‹ Commentaire sur Tite-Live: Complément de l'édition du Tite-Live de laChapitre 5 sur 158 · LIVRE n · texte numérisé non relu

LIVRE n

Tite-Live a également pour ce second livre consulté plusieurs auteurs. C'est ce que prouvent les nombreux passages où il rapporte des faits racontés par certains écrivains (cb. xli, liv, etc.), ou d'autres sur lesquels on n'est pas d'accord ( voy. cb. xviii, xxi, xli et xvii , où il dit que dans ses sources le nom d'un consul est omis). Or il affirme plus d'une fois qu'il a suivi les auteurs les plus anciens (cb. viu,xviu, et xxxiu),et parait avoir eu souvent Fabius sous les yeux, bien qu'il ne le nomme expressément que lorsqu'il diffère des autres (ch. xl). 11 n'a pas non plus négligé Pison , qu'il nomme au ch. xxxn; toutefois dans ce passage il lui préfère la tradition la plus généralement admise (cf Sallust. fr. hist. I, ap. Augustin, de Civ. Det, II, 18; Jugurth.. 51. Cic, de Leg. III, 8, et le Pseudo-Messala, cb. xx. Il parait que Pison avait transporté à la première sédition ce qui s'était passé dans la deuxième). Tite-Live le cite encore, ch. xxxiu et cb. xxxvu , où par les mots sunt qui il parait , à en juger par le cbap. lviii, où son nom se trouve, vouloir désigner cet historien, avec le récit duquel s'accorde Laurentius Lydus (de Magistr., p. 65 et 75).

Il ne cite nulle part les historiens plus récents, et c'est sans doute pour cela que sa narration a presque partout une couleur antique. Et en admettant même qu'il ait consulté Valerius Antias, et d'autres encore moins anciens, il ne parait pas les avoir pris souvent pour guides. On peut à cet égard comparer la description de la bataille dn lac Régille (ch. xix et suiv.) avec celle de Denys d'Halicarnasse ( VI, u et suiv.) , qui dans cet endroit suit Gellius et Licinius Macer ( cf. Florus 1, 1 1 ), et le passage deLicinius rapporté par Denys d'Halicarnasse (V, 47) et par Pline (H. N., XV , 29) avec le récit de Tite-Live (II , 16). De la différence qui existe entre notre historien et Polybe (III, 22), relativement aux consuls de la première année, différence parfaitement expliquée par Perizonius (de Hep. Rom., p. 697 et suiv.) , on ne peut conclure que Tite-Live se soit dans ce passage servi d'historiens récents.

Chip. H.— Qiium nihil aliud offenderit, nomen invisum civitati fuit. Tite-Live dans un autre passage (IV 15) donne le même motif à l'abdication de Collatin : « Nomiuis odio abdicari jussum. » A en juger par le témoignage d'Aulu-Gclle ( XV, 29 ), Pison, qui comme Tite-Live commençait son second livre par l'eipulsion des rois , attribuait aussi à une trop grande sollicitude pour la liberté la haine dont le nom du collègue de Brutus était devenu l'objet. Suivant d'autres , comme Denys d'Halicarnasse (V, 9 et suiv.), Plutarque [Public, ch. vm);et Zonaras (VIL 12), Collatin reste à Rome, et ayant pris la défense de ses parents devenus les ennemis de la république, il est mis en accusation, et banni.

Ibid. — Jusjurandum populi récitât. — Cette formule était vraisemblablement beaucoup moins emphatique que le serment mis par Voltaire dans la bouche de Brutus :

Si dans le sein de Borne U se trouvait un traître Qui regrettât les rois et qui voulût un maître , Que le perfide meure au milieu des tourments ; Que sa cendre coupable , abandonnée aux vents . Ne laisse ici qu'un nom plus odieux encore Que le nom des tyrans que Rome entière abhorre. VOLTiias, Brutus, act I.sc. n.

HISTOIRE ROMAINE. - NOTES

Cbip. 111. — LibertaUm aliorum in suam vertisse servitutem. Justin , V, 10 : « Quasi vero aliornin liber- « tai v sua servitus etiet. •

Est-il donc entre nous rien de plus despotique Que l'esprit d'un état qui passe en république ? Vos lois sont yos tyrans s leur barbare rigueur Devient sourde au mérite . au sang , à la faveur; Le sénat tous opprime , et le peuple tous brave; Il faut s'eu faire craindre , ou ramper leur esclave.

Je sais bien que la cour, Seigneur, a ses naufrages ; Hais ses jours sont plus beaux . son ciel a moins d'orages. Souvent la liberté dont on se vante ailleurs , étale auprès d'un roi ses dons les plus flatteurs. Il récompense , il aime , il prévient les services ; La gloire auprès de loi ne fuit point les délices. Aimé du souverain , de ses rayons couvert , Vous ne serves qu'un maître et le reste vous sert

Nous ne redoutons rien d'un sénat trop jaloux ,

Et les sévères lois se taiseut devant nous.

Voi/mas, Brulus . act. II. se. il.

Cbap. V. — Jnstilam deinde paulatim... factam. C'est Me qu'on voit aujourd'hui dans la partie du Tibre qui se détourné vers l'Orient, entre le Champ de Mars et le Janicule. Elle fut consacrée à Esculape, qui y avait un temple célèbre , sur l'emplacement duquel s'élève aujourd'hui l'église de Saint-Barthélémy.

Ibid. — Eminenle animo patrio , etc. Plutarque (Vie de Publicola, c. vi) et Denys d'Haï., V, 8, racontent que les traits de Brutus restèrent immobiles pendant l'exécution de ses fils. La tradition suivie par Tite-Live est évidemment plus honorable pour le fondateur de la liberté romaine. •

Ibid.— Vindicte llberatus.L* vindicte était une baguette que le licteur, ou plutôt le préteur plaçait trois ou quatre fois sur la tète de l'esclave qui devait être affranchi , en prononçant ces paroles : « Je dis que cet homme est libre et citoyen romain.» Cet affranchissement, parla vindicte, donnait non-seulement la liberté, mais aussi le droit de cité.

Chip. VI. — Ne se orlum ejusdem sanguinis , etc. On ne peut se le dissimuler, les raisons mises en avant par.Tarquln sont assez peu persuasives. Denys d'Haï., V, 4, lui prête un langage beaucoup plus habile. Yoyes Heyne, Opusc. Acad., t. IV, p. 291 et suiv.

Cbap. VU.— Ex silva Arsia. Valère-Maxime, I, vin, 5, a suivi cette tradition; mais suivant Plutarque, Vie de Publicola , ch. ix , lu bataille fut livrée ** x*v<«<f l •*•««. *»

rt /Uv Ov^oov dXaoç, rà âk Alawttv» X* i/iâva wpo9*yop*\mtmv. Ces

deux noms paraissent corrompus.Peut-ètre au lieu d'o3p*©v faut-il lire 'kpow. Quant à la prairie Esnvienne , c'est sans doute la même que la prairie Julienne , où Denys d'Halic, V, 5, place le lieu du combat, près d'un bois consacré au héros Horatns. Voy. Cluver., Ital, Ant., III, 2, p. 868.

Ibid. — CoUegœ funus , quanto twn potuit apparattt fecit. Plutarque, Vie de Publicola . ch. x, dit que Valérius prononça, dans cette circonstance, l'oraison funèbre de son collègue, et que de là date l'usage de louer publiquement les grands nommes après leur mort. • Les Grecs , dit Rollin , n'accordaient l'honneur de ce panégyrique qu'aux guerriers morts pour la défense de la patrie. Quelque estime que les Romains fissent de la valeur, ce n'était pas le seul genre de mérite qu'As jugeassent dignes de leurs éloges. Tous les grands nommes qui s'étaient distingués ou par leur habileté dans la con-

duite des armées, ou par leur prudence dans les conseils, ou par leur vigilance dans les fonctions de lu magistrature, ou par d'autres services rendus à la république, recevaient après leur mort le tribut qui leur était dû , soit qu'ils fassent morts en combattant pour la patrie, soit qu'une fin naturelle et paisible eût terminé leur vie. »

Cbap. VU. — In summa Velia. Vélia était une colline dans le voisinage du mont Palatin, et qui dominait le forum. Voy. Donat.,Fet. Rom., II, 16; Nardini.V, 4, 5 tt Adler's Beschreibung Roms, p. 245. Denys d'Haï., 1,5, fait dériver ce mot du grec iju* marais , et dit qu'en vieus langage on appelait Délies on vélies les endroits marécageux. Mais cette étymologie ne saurait convenir, puisqu'il s'agit d'un lieu élevé. Vairon, de Ling. lai., IV, 8, en donne une autre qui ne parait guère plus vraisemblable. Suivant lui, le mot Vélie vient de ce qn'avant l'usage de tondre les troupeaux, les bergers conduisaient leurs moutons sur cette éminence pour leur arracher (vellere) la laine ( vellus ). — Nous verrons plus bas , liv. VI, ch. xx, que Maolius fut surtout soupçonné d'aspirer à la tyrannie pour avoir bâti sa maison sur le mont Capitolio.

Plutarque, Vie de Publicola, cb. x, dit qu'il fit enlever les haches des faisceaux de ses licteurs, et que dans les assemblées il faisait déposer ces mêmes faisceaux aux pieds du peuple. Cet usage était encore observé par les consuls à l'époque où Plutarque écrivait.

Ibid. — Ubinunc Vicœpotœ est. Scilicet ctdes; ellipse dont Horace nous offre aussi un exemple : Ventum erat ad Vestas (Serm., I, îx, 55). La victoire était appelée Vicapota a tincendo et potiundo. Voy. Cic. de Leg, II , 1 1, et Séoec., Apocol.

Cbip. Vin. — Postem jam tenenti. « Postem teneri in • dedicatione opportere videor audisse templi : ibi enim « postis est uni templi aditus et valva?.» Cic., pro Domo. 46.

Ibid. — Eflferri jubrret. Efferre et en grec àwup*U6«t désignent souvent d'une manière spéciale l'action d'enlever les morts pour leur donner la sépulture. On dit dans le même sens en grec 4«p*p««, et en latin export art. Voyex les notes de M. Boissonade sur les Héroïques de PhilostraU , p. 451 , 452 : M. LongueviHe sur le Panégyrique d'isocrate, p. 112, et le nouveau Trésor de la langue grecque, vol. III, p. 625. C.

Cbip. IX. — Salis quoque vendendi arbitrium. Ce fait et celui qui précède devaient avoir été empruntés aux annales , dans lesquelles de pareils documents trouvaient particulièrement leur place, ainsi que nous l'apprend Caton ( Origin., IV ; apud A. Gell., H, 28) : « non lubet scribere , quod in tabula apud pontiQcem maximum est , quotiens annona cara , quotiens luuae aut solis lumini caligo autquid obstiterit. » Le sel dont il s'agit provenait des salines qu'Ancus Marti us avait établies à Ostie (1, 55).

