J. J. DUBOCHET ET COMPAGNIE, EDITEURS
BUB DB SBIRB, N° 33.
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NOTES
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NOTES
Titie. — Les meilleures éditions de Tite-Live portent pour titre : Titi Livii Patav im IIistobiasuii ab ubbb
U)*DITA.
• Il ne faut pas prendre de la ville de Rome dans les commencements l'idée que nous donnent les villes que oous voyons aujourd'hui , à moins que ce ne soient celles de la Crimée, faites pour renfermer le butin, les bestiam et les fruits de la campagne. Les noms anciens des principaux lieux de Rome ont tous du rapport à cet usage.
• La ville n'avait pas même de rues , si l'on appelle de ce nom la continuation des chemins qui y aboutissaient. Les maisons étaient placées sans ordre et très-petites; car les hommes , toujours au travail ou dans la place publique , ne se tenaient guère dans les maisons.
■ Mais la grandeur de Rome parut bientôt dans ses édifices publics. Les ouvrages qui ont donné et qui donnent encore aujourd'hui la plus haute idée de sa puissance ont été faits sous les rois. On commençait à bi tir la ville éternelle. » Montesquieu, Grandeur et décadence Us liomains , chap. I.
On le voit , Montesquieu croit à l'histoire primitive de Rome, au moins dans son ensemble. Ce puissant génie, qui ne pouvait ignorer les attaques dirigées depuis deux siècles contre l'authencité de ces antiques traditions, n'a pas cru devoir s'associer aux doutes d'un scepticisme qui détruit toutsans rien reconstruire. Niebuhr et d'autres après lui n ont pas craint de jeter le vieux roman par terre, lis ont refait l'histoire de Rome; mais à chaque édition nouveau s> sterne. Auquel faudra-t-il s'en tenir ? Sans doute l'histoire traditionnelle de Rome u est pas a l'abri de la critique : toutes ses sources n ont pas la même valeur ; oa y remarque des contradictions , des faits inexacts, des dates incertaines ; comme dans toutes les histoires primitives, sans en excepter la nôtre, le merveilleux y joue son rôle obligé; mais sur ces données est-on en droit de dire qu'elle n'est autre chose qu'un roman ? bous ne pouvons ici entrer dans les détails ; contentons-nous de répoudre à l'argument qui a obtenu le plus de faveur. • Au temps' des rois, l'écriture n'existait pas encore à Rome : comment a-t-on pu conserver le souvenir des événeiurnU? »
Sur quelle autorité s'appuient les critiques pour décla-
rer que l'écriture était inconnue dans les premiers siècles de Rome ? Sur deux passages surtout, l'un de Tacite et l'autre de Tite-Live, que nous croyons devoir reproduire ici :
• In Italia Etrusci ab Corinlhio Demarato, Aborigènes > ab Evandro Oitteras ) didicernnt, et forma litteris latiiris qua? veterrimis Gracorum. » Tac, Ann., XI, 14.
• Qua? ab condita urne Roma ad captam eamdem ur-
• hem Romani sub regibus primum, consultons deinde » ac dicatoribus, dccemvi risque ac tribunis consulari-
• bus ge«sere , foris bella, domi seditiones, qutnque libris » evposui ; res qtium vetustate nimia obscuras, velnt qua» » magno ex intervallo loci vix cernuntnr, lumquod par-
• va? et rarae per eadem tempora littera? fuere, una cus- » todia fldelis memoria? rerum gestarnra, etquodetiam, » si qua? in commentariis pontificum, aliisque publicis pri- » vatisque crant monumentis , incensa nrbe pleraque in- » teriere. » Tite-Live, VI. f .
Suivant les critique* , il résulterait de ces deux passages que dans les temps les plus anciens de Rome récriture était inconnue, puisque les Étrusques eux-mêmes, qui étaieut le peuple le plus civilisé de l'Italie , reçurent l'alphabet de Démarate de Corintbe , père de Tarquinr Ancien, c est-Mire 658 ans environ avant J.-C. D'un autre côté, le passage de Tite-Live prouverait que cet historien se déliait beaucoup des monuments anciens, et que l'incendie de Rome par les Gaulois avait fait disparaître presque toutes les sources historiques.
Mais les deux textes que nous venons de citer sont-Ils bien concluants? ne sou t- ils pas contraires aux faits les plus positifs de l'antiquité? Et d'abord, à Tacite et à Tite-Live on peut opposer Tacite et Tite-Live eux-mêmes. En effet , le premier, tout en disant que l'alphabet a été apporté aux Étrusques par Démarate , affirme que les lettres avaient été données aux Aborigènes, on , en d'autres termes, anv Latins, par Évaudre lui-même, c'est-àdire quelques siècles avant l'époque assignée h Romnlns. Or, on peut se demander comment il s'est fait qne les Etrusques aient été regardés comme le peuple le plus anciennement civilisé de l'Italie, s'ils ignoraient l'nsage de récriture , alors que depuis plusieurs siècles les Latins, leurs voisins , jouissaient de ce bienfait?
Et qu'on se garde bieu de croire que cette tradition sur l'antiquité de l'écriture dans le voisinage de Rome est
uoe fable qu'on doit entièrement rejeter. Un tase, découvert il j ■ deux ou trois ans dan* de» fouilles pratiquées iur l'ancien emplacement de la ville pélasgique d'AgyHa, porte gravé sur la baie un alphabet grec, et sur la pause un syllabaire en lettres de la forme la plu* archaïque i dont ijuelq ues -u net même , comme le FAU et le KOPPA , appartiennent an plnt antique alphabet de* Grecs, à cela) qu'il* a vaienl reçu immédiatement de la Pbéuicie. On y rencontre même dei formes qui n'existent *ur aucun monument connu , et qui ressemblent d'une manière frappante anx lettre* primitives de l'alphabet phénicien. ( Voye* les Annales de l 'institut archéologique de Rome, t. VIII, p. 186 et*niv. JN'esl-ou pas autorisé à croire qu'Agylla , qui n'interrompit jamais ses rapport* avec la Grèce, en avait reçu directement «m alphabet des le temps où l'écriture y fut connue , et qu'on y avai 1 même adopté une méthode de lecture qui devait en faciliter la propagation. Ainsi, a l'époque de Romulua, l'écriture alphabétique était eu usage aui porte* de Rome ; comment admettre que ce bieufait ne s'était pu répandu jusque dan* la ville nouvelle qui était intéressée a ne pat rester en arrière de* cités voisines, et qui d'ailleurs comptait peut-être parmi *e» habitant* plus d'un Pétaage et plus d'un Grec 7
Quant* Tile-Lire, n'est-il pu évident que lorsqu'il dit : paire et raro! ptr tadem tempora litttrm. Il Mot faire entendre qu'on écrivait peu et avec concision , en un mut, qu'on ne connaissait point encore la forme littéraire ; nuis il atteste par cela mime que l'usage de récriture exislait. Et certes , comme on Tient de le voir, î[ était déjà ancien a l'époque où il fait cette observation ; «t nous prouverons bientôt qu'on en trouve des preuves Incontestables sous les rois. D'ailleurs, lui-même dan a ce passage cite les mémoire* de* Pontifes et d'autre* monument* tant publics que particulier* i et, quand il dit que la plupart périrent, il fait entendre en même temps qu'un certain nombre d'entre eus échappèrent 4 l'incendie. Dan* le même chapitre, il raconte que le premier soin du tribun* militaires nommés l'an de Rome 367 ($86 aT. J.-C.) fut de rechercher le* traité* et les lois qui subsistaient encore (les Douie Tables et quelque* loti royales) , et que de ces document* le* un* furent rendu* public*, d'autres teuus secrets (supprcsio, que l'on a traduit a tort par supprimes), et cela principalement pur les pontifes, qui roulaient contenir la multitude a l'aide du frein religieux. Ce fut le même moyen qu'employa plu* tard Vespuien pour reconstituer les archives nationales qu'un incendie du Cspitole avait détruites... • Ipse reitllutiouem Capilolii
• aggressu), creai-uni tabularum tria millia qus ilmu|
■ ran fis gravèrent restituenda tuacepit, nndiqne investi-
■ galit exemplaribusi instrumeotnm imperii pnlcherri- . mniu ac vekutissiuium quo continebantur peur ab txor-
• dio Vrbts Knalusconsului, plébiscita de tocietate ac fœ- > dere et prlTilegio culcunque concesait. ■ Suétone , Visp., ebap. VIII.
