les chrétiens, elle répondait : « Je suis chrétienne, il ne se fait point de mal parmi nous. » Chris-

(1) En grec, on lit x2/o7rsti>, maie ficus, malfaiteur, leçon qu'on trouve dans saint Cyprien et Tertullien. Un copiste a pu facilement changer maleficus en maledicus. Toutefois l'exemplaire de Théophylacte portait : vj À5t<?5y5oç, r) x>îtttvj;, ri X.ZXO 7T o Co i , aut maledicus, aut fur, aut maleficus.

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tiana sum, nil mali apud nos geritur. (Corn. Lap., in IPetr., ii, 12.)

15. Si autem ut Christianus. Les juifs et les idolâtres faisaient aux chrétiens un crime d'être chrétiens : Objiciebatur crimen christianis hoc ipsum quod christiani essent. (S. Aug. in Ps. lxviii.) Le décret de Néron, qui ne fut aboli que par Constantin, portait qu'il n'était pas permis d'être chrétien, et ordonnait que celui qui s'avouait chrétien fût, pour cela seul, puni de mort.

Si autem ut christianus, non erubescat. « Mais si quelqu'un est outragé comme chrétien, qu'il n'en ait point de honte. Car Jésus-Christ a dit : « Celui qui rougira de moi devant les hommes, je rougirai de lui devant mon Père. » (S. Luc, ix, 26.)

Glorificet autem Deum in isto nomine. « Mais qu'il rende plutôt gloire à Dieu de ce qu'il a le bonheur de porter ce nom. » Car celui qui glorifiera Jésus -Christ devant les hommes, Jésus-Christ le glorifiera devant son Père qui est dans les cieux. (S. Matth., x, 32.)

Rougir de son père est une infamie, mais rougir de son Dieu est infiniment plus lâche. Et ce crime n'est point rare.

Quoniam tempus est ut incipiat judicium a domo Dei. « Car le temps est venu où Dieu va commencer son jugement par sa propre maison. » La maison de Dieu est son Eglise. (I ïim., ni, 15.) Saint Pierre fait donc entendre que le temps approche où les chrétiens courageux seront discernés des timides et des mondains par le jugement de Dieu. La persécution sera le van qui séparera la paille du bon grain. Saint Pierre fait allusion à cet endroit d'Ezéchiel où Dieu dit à ses anges : « Passez au milieu de Jérusalem, frappe/ sans pitié et commencez par mon actuaire. » Et a sanctuario meo incipite. (Ezech., ix, 0.) Dieu purge ainsi de temps en temps Faire de son Eglise. Mais il ne sévit pas seulement contre les grands pécheurs qui la déshonorent et les hérétiques qui la rava-

nt : il atteint aussi les justes et il les châtie pour qu'ils c x p i • m . r leurs négligences. Qucm diligit Deus castigat.

Hebr., mi. I

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Dieu n'épargne ni le juste ni le pécheur, dit saint Augustin; mais tandis qu'il corrige l'un comme son enfant, il punit et frappe l'autre comme un impie. (S. Aug. contra Faust., 1. XXIII, c. xx.)

Si aidera primum a nobis, r/uis finis eorum qui non credunt Evangeliu ? Or si Dieu commence par nous, et si son jugement est si rigoureux contre les chrétiens qui tombent en des fautes légères, quelle sera la fin des incrédules qui repoussent l'Evangile? Saint Pierre ne parle pas de l'infidélité simplement négative, qui consiste à ignorer les vérités de la foi. Il parle des orgueilleux à qui Jésus-Christ est annoncé et qui refusent de l'adorer. C'est un grand péché. Mais il y en a un plus grand encore : celui d'avoir été baptisé, élevé chrétiennement, participé aux saints mystères, puis d'avoir renié la foi que l'on avait professée, comme font aujourd'hui un grand nombre de traîtres élevés sur les genoux de l'Eglise.

18. Et si justus vix salvabilur, impius et peccator ubi parebunt? « Et si le juste même se sauve avec peine, que deviendront les impies et les pécheurs? » Le juste est celui qui obéit à l'Evangile, dont il accepte la doctrine et observe les lois. Or si un tel chrétien a tant de peine à se sauver, s'il lui échappe encore des fautes que Dieu punit sévèrement, que deviendra l'impie qui ne veut ni adorer Dieu, ni croire en Dieu? Et le chrétien même qui, tout en gardant la foi, passe sa vie dans le péché, comment osera'-t-il paraître devant le Juge terrible, et où se cachera-t-il à ses yeux? Impius et peccator ubi parebunt?

Saint Pierre cite d'après les Septante ce verset des Proverbes : Si le juste est puni sur la terre, combien plus l'impie et le pécheur! Si justus in terra recipit, quanto macjis impius et peccator! (Prov., xi, 31.)

Ce texte vix justus salvabitar, peut s'entendre aussi du jugement particulier, où toutes les œuvres sont discutées. Là le juste même est difficilement sauvé, parce qu'il est difficilement justifié. 11 lui est échappé bien des fautes durant sa vie, et ses bonnes œuvres elles-mêmes ont été fréquemment défectueuses. Il faut cependant que tout ce

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qui n'est pas pur soit lavé par les larmes de la pénitence, ou passe par le feu du purgatoire.

C'est pourquoi saint Augustin priant pour sa vertueuse mère sainte Monique, disait qu'on devrait trembler poulies chrétiens même dignes de louanges, si Dieu les jugeait sans miséricorde : Vœ etiam laudàbili vitœ hominum, si remota misericordia discutias eaml (S. Aug. Conf., 1. IX, c. xiii.) Le saint Docteur ne fait que traduire la pensée du prophète lorsqu'il disait : « Si vous observez nos iniquités, Seigneur, ah ! Seigneur, qui subsistera devant vous? (Ps. cxxix.)

19. 1 toque et ht qui pathmtitr sccunditm voluntatem Dei, fideli Creatori commendent animas suas in benefactis. C'est la conclusion du discours : puisqu'on ne fait son salut qu'avec peine, « ceux mêmes qui souffrent selon la volonté de Dieu doivent recommander humblement leur â me à leur fidèle Créateur, en faisant de bonnes œuvres. »

Creatori. Cette parole de l'Apôtre nous suggère deux motifs de confiance. D'abord, en créant notre âme, Dieu ne l'a pas destinée au malheur : nous devons donc espérer en sa bonté.

Fideli. Ensuite il est fidèle à écouter nos prières et à pardonner au repentir. C'est un second motif de lui remettre nos âmes avec confiance, en lui disant comme David : In manus tuas, Domine, commendo spiritum meum.

Enfin nous souffrons pour lui, et selon sa volonté : troisième raison qui diminue nos craintes.

Toutefois, lors même que nous souffrons pour Dieu de la part des hommes, assurons mieux encore notre salut en multipliant nos bonnes œuvres : in benefactis. Servons Dieu, et travaillons pour sa gloire jusqu'à notre dernier soupir.

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