‹ Commentaire sur Tite-Live: Complément de l'édition du Tite-Live de laChapitre 134 sur 158 · LIVRE CXX · texte numérisé non relu

LIVRE CXX

SOMMAIRE. — César, devenu consul, fait passer une lot sur la mise en jugement des meurtriers de son père : M. Brutus . C. Cassius, Déctraus Brutus sont cités en vertu de cette loi , et condamnés quoique absents.— Les forces de M. Antonius s'augmentent encore par la jonction que font avec lui Asinius Pollion, Uunatius Plancus à la tête de leurs armées. Décimas Brutus , que le sénat avait chargé de poursuivre Antonius, est abandonné par ses légions et s'enfuit. 11 tombe entre les mains d'Antonius qui le fait tuer par le Séquanais Capénus.— César fait la paix avec Antonius et Lépidus. Tous , trois se décernent pour cinq ans le titre de triumvirs char* gés de constituer la république, et conviennent que chacun, de son côté, proscrira ses ennemis. Dans ces proscriptions sont enveloppés une foule de chevaliers romains et cent trente sénateurs, parmi lesquels on distingue : L. Paullus , frère de M. Lépidus , L. César, oncle d'Antonius, et Cicéron. Ce dernier est assassiné par Popillius , soldat légionnaire, à l'âge de soixante-trois ans, et sa tète ainsi que sa main droite sont exposées sur le* Rostres. —Ce livre contient en outre les opérations de 11. Brutus dans la Grèce. M, Seneca Suasor., VII. Cf. Freinshem. SuppL C. 60 s/jq. — • M. Cicero sub adventum triumvirorum cesserat

« urbe, pro certo babens, {d quod erat, non magis

• Antonio eripi se, quam Cesari Cassium et Brutum, « posse. Primo in Tusculanum fugit, inde transversis

• itineribus in Formianum, ut ab Caieta navim consc censuras , profleiscitur. Unde aliquoties io altum pro- ■ vectum quuni modo venti adversi retulissent, mode « ipse jactationem navis, ceco volvcnte fluctu, pati non « posse t, tedium tandem eum et fuga? et vite cepit : re- « gressusque ad superiorem villam , que paullo plos

• mille passions a mari abest, Afortar. inquit, in patria « serpe servata. Satis constat, servos forliter fideliterqut « paratos fuisse ad dimicandum ; ipsum deponi lecticam,

• et quietos pati, quod sors iniqua cogeret, jussisse. « Prominenti exlectica, prebentique immola m oervicem « capot precisum est. Nec satis stolide crodelitati mili- « tum fuit : manus quoque, scripsisse in Antonium ali-

• quid exprobrantes, preciderunt. Ita reiatuiu caput « ad Antonium, jussnque ejus inter duas manus in Ros-

• tris positum , ubi ilje consul , ubi sepe consularis , « ubi eo ipso anno adversus Antonium , quanta nulla « unquam bumana vox, cum admiratione eloquentie

• auditus fuerat. Vix attollentes pre lacrymis oculos

• bomines intueri trucidata membra ejus poterant. Vixit « très et sexaginta anoos, ut, si vis abfuisset, ne im-

• matura quidem mors videri posait : ingenium et ope- « ribus et promus operum felix : ipse fortunes diu

• prospéra;, et in longo tenore felicitatis magnis intérim « ictus vulneribus, exsilio , ruina partlum, pro quibus « steteràt, filiae morte, exitutam tristi atque acerbo, « omnium adversorum nihil, ut viro digoum erat .

• tulit prêter mortem : que vere estimanti minus in- « digna videri potuit , quod a victore inimico nil cre-

ÏITE-LIVE.

• delius pas su s erat, quant quod ejusdem fortune com-

• pos ipse fecisset. Si quis tameo virtulibus vitia peusa- « rit, vir magnus, acer, memorabilis fuit, et in cujus

• laudes persequendas Cicérone laudatore opus fuerit. •

« A l'approche des triumvirs , Cicéroo était sorti de Rome, persuadé, et avec raison, qu'il n'avait pas plus de grâce à attendre d'Antoine que Brutus et'Cassius d'Octave. Il se réfugia d'abord à sa campagne de Tusculum ; de là, par des chemins de traverse, il gagna celle de Formies, dans l'intention de s'embarquer à Cafète; il fit voile pendant quelque temps vers la haute mer, mais ramené en arrière par les vents contraires, et ne pouvant pins supporter le roulis du vaisseau et l'agitation des vagues, le dégoût s'empara de lui. Également las de fuir et de vivre, il revint vers sa première maison de campagne, éloignée de la mer d'un pen plus de mille pas.

« Je mourrai, dit-il, dans cette patrie qne j'ai sauvée tant de fois. » II est certain que ses esclaves étaient déterminés à combattre avec courage et constance. Mais il fit arrêter sa litière, et leur ordoona de se soumettre tranquillement aux volontés du sort, quelque iniques qu'elles fusseut. Alors il se pencha hors de la litière, et présenta sa lète immobile aui meurtriers , qui la coupèrent. Et cela ne suffit point à la stupide férocité des soldats; ils lai coupèrent encore les mains, coupables, disaient-ils, d'avoir écrit contre Antoine. Sa tête, portée au triumvir, fut par son ordre exposée entre seB deux mains, à cette tribune aui harangues où , comme consul , où, souvent comme personnage consulaire, où, cette année même , dans ses harangues coulre Antoine, il avait commandé l'admiration par une puissance de parole que jamais voix humaine n'a égalée. Les yeux baignés de larmes, osaient à peine se lever sur ces restes sanglants.

• Cicéron vécut soisaute-trois ans • et sa mort, si elle n'eût pas été violente, aurait pu ne pas paraître prématurée. Génie benreux et par ses travaux et par leur récompense, la fortune lui fut longtemps favorable; et dans le cours de sa longue prospérité , il fut quelquefois frappé cruellement ; mais de tous ces coups , l'exil , la ruine de son parti , la mort de sa fille , cette triste et cruelle fin , le dernier, la mort , fut le seul qu'il supporta avec une mâle dignité. Et cette mort même, è la bien examiner, peut paraître moins révoltante si Ton songe qu'il ne pouvait souffrir de son ennemi vainqueur de traitement plus cruel que celui que lui-même lui réservait dans la même fortune. Que si cependant l'on met en balance ses vertus et ses vices , on trouvera en lui un génie supérieur, une âme ardente, un homme dont le souvenir doit durer, et qui n'aurait pu être loué dignement que par la bouche de Cicéron lui-même. •

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