‹ Commentaire sur les Epîtres catholiques de S. Jacques, S. Pierre, S. Jean et S. JudeChapitre 88 sur 119 · COMMENTA] RE · texte numérisé non relu

COMMENTA] RE

1. Charissimi, nolite omni spiritui credere. Saint Jean venait de dire : « Nous savons par le témoignage de l'Esprit-Saint que Dieu demeure en nous. » Afin de prémunir les fidèles contre les séducteurs qui enseignaient de fausses doctrines en se disant inspirés de Dieu, il a soin d'ajouter aussitôt : « Mais il ne faut pas croire à tout esprit, mes chers enfants. » Il y a l'esprit de vérité et l'esprit de mensonge ; sachez discerner l'un de l'autre, éprouvez si les esprits sont de Dieu : Sed probate spiritus si ex Deo sint. Car beaucoup de faux prophètes se sont produits dans le monde, quoniam multi pseudoprophetœ exierunt in mundum. Ils se disent inspirés du ciel ; plusieurs même essaient d'imiter la Vertu divine ; ils font des choses surprenantes et abusent les simples par leurs prestiges. Ces hypocrites enseignent des doctrines pernicieuses en disant : Voici ce que dit l'Esprit- Saint. Mais l'esprit qui leur parle est l'esprit de men-

songe.

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Probate spiritus. Le mot spiritus désigne ici un homme qui parle sous l'influence d'un esprit bon ou mauvais. Tous les hérétiques anciens et nouveaux sont, en effet, inspirés, mais par le démon, qui est Fauteur de toutes les hérésies. Le conseil d'éprouver les esprits n'est pas moins nécessaire de nos jours, qu'il l'était au siècle des Apôtres (1).

Quoniam multi pseudoprophetœ exicrunt in mundum. Avant la mort de saint Jean, on comptait déjà un grand nombre de sectes diverses, dont nous avons nommé plus haut les auteurs (n, 8).

Probate spiritus, si ex Deo si?it. Il appartient aux chefs des Eglises, aux évêques. d'éprouver et de discerner les esprits, d'examiner les doctrines de ceux qui enseignent et de juger si elles viennent de l'Esprit de lumière ou de l'esprit de ténèbres. Les simples fidèles ont eux-mêmes le droit et le devoir d'examiner si la doctrine qu'on leur prêche est conforme à celle que l'Eglise a toujours enseignée. Alors ils l'acceptent ; si elle est contraire, ils la rejettent. Saint Paul s'adressait non seulement aux évêques, mais encore aux simples fidèles, lorsqu'il disait : Si vous voyez descendre du ciel un ange qui vous annonce un autre Evangile que celui que nous vous avons prêché, qu'il soit anathème! (Gai., i, 8.) Ce n'est point là le libre examen des protestants ; c'est, au contraire, la soumission de l'intelligence à la règle de foi, qui est la croyance de l'Eglise.

Au reste, l'Apôtre n'invite point les simples fidèles à discuter les doctrines en raisonnant sur les Ecritures : cela n'appartient qu'aux théologiens versés dans l'étude àe la religion. Mais il leur donne deux règles : l'une particulière, l'autre générale. La première, dirigée contre les

(1) Saint Paul avait aussi averti son disciple Timothée que, dans ie% derniers temps, plusieurs abandonneraient la loi et sortiraient de l'Eglise pour suivre les esprits d'erreur; ils s'attacheraient a des doctrines «le démons, enseignées par des hommes pleins d'hypocrisie et de mcne. In novis.si/nis temporibus, discedent quidam a fide, attendante* spiritibus errorU et doctrinû dcemoniorum, in hypocrisi loquentiurn mendaciwn. (I Tim., i\\ 1.)

erreurs de son temps, c'est qu'ils doivent rejeter et condamner celui qui ne reconnaît pas Jésus de Nazareth pour le Christ, et comme vrai Dieu et vrai homme. La seconde, qui est une règle générale, c'est que tout homme qui n'écoute pas l'Eglise, est un hérétique.

2. In hoc cognoscitur Spiritas Dei. Omnis spiritus qui confitetur Jesum Christum in carne venisse, ex Deo est. Voici la marque à laquelle on reconnaît qu'un esprit vient de Dieu. Tout esprit qui confesse que Jésus-Christ est le Verbe éternel, venu du sein de son Père en ce monde, et qu'il a pris une chair véritable, est de Dieu.

Objection. — Il y a des hérétiques qui confessent la divinité de Jésus-Christ, comme les pélagiens, les luthériens, les jansénistes, et cependant ils ne sont pas de Dieu.