Pious devons Ici aller an devant d'une objeciiou qu'on pourra nous iaire. Suivant Plutarque | Vie dé IVusaa, c. I ), u u cer tai n Clodius dont ta criliq ue n'a pu encore déterminer l'Age assurait, que, lors de la prise M du pillage de Rome, les anciennes lablesa valent été perdues, etque celles qu'on possédait de son temps avaient été falsifiées pour Daller quelques familles qui voulaient absolument faire remonter leur origine lui première* races, etc. Mais oe passage de Plutarque ne saurait être envisagé comme une difficulté. On peut répoudre que , quelle que soit la confiance
que mérite ce Clodius, cité avec ai peu d'égard par lliiatorfén, Il est évident qu'il exagérait. Et, lors même qu'il aurait dit la vérité en tout point , si la falsincatioo n'avait d'autre but que de montrer le* lien* qui existaient entre des familles récentes et de* famille* plus anciennes, la falsification M pouvait évidemment porter que sur le* monuments qui intéressaient les familles , et non pu ans* d'autre*; par conséquent elle ne pouvait s'étendre aus lois, aux traites, etc.
Gloéron, dans sa fMpubliau* (II, 10), semble avoir prtvu le* objections aniqoeUe* donnerait lieu l'histoire des premiers temps de Rome, et il y répond d'une manière brillante, mal* peut-être en exagérant un peu la civilisation du premier siècle de là ville éternelle. ■ Rom nlut, ditil, vivait, il y a moin* de six cent* ans, dans un temps où lea sciences et les lumières étaient déjà fort ancienne* (jom sfteeteratis Limais algue doelrinis 1 . et oit rua avait dépouillé ces antiques erreurs d'une civilisation naissante et grossière. En errai , si , comme on l'établit par le* annales dea Grecs, Rome fut fondée dans la seconde anuéede la septième olympiade, l'existence de Romutuste rapporte au temps que la Grèce était déjl remplie de poêle* et de musiciens , siècle où des labiés contemporaine* n'anraient obtenu que bien peu de croyance. En effet, ce fut cent huit ans après la promulgation dea loi* de Lycurgue que l'on établit la première olympiade, bien quo par une méprise de nom quelques auteur* eu aieot rapporté l'institution a Lycurgue lui-même. D'autre part, les calculs les plu modérés placent Homère trente au au moins avant Lycurgue. On peut en conclure aisément qu'Homère précéda de beaucoup d'année* le temps de Romulu. Ainsi, l'instruction des hommes et les lumières mémo du siècle devaient laisser alors peu de place au succès d'une Ûction, L'antiquité, en effet, a pu recevoir des fable* quelquefois même atses grossières ; nuls celle époque , déjà cultivée , était prête I repousser par la dérision toute supposition invraisemblable. * (Traduction de H. ViLLxam. )
Aux auteur* grec* cités par Ciceron-oo pourrait on ajouter beaucoup d'attiré* tels qu'Hésiode, les poète* cycliques, Tyrlée (vers CSOi.Terpaudre (677 ), Arcbiloque. Alcman (?er*6T0),Stésieore(néen83î),eic. C'est an septième siècle qnn fleurirent au midi de la péninsule italique les législateurs Zaleucus et Charondaa. Au sixième siècle, au temps des Tarquins , la critique d'Homère avait pris naissance, el par conséquent la grammaire et la philosophie de la langne. Quelques années auparavant Oorissiit Solon, qui composa des poèmes dont le temps nous a conservé des fragments, et qui ami t donné a sa patrie des lois écrites qu'a va ient précédées celle* de Lycurgue. Daus cette période des écoles philosophiques avaient été Fondée* par Thaïes, ÉMilet, par Pytiugore, aCrotone, et les poètes comme les philosophes élevaient les esprit* el ennoblissaient les lue*. Comment croire que de la Grande-Grèce, Ou cet immense développement littéraire et scientifique exerça une influence si remarquable, cette civilisation féconde ne se soit pat étendue jusque dans le Latium, quand oo sait que l'Etnirie, si voisine de Rome, n'y resta pu étrangère, elle qui, par se* relations commerciales, embrassait toutes le* côte* de rAsie-Mineure.de la Grèce, des Ile* de la mer Ionienne et de la mer Tyrrbénianne t
Cent an* s'étaieut a peine écoulés depuis l'époque assignée* la londalioo de Borne, quand Démaraie, chassé par ta tyrannie de Cypséhu, vint s'établir a Tarquinie.oii il enseigne I lltalie I art de peindre les vase*, et fonda une
HISTOIRE HUMAINE. — NOTES
atonie d'artistes à la tète desquels étaient Euehyre et Eogramme qui devaient sans doute ces surnoms à leur habileté. «Ce ne fut pas, ditCicéron (Rep. H, 19), 'un fidMe ndsseau détourné dans nos murs, mais un fleure LitmiM» qui nous apportait pat torrents les sciences et la arts de la Grèce...-. Ayant eu deux enfant* de son mira a?ec une femme de cette. ville, il les instruisit dans toutes les sciences sur le modèle de l'éducatioo grecque. • (Trad. de M. Yillimah. ) Ce rat l'un de ces enfants, Tarquin-l'Ancien , qui devint roi de Rome.
Mais sans insister sur l'influence que put exercer à Rome la littérature grecque bien avant la conquête de h Grèce, n'avons-nous pas la preuve qu'il existait en Italie une littérature toute nationale? C'est un fait qu'on ne peut révoquer en doute pour l'Étrurie et qu'atteste le discours de Claude retrouvé et conservé h Lyon , et le passage on J. Lydus (de Oslent. % cap. III) parle des livres de Tarcbon de manière à prouver qu'il les avait soos les Yeux. Quant à Rome, on ne peut nier qu'elle a ait eu , dès les temps les plus reculés, des chants populaires dont quelques fragments sont parvenus jusqu'à nous. On sait que Fabius Pictor, cité par Denys d'Halicarnasse (I, 79). pariait, au sujet de Romulus et de Rémus, de chanta nationaux qui de son temps étaient encore dans la bouche de tous les Romains. Mais ces chants , dont on a voulu, dans ces derniers temps , faire des épopées ou des €)des, ne furent pas la seule source à laquelle purent puiser les écrivains- qui les premiers voulurent faire perdre à l'histoire nationale la forme tècne et aride qu'on lui avait donnée jusqu'alors dans les Annale* des pontifes. Les documents auxquels ils purent recourir étaient plus nombreux qu'on ne semble l'admettre ; passons-les rapidement en revue.
L'un des adversaires les plus redoutables de l'Histoire primitive de Rome admet que ces sources étaient au nombre de cinq : « 1° les grandes annales; 2* les actes publics; 5° les livres des magistrats; 4° les lintei libri , qu'il tant peut-être confondre avec les précédents; 5° les mémoises des Camille* censoriales , qui rentrent probablement aussi dans quelques-unes des catégories précédentes. » Mais cette énumération est loin d'être complète et exacte. Les sources auxquelles puisèrent les plus anciens historiens de Rome peuvent se ranger sous quinxe chefs différents , savoir :
1° Annales des pontifes.
2* Livres sacrés. — Rituels.
5° Chants religieux.