Cbip. X. — Incolumis ad suos tranavit. Polybe (VI, 55) en racontant ce fait, pour prouver jusqu'à quel point les Romains portaient le dévouement à la patrie , semble faire mourir Horatius Coclès : x«rà *poaip*otv /uT*u«(t rdv /stov. Niebubr en conclut que tout ce récit n'a aucun fondement historique et n'est antre chose qu'on épisode de ces prétendus poèmes dont il fait l'unique source de l'histoire romaine. Mais de bonne foi peut-on tirer une pareille déduction de cette divergence, qui vient peutêtre de ce que Polybe, pour donner pins de force à l'exemple qu'il citait, altérait avec iotentlou l'acte de dévouement du héros romain, et ne croyait pas nécessaire d'ajouter ce qu'il était deweou, puisque c'eût été

diminuer l'émotion qu'il foulait produire? D'ailleurs, des termes employés par Polybe, il ne résulte pas rigoureusement qu'Uoratius trouva la mort dans le Tibre ; car , comme l'a fort bien remarqué Schweighœuser xar* xpoodptM fuo}JUa$« rdv pic» peutsedire également et de celui qui periculo sponte suscepto succumbit, et de celui qui 91mm morii se destinassel, incolumis tamen evadit.

Tite-Live semble avoir prévu les doutes que provoquerait cet acte bérofque quand il ajoute : « Rem ausus plus famœ habituram ad posteras quam fidei. » Tel est aussi le sentiment de Florus, qui étend cette réflexion aux épisodes de Mucius Scévola et de Clélie : « Tune illa Romana prodigia atque miracula , Horatius, Mucius, Clelia:quœnisi in aunalibus forent, hodie fabula; viderentur. 1 N'est-il pas évident que par ces mots, in aunalibus, il s'agit des grandes annales? car la mention de ces trois personnages dans les annales des historiens postérieurs ne serait pas aux yeux de Florus une preuve d'authenticité suffisante.

On s'étonne que d'une pareille variante et de quelques autres qui n'ont pas plus d'importance, en ce qu'elles ne touchent pas au fond du récit, on tire cette conséquence, que toute l'histoire de la guerre de Porsenna offre le caractère d'une épopée , ou a d'abord eu cette forme, et que par conséquent tous les acteurs du drame sont imaginaires. Mais alors comment expliquer la statue élevée à Horatius Coclès dans le Comice , puis transportée plus tard dans le Vulcanal (A. Gell., IV, 5. Plut. Publ. xvi, et Aur. Victor de Vir. illustr., ch. xi), et qu'on voyait encore à Rome du temps de Pline ( XXXV , 5 ou 15) ? Serait-ce aussi une fiction poétique ?

Ibid. — Agri quantum uno die circumaravit , datum, Niebuhr fait remarquer qu'on aurait rendu Horatius bien riche, puisqu'on lui aurait donné environ nne lieue carrée , et qu'alors la république n'avait ni la possibilité, ni même la volonté de faire de pareilles donations. Quelques interprètes, frappés de cette considération, ont entendu circumaravit des détours que fait la charrue pour tracer les sillons. Mais cette interprétation est évidemment forcée, et on répond avec raison que la récompense nationale se serait bornée à un arpent de terre « ju- • gum vocabatur quod uno jugo boum in die exarari « posset. . ( Pline, llist. Nat., XVIII , 5. ) Mais faut-il donc prétendre trouver dans des traditions de ce genre une exactitude bien rigoureuse ? Quelle qu'ait été l'étendue de terrain accordée à Horatius Coclès, il est constant que son action , attestée par un monument public , méritait une récompense nationale, et que l'usage de déterminer par le sillon d'une charrue, par la course d'un cheval, d'un âne , etc., les limites des concessions de ce genre se rencontre en Asie du temps d'Hérodote ( IV, 7 : <a<feaCori

de ©l àtà rovro, ôaa d> fax?» o fytéfit p*r> xtpiêAàay ecùréç) ; en

France sous les rois Francs et sous Cbarlemagne ; dans les mythes Scandinaves , dans les romances turques , etc. Voyez Jacob Grimra, Deutsche Rechts Alterthûmer, p. 86 et suiv.; M. Micbelet, Origines du droit français , p. 77 et suiv.; Niebuhr, Hist. rom., 1. 1, p. 605. C'est le même procédé qu'on employait pour tracer les limites des villes ( Verrius, Flaccus sub voc. Primigcnius sulcus , p. 95, Egger, Varron, L. L., V, 145, Egger). C'est ainsi que Romulus, dans la tradition, trace le pomœrium (Plutarque, Rom., ch. 11.)

Cbap. XL— Finisque illa tam effuse evagandi Etruscis fuit. « Les poètes, dit Niebuhr (t. I, p. 604; t. II, p. 552 de la tr. fr.), n'avaient pas fait attention à ce qu'il

était impossible que Rome ait pu être réduite à la (aminé par un ennemi qui n'était campé que sur leJauicule, lors même qu'il eût été maître du fleuve. Aussi les annalistes imaginèrent-ils* des excursions sur la rive gauche, et pour obvier à l'inconvénient qui résultait de l'absence des Cuits , en même temps que pour honorer leurs ancêtres , ils inventèrent un stratagème des consuls pour attirer les Étrusques et leur faire éprouver une grande perte. » Qu'on relise attentivement le chapitre xi et l'on se convaincra jusqu'à quel point cette critique est peu fondée. Où Niebuhr voit-il que Porsenna n'était campé que sur le Janicule? Tite-Live dit précisément le contraire : « Praesidio iu Janiculo locato , ipse in piano ri- « pisque Tiberis castra posuit. » Dominant Rome du Janicule, établi dans la plaine et sur Tune et l'autre rive, Porsenna était maître de la campagne et du fleuve; il pouvait donc facilement affamer la ville. Il faut vraiment un besoin impérieux de destruction pour voir une création poétique dans tout cela.

Chap. XII.— Qunm C. Mucius adolescens nobilis, etc. La famille Mucia était plébéienne, puisqu'au 4* siècle un P. Mucius est tribun du peuple ; or, C Mucius Scœvola est patricien dans le récit de Denys d'Ualicarnasse, noble dans celui de Tite-Live : donc toute cette histoire est une pure invention des poètes romains. Tel est le raisonnement de Niebuhr, et après lui de M. Michelet. Mais qui prouve que la famille Mucia ait toujours été plébéienne ? ISlebuhr lui-même reconnaît dans un autre passage de son livre ( t. H , p. 56 de la trad. fr.) qu'il y eut à Rome des familles qui renoncèrent librement au patriciat et qui devinrent plébéiennes. Pourquoi les Mucii n'auraient-ils

pas été dans ce cas ?

• Ibid. — Trecenti conjuravimus principes juventutis. Niebuhr est encore arrêté par ce nombre de trois cents qui, dit-il , revient toujours partout où se retrouvent les anciens poèmes. M. Michelet , sans doute pour justifier cette observation de son devancier, fait remarquer que Mucius corameuce par confier son secret au sénat, c'està-dire à trois cents personnes. Ce nombre est sans doute aux yeux des critiques un nombre purement symbolique. Soit ; mais qu'on en tire cette conséquence que partout où on le rencontre on doit reconnaître les traces d'un poème, c'est ce qu'on ne peut admettre. En raisonnant ainsi , il faudra éliminer de l'histoire grecque l'épisode de Léonidas à cause des trois cents Spartiates , effacer des annales de Tbèbes toute la période d'Épaminondas parce que le bataillon sacré se composait de trois cents hommes. Conjecture pour conjecture , j'aimerais mieux croire que quelque temps avant l'expulsion des Tarquins, il s'était organisé à Rome une hétairie . à l'exemple de l'hélairie pythagoricienne, alors dans toute sa force , et que celte société secrète , dont les dangers de la patrie entretenaient la ferveur, avait confié a Scévola la mission dont il s'acquitta avec tant de dévouement et de courage. Si cette conjecture est fondée , comme je suis porté à le croire, on s'expliquerait sans peine que le roi étrusque, qui peut-être déjà à cette époque avait imposé à Rome le traité onéreux dont parlent Pline et Tacite, et sur lequel Tite-Live, faute d'avoir connu ce monument, ou dans l'aveuglement de son patriotisme, garde un silence absolu , ait cédé à la crainte d'un danger qui menaçait sa vie à tous les instants, et préféré avoir, dans un peuple aussi jaloux de son indépendance, plutôt des amis que des sujets. Ce serait encore une preuve eu faveur de l'authenticité de cette époque de l'histoire ro-

HISTOIRE ROMAINE. - NOTES

matne. Ce qu'il y a de constant, c'est que l'influence de la société pythagoricienne se répandit et se maintint longtemps en Italie , en Grèce et même en Asie-Minenre. On peut à cet égard lire ma dissertation sur une inscription de Délos. {Expié, de Morte, t. III, p. 24 et suiv., et t. II , p. HO et suiy. du tirage à part.)

Cbap. XIII. — Cognomen inditum. De ««doç , d'où Scœvus arec l'insertion du digamma. L'étymologie du mot Scœvola, donnée par Yarroo ( LL , VU , 95, p. 1 15, Egger) ne se rapporte pas, comme parait le penser Niebuhr, au surnom des Mncius, mais est présentée par le savant Romain à l'occasion du mot obscœniis , qu'il rapproche, on ne sait trop pourquoi, de scœvus et scœvola , sorte d'amulette obscène qu'on suspendait au cou des enfants pour détourner les maléfices.

Iain. — Ut pacis conditiones vitro ferret. Tite-Liv e parait avoir ignoré complètement que le traité en question avait été imposé à Rome par Porsenna , à la suite d'une victoire qui avait rendu les Etrusques maîtres de Rome, fait important sur lequel ne peuvent laisser aucun doute les deui passages suivants que Beaufort a cités le premier.

« In fœdere quod , erpolsis regibus , populo romano

• dédit Porsenna, uominatim compreheusum invenimus, « ne ferro nisi in agri cultura uterentur. Et stylo scribere

• iotutum , ut vetustissimi auctores prodiderunt. » Pline, tf.JV., XXXIV, 59.

« Sede Jovis optimi maximi quam non Porsenna, de- « dita urbe , neque Galli capta temerare potuisseut. » Tacite , Mst., III , 72.