Réponse. — A l'époque de saint Jean, tous les hérétiques combattaient la divinité de Jésus-Christ ou son humanité, en sorte que confesser l'incarnation du Fils de Dieu était le signe auquel on distinguait alors ceux qui appartenaient à la vraie foi et à la véritable Eglise.

Jesum Christum in carne venisse. « Jésus-Christ est venu dans la chair. » Cette expression nous fait entendre que Jésus-Christ existait avant d'être homme, et qu'il est plus qu'un homme.

3. Et omnis spiritus qui solvit Jesum ex Deo non est. « Et tout esprit qui divise Jésus n'est pas de Dieu. » Jésus de Nazareth est le Christ; il est le Fils de Dieu; il est Dieu, il est homme; il est un Homme-Dieu; car l'humanité et la divinité ne sont en lui qu'une seule personne. Celui qui divise Jésus en deux personnes, savoir : une personne humaine et une personne divine, celui-là est un hérétique. De même, nier sa divinité ou nier son humanité, c'est une égale erreur.

Solvit Jesum. Saint Jean réfute spécialement Cérinthe, et c'est pour le combattre qu'il a composé son Evangile, comme nous l'apprend saint Irénée. (Hser., 1. III, c. xi.) Cérinthe prétendait que Jésus était né de Joseph et de Marie comme naissent tous les autres hommes, seulement son âme était douée d'une sagesse supérieure. Au

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moment de son baptême, le Christ ou le Fils de Dieu était descendu en lui sous la forme d'une colombe et lui avait donné le pouvoir de faire des miracles. Mais au temps de la passion, le Christ s'était retiré de Jésus pour retourner au Père. Ainsi, Jésus seul avait souffert, était mort et était ressuscité ; car le Christ, pur esprit, était incapable de souffrir. Cérinthe commença à dogmatiser en Palestine et dans l'Asie-Mineure, vers l'an 88, sous le règne de Domitien. (Bergier, Dict. théol.)

Ce mot solvit, Xt5e»., ne condamne pas seulement Cérinthe, il frappe aussi Nestorius, comme le remarque fort bien l'historien Socrate. Car Nestorius distinguait deux personnes en Jésus-Christ, l'homme et le Dieu, le Christ et le Verbe; et il soutenait, en conséquence, que l'on ne devait pas appeler Marie, mère de Dieu, mais seulement mère du Christ. On confondait l'hérésiarque en lui montrant les anciens exemplaires de cette Epître qui portaient : Omnis spiritas qui solvit Jesum ex Deo non est (\).

(1) Omnis spiritus qui solvit Jesum. Les exemplaires grecs varient. Les uns donnent : -y.-; irvefyia h fiii bpokoyil tôv l/iiovv, omnis spiritus qui non confitetur Jesum. D'autres manuscrits donnent : 7t«v irveû/ta o pi\ bpio\oy$i t£v 'LrflOÏtv h ra/SJtt ËkiikvQixct, omnis spiritus qui non confitetur Jesum in came veaisse. Ces deux leçons paraissent des gloses marginales, explicatives de )ûei, et de la marge elles seront passées dans le texte. Nous ne doutons pas qu'il ne faille lire : t.v.j it+svpa b ïùst ràv 'bpsuv, omnis spiritus qui solvit Jesum. D'abord, c'est la leçon reproduite par saint Irénée (Hier., 1. III, c. xvi) et par Origène (in Matth. interpr. 65). Saint Augustin réunit les deux leçons : Et omnis spiritus qui solvit Jesum in carne venisse (in Epist. Joan. Tract, vi, 14). Et ailleurs : Omnis qui solvit Jesum Christian et negat eum in carne venisse, non est ex Deo (Tract, vu, 2). Tertullien avait de même réuni la double leçon (adv. Marcion., 1. V, c. xvi). Mais nous avons en outre un témoignage décisif. L'historien Socrate déclare que lùu xbv 'I/.gg&v est la leçon des anciens exemplaires, et il nous apprend que des hérétiques qui voulaient, comme Nestorius, séparer l'homme du Dieu dans le Christ et en faire deux personnes, avaient gratté, enlevé ce passage des anciens manuscrits : raùr^v tîjv ftAvotatv è< twv 7r«),sctwv ivrvypàfow trc/sicftov. Le même historien rapporte qu'avant lui d'anciens interprètes avaient déjà signalé cette corruption du texte sacré faite par les hérétiques (Socr., I. VII, <•. xxxn). Ainsi donc la sage critique ne permet pas de rejeter la leçon Xbttt solvit, que lisait l'auteur de la Vulgate. C'est la leçon primitive.