4° Libri lintei. — Libri maçistratuum.— Censorum
tabula.
5° Lois royales. — Plébicistes.— Séna tus-consul tes. 6* Traités.
7» râbles triomphales, 8» Inscriptions.
9* Monnaies.
10» Archives des familles.
H° Images des. ancêtres.
12° Acia cirtlia.
13° Chants nationaux.
14» Monuments. Edifices. Statues. Reliques , etc. 15» Archives des peuples voisins de Rome.
A ces sources il convient d'ajouter encore les documenta postérieurs à l'abolition de la royauté et peut-être seulement à la prise de Rome , mats antérieurs à la rédaction de rbjstoire , savoir :
16* Acta senatus. J7* Acta forensia.
18* Acta militaria on bellica.
Je vais parler successivement de ces différentes classes de documents historiques , et j'essaierai de prouver qu'ils avaient plus d'importance qu'on n'a bien voulu le croire.
1° Annales des pontifes.
M. Victor Leclerc , dans un savant et ingéniera mémoire qu'il vient de publier sur ces monuments, et qui 'fait partie d'un volume intitulé : Desjoiarnaux chez les Romains.— Hccherches précédées d'un mémoire sur les Annales des pontifes (Paris , 1838), a prouvé d'une manière victorieuse, et avec ce talent d'derivain qui caractérise tons ses travaux , l'importance et l'authenticité de ces antiques et vénérables chroniques de-Rome. Les paroles de cet éloquent professeur ont trop d'autorité, ses investigations sont trop consciencieuses , ses déductions trop sûres et trop persuasives, pour qu'il ne nous suffise pas de reproduire ici le résumé qu'il fait lui-même de son livre, auquel nous aurons souvent recours dans la suite de cette discussion.
• I. Les Annales despontifes étaient des espèces de tables chronologiques tracées d'abord sur des planches de bois peintes en blanc , et où le grand pontife , peut-être depuis le premier siècle de Rome, mais au moins depuis l'an 330 jusqu'à l'an 623, ou peu de temps après, indiquait année par année , d'un style bref et simple , les événements publics les plus mémorables.
• II. Ces tables, soit qu'on les eût laissées sur bois, soit qu'on les eût transportées sur pierre ou sur bronze , ne périrent pas toutes dans l'inva»ion des Gaulois; et, conservées avec le soin que Rome donna toujours aux anciens monuments écrits , elles furent consultées , pour des temps antérieurs ,par Caton , Polybe , Varron , Cicéron,YaleriusFlaccus, et par d'autres écrivains , que Denys d'Halicarnasse , Tite-Live, Quintilien, le premier Pline , Aulu-Gelle , Vopiscus , ont eus entre les mains. Il est probable même , d'après Aulu-Gelle et Servius , qu'elles furent recueillies en corps d'ouvrage , quoiqu'il ne faille pas les confondre avec beaucoup d'autres recueils qui portaient le nom des pontifes. Convenir qu'elles ont pu être diminuées par le temps , interpolées, divisées'en livres, rajeunies pour le style, comme les vieux textes l'ont été souvent, ce n'est pas en détruire l'existence, comme plusieurs critiques l'ont essayé.
• III. Quant à l'autorité de ces Annales , les fables religieuses ou politiques qu'elles devaient contenir , si l'on en juge par les traces qui en restent, n'ont rien de plus merveilleux que tant d'autres fables dans les anciennes chroniques de tous les peuples. »
Ce genre de documents est désigné dans les historien latins sous des noms très-divers qui ont plus d'une fois embarrassé les savants. M. Leclerc a prouvé qu'il fallait admettre comme annales des pontifes les ouvrages cités sous les titres : Annales ponti/iciim ou pontifias, Annales publici, Annales mai imi et Commentariipontificum, bien que cette dernière expression puisse s'appliquer quelquefois aux livres de discipline religieuse.
2* Lirres sacrés. — Rituels.
C'est sans doute aux rituels des pontifes ( libri pontu ficii) que Tite-Live a emprunté la formule du fécial et du pater patratus , cousacrant le traité entre Albe et Rome ( Tite-Live , 1 , 24 ) , celle du jugement d Horace*, meurtrier de sa sœur ( lex horremli cHminis , 1 , 26 ) , ot celle du traité entre le premier Tarquin et les Sa-
7ia
bios pour la cessiou de Collalie , formule qu'il reproduit presque littéralement , quand trois siècles plus tard le peuple carupanien et la Tille de Capoue se donnent au sénat romain. C'était , on n'en saurait douter , à une semblable source que Varron et Juba , traduits par Plutarque ( Quœtt. rom. , IV) , avaient puisé cette vieille histoire que rapporte aussi Valère-Maxime ( VII , ni , 1 ) d'un Romain qui, sous le roi Servius, assura par un stratagème l'empire à sa ville natale. Ce qui prouve du reste que ces recueils si précieux pour la religion ne périrent pas dans l'incendie de Rome, c'est que Cicéron les cite pour constater que l'appel au peuple existait sous les rois.
Quand , après le départ des Gaulois , un sénatus-contulte, sur la proposition de Camille, ordonna que tous les lieux saints occupés un instant par l'ennemi seraient solennellement purifiés, il fut décidé que, pour cette cérémonie expiatoire, les livres seraient consultés par les duumvirs. (Tite-Live, V, 50.) Il s'agit sans doute, comme l'a pensé M. Leclerc ( ouvr. cité , p. 66) , des libri sibyl- Uni oa fatales, livres mystérieux que les duumvirs des sacrifices allaient consulter, sur l'ordre du sénat, et qui furent ensuite confiés aux décemvirs , puis aux quindécem?irs des sacrifices, chargés des jeux séculaires , et d'après les commentaires desquels Censorin (de Die natali, 17) , remonte jusqu'aux jeux de l'an 298.
Ces documeuts devaient être du nombre de ceux qui avaient échappé aux ravages des Gaulois. Tite-Live luimême ( V, 40 ) raconte qu'à la nouvelle de l'invasion des Gaulois les prêtres et les vestales, uniquement occupés du soin de couserver tout ce qui intéressait la religion , renfermèrent une partie des objets sacrés dans des tonneaux de terre cuite , qui furent ensevelis près de la demeure du flamen quirinalis^ et, que s'étant distribué le reste, ils remportèrent à Céré où ils allèrent chercher un asile. Certes, parmi les objets sacrés devaient figurer au premier rang les livres et les rituels qui faisaient la farce de la caste patricienne.
y Chants religieux.
« Entre les monuments qui survécurent à 4 la catastrophe de l'an 565 , je trouve dans l'ordre des temps, dit M. Leclerc (ouv. cité, p. 54 et suiv.) le chant des fratres arvalcs, que l'on peut taire remonter à Numa, peut-être plus haut (Servius, ad /En., VIII, 285) , et dont une copie reproduite sur le marbre au temps d'Uéliogabale, d'après d'autres copies transmises d'âge en âge, retrouvée en 1 7 78 dans les fouilles pour la construction de la sacristie de Saint-Pierre , a été interprétée par Lanzi, et plus récemment par MU. Hermann et Grotefend ; l'hymne des Maliens , qui avait dû se conserver de même , où Varron , avant d'en citer quelque chose [de Ling. lat., VII, 26, Otf. Mûller) , reconnaît les premiers accents de la poésie romaine (Ibid., VU, 5, Romanorum prima verbapoetica); qu'il semble regarder aussi comme plus ancien que Numa ( Ibid. ) , et qui , pour les Saliens eux-mêmes , si l'on en croit Horace (£p., II, i, 86 ) et Quintilien ( I, vi, 40) , aurait eu l>e»oin d'être expliqué. »
Peut-être faut-il placer encore dans cette catégorie la prière osque rapportée par Caton l'Ancien [de Re rust., c. clx) , ainsi que les oracles attribués a Marcius et à Publicius , bien que l'époque n'en soit pas bien connue.