Est-il vrai, comme l'a prétendu Beaufort , et , comme l'ont répété après lui, MM. Micali, Wachsmuth et d'autres, que le traité dont parle Pline existait encore du temps de cet auteur? Le passage même que nous venons de citer l>ermet d'élever des doutes à cet égard. En effet, Pline ne parait y faire allusion que sur la foi de très -anciens auteurs, ut vetustissimi auctores prodiderunt; d'où l'on peut conclure qu'il n'avait pas le monument lui-même sous les yeux. Cela posé, ou peut se demander quels étaient les auteurs qui lui avaient fourni un renseignement aussi curieui* Ce n'était certes ni Fabius, ni Pisen, que Tite-Live a consultes en cet endroit, ni Hemina, dont le récit s'accordait avec celui de Tite-Live { voy. le fragment sur Scaevola dans Nonius, au mot censere), et que PlineHXIH, 15; XXIX , 1 } qualifie d'auteur très-ancieu, bien qu'il fût postérieur à Fabius et à Pison. Peutêtre était-ce Cincius et Acilius, Cincius surtout, qui poussait si loinTexactitude et qui avait eu recours aux anciens traités pour la rédaction de son histoire (voy. p. 769, col. I). Quoi qu'il en soit, il est évident que si la vérité a été altérée en cet endroit, ce n'est pas à notre auteur qu'il faut s'en prendre , mais à ses devanciers.

D'ailleurs le passage de Pline et celui de Tacite ne sont pas complètement d'accord. Suivant l'un , Rome aurait essuyé une défaite qui lui aurait mit perdre l'autonomie; suivant l'autre, elle aurait bien été obligée de se rendre , mais le Capitole, c'est-à-dire la citadelle, serait, comme à l'époque des Gaulois, restée au pouvoir des Romains; car, malgré toutes les subtilités deNiebubr pour modifier le sens du passage de Tacite , on ne peut en admettre aucune autre interprétation.

Ainsi le fait lui-même de la prise de Rome par les Etrusques pourrait , d'après les principes de ftiebuhr, laisser des doutes , puisque les textes qui le constatent présentent des contradictions. Mais, en admettant qu'il

soit incontestable, et pour ma part je le regarde comme tel, il n'est pas impossible de le concilier avec la tradition suivie par Tite-Live, ou plutôt de reconstituer l'histoire de cette époque à l'aide de ces données en apparence si opposées l'une à l'autre. Essayons de le faire.

Rome expulse les Tarquins. Porsenna prend en main leur défense , et vient avec une armée nombreuse tenter de les rétablir. Il occupe le Janicule, position importante d'où il domine tous les mouvements de ses ennemis, et, malgré le dévouement d'Horatius Codes, malgré le succès peut-être exagéré des consuls Herminius et Valérius, il parvient à pénétrer dans Rome et à s'en rendre maître, sans toutefois pouvoir s'emparer de la citadelle, qu'ildoit se contenter de tenir bloquée. Dans cette circonstance, il oblige tous les habitants de la ville à lui livrer leurs armes, comme on peut le conjecturer d'après un passage de Denys d'Halicarnasse (*<«"«« xai<*ycpà*,x«UsAa,x«i

rdXXet, tvuy iâiovro Tv/J/fyvoi napautxû v ixl rp xvruXitcttnAmXifim»

( V, 65 , p. 529 , C). Il devient même dangereux de conserver le stylet dont on faisait usage pour écrire. En signe de soumission , le sénat lui envoie un trône d'ivoire et les insignes de la dignité royale (Den. d'Haï., V, 55 , p. 505 , D.). Toutefois, le roi étrusque ne croit pas devoir s'établir dans Rome, dont le séjour est dangereux pour lui tant que le Capitole n'est pas en son pouvoir. Il reste dans son camp de l'autre côté du Tibre , et , pour s'assurer de la tranquillité des Romains, il se fait donner des otages.

Du reste, Porsenna oublie complètement le motif qui lui a fait commencer la guerre : il ne rétablit pas les Tarquins et ne songe qu'à accroître sa puissance au moyen de territoires qu'il se fait céder. Son flls Aruns est même chargé par lui d'aller soumettre Aricie qui, par sa position inexpugnable , était alors, comme le remarque judicieusement Niebuhr, la principale ville du Latium, et que pour ce motif il veut ajouter à ses états.

Mais Aruns échoue dans cette tentative, l'armée étrusque est battue. A cette nouvelle , dont Rome doit peut-être la connaissance à la courageuse fuite de Clélie, l'un des otages livrés a Porsenna , une société secrète , formée pendant les dernières années de la tyrannie , et dont les dangers publics ont resserré les liens , se réunit malgré la surveillance des vainqueurs. C. Mucius , l'un de ses membres , est désigné pour sauver la patrie. Il échoue; mais sa fermeté héroïque, ses révélations effrayantes changent les sentiments de Porsenna, qui ne peut envisager sans terreur le duel opiniâtre dont il est menacé. D'ailleurs, son armée est affaiblie par la défaite d'Aruns; le Capitole résiste toujours, et s'opioiâtrer à asservir un peuple si jaloux de sa liberté, un peuple où les femmes elles-mêmes montrent tant de courage et de patriotisme, c'est peut-être vouloir préparer sa ruine. Il se retire donc, se contentant des territoires dont il avait précédemment obtenu l'abandon, et , par là, le traité dont parle Pline se trouve aboli.

Ces conjectures , comme on le voit , s'écartent peu du récit de Tite-Live et changent seulement l'ordre de quelques faits. Elles expliquent comment l'orgueil nationa a pu passer sons silence, sans trop altérer la vérité historique, une occupation qui ne fut pas complète, et un traité qui ne dut recevoir qu'une exécution momentanée elles font comprendre enfin comment Rome se vit affranchie de la domination étrangère sans recourir, ainsi que le suppose Niebuhr, à une insurrection sur laquelle les historiens se seraient tus, on ne voit trop pour quel motif, puisqu'elle eût été un titre de gloire.

Quelques écrivains, pour expliquer le silence de Tite-

Live sur le traité Imposé è Rome par Porsenna , ont supposé qu'il avait été trouvé postérieurement à Glusium. Mais cette supposition parait purement gratuite.

Cbap. Xm.— Quœ postea suni Mueia prata appellaia. Suivant une autre tradition rapportée par Denys d'Halicarnasse (Y, 55, p. 505,0.)» on lui aurait accordé au delà du Tibre, la même étendue de terrain qu'à Horatius Coclès. Le récit de Tite-Live n'offre ici aucun caractère d'exagération.

Ibid. — Feminœ qttoque ad publica décora excitatœ. Il est difficile d'admettre que la fuite de Clélie ait eu un pareil motif. La conjecture que j'ai proposée plus haut, bien qu'elle intervertisse l'ordre des faits, est, je crois, plus vraisemblable. Il parait d'ailleurs que les historiens romains n'étaient pas d'accord sur cet épisode. Tite Live a suivi la tradition la plus généralement reçue , et qu'il avait retrouvée dans Pison , avec lequel il diffère seulement en ce point que ce dernier faisait élever une statue à Clélie par les otages eux-mêmes (Plin., H. 2V\. XXXIV, 15). Un autre récit qu'avait suivi Annius Fetialis (Plin., ibid.), et que Plutarque reproduit {de rouf. Virt, xx), faisait surprendre les otages par Tarquin, au moment où on les amenait dans le camp étrusque , et tous étaient tnés , à l'exception de Valéria , fille du consul Publicola, qui regagnait Rome. Pour concilier cette tradition avec la première, il faut supposer que, parmi les otages qui accompagnèrent Clélie, se trouvait une Valéria , qui devint dans les mémoires de sa famille l'héroïne de l'aventure; mais cette substitution de noms , qui trouva peut-être quelque créance chez certains historiens , amis des Volerti , beaucoup plus puissants que les Cluilii, ne put prévaloir sur la véritable tradition, et la gloire d'un généreux dévouement resta à Clélie. J'insiste sur ce point , parce qu'on en peut déduire cette conséquence , que les falsifications historiques dont se rendaient coupables les familles avaient peut-être moins d'inconvénient qu'on ne l'a prétendu ; en effet, il était bien difficile qu'elles n'eussent pas lieu au préjudice de quelque autre race illustre, dont l'énergique protestation éclairait l'opinion et rétablissait la vérité.

Chap. XIV.— Proximum vero est ex Us, quœ traduntur. Il est à regretter que Tite-Live ne nous ait pas fait connaître toutes les traditions qui existaient de son temps sur l'usage symbolique de vendre les biens du roi Porsenna toutes les fois qu'on mettait des biens à l'encan ; car on ne saurait se contenter de l'explication qu'il donne comme la plus vraisemblable. Niebuhr, comme nous l'avons déjà vu , tranche la difficulté en supposant une insurrection qui affranchit Rome de la domination étrangère. Mais cette supposition est purement arbitraire. Pour moi, je serais porté à croire que toutes les conditions imposées par Porsenna anx Romains n'avaient pas été remplies ; qu'une partie des contributions d'objets de toute espèce, frappées par lui sur les vaincus, n'avait pu être fournie et livrée immédiatement , et que, se trouvant disponible au moment où le roi étrusque se décida brusquement à la retraite, on prit le parti d'en faire la vente pour éviter un pillage. Quanta la persistance de cet usage, elle s'explique par le désir bien naturel d'effacer le souvenir d'une défaite , en ne rappelant que la dernière scène d'un drame qui en définitive s'était dénoué à la bonté du vainqueur.

Ibjo. — Tuscum vicum appcllarunt. Vairon ( L. L„ V, 46) et Tacite {Ann., IV, 65) font remonter l'origine de ce nom à l'établissement de Caelius Vibenna. Voyex la note de M. Bournouf sur Tacite [loc. cit.).

Cbip. XV. - P. Lucretius inde et P. Valerius PtiWIcola consules facti. Tite-Live parait s'être trompé. D'après les fastes consulaires (Denys d'Haï., V, 21; Cas siodore, etc.), les deux consuls de cette année furent M. Horatius Pulvillus, pour la seconde fois, et P. Valerius Publicola.

Ibid. — Agrum Veientem restituit. ISiebuhr ne croit pas à cette restitution , « parce que , dit-il, au temps des décerovirs on était si loin d'avoir récupéré les cantons étrusques qne le Tibre était la limite du territoire romain. »

Cbip. XVI. — Consules M. Valerius, P. Postumius. Tite-Live omet ici les consuls de l'an de Rome 248 (av. J.-C. 505). Ce furent Sp. Lartius et T. Herminius.

Ibid. — Attus Clausus cui postea Ap. Claudio fuit Romœ nomen. L'empereur Claude prétendait descendre de cet Attus Clausus. « Majores mei , quorum antiquissi- « mus Clausus , origine sabina , simul in civitatem roroa- « nam et in familias patriciorum ascitus , hortantur. • Tac, Ann.. XI , 24.

Virgile (jEn.. VII, 706) fait remonter l'origine de cette famille puissante jusqu'au temps de l'arrivée d'Énée en Italie :

Ecce Sabinorum prisco de sanguine magnum Agmen agens Clausus, roagnique ipse agmlnis instar, Claudia nunc a quo diffunditur et tribus etgeus Per Latiura , postquam in partent data Roma Sabinis.