KIMIRES CATHOLIQUES 20

Ne pus accepter Jésus tout entier, comme Christ, comme Dieu et comme homme, c'est être l'Antéchrist dont vous avez entendu dire qu'il doit venir. Il est même venu ; car il est déjà dans le monde. Et liic est Antichristus, de quo audistis quoniam venit, et mine jam in manda est (1). L'Antéchrist, qui doit venir à la fin des temps, est déjà dans le monde. Sans doute, il n'y est pas en personne, mais son esprit anime ses précurseurs (2).

4. Vos ex Deo estis, filioli, et vicistis eum , quoniam major est qui in voôis est quam qui in mundo. « Vous, mes chers enfants, vous êtes de Dieu; et vous avez vaincu l'Antéchrist, parce que celui qui est en vous est plus grand et plus fort que celui qui est dans le monde. »

Vicistis eu?n, vous avez vaincu l'Antéchrist et son esprit d'erreur, de mensonge et de corruption. Mais cette heureuse victoire, sachez- le bien, n'est pas due à vos seules forces. Vous l'avez remportée par la grâce du Saint-Esprit qui est en vous ; c'est lui aussi qui vous maintiendra victorieux, car il est plus puissant que l'esprit d'erreur auquel obéit le monde. Quoniam major est qui in voôis est, quam qui in mundo.

5. lpsi de mundo siint : ideo de mundo loquuntur, et mundus eos audit. Ces hommes sont du monde ; c'est pourquoi ils parlent des choses du monde selon l'esprit du monde, et le monde les écoute. Le succès des hérésies est expliqué par cette parole. Ceux qui les inventent et les propagent sont du monde : ils en ont l'orgueil et la dépravation ; ils veulent légitimer leurs vices par leur doctrine ; et les mondains, ravis de voir leurs propres passions justifiées, écoutent ces faux prophètes et embrassent avec avidité leurs erreurs.

(1) Et hic est Antichristus. En grec, on lit : xal tov-cô imv ib rot/ *AvTtypicroi>, h dbugxâeere oti ëpxeuu, et hic est Antichristi sjoiritus, quem spiritum audistis quoniam venit. Mais il est probable qu'au lieu de i, il faut lire ©v, quem Antichristum, et traduire : « et c'est là l'esprit de l'Antéchrist, duquel Antéchrist vous avez entendu dire qu'il vient. »

(2) Jean-Baptiste est de même appelé Elie dans l'Evangile, parce qu'il précédait Notre-Seigneur avec l'esprit et la vertu d'Elie. (S. Matth., xi, 14 ; S. Luc, i, 17.)

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De tels discours ne sont tenus et écoutés que par ceux qui aiment le monde, dit saint Augustin. Nec diciint ista, nisi qui diligunt miindum ; neque audiuntur ista, nisi ab his qui dilicjitnt mundum. (Tract, vu, 3.)

6. Nos ex Deo sumus. Saint Jean parle ici au nom des Apôtres. Nous, dit-il, nous disciples de Jésus-Christ, formés par ses leçons et ses exemples, nous ne sommes pas du monde, mais de Dieu. Nous vous annonçons l'Evangile que nous avons reçu de sa bouche.

Qui novit Deum, audit nos ; qui non est ex Deo non audit nos. In hoc cognoscimus Spiritum veritatis et spiritum erroris. Nous sommes donc de Dieu. « Celui qui connaît Dieu nous écoute ; celui qui n'est point de Dieu ne nous écoute point. C'est par là que nous connaissons l'Esprit de vérité, et que nous le discernons de l'esprit d'erreur. »

Le monde se partage en deux races : l'une qui est de Dieu, et l'autre qui est de Satan. La première est dirigée dans ses croyances et dans ses actions par l'Esprit-Saint qui habite en elle ; l'autre obéit à l'esprit du diable. Or, celui qui reconnaît Dieu pour son maître et son père nous écoute, parce que nous sommes les ministres de Dieu ; il croit, il comprend, il accepte la doctrine que nous annonçons de la part de Dieu : audit nos. Mais celui qui n'est pas de la race de Dieu ne nous écoute pas ; il contredit et rejette nos paroles : non audit nos.

Qui novit Demn audit nos ; qui non est ex Deo non audit nos. Voilà un texte qui confond tous les hérétiques, Cérinthe, Arius, Nestorius, Luther. A quel signe reconnaît-on l'esprit de vérité et l'esprit d'erreur ? Saint Jean le dit clairement. Les enfants de Dieu, ceux qu'anime l'Esprit de vérité, nous écoutent; et ceux qui ne sont pas enfants de Dieu, ceux qui suivent l'esprit de mensonge, ne nous écoutent pas. Nos désigne les Apôtres et leurs successeurs légitimes. Le Pape et les évoques unis au Pape sont la colonne inébranlable de la vérité, columna et prmamentum veritatis. (I Tim., m, 15.) Cette règle a été posée par Notre-Seigneur lui-même : « Celui qui

vous écoute m'écoute ; et celui qui vous méprise me méprise », disait-il à ses Apôtres. (S. Luc, x, 16.)