Li&ri magistraiuum, censorum tabulas.
4° Libri lintei.
I! ne faut pas confondre les libri lintei et les libri giitratmm, bien que les uns et les autres paraissent
avoir été des catalogues de magistrats. Tite-Live ( IV , 7 et 22, avec la correction de Beaufort : et quos linteos ) les cite comme deux recueils bien distincts.
Les livres bintéens, ainsi nommés de la matière sur laquelle ils étaient tracés, existaient encore du temps de Liciuius Macer et de Tubéron, qui, comme nous aurons occasion de le voir, les consultèrent dans le temple de Moneta pour des faits relatifs aux années 510, 515, 518 et 520, et par conséquent antérieurs à la prise de Rome (Tite-Live, IV, 7 , 15, 20 , 25 ). Du reste, il parait que l'usage d'écrire sur des étoffes de lin se maintint fort tard , puisqu'on retrouve encore des livres de ce genre au temps d'Âurélien (Vopiscus Aurel., cap. i et vin); il est même mention dans le Code Théodosien de lois écrites sur des mappœ linteœ, pour être exposées dans toute l'Italie.
Les livres des magistrats échappèrent aussi aux désastres de l'année 565 (590 av. J.-C.) , puisque le même Licinius (Tite-Live, IV, 7 et 20) s'en fait une autorité pour un fait de l'année 509 ( 444 av. J.-C).
Quant aux mémoires des censeurs {censorum tabula ou commentarii ri/urrtxà ypàimm* ou tow*«fyi*ra, Denys d'Haï., 1 , 74 , et IV, 22) , que les fils recevaient de leurs pères, et qu'ils tenaient à transmettre a leurs descendants comme un héritage sacré (Denys , 1 , 74) , Denys d'Halicarnasse les cite en parlant d'un recensement fait sous le roi Servius Tullius; non, comme le remarque M. Leclerc, qu'il y eût déjà des censeurs , mais parce que les anciens registres avaient pu être déposés dans les archives de celle magistrature. Le même historien les cite encore pour un dénombrement fait deux ans avant la prise de Rome, et dont il s'aide pour déterminer l'année de la fondation de Rome ( II , 25 , 24) . Polybe fait également usage de cette source, et Varron y cherchait des traces de l'ancienne langue latine ( de Ling. lat,, VI , 86, Egger ).
5° Lois royales. — Plébiscites.— Sénatus-consultes.
Le savant auquel j'ai emprunté les extraits qui précèdent range encore parmi les monuments échappé* aux ravages des Gaulois « les lois royales , inscrites aussi sur le bois , la pierre ou le bronze , et que l'on recueillit après l'incendie (Tite-Live, VI, 1 ), comme celles de Numa , dont Cicéron atteste encore l'existence dans les archives publiques (qums in monumentis habemus , de Rep. , II, 14. Quas scitis exstar e, ibid, V, 2 ) ; celles de Tullus qu'il semble comprendre dans les commentaires des rois (ex regum commentariis, pro Rabir. perd.,c. v), et dout l'empereur-Claude invoquait encore l'autorité (Tarit., Ann., XII , 8 ) ; comme le tableau des centuries de Servius que Verrius Flaccus avait consulté (Festus V, Pro censu et Procum), et d'autres dispositions de ce roilégislateur; plusieurs des lois qui suivirent, les lois sacrées de l'an 260 (Cic, de Leg. , II , 7 , etc. ), celles que les consuls de l'au 281 avaient fait graver sur une colonne de bronze , et qui avaient offert à Varron le plus ancien exemple de l'usage d'intercaler ( Macrobe , Saturn. , I , 15; H. Dodwell, de Roman, cycl., p. 640); surtout celles des douze Tables, que Tite-Live connaissait, mais dont il ne s'est point servi pour l'histoire. »
« A ce genre de documents appartiennent ceux que les édiles furent chargés, l'an 504 (av. J.-C. 449), de garder dans le temple de Gères quand on se fut aperçu que les consuls n'en étaient point fidèles dépositaires (Tite-Live, II, 55; Pomponius, de Orig. juris, c.XXl;Zouaras,i4nnaL, VII , 16) , et qui , confiés à des tables de bronze, pouvaient échapper à la destruction.* M. Leclehc, ouvr. cit., p. 57*
HISTOIRE ROMAINE. - NOTES
60 Traités.
Les monuments de ce genre dont le temps nous a conlerré des traces sont nombreux , et l'authenticité de la pispart d'entre eux n'a pas été révoquée en doute par les critiques qui ont jeté à terre le vieux roman. Le plus ancien est celui que Romulus , s'il faut en croire Denys «rUtlicarnasse , fit pour cent ans avec les Véiens , et qu'il grava sur des colonnes ( arniati ivt X *p<*S*, Denys, II, 55). Au témoignage du même historien, Servius réunit en dm confédération commune tous les peuples latins. H tieva à Rome un temple où devaient se tenir les assem- Nées des confédérés, et y ouvrit un asile. Ce temple rtiit consacré à Diane et bâti sur l'Aventin , la plus haute do collines de Rome. Il y écrivit les lois de cette alliance, régla les rites des fêtes, les époques et la police des marchés, et fit graver sur une colonne de bronze les décrets de la conJëdération. Cette colonne existait encore du temps de Denys, qui assure l'avoir vue et nous apprend que l'inscription était en anciennes lettres grecques (Denys, IV, 26).
Denys dit aussi mention (IV, 48) d'un traité conclu avec les Latins par Tarquin le-Superbe, et que les deux parties contractantes inscrivirent sur des colonnes («wWxoç « 7rtP«yrcs iv orhhxt* ); ce qui semblerait prouver qu'il en existait un exemplaire chez chacun des deux peuples. Ce rut peut-être ce dernier traité . si "* n'est celui de Servius, qu'invoquèrent les Ardéates en 442 avaut J.-C., lorsqu'ils vinrent réclamer les secours de Rome : « Legati
• ab Ardea veniunt pro veterrima societate renovatoque
• fcedere recenti auxilium prope evers» urbis imploran- *lcs. » (Tîte-Live,lV,9.)
Tarquin, après avoir vaincu les Gabiens, fit inscrire les conditions de la nouvelle alliance qu'il conclut avec eux sur un bouclier de bois couvert d'une peau de bœuf, que Ton voyait encore à Rome du temps de Denys d'Halicarnasse,dans le temple deSancus ou Jupiter Fidius. (Voyez Denys d'HaL, IV, 58; Verrius Flaccus, cité par Paul Diacre , d'après Festus , s. v. Clypeus.)
Un autre traité conclu par le même prince avec les Sabins est cité par Denys d'Malicarnasse ( IV, 65), et c'est sans doute à ces deux actes qu'Horace (Ep. II, 1, 25) fsit allusion dans ces vers :
Fœdera regain ▼et Gabiis Tel cum rigidis aequaU Sabinis.
Polybe (m, 22) a traduit littéralement le premier Laite conclu entre les Romains et les Carthaginois, l'année même qui suivit l'expulsion des rois. 11 était gravé sur une Cable d'airain et conservé, avec une quantité d'autres monuments du même genre, dans les archives des édiles au temple de Jupiter Gapitolin (Id. Ibid., 26). L'historien nous apprend que les K ornai ns les plus habiles, même en les étudiant , avaient peine à en comprendre certaines expressions ( tort roi* «vv«r<«r<*rovf iv<« /mUi$ i%
ixtoréattùç A<vxpcvc?v.
