LIVRE XLVIII
SOMMAIRE. — Les censeurs ferment le lustre: trois ceut vingt-quatre mille citoyens inscrits.— Germes de la troisième guerre punique. A la nouvelle qu une nombreuse armée de Numides, sous la conduite d'Ariobarzane, petit-fils deSypliax , était rassemblée sur les frontières carthaginoises , M. Porcius Caton demande que la guerre soit déclarée aux Carthaginois , pour avoir appelé Anobarzaoe sur leur territoire, eu apparence contre le roi Massinissa. mais en réalité contre les Romains. Sur l'avis contraire de P. Cornélius Nasica on décide que des députés seront envoyés pour examiner l'état des choses. Apre* avoir réprimandé sévèrement le sénat de Canhwge. au sujet de l'armée et du matériel naval qu'ils avaient rassemblés en contravention au traité , les députés essaient de rétablir la paix entre les Carthaginois et Massinissa , qui consent à céder le territoire en litige. Le sénat
avait déclaré s'en remettre à l'arbitrage des députés , lorsque Giscon, fils d'Hamilcar, homme turbulent , excite tellement par ses discours l'animosité de ses concitoyens contre les Romains , que les députés n'échappent aux violences que par la fuite. Cette nouvelle ne fait qu'augmenter les dispositions hostiles dans lesquelles se trouvait déjà le sénat, à l'égard des Carthaginois. — M. Porcius Caton ne peut, dans ua pauvreté , rendre à son fils, mort dans la préture , que les honneurs funèbres les plus modestes. — On envoie a Rome And ri se us qui se donnait, avec la plus grande assurance , pour le fils de Persée. l'ancien roi de Macédoine. — M. jEmil'us Lépidus , qui pour la sixième fois avait été nommé prince du sénat par les censeurs, prescrit, avant d'expirer, à ses fils de n'employer ni lin , ni pourpre à couvrir le lit sur lequel son corps serait porté au bûcher; et de ne consacrer au teste de ses funérailles qu'une faible somme ; parce une ce n'est pas le luxe, mais les images des ancêtres, qui donnent de l'éclat aux funérailles des grands hommes. — Enquête sur des empoisonnements. Publicia et Licinia. femmes de la noblesse, qui étaient accusées d'avoir fait périr leurs maris, personnages consulaires , sont mises à mort sur le jugement de la famille, après que l'affaire eut été instruite, et qu'elles eurent donné caution au préteur. — Gulussa , fils de Massinissa. dénonce les levées de troupes qui se font à Cartilage, l'armement d'une flotte , et des préparatifs de guerre qui ne laissent plus d'incertitude. — Caton demande que la guerre soit déclarée . P. Cornélius Nasica veut qu'on ne fasse rien à la légère, et l'on décide qoe dix députés seront envoyés pour s'assurer de la vérité. — Les consuls L. Licinius Lucullus et A. Postumius Albin us mettent la plus grande rigueur dans la levée des troupes et n'accordent de grâce à personne. Les tribuns du peuple, ne pouvant obtenir d'exemption poor leurs amis , jettent les consuls en prison. — La guerre d'Espagne, malheureuse à plusieurs reprises, avait jeté un tel trouble parmi les citoyens , qu'on ne trouvait personne qui voulût partir comme tribun ou comme lieutenant. Alors P. Cornélius iEmilianu* s'avance et déclare qu'il est prêt à accepter tout service militaire qui lui sera imposé, quel qu'il soit. Son exemple ranime l'ardeur de tons pour la guerre. — Tous les peuples de la celtibérie semblaient déposés à une attaque générale, lorsque le consul L. Lucullus, qui avait succédé à M. Claudius Marcellus , soumet les Vaccéens et lesCantabres, et d'autres peuples inconnus de l'Espagne. — C'est dans cette guerre que P. Cornélius Africanus Scipion iEmilianus , fils de L, Paullus , et petit-fils , par adoption , de l'Africain , étant alors tribun militaire . tue de sa main un barbare qui l'avait provoqué au combat; il affronte encore un plus grand danger au siège de la ville d'Intercatie, dont le premier il franchit le rempart. —Le préteur Ser. Solpicius Galba est défait dans un combat contre les Lusitaniens. — Lhs dépotés reviennent d'Afrique avec les ambassadeurs carthaginois et Gulussa . fils de Massinissa . et rapportent qu'ils ont vu à Carthage une armée et une flotte. L'affaire est misé en délibération dans le sénat. Caton et d'autres principaux sénateurs veulent qu'on fasse passer sans délai une armée en Afrique ; mais sur l'opposition de P. Cornélius Nasica, qui ne trouve pas encore là un motif de rupture assez légitime, on décide qu'on n'aura pas recours aux armes, si le* Carthaginois brûlent leur flotte et licencient leur armée; sinon les prochains consuls devront faire un rapport sur la guerre panique. — Un théâtre avait été mis en adjudication pjr les censeurs, et se construisait lorsqu'un sénatus-consnlte, rendu sur la proposition de P. Cornélius Nasica, le fait détruire comme inutile et contraire aux mœurs publiques ; et pendant quelque temps encore le peuple assiste debout aux jeux. — MassinisAa . âgé de quatre-vingt-douze ans et habitué à ne prendre d'autre nourriture que du pain sec . défait les Carthagi» noin qui lui avaieut déclaré la guerre en violation du traité , et qui par là attirèrent en outre sur eux les armes romaines.