Il est donc facile de distinguer l'enseignement divin de la doctrine des démons. Ecoutez le Pape et les conciles ; leur parole vient du Saint-Esprit, et ceux qui la contredisent obéissent aux esprits d'enfer.

C'est une chose remarquable que l'Eglise, dans tout le cours des siècles, n'élève jamais la voix pour enseigner aux peuples les vérités les plus certaines et les plus salutaires, sans que des voix s'élèvent contre la sienne. Voilà, dit saint Jean, un signe qui nous fait distinguer l'Esprit de vérité et l'esprit d'erreur ; l'Esprit de vérité rend les hommes dociles à la parole de l'Eglise, et l'esprit d'erreur les entraîne dans la rébellion. In hoc cognoscimus Spiritum veritatis et spiritum erroris.

Cognoscimus. Nous l'avons dit, ce ne sont pas seulement les Apôtres et les chefs de l'Eglise qui peuvent connaître où est la vérité, où est l'erreur ; mais les simples fidèles peuvent le savoir avec certitude. La vérité, c'est ce qu'enseigne l'Eglise; l'erreur, c'est ce que l'Eglise condamne.

7. Charissimi, diligamus nos invicem : quia charitas ex Deo est. Et omnis qui diligit, ex Deo natas est, et cognoscit Denm. Un premier signe qui discerne les enfants de Dieu des fils de Satan est la docilité à recevoir l'enseignement apostolique. Un second signe est la charité fraternelle., Mes bien-aimés, dit saint Jean, nous qui connaissons la vérité, nous qui sommes unis dans la même foi, « aimons- nous les uns les autres ; car la charité est de Dieu, et tout homme qui aime est né de Dieu et il connaît Dieu. »

Charitas ex Deo est. C'est de Dieu que vient la charité aussi bien que la vérité. Sans la grâce, nous ne pouvons aimer ni Dieu, ni les hommes, ni nous-mêmes, d'ui>amour chrétien. L'amour naturel peut être innocent, comme celui d'une mère pour son fils, mais ce n'est pas la charité; le Saint-Esprit seul la répand dans nos cœurs. C'est pourquoi saint Jean dit, que tout homme qui aime d'un

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amour de dilection ou de charité (-jt5cç o vfamiï»), est enfant de Dieu. Omnis qui diligit, ex Deo natus est.

Il ajoute : Et cognoscit eum, « et celui-là connaît Dieu » comme un fils connaît son père, qu'il aime et dont il est aimé. Il connaît Dieu, car Dieu se manifeste à ceux qui l'aiment, en les éclairant par une lumière intérieure; et cette lumière les confirme dans la foi, dans l'espérance et dans la charité, en même temps qu'elle les remplit de consolation. Qui diligit me diligetur a Pâtre meo, et ego diligam eum, et manifestabo ei me ipsum. (S. Joan., xiv, 21.)

8. Qui non diligit, non novit Deum, quoniam Deus charitas est. Selon sa méthode, saint Jean achève d'éclaircir et de compléter son idée en la présentant sous la forme négative. Il vient de dire : Tout homme qui aime connaît Dieu. Maintenant il ajoute : Celui au contraire qui n'aime pas ne connaît pas Dieu. Et il en donne la raison : Car Dieu est la charité même; celui donc qui ne l'aime pas ne le connaît pas, puisqu'on ne peut pas connaître la charité, sans l'aimer ; et celui qui n'aime pas la charité n'aime personne. — Quoniam Deus charitas est. Quand la charité ne serait pas célébrée dans toutes les pages de cette Epître, quand même elle ne serait pas nommée ailleurs dans les Ecritures, cette unique parole du Saint-Esprit suffirait pour nous en montrer l'excellence, dit saint Augustin.

Dieu est charité. Il est la charité même, comme il est la sagesse même, la puissance même, la vérité même. En Dieu, qui est un être parfaitement simple, les attributs ne sont pas en réalité (in ré) distingués de la substance. Or, le Père est charité, le Fils est charité, et le Saint- Esprit est charité ; tous les trois sont charité. Cependant la charité est attribuée ici au Père, parce que sa charité s'est manifestée en envoyant son Fils dans le monde pour sauver le genre humain.

9. In hoc appariât charitas Deiin nobis, quoniam Filium sinon unigenitum misit Deus in mundum, ut vivamus per eum. Dieu est donc la charité ou l'amour substantiel : les philosophes le prouvent ; mais nous n'avons pas besoin d'étudier leurs raisonnements. Dieu nous a montré son

amour par une preuve manifeste : cette preuve, c'est qu'il a envoyé du ciel en ce monde son Plis unique, afin que nous vivions par lui.