M. Leclerc (ouvr . cité p. 59) pense a vec beaucoup de vrai- •emblancequ'Aristote(Polit.IlI,5J0,éd.deCoray)fBitaItusionanx traités de Rome avec Carthage , en les rapportant aux Tyrrhémens. « La date de ces monuments, ajoute-t-il,a été vainement contestée par Hooke [ Roman kistory. Book III, ch. tu; Dissertation on tke credibility of tke kistory oftke first 500 years of Home; p. 450, éd. de Londres ), et par d'autres. M. de Sainte-Croix ( Mem. de tAcad. des InscHpU t. XL VI, p. I . ), réfuté dernièrement par Lachmann , a élevé des doutes sur leur sens , parce qu'on y trouve ce que Tite-Live, malgré son patriotisme,
ne laisse pas même entrevoir, que Rome, avant cette révolution qui l'affaiblit, était maîtresse d'Ardée, d' Antiuro, de Circéi, de Terraciuc, dont les peuples, dans le texte, sont appelés ses sujets ( Mwm ); comme si l'on devait s'en tenir à l'autorité de cet historien et de ses copistes, pour juger des documents qu'il n'a point connus , persuadé qu'il n'avait à consulter Polybe que pour les guerres puniques. • Si le raisonnement de M. de Sainte-Croix était fondé, il faudrait aussi rejeter un traité dont on a fait grand usage dans ces derniers temps pour prouver le peu de coufiance que mérite Tite-Live ; je veux parler des conditions imposées parPorsenna à Rome. « In fœderequod, » expulsis regibus , populo romano dédit Porsenna nomi- » tim comprebensnm invenimus ne ferro , nisi in agricul-
• tura, uterentur.» (Pline, Hist. Nat. XXXIV, 14; Cf. Tacite, Hist., III, 72). Mais de ce que Tite-Live, par une exagération de patriotisme , a passé sous sileuce ce fait important, on ne peut, ni conclure que son livre est un roman , ni prétendre que Rome n'a pas été prise par le roi étrusque.
En 260 (av. J.-C. 495), Rome conclut avec les Latins un traité que Denys d'Halicarnasse analyse (VI, 95) , et qu'il avait pu lire derrière les Rostres , sur la colonne de bronze où il fut recopié du temps de Cicéroa jPro fia/00, xxiii ). Tite-Live (II, 55), en fait mention, mais en très-peu de mots : « Nisi fœdus cum Latinis , columna « œnea insculptum monumento esset , etc. •
Vient ensuite le traité conclu avec les Ardéates en 510 (445 av. J.-C); les termes dans lesquels Tite-Live en parle (IV, 7) méritent d'être rapportées pour plus d'un motif: « HÎ8 consulibus cum Ardeatibus fœdus renovatum est:
• idque monumenti est , consules eos illo anno fuisse, qui » neque in anoalibus priscis neque in libris magistratuum
• inveniuntur. Credo, quod tri bu ni militum initio anni
■ fuerunt, eo, perinde ac si totum annum in imperio fue-
■ rint, suffectis his consulibus, prastermissa nomina » consulum borum. Licinius Macer auctor est, et in » fœdere Ardeatino, et in linteis libris ad Moneta? iu-
• venta. »
1\ résulte de ce passage deux faits importants : d'abord que le traité existait encore du temps de Tite-Live aussi bien que les libri lintei, les anciennes annales et les livres des magistrats; en second lieu, que ces prétendues coufusions de noms dont on a fait tant de bruit peuvent s'expliquer par des raisons très-plausibles , analogues à celles que donne ici Tite-Live.
Si nous terminons cette énumération par les deu:( traités conclus avec Carthage en 408 et 476 ( 545 et 277 av. J.-C. ) , et traduits par Polybe , qui les avait tus dans le même dépôt que le premier , nous aurons indiqué ce qui nous reste de traces des monuments de ce genre qui existaient encore au commencement du 6 e siècle de Rome et que purent consulter les Romains qui , les premiers, donnèrent une forme plus littéraire aux annales de leur patrie.
7° Tables triomphales.
On doit joindre aux documents indiqués plus haut les tables triomphales. Tite-Live n'en a mentionné que trois ( VI , 29 ; XL, 52; XLI , 28), bien qu'il en existât un plus grand nombre (Festus, s. voc. ISaculi; Cf. Brisson, de Form., p. 555; Marini, attidei fratelli arcali, 1. 1, p. 57). L'usage de ces tables, qui se perpétua jusque dans les derniers temps de la république , remontait assez haut, et il faut qu'on l'ait conservé avec un soin religieux, puisque Cincius parait avoir vu celle du dictateur T. Quinctiiis
(Festus, s. voc. Trien/m), et que le grammairien A ttill ai Fortunalianus (p. 2680 , Putsch), put lire encore au Capitule celles de L. JEmilius Regillus et d'Acilius Glabrioo. ( Voy. Tite-Live, XL, 52.) On ne saurait décider si Tite- Live a vu de ses propres yeux les monuments qu'il cite , ou s'il n'en parle que d'après les annales. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il ne les transcrit pas textuellement, et qu'il altère le mètre satornin dans lequel ils étaient écrit». (C. Hermann, Elem. metr., p. 616 ; Walcb, emend. Liv., p. 254 etsuiv.)
8» Inscriptions.
Il est probable que les premiers historiens ne négligèrent pas cette classe de monuments, qui devaient avoir été conservés d'autant plus religieusement, qu'ils flattaient tout à la rois et l'orgueil national ,. et l'orgueil des familles. Tout porte à croire que les bases des statues élevées aux grands hommes , par exemple à Servius Tullius, à Horatius Coclès, à Lucrèce, à Porsenna, à Hermodore ( Val. Mai. , III , iv , 5; Pline , XXXIV ,11; Aulu- Gelle , IV, 5) , et aux quatre ambassadeurs romains tués à Fidènes en 316 (437 ans av. J.-C.) , dout les noms s'étaient conservés jusqu'au temps de Tite-Lhe (IV, 17), et même de Pline {Hist. nat. XXXIV, 1 ! ), devaient être décorées d'une inscription conçue, sauf les modifications subies par la langue, à peu près dans les mêmes termes que celles qui nous sont parvenues , c'est-à-dire en vers saturnins, comme celles des tombeaux de la famille des Sripions , ou en prose comme celles que cite M. Leclcrc ( p. 20 et suiv.). 11 devait en être de même des temples , des autels , des tableaux votifs. Du temps d'Auguste (Tite-Live, IV, 20), on lisait encore l'inscription qui avait été peinte sur la cuirasse de lin déposée par Cossus, en 5 1 7 (436 ans avant J.-C. ) , dans le temple de Jupiter Férétrien , avec les secondes dépouilles opimes. Du reste , cette inscription n'est pas la plus ancienne dont il soit lait mention dans les auteurs latins. Pline (XVI, 87) parle d'un chêne plus âgé que Rome , qu'on voyait encore de son temps sur le mont Vatican, et dont l'inscription en caractères étrusques et de bronze attestait que des les temps les plus reculés cet arbre était sacré. Remarquons en passant qu'une inscription étrusque ne pouvait avoir été placée dans Rome qu'à une époque où les Etrusques y dominaient , c'est-à-dire sous l'un des trois derniers rois , ce qui prouve encore que dès cette époque l'usage de l'écriture était commun chez les Romains.
Citons encore les vers en vieilles lettres latines, joints, suivant le témoignage de Pline ( XXXV , 37) , aux peintures du temple d'Ardée ; les boucliers que le même écrivain (XXXV, 5 ) vit suspendus dans le temple de Bellone en l'honneur de la famille Claudia, et chargés d'inscriptions mémoratives par Appius Claudius , consul en 258 (495 av. J.-C); les vers grecs qui accompagnaient les ouvrages de plastique et de peinture de Damophile et de Gorgasus , dans le temple de Cérès , dédié par le consul Sp. Cassius en 260 (495 av. J.-C.) ; l'inscription de Duiliusqui se place en 499 ( 264 av. J.-C.) ; celles du caveau funèbre des Scipions, celle qu'Annibal fit graver en caractères puniques et caractères grecs au cap Lacinium (Polyb. III, xxxiii, 18), etc.