Cbip. XVII. — Sub rorona renier unt. Cette locution vient, suivant les nns, de ce que les prisonniers de guerre, au moment de la vente , portaient une couronne sur la tête; suivant d'antres, les soldats préposés à leur garde les entouraient comme d'une couronne. Aulu-Gelle, qui rapporte ces deux explications (VU , 4), regarde la première comme la seule admissible.

Ibid. — Oppidum dirutum. Denys d'Halicarnasse ne fait pas mention de cette guerre , qu'il remplace par une victoire de Cassius sur les Sabins et par d'autres événements que Tite-Live passe sous silence; et comme d'ailleurs il est encore question au chapitre xxu, comme au chapitre xvi , de trois cents otages livrés par Cora et Pomeria ; au chapitre xxv, de la prise de celte dernière ville • qui certes n'avait pu relever ses murailles en aussi peu de temps , et enfin , au chapitre xxvi , d'une guerre contre les Aurunces, terminée par un seul combat; Drakenborch , dont Niebuhr exploite les idées sans le nommer, conjecture avec beaucoup de probabilité que Tite-Live fait deux guerres de ce qui n'en était qu'une seule , placée , il est vrai , à des dates différentes dans différents historiens. Voyez M. Lachman , de Fontibus Titi- Livii , S 47. Du reste , en disposant dans nn ordre différent, commej'ai essayé de le faire plus haut (p. 791, col. 2), les faits rapportés par Tite-Live , on trouvera qu'il est d'accord avec Denys. Cf. de la Curne de Sainte-Palaye, Mém. de VAcad. des inscr., t. VIII , p. 565 et suiv.

Cbap. XVIIf. — Dictatoris primum creandi mentio orta. • Quelques auteurs ont blâmé les Romains d'avoir créé la dictature. Ils ont prétendu que cette magistrature avait jeté dans Rome les fondements de la tyrannie, puisque le premier qui la subjugua se servit du titre de dictateur, et que , sans ce titre fatal, César n'aurait pu trouver aucun nom honnête pour couvrir son usurpation. Cette opinion, avancée sans examen, a été reçue sans raison. Ce ne fut ni le nom ni le pouvoir du dictateur qui mirent Rome aux fers : ce tut l'autorité usurpée par quelques

HISTOIRE ROMAINE. - NOTES

citoyens pour te perpétuer dans le commandement , et , à défaut du titre de dictateur, leur ambition en eût pris tout autre : car c'est la force qui donne les titres , et non les titres qui donnent la force.

• Eo effet, la dictature produisit toujours les plus grands biens, tant qu'obtenue par les voies ordinaires , elle ne fut point la proie des particuliers qui osèrent l'enYahir. Les magistratures dangereuses dans un état , et l'autorité destructive ne sont pas celles qui s'acquièrent par des roojeos ordinaires, mais celles qui s'obtieuneot par des voies illégitimes. Cet ordre de choses fut constant à Rome, où, pendant un temps considérable, on ne fit pas un dictateur qui ne rendit les plus grands services. Les raisons en sont évidentes.

• Pour qu'un citoyen soit en état de nuire et de s'emparer d'un pouvoir extraordinaire, il a besoin d'un concours de qualités qui ne se rencontrent pas dans une république non encore corrompue. 11 doit être fort riche , et disposer d'une puissante fiction ; mais il n'y a point de faction lorsque les lois sont en vigueur. Quand il y en aurait une , des hommes de cette nature paraissent si dangereux à tout le monde , qu'ils ne peuvent jamais espérer de réunir des suffrages libres. D'ailleurs le dictateur n'était qu'à temps, et sa commission finissait avec l'affaire pour laquelle on l'avait créé. S'il avait le pouvoir de prendre seul les mesures qui lui paraissaient le plus convenables pour écarter le danger présent; s'il ordonnait sans prendre conseil , et s'il punissait sans appel , tout ce qui pouvait nuire véritablement à l'état, comme de diminuer l'autorité du sénat ou celle du peuple, de changer l'ancienne constitution ou d'en établir une nouvelle, tout cela passait son pouvoir. Le peu de durée de sa commission , les bornes circonscrites à son autorité , et plus que tout cela, l'empire des mœurs, le mettaient dans l'heureuse impuissance de s'écarter de soo devoir et de porter atteinte à la liberté. L'expérience fait voir qu'au contraire elle en tira les plus grands secours.

> Et certes , parmi les établissements de la sagesse ro* maine , la dictature doit être regardée comme un de ceux qui contribuèrent le plus à Y élévation de ce grand empire. Sans un établissement de cette nature , un état ne peut résister à des secousses imprévues. Car un seul homme, un seul magistrat ne peut pas tout faire dans une république; et, tandis qu'on s'empresse de réunir tant de volootés différentes , tandis que chacun se sent arrêté par le besoin qu'il a des autres , le temps se perd , la lenteur des mouvements ordinaires empêche le secours d'arriver à temps, et ces remèdes tardifs sont très-dangereux pour un mal qui en demandait de plus prompts.

» Il suit de là que tous les états doivent avoir un pareil établissement. La république de Venise, estimée sage entre les républiques modernes, a réservé à un petit nombre de citoyens un pouvoir qui , dans les besoins pressants , les autorise à s'accorder promptement ensemble; car, sans un pouvoir de cette nature , il faut perdre l'état en suivant les voies ordinaires, ou s'en écarter pour le sauver. Mais, dans une république bien constituée , il ne doit subvenir aucun accident auquel on ne puisse remédier que par des moyens extraordinaires. Les moyens extraordinaires peuvent opérer le bien pour le moment ; mais le mauvais exemple laisse un mal réel, et l'habitude que l'on prend de s'écarter des voies ordinaires pour le bien autorise daus la suite à s'en écarter pour le mal. Une république est donc imparfaite lorsque les lois n'ont pas tout prévu, préparé tous les remèdes , donné la manière de les appliquer. Et je conclus que les républiques qui , dans les pé-

rils pressants ne peuvent recourir à un dictateur, ou à tel semblable magistrat , doivent périr infailliblement.

» 11 est bon de remarquer avec quelle sagesse les Romains procédaient à la nomination d'un dictateur. Comme cette nomination avait quelque chose de désagréable pour les consuls , qui , de chefs de l'état , rentraient tout d'un coup dans l'obéissance comme les autres citoyens, on sentit que ce déplaisir pouvait indigner leur orgueil ; Rome voulut, pour les consoler, qu'ils nommassent euxmêmes le dictateur, persuadée que , daus le péril , quand on serait obligé de recourir à celle puissance royale , ils auraient moins de répugnance à s'y déterminer. Le mal qu'on sa fait à soi-même volontairement et par choix est infiniment moins douloureux que celui qu'on reçoit des autres. Encore dans les derniers temps, les Romains, au lieu de nommer un dictateur, en confièrent toute l'autorité à l'un des consuls ; ce que le sénat faisait en ces termes : • Que le consul prenne garde que la république ne souffre aucun dommage. » Màcuiavil, ouvr. cit., livre I, cb. xxxiv, 1. 1, p. 289 etsuiv.

Chap. XVIII. — Kec quisprimutndictator creatus sit . salis constat. Suivant les auteurs les plus anciens, comme nous l'apprend Tite-Live , le premier dictateur avait été T. Lartius, nommé l'an de Rome 255; tandis que d'autres, plaçant dans la même année la création de cette magistrature, prétendaient qu'elle avait été confiée à Valerius (cf. Festus s. v. optima lex: Hieronym. chron., p. 51, Seal, et Paul. Diac, I, 16; ce dernier désigne aussi Sp. Cassius comme général de la cavalerie). Cependant , quelques lignes plus bas , Tite-Live qualifie Lartius de consulaire , titre qu'il ne devait porter que dans les historiens qui plaçaient sa dictature en 256 (voyexDenys d'Halicarnasse, V, 71 et suiv., et comparez le passage de Varron,cité par Macrobe, Sat. 1,8, avec le ch. xxi de Tite-Live). Peut-être dut-il voir encore là une preuve de ces confusions de dates, auxquelles notre auteur s'est laissé entraîner par des autorités contradictoires, dont il a accepté indifféremment les témoignages , sans chercher à les concilier.

Ibid. — Consulares légère. Drakenborch a pris à tort consulares comme sujet, et non comme complément du verbe légère. MM. Dureau de la Malle et Liez ont partagé cette erreur, que l'auteur de ces notes n'a pas évitée dans sa traduction de ce livre, mais qu'il reconnaît maintenait. C'étaient, comme on l'a prouvé , les consuls en charge, et non tous les personnages consulaires , qui nommaient le dictateur. Leur choix devait porter sur des personnages consulaires , ainsi qu'il résulte du rapprochement de ces deux passages de Tite-Live : Consulares légère et Eo magis adducor (et non pas abducor) ut credam Lartium, qui consularis erat . potiusquam M. Valerium.,. qui nondum consul fuerat moderatorem et magistrum consulibus appositum. Niebuhr (t. I, p. 627-650; t. H, p. 561 et suiv. de la tr. fr.) a prétendu que le dictateur était nommé par le sénat et confirmé par le populus , c'est-à-dire , suivant lui , par les patriciens ; mais M. Poirson , dans une savante dissertation (voyez Revue Française, t. II, 2« livraison), a, par le rapprochement et l'examen approfondi de tous les textes relatifs à cette importante questioo , prouvé que cette assertion était complètement erronée. Nous croyons devoir reproduire ici les résultats de cette intéressante discussion parce qu'elle a jeté un jour, nouveau sur un point de l'organisation romaine, qui jnsqu'à présent n'avait pas été complètement éclairci.

• 1° Il ne dépendait paa des consuls qu'un dictateur fut

créé. S'il en eût été ainsi , les consuls auraient pn imposer à Rome an magistrat suprême, malgré elle. Toute création de dictateur était donc nécessairement précédée d'un sénatus-consulte portant ordre aux consuls de nommer un dictateur.

■ 2° Ordinairement les consuls se concertaient entre eux et avec le sénat sur le choix d'un dictateur, et, par suite, le sénat influait sur ce choix ; mais la chose était de convenance et non de droit. Le droit attribuait le choix et la nomination du dictateur exclusivement à l'un des consuls , sous la condition toutefois de ne porter son suffrage que sur un citoyen réunissant les qualités d'éligible.

• 5° Deux de ces qualités étaient d'avoir rempli une charge curule et de demeurer en Italie.

• 4° Si le consul électeur violait la loi à cet égard , comme le fit Clandius Pulcher en nommant Glycia, ou se préparait à l'enfreindre, comme Lsvinus , le sénat pouvait casser la nomination ou recourir au peuple pour la prévenir.