Ut viva?nus per eum. Il est venu du ciel nous apporter la vie de la grâce, qui est le gage de la vie éternelle. Car si nous conservons sur la terre cette vie spirituelle, qui nous unit à Dieu, nous la posséderons sans fin dans la gloire. Saint Jean répète ici la parole queNotre-Seigneur avait dite presque dans les mêmes termes : « Dieu a tant aimé le monde, qu'il a donné son Fils unique, afin que tout homme qui croit en lui ne périsse pas, mais possède la vie éternelle. » Sic Deus dilexit mundum, ut Fithtm smnn itnigenitum daret; ut onwis qui crédit iu eum non pereat. sed habeat vitam œternam. (S. Joan.. m, 16.)

10. In hoc est charitas : non quasi nos dilexerimus Deum, sed quoniam ipse prior dilexit nos, et misit Filium suum propitiationem pro peccatis nostris. Mais ce qui montre encore mieux la grandeur de cet amour, c'est que nous en étions indignes. Car ce n'est pas nous qui avons prévenu Dieu par notre obéissance et notre amour ; c'est Dieu qui nous a aimés le premier, lorsque nous étions pécheurs ; et il ne s'est pas contenté de nous envoyer son Fils pour nous montrer la voie du salut : il nous l'a donné comme une victime de propitiation pour effacer nos péchés dans son sang. O mira circa nos tuas pietatis dirjnatio ! s'écrie l'Eglise. Ut sercum redimeres, Filium tradidisti! (Bened. cerei pasch.)

11. Charissimi, si sic Deus dilexit nos. et nos debemus alterutrum diligere. « Mes bien-aimés, si Dieu nous a aimés de cette sorte, nous devons aussi nous aimer les uns les autres. » Que rendrons-nous à Dieu pour ses bienfaits ? Il n'a pas besoin de nos sacrifices : depuis que son Fils a été immolé pour nous sur la croix, il ne veut plus qu'on égorge en son honneur des taureaux et des béliers ; mais il nous ordonne d'aimer notre prochain, et il regarde comme fait à lui-même ce que nous aurons fait pour nos frères. Il veut qu'imitant l'exemple de notre Père, nous aimions non seulement ceux qui nous

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aiment et nous font du bien, mais encore nos ennemis et nos persécuteurs.

Soyons les imitateurs de Dieu, comme étant ses enfants bien-aimés, dit saint Paul. Soyons pleins de charité pour nos frères,, comme Jésus-Christ nous a aimés et s'est livré lui-même pour nous, en s'offrant à Dieu comme une oblation et une victime d'agréable odeur (1).

12. Deum nemo vidit unquam, « jamais personne n'a vu Dieu. » C'est un raisonnement commencé. L'Apôtre voulait dire : Notre affection se porte naturellement vers les choses sensibles, et difficilement vers celles qui échappent à nos sens. D'où il résulte qu'il nous est difficile d'aimer Dieu que nous ne voyons pas. Mais nous voyons les hommes, et il nous est plus facile de les aimer. Saint Jean éclaircira plus loin sa pensée en reprenant ce raisonnement (v. 20). Il l'interrompt ici pour développer l'idée qu'il vient d'émettre, savoir que nous devons nous aimer les uns les autres. Il continue donc :

Si diligamas invicem, Deits in nobis ma?iet, et charitas ejus in nobis perfecta est. Mais si nous nous aimons les uns les autres, nous qui nous voyons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et son amour est parfait en nous. Là sont montrés deux effets de la charité fraternelle. Le premier, c'est qu'elle attire Dieu dans nos cœurs ; le second c'est que son amour est en nous parfait et accompli f Charitas ejus in nobis perfecta est. L'amour de Dieu pour le pécheur n'est pour ainsi dire qu'un amour commencé. L'indignité du pécheur fait obstacle à ce que l'amour de Dieu soit pleinement efficace. Mais lorsque le pécheur aime vraiment le prochain, il est justifié par sa charité; Dieu l'aime alors d'un amour parfait, consommé, entier, et il habite en son cœur comme dans son temple (2).

(1) Estote ergo imitatores Dei, sicut filii charissimi, et ambulate in (lilrctioiie, sicut et Christus dilexit nos, et tradid.it szmetipstcm pro nabi* oblationem et hostiam Deo in odorem suavitatis. (Eph., v, 1.)

(2) On peut entendre aussi par charitas ejus notre amour pour Dieu ; il n'est parfait que lorsque nous aimons le prochain ; car l'amour du prochain est le complément nécessaire de l'amour de Dieu.