9° Monnaies.
On sait par le témoignage de Pline ( XXX fit , 15 ) , et par celui de Cassiodore ( Var., VII, 52), que les plus anciennes monnaies , celles de bronze , commencèrent à être marquées sous fc règne de Servius. Celles où pa-
raissent pour la première lois des caractères alphabétiques , les a s de forme carrée avec l'inscription ROMA NON, sont regardées par les savants comme appartenant ar troisième siècle de Rome on an quatrième au plus tait Et ce qui prouve que cette opinion n'a rien d'invraisemblable , c'est qu'on possède des médailles écrites des villes de la Grande-Grèce, dont l'âge remonte sans aucun doute au commencement du sixième siècle avant notre ère, notamment celles de Sybaris, qui ne peuvent en aucun cas être plus récentes que l'année 510 où cette ville fut détruite, année qui, comme on lésait» suivit immédiatement celle où Tarquin fût banni de Rome.
En admettant que pour les premiers temps de Rome les monnaies n'aient pas été d'un grand secours pour les recherches historiques , elles purent offrir cet avantage bien avant la fin du cinquième siècle de la fondation de Rome , époque à laquelle , suivant Niebubr et surtout suivant son école , l'histoire romaine commence a offrir quelque certitude. Elles donnent d'ailleurs, ce qui est surtout important à constater, une preuve matérielle et irrécusable que l'écriture à Rome est moins récente qu'un ne veut le faire croire. Les peainiœ elles-mêmes, plus anciennes encore que ces monnaies, annoncent un art de transmission, mais un art déjà parvenu à nn certain degré de pureté , et qui ne peut appartenir qu'à une époque civilisée.
10* Archives des familles. -- Éloges funèbres.
Les familles conservaient aussi dans le tdblinum (Pline, XXXV, 2 ) leurs propres mémoires, commentarii, qui te transmettaient de génération en génération : c'est un fait dont on a des preuves pour la famille Sergia ( Varron , de Ling. lat. , VI, 90) , et pour la famille Porcia ( Aulu- Gelle, XIII, 19). A ces documents appartenaient sans doute les tables généalogiques, <rcip.ft.ocr*, qui , suivant le Clodius dont parle Plutarque , auraient été altérées par la flatterie à la suite de la destruction de Romepar tes Gaulois, altération qui ne pouvait , comme nous l'avons déjà remarqué, porter que sur quelques noms propres, et non sur des faits essentiels que d'autres monuments attestaient.
Ajoutons encore à ces documents les éloges funèbres, laudes funèbres (Tite-Live, VIII, 40), morRiorum-Iactdation**(Cic. Brut., c. xvi;Quiotil., III, vu, 2; Polybe, VI, 53; Denys d'Haï.. V, 17 ), et les autres discours publics, orationes, comme par exemple celui 0' Appius Caecns au sujet de Pyrrhus , que l'on conservait comme autant de souvenirs des ancêtres. Sans doute tous cesdocuments ne furent pas à l'abri des falsifications intéressées que leur firent subir les familles (Tite-Live, VIII, 40 ) ; mais ces falsifications durent être de même nature que celles des <rcip.p.aTu t et ne purent en aucune façon changer le caractère des faits historiques , puisque c'eût été enlever toute vraisemblance aux actions dont les faussaires voulaient faire honneur à leur race.
11° Images des ancêtres.
• Lorsqu'un Romain de distinction vient à mourir, dit Polybe , et qu'on célèbre ses funérailles , on le transporte en grande pompe dans le Forum et on le place près des Rostres, ordinairement debout pour que toute la foule puisse le voir, rarement couché. Tout le peuple alors l'entoure, et , s'il a laissé un Ois déjà grand, qui se trouve à Rome, ce fils, ou dans le cas contraire, quelqu'un dm autres membres de la famille , monte à la tribune aux harangues et célèbre les vertus du mort et ses belles actions. Il en résulte aue le peuple, se rappelant cette m
HISTOIRE ROMAINE. — NOTES
fbrieose et la passant flour ainsi dire en revue, le deuil s'est pms seulement un deuil de famille, mais un deuil
• Quand le cadavre a été enseveli et que Ton a rempli 1ms les devoirs religieux , l'image du mort est placée dans fendrait le plus en évidence delà maison, et entourée d'un àncule en bois. Cette image consiste en un masque de la phis exacte ressemblance, et reproduisant non-seulement 1s forme des traits , mais même la couleur du visage. Ces images, dans les fêtes publiques , sont tirées de leur châsse et parées avec soin. Lorsqu'il meurt un personnage enrôlent de la famille ; elles accompagnent le convoi, portées par des hommes dont la taille et tout l'extérieur rappellent le plus les défunts, et qui se revêtent en outre de la prétexte s'ils représentent un consul ou un préteur, de ta robe de pourpre pour un censeur, et de la robe brochée d'or s'il s'agit d'nn triomphateur. Ensuite ils s'avancent montés sur des chars , précédés des licteurs et des autres insignes attribués aux magistratures que chacun d'eux a exercées durant sa vie. Arrivés près des Rostres , tous prennent place sur des chaises d'ivoires. U n'est pas de spectacle plus beau et plus doux pour un jeune homme ami de la gloire et de la vertu. Qui ne se sentirait exalté en voyant réunies toutes ces images , pour ainsi dire vivantes et animées , d'hommes qui se sont illustrés par leur mérite? Non, il n'est pas de plus beau spectacle !
• Du reste , celui qui prononce l'oraison funèbre du citoyen qu'on doit ensevelir rappelle, quand il a fini de parler du mort, la gloire et les exploits de tous les morts dont les images l'entourent, en commençant par le plus ancien; et par cet éloge ainsi renouvelé, la gloire des citoyens qui ont fait quelque chose de grand devient immortelle et le souvenir des bienfaiteurs de la patrie se transmet d'âge en âge à la postérité. • ( Polybe, VI , 55 , 54.) Ce passage , si je ne me trompe , répond victorieusement aux assertions du Clodius dont nous avons parlé plus haut. H est difficile en le relisant d'admettre que les fHppacra des familles romaines aient, après la destruction de Rome , subi des altérations aussi grandes que celles qu'il suppose pour être en droit de nier l'authenticité des lodens monuments. Admettons que lors de l'incendie de li ville toutes les images de famille aient été détruites suis aucune exception ; elles étaient tellement connues du peuple , qui les voyait passer sous ses yeux dans toutes les cérémonies publiques, que les artistes romains purent ans peine, à cette époque où les rapports de Rome avec li Grèce sont attestés par des preuves irrécusables , les rétablir avec assez de fidélité pour que l'amour-propre national n'eût rien à regretter de ses pertes et que le fil de la tradition ne fût pas interrompu. Certes , si quelque inexactitude, quelque falsification se fût fait remarquer, le peuple n'eût pas manqué d'invoquer ses souvenirs et de faire justice du faussaire.
Gel argmnent s'applique aux éloges funèbres ; les faits qu'ils rappelaient étaient tellement du domaine public , qu'on n'aurait pu les altérer impunément. Quelque mémoire accusatrice serait venue, à l'aide de ses souvenirs et des monuments publics, des traités, des an- Mies , etc., rétablir la vérité, surtout à une époque où loate l'existence nationale était concentrée dans Rome , où Ici grandes familles étaient l'objet de l'attention générale, et où la jalousie des familles plébéiennes n'aurait P«s permis l'introduction de traditions mensongères qui "aient augmenté encore l'importance des antagonistes du parti populaire.
12* Aclatwilui.