» 5° Quant à la nomination d'un citoyen revêtu de la puissance dictatoriale par l'un des deux ordres, on ne trouve dans toute l'histoire romaine que celle de Fabius. Cette exception unique, formellement indiquée par la substitution du titre de prodictateur à celui de dictateur, prouve et confirme la règle générale. >

Chip. XIX. — Nihil dignum memoria actum. C'est à cette année que Denys d'Halicaroasse (VI, i). rapporte le sénatus-consulte ordonnant que toutes les femmes latines mariées à des Romains, et toutes les Romaines mariées à des Latins étaient libres de rester auprès de leurs époux ou de retourner dans leur patrie. Denys ajoute que toutes les Romaines revinrent à Rome et que toutes les femmes latines , à l'exception de deux , préférèrent leurs maris à leur patrie. On conçoit difficilement que Tite-Live ait passé sous silence , comme peu digue d'être rapporté , ce fait curieux qui devait au plus haut degré flatter l'orgueil national des Romains. On serait donc tenté d'admettre que ce sénatus-consulte a été inventé par Denys dans un but d'adulation , s'il n'était plus naturel de penser que les historiens suivis dans cet endroit par Tite-Live n'avaient trouvé dans les annales que les noms seuls des consuls de cette année, et que Denys avait puisé le document qu'il nous fournit a une source différente de celle qu'avait consultée Tite-Live, peut-être dans les archives publiques (voyez p. 762), ou dans quelque historien du droit romain. Niebuhr (t. II, p. 548 de la tr. fr.) tranche la difficulté en considérant le fait rapporté par Denys comme un débris de l'ancienne épopée romaine.

Un manuscrit, au Heu & actum, lit egere, et je préférerais cette variante si elle avait pour elle des autorités plus nombreuses ; car elle expliquerait jusqu'à un certain point l'omission faite par Tite-Live, qui s'occupe beaucoup plus des guerres que des événements intérieurs.

Ibid.— Ad lacum Regillum. Tite-Live place à l'an 253 la bataille du lac Régille , bien qu'il prenne pour guide dans tout ce qui suit les historiens qui, comme Denys , la reportaient à l'anuée 258, ce qne la loi sur les consulaires rend beaucoup plus vraisemblable. D'ailleurs, au commencement du chapitre xxn , où sont contenus les événements de l'année 259, l'historien représente les Romains comme irrités contre les Volsques qui avaient levé des troupes pour secourir les Latins. Or, cette assertion s'accordait bien avec le récit de ceux qui plaçaient le combat en 258, mais non pas avec les auteurs qui, comme

Tite-Live, supposaient entre le combat et l'année 259 un intervalle de trois ans. Enfin , dans le même chapitre, quand il parle de la défaite des Latins au lac Régille comme récente , recens ad Regillum accepta clades . il est évidemment guidé par ceux qui n'admettaient qu'un an entre les deux guerres.

» La bataille du hic Régille , telle que la dépeint Tite- Live , n'est pas , dit Niebuhr, un choc de deux armées, c'est un combat héroïque, comme dans l'Iliade. Tous les chefs se rencontrent en combat singulier, et font pencher la victoire tantôt d'un coté , tantôt de l'autre , taudis que les masses luttent sans résultat. Le dictateur Postuniius blesse le roi Tarquin, qui s'oppose à lui dès le commencement de la bataille. T. ASbulius, le général de la cavalerie, blesse le dictateur latin; mais lui-même, blessé dangereusement , est obligé de quitter la mêlée. Mamilius , simplement provoqné par sa blessure , conduit à la charge la cohorte des émigrés romains, et rompt les premiers rangs des ennemis : la fiction romaine ne «pouvait concéder cet honneur qu'à des concitoyens , sous quelques drapeaux qu'ils combattissent. M. Valérius, surnommé Maximus, tombe en arrêtant leurs succès; Publius et Marcus, les fils de Publicola, trouvent la mort en voulant sauver le corps de leur oncle. Mais avec sa cohorte le dictateur les venge tous : il bat et poursuit les émigrés. En vain Mamilius cherche à rétablir le combat ; T. Herminius est percé d'un javelot pendant qu'il dépouille le général des Latins. Enfin, les chevaliers romains, combattant à pied devant leurs enseignes , décident la victoire, puis ils montent à cheval et dispersent l'ennemi. Pendant la bataille le dictateur avait voué un temple aux Dioscures : on vit combattre aux premiers rangs deux jeunes guerriers à la taille gigantesque et montés sur des chevaux blancs. Et comme , immédiatement après la mention du vœu , on rapporte que le dictateur avait promis des récompenses aux deux premiers qui escaladeraient les remparts du camp ennemi, je soupçonne qne le poème disait que personne n'avait réclamé ce prix, parce que ce furent les Tyndarides qui ouvrirent le passage aux légions. La poursuite n'était pas encore achevée que déjà les héros , couverts de poussière et de sang, apparurent à Rome; ils se lavèrent eux et leurs armes à la fontaine de Julurna , près du temple de Vesta, et ils annoncèrent au peuple assemblé dans le Comitium 1 événement de la journée. Le temple promis par le dictateur fot élevé de l'autre côté de la source , et sur le champ de bataille, un pied de cheval imprimé dans le basalte attesta la présence de ces guerriers surnaturels.

■ Ceci, sans doute, est riche de béantes épiques, et,' néanmoins, nos historiens ne connaissaient probablement plus l'ancienne forme de ce récit dans toute sa pureté. Ce combat de géants, dans lequel les dieux apparaissent, termine le chaut des Tarquins , et je suis convaincu que je devine juste en avançant que le vieux poème faisait périr dans cette mort des héros toute la génération qui était en guerre depuis le crime de Sextus, lequel, selon le récit de Denys, y périt aussi. Si dans cette narration le roi Tarquin quitte le champ de bataille après avoir été blessé, c'est que l'on a voulu la concilier avec la notion historique qui le fait mourir à Cumes. Mamilius est tué, Marcus Valérius Maximus est tué, sans préjudice des traditions historiques qui le font encore dictateur plusieurs anuées après; et P. Valérius , qui trouve aussi la mort, n'est pas, à coup sûr, le fils de Publicola, mais Publicola lui-même. Herminius ne manque point; bien cerlaine-

HISTOIRE ROMAINE. - NOTES

ment on n'avait pai oublié non plus Lartius, l'antre compagnon de Codés, et qui certainement n'était pas dilférent du premier dictateur; seulement il est cacbé , parce que le poème a mis nn autre à la tête de l'armée. Ainsi les mânes de Lucrèce sont apaisées, et les hommes des temps héroïques ont disparu du monde, avant que dans I état qu'ils ont affranchi , l'injustice règne et donne naissance à l'insurrection. » Kiebuhr, t. II, p. 3«9 de la tr.fr.

Présentée de cette manière , la bataille du lac Régille a eiïeclivemeut quelque chose de poétique qui la rapproche des grandes épopées. Mais ISiebuhr est-il de bonne foi quand il prétend que Tite-Live la raconte avec toutes ces circonstances? Ne lui préle-t-il pas certains détails qui ne se retrouvent que dans son auteur favori, le rhéteur Denys d'Halicarnasse ? N'est-ce pas chez cet écrivain seulement (VI, 12) que Publiuset Marcus, fils de Publicola , trouvent la mort en voulant sauver le corps de leur oncle? N'est-ce pas lui seul qui fait intervenir Castor et Pollui dans la bataille , qui les présente portant à Rome la nouvelle de la victoire? N'est-ce pas lui seul enfin qui fait mourir dans le combat Sextus Tarquin , déjà mort depuis longtemps à Gabies? Aucun de ces ornements, aucune de ces traditions fabuleuses ne dépare le récit de Tite-Live ; il eût été juste d'en convenir. Mais il fallait à toute force retrouver les traces d'un poème , et l'on a jugé plus commode de prêter à un historien judicieux les mensonges d'un Grec qui sacrifie sans cesse la vérité à l'utile plaisir de flatter ses maîtres. Libre d'ailleurs à Niebubr de renchérir sur le rhéteur grec, et de supposer que Lartius , l'un des deux compagnons d'IIoratius Coclès, n'avait pas été oublié dans le poème , parce qne l'autre , T. Herminius , est l'un des héros du combat. Quand on s'avance aussi librement dans le champ des conjectures , on ne doit pas connaître de limites.

En défendant Tite-Live contre les attaques de la critique allemande, je ne prétends pas affirmer que le récit de l'historien romain soit exact en tout point et n'ait pas reçu quelques embellissements; mais là s'arrêtent mes concessions. Un combat aussi décisif, puisqu'il mit la confédération latine sous la dépendance de Rome , devait avoir laissé un profond souvenir chez les deux peuples et dans les familles qui s'y étaient distinguées. 11 avait rendu populaires les noms d' JEbutius , de Postumius et d' Herminius , et le temple des Dioscures , élevé près de la fontaine deJnturna, eu avaitéternisé la mémoire. Bien plus, l'utile secours de la cavalerie dans cette journée célèbre était rappelé chaque année par une fête qui avait lieu aux Ides deQuiutilis, date de la bataille, et dans laquelle les chevaliers, après nn sacrifice solennel, offert parles principaux membres de l'ordre équestre, couronnés d'olivier, vêtus de la trabea, divisés par tribus et par centuries, montés sur leurs chevaux et rangés comme s'ils revenaient du combat, partaient du temple de Mars , situé hors des murs, parcouraient la ville , et, traversant le Forum , venaient défiler devant le temple de Castor et Potlux, portant tous les insignes qu'ils avaient reçus de leurs généraux comme récompense de leur valeur. Cette imposante procession , où figuraient souvent jusqu'à cinq mille chevaliers, avait lieu encore du temps de Denys d'Halicarnasse ( VI , 15), qui juge ce spectacle digne de la grandeur de l'empire :

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Chsp. XX. — Cohorti suœ. Il s'agit de la cohorte prétorienne , dont l'organisation ne date , à proprement parler, que de Scipionle Numantin. Voyez Lipse, Milil. rom., 1 , 4.

Chip. XXI. — Jfis consulibus œdes Saturno dedicata . etc. Cette énnmération sommaire des événements paraît avoir été directement empruntés aux anuales.

Ibid. — Tanti errons implicant temporum , etc. Ce passage est l'un de ceux sur lesquels les adversaires de Tite-Live ont le plus insisté. 11 prouve sans doute que la chronologie romaine, par suite des lacunes que présentaient certains documents , et qui devaient avoir donné lieu à la différence des ères, n'était pas, au temps de Tite-Live , fixée d'une manière certaine et incontestable ; mais on n'en peut tirer aucune conséquence contre la véracité de l'historien. La franchise avec laquelle il convient de cette difficulté prouve au contraire qu'il ne se fait pas illusion et qu'il ne cherche pas à tromper ses lecteurs. On ne saurait non plus admettre que, d'une différence de trois années dans la date d'un événement, il résulte de toute nécessité que le récit de cet événement est purement poétique. On en peut uniquement tirer cette conséquence que les documents chronologiques sont insuffisants ou inexacts. Plusieurs dates des époques où le caractère positif de l'histoire n'est l'objet d'aucun doute sont encore aujourd'hui soumises à la discussion; s'en suit-il que les faits auxquelles elles se rapportent doivent être regardés comme faux? Et pour ne citer qu'un seul exemple , la chronologie de Guillaume de Tyr est souvent fautive ; en conclurons-nous que l'histoire des Croisades, où d'ailleurs les combats singuliers et les grands coups de lance abondent h n'est autre chose qu'une réunion indigeste de débris poétiques ?