13. Saint Jean confirme cette pensée en répétant la dernière parole du chapitre précédent : « Nous savons que nous demeurons en Dieu et Dieu en nous, parce qu'il nous a fait part de son Esprit. » Il répète donc : In hoc cognoscimus quoniam in eo manemus, et ipse in nobis. quoniam de Spiritu suo dédit nobis. Les dons excellents que l'Esprit-Saint répand dans les cœurs des fidèles et dans l'Eglise, indiquent, en effet, sa présence.

De Spiritu suo dédit. « Il nous a donné de son Esprit. » Il nous a même donné son Esprit; car le Saint-Esprit ne se divise, pas. L'Apôtre dit cependant qu'il nous a donné de son Esprit ; car l'Esprit-Saint distribue en diverses mesures ses dons aux hommes. Divisiones gratiarum sunt, idem antem Spiritus dividens singulis proat vult. (I Cor., xn.)

De Spiritu suo dédit nobis. Voulons-nous savoir si le Saint-Esprit habite en nous ? interrogeons notre cœur. Si nous y trouvons la charité pour nos frères, soyons sans inquiétude : nous possédons l'Esprit de Dieu. Car saint Paul nous atteste que la charité a été répandue dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné. Ainsi raisonne saint Augustin. (Tr. v, 10.) lnterroga cor tuum : si est ibi dilectio fratris, securus esto; quia Paulus clamât : Charitas Dei diffusa est in cordibus nostris per Spiritum sanctum, qui datus est nobis. (Rom., v, 5.)

14. Et nos vidimus et testificamur quoniam Pater misit Filiiim sinon Salvatorem mundi. « Et nous, nous avons vu, et nous en rendons témoignage, que le Père a envoyé son Fils pour être le Sauveur du monde. »

Et nos. Tous les fidèles reconnaissent que Dieu nous a donné le Saint-Esprit, car les prodiges qu'il opère dans nos assemblées manifestent sa présence. Mais pour nous, dit saint Jean, nous sommes les témoins spéciaux d'un autre don admirable de Dieu. Nous, disciples de Jésus- Christ, nous ses Apôtres, nous qui avons vécu avec lui pendant plusieurs années, nous avons vu de nos yeux, vidimus, nous avons acquis la certitude par un examen sérieux et prolongé, 7EÔsày.s0a, que Dieu le Père a en-

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voyé son Fils sur la terre pour être le Sauveur du monde, et nous rendons témoignage de cette vérité, testificamar.

Et nos. Pour moi, le dernier survivant des Apôtres, je l'atteste. Mais tous mes collègues du fond de leurs tombeaux continuent de l'attester par le sang qu'ils ont versé : et, tous ensemble, nous attesterons jusqu'à la fin des siècles que Jésus est le Sauveur du monde : testificamur Salvatorem miindi.

15. Quisquis confessus fuerit quoniam Jesns est Films Dei, Deus in eo manet, et ipse in eo. « Tout homme qui confesse que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui, et lui en Dieu. » C'est la conclusion de ce qui précède. En effet, puisqu'il est démontré par le témoignage du Saint-Esprit et par le nôtre que Dieu le Père a envoyé Jésus, son Fils, pour être le Sauveur des hommes, il s'ensuit que tous ceux qui croient en Jésus, Fils de Dieu, sont sauvés. Or, le salut consiste dans l'union avec Dieu, union commencée en cette vie, pour être consommée dans l'éternité.

Saint Jean venait de dire que Dieu demeure en ceux qui aiment leurs frères : Si diliqamus invicem, Deus in nobis manet. Mais la vraie charité n'est point dans ceux qui n'ont point la foi, comme les hérétiques qui prétendent que Jésus est simplement fils de Joseph et de Marie. C'est pourquoi il a soin d'ajouter que Dieu demeure, par sa présence et son amour, en celui qui croit et confesse que Jésus est le Fils de Dieu.

Mais, d'un autre côté, il ne suffit pas de croire en Dieu pour qu'il demeure en nous; il faut aussi l'aimer. C'est ce qu'il ajoute.

10. Et nos cognovimus, et credidimus charitati quant habet Deus in nobis. Et nous tous chrétiens, nous Apôtres et vous fidèles, nous avons connu la charité que Dieu a pour les hommes, et nous avons cru à cette charité. Chose étrange î les hommes ont une peine infinie à croire à l'amour d'un Dieu pour eux; c'est même de cette difficulté que viennent la plupart des hérésies.