L'institution des actes de l'état civil , connue des Athéniens, datait dans Rome de Servios Tullius, s'il tant en croire Pison , cité par Denys d'Halicarnasse (IV, 48). La surveillance en fut confiée plus tard aux censeurs ( Tite- Live , IV, 8 ; VI , 27, XLI1I ,16), puis aux questeurs , puis aux préfets du trésor (Tacite, Ann. XIII , 28; Capitolio, M. Aurel., c. îx). On inscrivait jour par jour sur ces registres , les naissances , les mariages , les répudiations, les divorces, les morts. (Voyez Juste Lipse, sur Tacite, Ann., V, 4, et M. Leclerc, ouvr. cit., p. 198-200.)
15° Chants nationaux.
M. Leclerc range dans cette classe • ceux qui, au temps de Denys d'Halicarnasse, ou du moins de Fabius Pictor , célébraient encore la belliqueuse adolescence des fondateurs de Rome (Denys, 1, 79), surtout les chants militaires , tels que ceux dont l'usage n'a pas toujours été négligé par Tite-Live même (IV, 20, 55; V, 49; VII, 10, 58; X, 50) : chants héroïques des festins, de» combats, des triomphes, des funérailles , qui tous, après avoir passé de bouche en bouche (Cic , Brut, c. xix; Tuscul., 1, 2; IV, 2; de Leg., II, 24 ; Vairon ap. iVoniuro, II, 70; Val. Max., II, 1, 10; Quintil., 1, x, 20 ), avaient pu être fixés et perpétués par l'écriture. »
A cette classe se rattachent aussi les chants satiriques dont la loi des Douze Tables dut réprimer l'âpreté et les excès.
1 4° Monuments , édifices . statues . reliques , etc.
La plupart des faits rapportés dans les documents historiques dont nous venons de donner un aperçu, sans doute bien incomplet, trouvaient leur confirmation dans des monuments que les Romains avaient chaque jour sous les yeux. Sans parler de la cabane de Romulus, qu'on voyait en allant au grand cirque, non loin du Tibre , au détour du mont Palatin ( Denys d'Haï. , 1 , 79 ; Vitruve , II, 1 ; Sénèque, Consol. ad Helv., c. îx), les murs d'Ancus Martius (Tite-Live, 1,55), l'édifice sacré du Capitole (1, 55), les égoutsde Tarquin ( Cloaca maxima, 1 , 56 ) , étaient , ainsi que penseurs statues citées par Pline (XXXI V, 1 1), et par Servius («4 JEn., VIII , 641), autant de témoignages de l'existence daja> anciens rois. A d'autres vestiges comme les peintures sur mura Ardée, à Lanuvium, à Céré, se rattachait te souvenir d'une civilisation antérieure à la fondation de Rome. Enfin, le figuier ruminai, que du temps de Tite-Live (L 4; X, 25), on voyait encore dans le comitium , et qui , cinquante ans plus tard, reprit une jeunesse nouvelle ; le poteau de la Sœur, qu'on n'avait pas cessé de renouveler jusqu'à l'époque d'Auguste ( Hodie quoque semper refectum manet , Tite-Live , 1 , 26 ) ; la quenouille et le fuseau de Tanaquil, que Varron vit encore dans le temple de Saneus (Pline , VIII, 74); les deux robes prétextes dont Servius avait revêtu la statue de la Fortune , et qui durèrent jusqu'à la mort de Séjan ( Ibid.) , étaient des preuves , équivoques sans doute pour la plupart , de faits que la tradition pouvait avoir altérés, mais qui n'en étaient pas moins un fond historique.
15° Archives des peuples voisins de Rome,
Lors même que les Gaulois auraient détruit, dans leur invasion , tous les documents historiques dont nous venons de donner une rapide énuroération , et que la plus précieuse partie de ces antiques vestiges de l'histoire n'au-
rail pas été transportée h Céré (Tite-Live, V, 40) par la pontifes, oa conservée au Cspitole {Plut. Camitl/ , eh. ii), et même sorte mont Palatin, qui ce lut pas t ntièremeut incendié, s'il faut en croire Diodore de Sicile (XIV, 115), lea annales de» ville* italiques eussent offert ■ni Romains le moyen de réparer le* parles qu'ils étaient pu (aire. Toutes ces tilles , qui pour la plupart n'eurent point A souffrir de l'invasion gauloise , avaient leurs archives nationale*, où lierait se retrouver la mention de leurs guerres , de leurs traites , de leurs rapports avee Rome. M. Leclerc prouve jusqu'à l'évidence (p. 71 et suit.) qu'Antemua, Tibnr, Aride, Lamente, Lanuvium, Anagni.Préneste, Lavinium, Tareule, dîmes, lea Sabins , les Samnites , les Etrusques , les Euganéen* avaient des fastes, des iibri (inlft, des histoires, des livres sacrés. ■ Ce n'est peut-être pas une illusion de penser que cbe* tous ces peuples de l'Italie primitive , Home put trouver encore , dans le butin de la victoire , les documents de leur histoire nationale; car un de ses plus anciens historiens, l'homme qui avait profité le mieux de ce* fruits de la conquête , le vieux Caton , au second livre de se* Origines (Ap. Sert., ad j£n. XI, 715), reprochant aui Liguriens de ne plus savoir d'où ils étaient venus , d'être sans tradition , aaos lettres , leur faisait bonté de cette exception. Ainsi donc si cette induction est permise, tonales autres peuples italiques lui avaient transmis leurs
Documents postérieurs à ('abolition de la royauté , il peut-être seulement d la prise de Home, mois antérieurs à la rédaction de l'histoire.
<6 9 .-tel" senatus.
Les actes du sénat turent tenus secrets jusqu'à César, mais durent être conservés de bonne beure et accessibles aux patriciens qui s'occupèrent de rédiger l'histoire de Rome. Le secret dans lequel cette assemblée enveloppait ses délibérations ayant surtout pour objet la politique du moment nedevait pas s'étendre sur les époques anciennes. D'ailleurs, ilest évident qu'on ne cacnaltaupeupleque certaines délibérations d'une haute importance, comme, par exemple, celles auxquelles donnèrent lieu la guerre contre Persee (Tite-Live, XLU, 4; Val. Max., 11,2, i)etta troisième guerre punique (Val. Max., ibid.). Dans ce cas elles étaient rédigées par des sénateurs mêmes, tandis nue dan* tous les autres elles étaient recueillies par de simples secrétaires pris en dehors dn sénat (Denyt d'IIal., X, 21, etc.); scriba , liororii , iwlorii.
M" Adu forensia.
On peut comprendre tous ce titre les actes dn pouvoir populaire et ceux des tribunaux. •Les premiers comprenaient le* lois, les plébiscites, le résultat des élections par comices , le* édite ou proclamations des tribuns , des édiles, des antres magistral* du peuple. On lea déposait, comme les sénatns-consulles et les traité* , dans les archives annexées a plusieurs temples, A celui de Jupiter au Capltole, de Cérès, delà Liberté, des Nymphes, surtout t celui de Saturne. Actes authentiques et obligatoires, ils étaient nécessairement publiés.
■ Les actes judiciaires , les arrêts des divers juges , l'étaient aussi. Eu télé ils portaient les noms des consuls , comme on le voit dans Ammien et dans saiut Augustin, qui, d'après 1'niage légal, lea appelle Otsla.t (M. Leclerc,
OUVT. Cité. )
18* Acta milltaria ou bcllira.
• Une nuire classe d'actes, celle des actes on journaux militaires, orto mititnria ou beUira, forma dès les premiers temps nue classe ji part, dont les principaux documents , amassés pendant une longue suite de guerre* avec tant de peuple*, furent peut-être rassemblés plus lard dans le trésor militaire fonde par Auguste (Suétone, Avg., c. 49 ; Tacite , Annal. 1 , 78; Dion , I.ï, 21, etc.) ....On peut croire que dan* ces archives militaires, outre le* états de situation, ceux des peines et de* récompenses, les différente* sortes de congés, les privilège* accordés aux vétérans, les itinéraires elles cartes (\egece, III, ff) se conservaient aussi le* rapports adressés par les généraux an sénat, et que, lorsque les armées envoyaient S Rome de ces lettre* couronnées de laurier* qui annonçaient des victoires , elles ne manquaient pas de lea joindre, dans le recueil de leurs actes, aux pages plus modestes et pins simple* qui constataient leur nombre et leurs services. • (M. Leclerc , ouvr. cité, p. 205 et soir.)