Chip. XX IV. — Liberos nepotesre ejus moraretur. Suivant les lois romaines , les pères avaient droit de vie et de mort sur leurs enfants; ils pouvaient donc les vendre ou les engager. Les aïeux avaient le même droit sur leurs petits -enfants; par conséquent les créanciers pouvaient les retenir comme gage de leur créance.

Chip. XXVI.— Tumultus fuit rerius quant bellum. Le mot alerte , employé dans la traduction pour rendre fumultus n'est pas suffisamment exact. Cic, PhiL, VI 11, 1 (cf. V, 12-19) : • Potest bellum esse sine tumultu, lu-

• multus esse sine bello non potest. Quid est enim aliud

• tumultus, nisi perturbatio tanta, ut major timor

• oriatur ? (leg. tumor, cf. Gerh. Joan. Vossius ad h. 1. ) » Unde etiam nomen ductum est tumultus. ltaque majores

• nostri tumultum 1 ta lieu m quod erat domesticus; tu- » multum Gallicum , quod erat finitimus , praterea nul- » lum nominabant. Gravius autem tumultum eue, quam » bellum , hinc intelligi licet , quod bello vacationes va-

• lent, tumultu non valent. • Les soldats levés dans les cas de tumulte étaient appelés tumultuarii milites. Cf. Festus ad h. v. — Tite-Live, au chap. xvi du livre XXI, reproduit la même pensée, mais en des termes plus énergiques : « Cum Gallis tumulluatmn magis, quam bclli-

• geratum est. >

Ibid. — Audito perfectoque bello Sabino. Liciuius Macer (Denys d'Haï., V, 47; Pline , XV, 29) donnait beaucoup plus d'importance à la guerre contre les Sabins, où les Romains s'emparèrent de dix mille arpents de terre ( Denys d'Haï., V, 49 ).

Cbip. XXVII. — Uter dedicaret Mercurii œdem. Tite- Live a déjà fait mention an chap. xxi de la dédicace du temple de Mercure ; il est probable qu'en répétant ainsi un même fait il a suivi deux autorités différentes. En effet , au chapitre xxi , il se borne à renonciation du fait, tandis qu'ici il l'accompagne de circonstances détaillées.

Chip. XXVII. — Primipili centurioni. « Cet officier co minaudait la première centurie du premier manipule des Triaires, appelés aussi pilani , parce que leur arme était le dard , pi/um. C'était le plus considérable de tous les centurions d'une même légion ; il avait place au conseil de guerre avec le consul et les autres officiers -généraux. 11 avait en garde l'aigle romaine, la déposait dans le camp, et l'enlevait quand il fallait marcher, pour la remettre ensuite au vexillaireou porte-enseigne.» Cbbviei.

Cdip. XXIX. — P. Virginia s rem non vulgabat. Comme P. Virginia» à cette époque n'était pas encore parvenu aux honneurs , et que le droit de donner son avis dans le sénat n'appartenait, à en juger par les temps postérieurs, qu'aux sénateurs les plus éminents en dignité, Duker a proposé de lire Titus au lieu de Publius, T. Virginius étant alors consulaire (voyez ch. xn), comme Lartius et Âp. Claudius.

Cdip. XXX. — Sed fraclione . etc. La même pensée se retrouve dans Diodore de Sicile, livre XVI, p. 527.

Ibid. — Manium Valerium dictatorem, etc. Il était frère de Publicola et de Marcus Valérius , tué à la bataille du lac Régille. Les plus anciennes éditions portaient Marcum Valerium, et l'on s'était demandé comment il était possible que Marcus, tué en 255 ou 259, fût devenu dictateur en 260. Denys d'Halicarnasse, livre VI, 590, p. 571, et les fastes capitolins ont levé la difficulté eu prouvant qu'il fallait lire M', et non M. (que j'invite à corriger dans le texte), c'est-à-dire Manium et non Marcum. Niebubr, comme nous l'avons vu plus haut , n'a tenu aucun compte de cette correction due à Pighi {Ann. Rom., ad ann. CCLIX),etse fait unearmede ce passage pour prouver que le récit de la bataille du lac Régille est purement poétique et partant inadmissible. Et cependant, il faut le reconnailre, le récit de Tite-Live, tout en offrant ce caractère héroïque propre aux époques de lutte opiniâtre, né peut donner lieu à aucune objection sérieuse et ne choque en rien la vraisemblance historique.

Chip. XXXI. - Médius Fidius. Ce serment s'écrit aussi en un seul mot , Médius fidius ; mais il vaut mieux le résoudre en trois mots : Me Dius fidius , sous-entendu juvet ou amet. Car je ne partage pas l'opinion de ceux qui voient dans me l'équivalent de la particule grecque p* dans »* AJa, particule qui , si je ne me trompe, n'a dû être autre chose, dans l'origine, que le nom de la grande déesse , de la mère des dieux , qui était appelée M& en Lydie. Voy. Stepnan. Byi. de Urb. s. v. maotocv/w; le Corpus inscr. gr. de M. Boeckh , n. 2509, et M. Ch. Lenormant, Nouvelles annales de l'Inst. arch., t. I, p. 225 et sniv.

Les Romains n'étaient pas d'accord sur l'étymologie de la formule me Dius fidius. Vairon , L. L. V. 66 : • JElius

• Dium fidium dicebat Jotis filium , nt Grsci A«fexo/»v » Castorem, et putabat hune esse Sancum ab Sabina

• lingua et Herculem a Graeca. » Paul Diac. s. v. : » Médius Fidius compositum videtur et signifleare Jovis » filium , id est Herculem , qnod Jovem Graci ài« , et nos

• Jovem; ac fidium pro filio qnod asepe antea pro L lit- » tera D utebantur. Quidam exittimant jusjurandum esse » per divi fidem, quidam per diurni temporis, id est » diei fidem. • Les Grecs, de leur côté, toutes les fois qu'ils rencontrent ce serment dans les historiens latins traduisent Dius fidius par z«* mon*. Ainsi me Dius filius, signifiait ou par le fils de Jupiter, c'est-à-dire par Hercule ou Saucus , ou par la foi de Jupiter, ou par

la foi du jour, ou enfin par Jupiter protecteur de la bonne foi. Au milieu de cette diversité d'opinions, il est bien difficile de se prononcer. Je crois néanmoins que Dius fidius n'a jamais été l'équivalent de Jovis filius, que fidius est un adjectif en rapport avec (ides comme ni<mo$aveo uiortç, et que Dius est l'équivalent de Deus , qui le remplace quelquefois. Voyei Plaut., Asin , I , I, 8; Varr.. apud Non., VIII, 95. Quant à l'identité de Dius fidius et de Sancus , le passage suivant d'Ovide ne permet pas de la révoquer en doute :

Quaerebam Nonas Sanco , Fidiove referrem :

An tibi , Semo pater ; cum mibi Saocos ait :

Cuicumque ex illis dederis , ego munus habebo. Noroina trina fero : sic voluere Cures.

Fa4t.,Vl f 213.

Maintenant Sancus est-il le même qu'Hercule, c'est ce qu'on croyait certainement à Rome du temps de Festus. Cf. Propert., IV, 9, 74; Silius Ital., VIII, 421 ; Lactant., 1 , 15, 8; d'un autre côté, les Grecs ne se sont-ils pas mépris en traduisant Dius par z«v« , et peut-on admettre qu'Hercule était considéré à certains égards comme la même divinité que Jupiter? J'avoue que les raisons avancées par M. Hartung {Relig. des Rom., t. II, p. 44 et suiv.) a l'appui de cette opinion, offrent beaucoup de vraisemblance, et je crois devoir y renvoyer le lecteur.

Ce serment, suivant Charisius (1, 185), était particulier aux hommes. On ne pouvait le proférer qu'en plein air. Plut. Quœst. rom., ch. xxvm ; Varr., L. L., V, 66.

Cbip. XXXII. — In consulum verba jurassent. Quand la levée des troupes était achevée , un tribun des soldats prononçait la formule du serment imposée par le consul , et tout Je reste de l'armée jurait après lui. Chacun en défilant devant le général, disait idem in me. Paul. Diac.» s. v. Prœjuraliones. « Prsjurationes facere dicuntur ii , » qui ante alios conceptis verbis jurant , post quos in ea-

• dem verba jurantes taotum modo dicunt : Idem in me.» Voy. cb. xlv , UI , 20 ; XXII , 58 ; Polybe , VI , 22 ; XI, 30 ; cf. Lips. Milit. rom., 1,6; Nast's rœm. Kriegsall., p. 58 et sniv.; et Laehr, Kriegswescn der Gr. und Rœm. t p. 8 et suiv.

Ibid. — In sacrum montem. « Ce nom ne fut donné qu'après coup, soit parce que le lieu où le peuple s'était retiré fut consacré lors de son retour à Rome , soit parce qu'on y porta la loi sacrée. » Voyex ch. xxxiii. Cbkvirb. Festus : ■ Sacer mons appellatur trans Anie- > nem, paulo ultra tertium milliarum ; quod eum plèbes,

• cum secessisseta patribus , creatis tribunis plebis , qui » sibi essentauxilio, discedentes Jovi consecraverunt.»