Les Juifs ne pouvaient croire qu'un Dieu eût été ouvrier dans l'atelier d'un charpentier de Nazareth. Cérinthe et Arius ne pouvaient croire qu'un Dieu fût mort pour les hommes. Calvin refusait de croire qu'un Dieu voulût devenir lui -môme la nourriture des hommes dans le pain eucharistique. Mais nous, nous avons reconnu l'immense charité que Dieu a pour nous, et nous avons cru à cet amour sur des preuves certaines. Et nos cognovimus et credidimus charitati quant habet Dens in nobis.

Deus charitas est. L'Apôtre exprime la cause pour laquelle nous croyons à l'amour de Dieu pour les hommes, c'est qu'en effet, « Dieu est amour. » De là, il tire cette conclusion : h Celui qui demeure dans l'amour demeure en Dieu, et Dieu en lui », puisque Dieu et l'amour substantiel sont une même chose : Et qui manet in charitate in Deo manet, et Deus in eo.

Il est en nous, nous sommes en lui : expressions qui marquent l'union du juste avec Dieu. Si vous aimez Dieu et le prochain, Dieu entre en votre cœur, il réside en votre âme et il se complaît en vous. Car le propre de l'amour est d'unir intimement celui qui aime à celui qui est aimé.

Saint Jean, entièrement occupé de l'amour de Dieu et du prochain, tourne, retourne, répète les mêmes idées. Du Père qui nous a aimés, il vient au Christ; du Christ, à la charité mutuelle ; de la charité, il retourne à Dieu, au Christ, au Saint-Esprit, et conclut toujours : Aimons Dieu, aimons-nous les uns les autres.

17. In hoc perfecta est charitas Deinobiscum {!), ut fiduciam habeamus in die judicii. « La charité de Dieu a été parfaite à notre égard, afin que nous soyons pleins de

(1) On lit dans le grec : h toî/tw Tsreîsiuzcu r> àystnn //£0'vj,uwv, in hoc perfecta est charitas nobiscum. Le mot Dei, qui manque dans le grec et ne se trouve pas non plus dans de bons exemplaires de la Vidgate, ni dans saint Augustin, est peut-être une glose ; mais elle est bonne : car elle donne un sens heureux à ce passage difficile. — Remarquons aussi que le mot perfecta n'est pas ici un adjectif, mais un participe qui veut dire : La charité a été consommée ou portée au degré suprême a notre égard.

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confiance pour le jour du jugement. » L'Apôtre veut dire que Dieu a manifesté son amour pour nous par des effets si admirables, que cet amour doit nous inspirer une grande confiance pour le jour où nous paraîtrons devant son tribunal. Puisqu'il nous a tant aimés, croyons qu'il ne veut pas nous condamner. Il nous jugera, mais nous devons attendre son jugement avec un bon espoir.

Cette confiance n'est point une présomption, car elle est encore fondée sur un autre motif très solide. « C'est que nous sommes en ce monde tels que Dieu est luimême. » Quia sicut Me est, et nos sumus in hoc mundo. Cette parole s'entend de la charité. En effet, Jésus-Christ nous a dit : « Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d'être les vrais enfants de votre Père céleste qui fait luire son soleil sur les bons et sur les méchants, et qui répand la pluie sur les justes et les injustes. (S. Matth., v, 45.) Si donc nous aimons nos ennemis, si nous leur souhaitons du bien, si nous prions pour ceux qui nous persécutent, nous imitons la charité de notre Père céleste; et notre Père céleste, nous voyant semblables à lui, ne nous condamnera pas.

Ut fiduciam habeamus. Cette confiance en notre Juge, si nous ne l'avons pas encore, faisons tous nos efforts pour l'acquérir. Le moyen d'y parvenir, c'est de croître dans la charité jusqu'à ce que notre conscience nous rende un bon témoignage, et que nous puissions dire à Jésus- Christ comme saint Pierre : Seigneur, vous savez que je vous aime et que j'aime mon prochain.

18. Timor non est in cJiaritate ; sed perfecta charitas foras mittit timorcm : quoniam timor pœnam habet ; qui autan fi///et non est perfectus in charitate. En effet, continue saint Jean, la crainte ne se trouve point dans la charité ; mais la charité, quand elle est parfaite, chasse la crainte. On ne tremble pas devant celui qu'on aime de tout son cœur. Car la crainte renferme la vue d'une peine ; et celui qui craint une peine, celui qui se dirige par la frayeur d'un châtiment, n'est point parfait dans la charité. Cependant la crainte du Seigneur est bonne puis-

qu'elle est le commencement de la sagesse, mais elle n'en est pas la perfection.