U résulte de tout ce qui précède que Rome , dès le* premiers siècles de son existence, connut l'écriture alphabétique, queles premiers Romains qui s'occupèrent de rédiger l'histoire nationale sous une forme littéraire avaient* leur disposition des documents nombreux et taries qui, se contrôlant mutuellement, pouvaient permettre de suivre avec exactitude , depuis If s temps les plus reculés , la série des événement* qui avaient contribué an développement de la puissance romaine; que ces documents ne consistaient pat seulement en d'antiques traditions plus ou moin* altérées par la vanité des familles, mais que, pour la plupart, c'étaient des actes officiels gravés sur le marbre, sur le broute, sur le plomb ou sur des planches de chêne, ou bien encore peintes sur des matières plus fragiles, il est vrai, mais que l'on renouvelailavec soin; que ceux de ces documents qui disparurent par suite de l'invasion gauloise purent être renouvelés s l'aide des monuments qni avaient été conservés, des copies de traités et de* annale* qni devaient exister et qui «iialaicnt en effet chea les peuples dn voisinage. Sans doute , comme il arrive toujours dans l'histoire primitive des empires , beaucoup de fables se sont mêlées A la vérité ; mais on ne peut de bonne roi se croire parla autorisé a soutenir que l'histoire des cinq premiers siècles de Rome est une longue suite de mensonges, artistement arrangés par des Grecs qui voulaient flatter leurs maîtres. ■ Proscrire l'histoire d'un siècle parce qn'il s'y mêle des tables, c'est, dit l'éloquent écrivain que j'ai déjà cité plus d'une Tois, proscrire l'histoire de tons les siècles. Les premiers siècles de Rome non* sont suspects à cause de la louve deRomulus, des boucliers de Nnma, dn rasoir de l'augure, de l'apparition de Castor et Poilus; des récits ornés ou déllguréa ainsi ne peuvent être selon vous que des récits tout A lait mensongers. Effaces donc alors de l'histoire romaine toute l'époque de César, A cause de l'astre qui parut à ta mort , dont Auguste avait fait placer l'image au-dessua de la statue de son père adoplif dans le temple de Vénus, et que plusieurs monumentsde numismatique et de glyptique nous montrent encore; celle d'Auguste lui-même, puisqu'on le disait fils d'Apollon métamorphosé en serpent ; et jusqu'au siècle de Tacite . qui ne dédaigne pas de faire entrer dans la fortune de Vespasienles miracles d'Alexandrie. Les prodiges compilés par Julius Obsequeos, peut-être au temps même de Tacite , ne commencent maintenant qu'A l'an 563 do
HISTOIRE ROMAINE. - NOTES
Rome : rai sont- ils pour cd» moina nombreux* Que fou *fage a tout ce qui imirraitakHi encore se dire et se croira, qu'on ae «oa*lenne aussi que plui le» loupa août route» . plus laaeneiuetu dan* l'histoire ect fréquent et tacite; : on m—M sans doute d'être plua rigoureux pour le* ' "loraaina quu pour celles de tous les 1. Leclere , ourr. cilé.p. 16b).
i introduit dans l'histoire d'un prafde n'aulariso paa * révoquer en doute l'authenticité «tet cette histoire dans son ensemble, encore moin* I la reAare de fond en comble , «nr des hypothèses poremeut grands**. Une «Mae critique doit éliminer le mcrreiltesni, on pfcabH l'eipiiq uer, et c'est précisément ce que teml on du moine ee que tentèrent quelques-ans de» prép aies » Msturtcas de Rome, et oolamrocnt Piaon qui ■ chercisssst fUjl pour le* lablea dM interprétations naturelles, «* n'admettait comme irai* que le» fait* tralsemblable« • M. Leclere, outr.rité, p. 150.) Tito-Ltre »-t il procédé aTec la même séréri lé, et pour ila vérité de l'erreur, a-t-il confronté ton» les dc~ i hautf On est autorisé à ■é son silence à cet égard , qu'il a transcrit pmsd'ue fois loi aooalea des pontife», finou «or l'originel, du moins sof de* auteurs qui les avaient consultée» < TOfeat M. Leclere , onsr. cité, p. 27). • Tite Lire, quoiqu'il n'indique pu ses source», puise évidemment dan» le» antiques chroniques , I la Ml étrusque» et pontincades , tout ce qui répand sur m narration un air rénéraMe d'autkjuilé religieuse, de tradition sainte. Soit qu'il en eût profité lui-même, soit qu'il écrite d'âpre* de* annsl s tt es qui avaient pu le» connaître. • ( Vote* ce qui a été dit uln» banl 1 3 sur la formule dnféclalet dupaler fkssnssa*, etc., d'après If . Letsert, ouïr, dlé, p. 37 et suit., et p. 83 et suit.)
Tite-Lite cite plusieurs inscriptions (II. 53; IV, au ; Vin, II, etc.), mai* il n'en discute qu'une seule, l'incriptioo rotite de la cuirasse déposée par Cossus en 3 17 dan» le temple de Jnpiter Ferétrien ateo les secondes
H ect d'ailleurs constant, comme noua tenons de le dire, que s'il ■ surtout composé «on histoire arec le seeoor» des titre*, le* auteurs auquel* il a en recours •talent Ut usage de* pins anc ttoeiques-un* d'entre eut avaient proc critique pour qu'U ne crût paa devoir recher ch es laborieuses qui n'entraient pu dans ses tues et qui répugnaient a son talent.
Lu critique* qui ont prétendu refaire l'histoire primilitede Rome n'ont pu seulement appuyé leur scepticisme nr le passage de Tite Lito que noua atona discuté plus b*ot(p. ?59|,mai*5u*i»urla longue duréednrègnede» sept rois. Isa»e Newton trouvequ'il est sans exemple dans l'histoire que sept rota consécutifs aient régné 244 an», et refarde la chose comme Impossible. Réduisant donc de «m anlorité pritée la dorée de chaque régne a une moyenne de 17 a»*, et par conséquent tonte la période royale» 119 an*, il reporte l'époque de la fondation de Komei l'an 650 at.J.C. Mai* un tel calcul ne saurait être «us»». Si fiewloc eut vécu de nos jours, il se serait bien gardé de le produire. En effet, les derniers siècles de notre histoire M eussent fourni une réponse à sou obfwtkm , puisque, il l'on ajoute ensemble les régne* des sept rois Capétiens qui ont précédé la rêtolutiou française on trente une durée de 252 au* ;
Charte* IX, de 1560 a 1571, 14 ai
Henri III, 1574 1589, 14
Henri IV, 1589 1610,21
Louis XIII, 1610 1645, 3S
Louis XIV, 1643 1715,72
Louis XV, 1715 1774,59
LouisXVI, 1774 1703, 1»
Total.
Or, si Louis XVI n'eût paa reçu dan* des temps de troubles , on peut admettre que son règne eût été an moins de 40 ans, ce qui eut fait, pour cette série de princes, nue durée de 253 uns, et par conséquent une moyenne de 56 ans i j7 pour chaque roi.
Hemarqaei d'ailleurs qu'il n'eu est pas de la royauté 1 Homo comme de lu royauté héréditaire où le Dis, tirant concurremment atec son pire, parvleot quelquefois an trône dans un âge déjà asseï avancé .- Romulus et ae* successeurs étant appelés à régner par la toie de l'élection montent jeunes aor le trâne et pentent ton» rournfr une longue carrière.
Pioi 1