Ibid. — In Aventinum secessionem factam esse. Suivant Cicéron ( Hep., II , 55 ), les plébéiens s'emparèrent d'abord du mont Sacré, puis du mont Aveotio. Salluste (Fragm. /, hist., p. 246) fait entendre que les deux montagnes furent occupées simultanément, et ce doit être ainsi qu'eut lieu l'événement. « Il n'est pas supposable , dit Niebuhr (t. II, p. 414 de la tr. fr.), que la commune n'ait point fait occuper par des hommes armés ses quartiers fortifiés dans la ville ; puisque , autrement , il aurait fallu que les femmes et ceux qui étaient sans défense prissent la fuite ou servissent d'otages contre elle. »

Idid. — Ad plebem mitti Menennium Agrippam. « Cicéron, qui suivait en tout des annales entièrement différentes de celles de Tite-Live , parle ( Brut., 1 4 al. 54 ) des négociations du dictateur M' Valérius avec les émigrés comme d'un fait indubitable , et lui attribue la gloire d'à-

HISTOIRE ROMAINE. - NOTES

voir rétabli la pais, à raison de quoi, et non pour des victoires , le surnom de Maximus lui serait échu en partage. » Niebahr, t. II , p. 415 de la tr. fr. — Je ne pense pas qu'il faille voir ici , comme le pense le critique allemand , uoe inconciliable contradiction. Si, comme tout porte à le croire, l'armée occupa le mont Sacré, tandis que le peuple se fortifiait sur le mont Aventin, le sénat dut se trouver dans l'obligation d'entamer une double négociation. Dix ambassadeurs , suivant Denys d'Halicarnasse(VI,42etsuiv., 49 et suiv., 68-70, 81-87), furent envoyés au peuple , et parmi eux il cite M' Valerius et Meneuius Agrippa. On peut supposer qu'ils se partagèrent une tâche aussi difficile; que M' Valerius se chargea de r Aventin et Meuenius du mont Sacré. Le titre de dictateur, que lui donne Cicéron ne peut prouver, surtout dans un auteur qui sans doute citait de mémoire , qn'il fût encore revêtu de celte dignité.

Ibid. — Quod inde oriundus crat,plebi carum. Crevier conjecture qu'il était du nombre de ceux que Brutus avait pris dans l'ordre des chevaliers pour compléter le sénat. Cette opinion est partagée par Duker. Du reste , Meneuius était alors patricien et avait déjà été consul en 251. Voyez ch. xvi. La même dignité fut accordée^ son 01s et à son petit-fils. Voyez ch. li et IV, 15.

Chaf. XXXIII. - Ut plebi lui magistratus esseid sacrosancti. • Si Rome n'eut point un législateur tel que Lycurgue , qui lui assurât , dès sa naissance, une loogne fuite de siècles de vigueur et de liberté , la désunion du sénat et du peuple produisit des événements si extraordinaires, que le hasard Oten sa faveur ce que la loi n'avait point fait. Les lois qu'elle eut d'abord , quoique défectueuses, étaient cependant dans les principes qui pouvaient les conduire à sa perfection ; Romulus et les autres rois lui en donnèrent un assez bon nombre de très- convenables à un peuple libre. Mais comme l'intention de ces princes était de fonder une monarchie et non pas une république , Rome , devenue libre , manquait encore des établissements les plus nécessaires à la liberté ; établissements que les rois s'étaient bien gardés de former. Lorsque ceux-ci furent chassés , de la manière que l'on sait , le nom de la royauté fut aboli , mais la puissance royale resta toute entière sous le nom de consulat. Le gouvernement, composé des consuls et du sénat, devint un mélange de monarchie et d'aristocratie ; il ne lui manquait pour être parfait que d'emprunter quelque chose de l'état démocratique. L'insolence des nobles souleva bientôt le peuple. Pour ne pas perdre toute leur puissance, ils furent contraints de lui en céder une partie. Mais le sénat et les consuls en conservèrent toujours assez pour tenir leur rang dans l'état.

» C'est à cette époque, c'est-à-dire à la création des tribuns du peuple, que la constitution de la république, réunissant les trois formes du gouvernement , prit nne assiette plus assurée. Admirez le bonheur qui la conduisit dans ces différents changements ; l'établissement du pouvoir des grands ne détruisit point la royauté , l'autorité de la multitude ne détruisit point l'aristocratie. La constitution , en un mot , se perfectionna par la combinaison des trois puissances.

» Les querelles du peupio et du sénat furent le principe de cette perfection.

» Quiconque veut fonder une république doit supposer les hommes méchants et toujours prêts à déployer leur méchanceté dès que l'occasion s'en présentera. C'est une ? érité démontrée par tons les politiques et attestée par

toute l'histoire. Cette méchanceté peut rester cachée par des causes inconnues; on ne la connaît pas, parce qu'elle n'a pas en occasion de se montrer : mais le temps , qui est le père de la vérité , la met ensuite dans le plus grand jour.

» L'expulsion des Tarquins laissait en apparence le sénat et le peuple dans la plus parfaite union. La fierté des grands semblait avoir fait place à un esprit populaire , et que même les plus petits pouvaient aisément supporter. Cette fausse apparence trompa tout le monde. Tant que les Tarquins virent la lumière, leur nom servit toujours à épouvanter la nation; et la crainte qu'elle conçut que le peuple maltraité ne se rangeât de leur parti l'obligea de mettre dans $ea manières toute la douceur imaginable. Quand la mort des Tarquins eut délivré les nobles de cette crainte, cette fierté longtemps contenue rompit promptement ses digues et se répandit en mille outrages. Preuve certaine de la maxime que les hommes ne font le bien que forcément , mais que d'abord qne leurs passions ont la liberté de se déborder, elles portent partout le désordre et la confusion.

» C'est ce qui a fait dire que la pauvreté ouvrait aux hommes l'intelligence, et que les bonnes lois les rendaient honnêtes. Si d'heureuses circonstances produisent le bien sans effort, on peut se passer de la loi ; mais leur influence vient-elle à cesser, le frein de la loi devient nécessaire. Ainsi la fierté des grands n'ayant plus , après. la mort des Tarquins, de barrière capable de la retenir, il fallut trouver des moyens dont l'action fût aussi puissante que l'avait été la peur des tyrans. Après bien des troubles, des tumultes, des périls occasionnés par les excès où le sénat et le peuple se portèrent , on établit les tribuns pour la sûreté du peuple. On leur accorda tant de prérogatives, on rendit leur personne si sacrée, qu'ils furent en état de tenir la balance entre les deux ordres , et d'opposer les plus fortes barrières à l'insolence de la noblesse.

» Je me garderai bien de passer sous silence les troubles excités â Rome depuis les Tarquins jusqu'à la création des tribuns du peuple. Je veux réfuter ceux qui prétendent que la république romaine fut toujours le théâtre de la confusion et du désordre , et que sans le bonheur et la discipline militaire qui corrigeaient ce défaut , elle n'aurait mérité que le dernier rang parmi les autres républiques.

• L'empire romain , j'en conviens , fut l'ouvrage du bonheur et de la discipline ; mais on ne voit pas que la discipline suppose l'ordre , et qu'il n'est pas possible que le bonheur ne marche ordinairement à sa suite. Entrons cependant dans les détails : je soutiens à ceux qui blâment les querelles du peuple et de la noblesse , qu'ils condamnent ce qui fut le principe de la liberté; et que, trop frappés des cris et du bruit dont ces querelles firent retentir la place publique, ils ne voient pas les bons effets qui en résultèrent.

• Il y a toujours deux partis dans nne république , celui des grands et celui du peuple ; et du choc de ces deux partis naissent les lois les plus favorables à la liberté. 11 est aisé de s'en convaincre par rapport à Rome. Il est prouvé que dans l'espace de trois cents ans, depuis les Tarquins jusqu'aux Grecques, les troubles de Rome n'occasionnèrent qne fort peu d'exils . et qu'ils coûtèrent encore moins de sang. Mais peut-on regarder comme nuisibles les troubles d'une république qui, durant le cours de tant d'années, voit è peine exiler huit ou oix de tes citoyens , n'en fait mourir qu'un très-petit nombre,

et prononce même rarement des condamnations pécuniaire». Peut-on Ini reprocher le défaut de lois lorsqu'on y voit éclater tant de vertus? L'éducation fait éclore les yertus; les bonnes lois règlent l'éducation; elles font elles-mêmes l'ouvrage des troubles que l'on condamne si légèrement ; car on peut se convaincre , comme je l'ai dit, que, loin d'occasionner aucun exil, aucune violence contraire an bien pnblic , ils donnèrent naissance à quantité d'établissements et de lois favorables à la liberté.

• Mais , dira-ton , quels étranges moyens ! quelle férocité ! Entendre sans cesse un sénat déclamant contre le peuple, un peuple déclamant contre le sénat l voir des citoyens courant en tumulte dans les rues, des boutiques se fermer, un peuple tout entier sorlir de Rome I Le récit seul de ces emportements est capable d'épouvanter. Je réponds que chaque ville doit avoir des moyens que l'ambition du peuple puisse employer, et qu'il en faut surtout dans une république qui veut un peuple en état de seconder par son courage les grands projets dn gouvernement. Or, tels étaient les moyens employés à Rome.

» Lorsque le peuple voulait obtenir une loi , il se portait à l'une des extrémités que l'on vient de ? oir, ou il refusait de s'enrôler; de manière qu'enfin le sénat était obligé de le satisfaire.

• Et que peut-on craindre pour la liberté des désirs d'un peuple libre? Ils naissent ou de l'oppression ou de la crainte d'être opprimé. Si les alarmes ne sont point fondées , on a le secours des assemblées , où la seule éloquence d'un homme de bien lui fait sentir qu'il se trompe. Le peuple, dit Cicéron , est capable, malgré sou ignorance, de concevoir la vérité ; il se rend aisément à un homme de bien qui la lui présente avec candeur.

• On doit donc se montrer plus réservé à blâmer la constitution de la république romaine, et considérer que tout le bien que l'on est forcé d'y admirer ne peut partir que d'uu bon principe. Que dis-je! louons hautement les troubles de Rome, puisqu'ils ont été la cause de la création des tribuns du peuple. Ajoutons que le tribunal ne se borna point à régler les droits du peuple , mais qu'il devint le gardien le plus assuré de la liberté. • Machiavel, ouvr. cité, livre I,ch. metiv,t. I,p. 146 et suiv. de la tr. fr.

laio. — Sunt qui duos tantum in Sacro monte creatos tribunos esse diront. Ceux qui partageaient cette opinion prétendaient que c'était seulement l'an de Rome 283 , en vertu de la loi Publilia , que trois nouveaux tribans avaient été ajoutés aux deux premiers (voyee ch. lviii, Cic, Or. CorneL, lerfragm., et Plut., CorioL, ch. vu ), et qu'une addition de cinq autres avait été autorisée l'an de Rome 297, ce qui avait porté le nombre de ces magistrats à dis, deux de chaque classe, la sixième étant comptée pour rien . Voyez III , 50 , et Denys d'Haï., X , 30. Sur le mode d'élection des tribuns du peuple , leurs attributions , leur autorité , voyez les Antiquités romaines d' Adam , 1. 1 , p. 211 et suiv. de la tr. fr., 2« édiL Cf. Niebuhr, t. H, p. 428 et suiv. de la tr. fr.

Ibid. — Sacratam legem. Les lois sacrées engageaient en vertu d'un serment, et prononçaient les plus effrayantes imprécations contre les transgresseurs. c Sa-

• crat* leges sunt , dit Festus, quibns sancitum est, qui

• quid advenus eas fecerit , sacer alicui deorum sit cum

• familia pecuniaque. » Il est mention d'antres lois sacrée! dans Tite-Live même, III, 32 et VII, 41. On en trouve des exemples chez d'autres nations, par exemple, chez les Èques et chez les Voltques < Tite-Live , IV, 26 ).