Timor pœnam habet, b^6^; xôAasiv l/v.. La crainte envisage une peine, un châtiment. Le mot x&anc veut dire punition. L'Apôtre désigne donc un serviteur négligent ou infidèle qui redoute un châtiment de la part de son maître, ou un coupable qu'effraie la sévérité de son juge. L'amour parfait exclut cette terreur. Néanmoins, les justes mêmes ne sont pas sans crainte ; car nul ne sait s'il est digne d'amour ou de haine. C'est pourquoi le saint roi David disait : « Seigneur, transpercez mes chairs de votre crainte, car je crains vos jugements. » Confige timoré tuo carnes meas : a judiciis enim luis timiii. (Ps. oxviii.)

Ecoutons saint Augustin expliquer cette doctrine importante : « La crainte n'est pas dans la charité. » De quelle charité parle l'Apôtre ? Ce n'est pas de la charité commencée, mais de la charité parfaite ; car il ajoute : « La charité parfaite met dehors la crainte. » Que la crainte commence donc ; car la crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse. La crainte prépare pour ainsi dire l'entrée à la charité ; mais quand la charité habite un cœur, la crainte qui lui avait préparé la place en est éliminée. A mesure que la charité croît, la crainte décroît. Plus la charité pénètre dans le cœur, plus la crainte s'en éloigne. Mais, sans la crainte, la charité n'entrerait pas. C'est ce que fait comprendre une comparaison vulgaire. Ainsi, dit-il, lorsque l'on coud une étoffe, le filest introduit par l'aiguille : l'aiguille entre la première ; mais, si elle ne sortait pas, le fil n'entrerait pas. De même, la crainte entre d'abord dans l'âme, mais elle n'y reste pas; car elle n'y entre que pour y introduire la charité. » (Tract, ix, 4.)

19. Nos ergo diligamus Deu?n, quoniam Deus prior dilexit nos. Il conclut tout son discours par cette belle parole qui sort de son cœur : « Aimons donc Dieu. » Et il en ajoute le motif : « Aimons Dieu, parce qu'il nous a aimés le premier. » Il est désolant de voir Dieu aimer les

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hommes, et ne pas en être aimé. Nous, du moins, aimonsle : nos diligamus.

Prior dilexitnos. Nous ne l'aurions jamais aimé s'il ne nous avait pas aimés le premier. C'est en nous aimant quand nous ne l'aimions pas, qu'il nous a donné la grâce de l'aimer. Prior dilexit nos, et donavit nobis ut diligeremus eum. (S. Aug. Tr. ix, 9.)

Prior dilexit nos. Quoi ! Dieu aime donc les pécheurs ? Certainement : il les aime pour en faire des saints; et s'il n'en fait pas des saints, c'est qu'ils ne le veulent pas. Dilexit impios, ut faceret pios; dilexit injustos, ut faceret justos ; dilexit œgrotos, ut faceret sanos. (Ibid., 10.)

11 faut donc aimer Dieu ; mais, encore une fois, ne séparons pas l'amour de Dieu de l'amour du prochain.

20. Si guis dixeril quoniam diligo Deum., et fratrem suxnn oderit, mendax est. « Car, si quelqu'un dit qu'il aime Dieu et ne laisse pas de haïr son frère, il est menteur. »

Saint Jean le prouve en reprenant le raisonnement qu'il avait commencé plus haut (v. 12). « En effet, dit-il, celui qui n'aime pas son frère qu'il voit, comment peut il aimer Dieu qu'il ne voit pas ? » Qui enim non diligit fratrem suum gitem videt, Deum quem non videt, quomodo potest diligere? Le raisonnement est juste, puisqu'il est plus facile d'aimer ce que l'on voit que ce que l'on ne voit pas.

Nous pouvons cependant aimer Dieu sans le voir, parce que nous le connaissons du moins par notre raison, en voyant reluire sa puissance, sa sagesse, sa bonté dans ses œuvres ; nous le connaissons mieux encore par la foi, de* puis que le Fils, qui est dans le sein du Père, nous a raconté ses infinies perfections. Deum nemo vidit unquam: l'nigenitus Dei Filius qui est in sinu Patris, ipse enarravit. (S. Joann., i, 18.) Enfin, nous le sentons au fond de nos cœurs, surtout lorsqu'il y descend dans la sainte communion.

21. Et hoc mandatum habemus a Deo : Ut qui diligit Dcwn, diligat et fratrem suum. C'est de Dieu même que nous avons reçu ce commandement : Quiconque aime Dieu doit aussi aimer son frère ; car toute la loi se résume er*

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ces deux préceptes : in his duobiis mandatis universa lex pende t et prophetœ. (S. Matth., xxu, 40.)

Ne croyons donc pas que nous puissions aimer Dieu sans aimer nos frères, puisqu'il est impossible d'aimer Dieu en violant sa loi. Quomodo diligis eum cujus odisti prœceptwn? nous dit saint Augustin. (Tract, ix, 11.)

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