Mais celle qui avait décrété l'inviolabilité des tribuns étant la plus célèbre et la plus chère au peuple, s'est appelée la loi sacrée par excellence. Denys d'Halicarnaue ( VI , 89 ) nous en a conservé la formule.

Chap.XXXIIL— Forte in statione Mordus fuit. Les anciens historiens n'entraient dans aucun de ces détails ; ils se bornaient à dire que dans la guerre contre les Volsques , la prise de Corioles avait été due à Marcius. Cet important service leur avait fait oublier le nom du consul Comicius, qui commandait le siège, et ce nom n'avait échappé à l'oubli que grâce à la colonne d'airain snr laquelle avait été gravé le traité conclu avec les Latins, monument dont les devanciers de Tite-Live avaient fait usage. Niebuhr suppose fort gratuitement que Marcius devait son surnom à une ville latine dont il était originaire, et non pas à l'action d'éclat que toute l'antiquité s'accorde pour lui attribuer. De son autorité privée il retranche encore de l'histoire cet épisode dans lequel il voit la pensée d'un poème épique.

Chip. XXXIV. — Et Velitris auxere numerum cotonomm Romani , etc. Le récit de Tite-Live est évidemment tronqué dans cet endroit. Il ne dit pas qu'à la suite des troubles qui éclatèrent à l'occasion de ces mesures, le peuple conquit le droit des plébiscites» comme nous l'apprend Denys d'Halicarnasse (VII, 16). On ne peut croire que l'origine de cette conquête lui ait paru douteuse, car, dans ce cas , suivant son usage, il eût rapporté et discuté les opinions différentes. D'ailleurs, au chapitre lv du livre III, il en parle comme d'une institution déjà existante.

loin. — Ex incultis per secessionem plebis a gris. L'éloignement du peuple avait duré plus de trois mois.

Ibid. — Magna vis frumenti ex Sirilia advecta. Tite- Live, ensuivant les auteurs les plus anciens (voy. Deuys* VU, { ), a évité l'inconvénient dans lequel sont tombés Licinius et Cn. Gellius , qui supposaient que le blé en question avait été donné par Denys, et transportaient ainsi à l'année 263 un fait qui se rapportait à l'anoée 344 ( voy. IV, 52). Les anciens historiens se bornaient à dire que l'envoi de grains avait été fait par les tyrans de la Sicile.

Cbap. XXXVI. — Ltidi forte ex instauratione magni Romœ parabantur. Si l'on peut s'en rapporter à Cicéron (de uivinat., I, 26), Tite-Live n'est pas ici d'accord avec Fabius , Gellius et Cœlius , suivant lesquels les jeux avaient été célébrés de nouveau» parce que la guerre contre les Latins était venue interrompre les. précédents» Ces mêmes historiens plaçaient à la suite de cette seconde solennité le prodige qui , dans Je récit de Tite-Live , donne lieu à une nouvelle célébration des jeux. Du reste, dans tous les autres points il est entièrement d'accord avec eux. Fabius, que Denys (VII, 71), cite dans la description de ces jeux, plaçait aussi ces événements à la suite des troubles occasionnés par Coriolao , auxquels il les rattachait , et il les racontait delà même manière que Tite-Live. Le seul point sur lequel il différait, c'était, comme nous l'apprend Tite-Live lui-même, le genre de mort de l'exilé romain.

IeiD. — Sub furca casum. Chez les Romains , les maîtres avaient un pouvoir illimité sur leurs esclaves. Ils pouvaient à leur gré les condamner an fouet ou à la mort. Voyez Jnvénal , Sat. VI , 219. On usait de ce droit avec tant de cruauté, surtout dans les temps de la corruption de la république, que l'on rendit plusieurs lois pour le

HISTOIRE ROMAINE - NOTES

restreindre. Le fouet était la punition la plot ordinaire. Pour certain! crimes, en marquait les esclaves an front avec nn fer chaud ; quelquefois on les obligeait à porter au coa on morceau de bois , furea. L'esclave soumis à ce genre de punition gardait la dénomination de furcifer, que les maîtres adressaient aussi dans l'emportement à tout esclave qui excitait leur courroux. Ici le mot furca désigne un genre de supplice particulièrement réservé aux esclaves , et auquel Néron fut condamné par le sénat ( Suétone , Vie de Néron). On liait les mains du criminel , on insérait sa tête dans la fourche en sorte qu'il ne pouvait remuer, et on le fouettait jusqu'à ce qu'il mourût sous les coups. 11 existait encore un autre genre de supplice, désigné par le nom de furca, et qui parait n'avoir été autre chose que la potence. Voyez M. Hase sur Valère Maxime, I,vn,4.

Ibid. — Ti. Atinio. Le même fait est , comme nous venons de le voir, rapporté dans Cicéron (de Divin., 1 , 26); ou le retrouve aussi dans Denys d'Halicarnasse ( VII , 68), dans Plutarque {Coriol., cb. xxiv), dans Valère Maxime ( I , vu , 4 ), dans Macrobe (Sat. 1 , 1 1), et dans Lactance (11,8); mais le nom du personnage en question varie dans les différents auteurs. Denys et Plutarque l'appelleut T. Latiaus, leçon que présentent plusieurs manuscrits de Tite-Live ; Macrobe , Aonius; Gruter a le premier avec raison préféré la leçon Ti. Atinius donnée par Lactance. La famille Atinia était une ancienne famille plébéienne.

dur. XXXVIII. — Ad caput Ferentinum. Voyez I , 50 et 51.

Iaio. — Querendo. Telle est la leçon de beaucoup de manuscrits et des plus anciennes éditions. La leçon quœrendo, que donne Aide , mais qu'il corrige dans son errata , est passée de son texte dans plusieurs éditions. M. Noél la préfère et en donne les raisons suivantes , qui me paraissent plus ingénieuses que fondées. • Il me semble, dit-il , qu'il y a plus de finesse dans le quœrcndo du texte. Attius Tullus a quitté Rome avant ses compatriotes; il n'est pas supposé connaître la cause d'un si brusque départ; il s'étonne , il questionne et son indignation n'est que le résultat des réponses qu'il reçoit. • Les verbes queri et quetrere sont souvent confondus. Voyez Me. Heinsius sur Ovid., Met., II, 259.

Chap. XXXIX. — Novella hœc Romanis oppida ade~ mit. Les Romains en avaient fait la conquête trois ans auparavant. Cette explication du mot novella adoptée par Sigonius et d'autres critiques, n'a pas satisfait tous les savants Comme plusieurs manuscrits donnent la leçon Novellam, on a pensé que ce mot était l'altération d'un nom de ville ; et comme on ne connaît pas de ville du nom de Novella, on a proposé de lire Bovillas, Mugitiam ou Mmgillam. Crevier remarque que les quatre villes dont il est ici question sont en deçà de la voie latine et il a peine à concevoir comment Coriolan put prendre cette route avant de s'être rendu maître de ces villes. ÏSiebubr de son coté ( t. III , p. 150 , note 190 de la tr. fr.), indépendamment des raisons indiquées plus haut, rejette toute cette histoire, à cause des différences que présentent Tite-Live et Denys au sujet du nom des villes prises par Coriolan, et de l'ordre dans lequel elles furent prises. Mais des variantes dans les noms propres sont chose si commune dans les manuscrits , qu'on court souvent le risque d'adresser aux auteurs des reproches qui n'appartiennent qu'aux copistes , et quant à l'ordre des noms , on

peut dire que celui qu'a suivi Tite-Live est plus vraisemblable que celui de Denys. Du reste, l'objection de Crevier parait plus fondée , et il serait possible que le texte fût altéré en cet endroit. Autrement on peut conjecturer que Coriolan crut devoir avant tout occuper la route qui conduisait de Rome chez les Volsques, et que, maître de ce point, il s'assura d'abord de sa gauche, puis de sa droite et vint enfin camper sous les murs de Rome.

Caip. XXXIX.— Sp. Nautiusjam , et Sex. Furius consuteserant. Tite-Live omet ici deux consulats qu'indique Denys d'Halic. (VII, 68 et VIII, 1), celui de Q. Sulpicius Camerinu8 avec Sp. Lartius Flavus , pour l'aunée 264, et celui de C. Julius avec P. Pinarius Rufus , pour l'an 265.

Chap. XL. — Tum matronœ. Tite-Live n'adopte pas le récit de Valérius Antias et des autres historiens qui attribuaient l'honneur de cette résolution à la gens Valeria (voy. Denys, VIII, 59 ; Plut., CorioL, ch. xxxm ; Appian., Hal., ch. m). C'est sans doute à ces sources récentes qu'il fait allusion quand il dit parum intenio, membre de phrase qui ne me parait pas suffisamment rendu par • je ne saurais le décider. Tite-Live me semble plutôt vouloir dire : je trouve trop peu d'autorités pour me décider à cet égard.

Ibid. — Ad Veturiam matrem Coriolani , Volumniamque uxorem. Plut. {loc. cit.) désigne la mère de Coriolan par le nom de Volumnia , et sa femme par celui de Vergilia.

Ibid. — Multo miserius sent exsilium esse. Niebuhr rapproche de celle pensée les vers si connus du Dante :

Tu proverai ti corne sa di sale 11 p-ineaitrui e com'è durocaile Lo sceuuer el salir per l'altrui scale.

Parad. t XVII , 58.

• Coriolan, dit Rollin, était contemporain de Thémi stocle, qui eut à peu près le même sort que lui. «Uter-

• que quura dvis egregius fuisset , populi ingrati pulsus

• injuria, se ad hostes tulit , conatum que iracundis su» » morte seda vit.» (Cic, Brut., 42.) ISiebuhr s'est emparé de ce rapprochement oratoire pour prétendre qu'on avait transporté sur Coriolan le récit de la mort volontaire de Tbémistocle. Mais du passage de Cicéron on ne peut rien conclure autre chose si ce n'est que Coriolan paya de sa vie sa tentative coupable contre la patrie, ce qui prouverait que Cicéron n'avait pas adopté la version de Fabius.

Ibid. — Templum fortunœ muliebri œdificatumdcdicatunique est. Un pareil monument dut graver pour toujours dans la mémoire du peuple le souvenir d'un événement aussi mémorable. Comment dès-lors admettre avec Niebutar que tout ce récit doit demeurer en dehors de l'histoire? Comment préférer à une tradition, qui n'a d'autre tort que d'avoir été trop embellie par les rhéteurs et par le plus audacieux de tons , Denys d'Halicarnasse , une conjecture qui ne repose sur aucune donnée historique. Suivant le critique allemand , « Rome était menacée d'un malheur tel que la république ne pouvait sans honte se mettre aux pieds d'nn fils ennemi pour le supplier de le lui épargner. Soit à dessein , soit par hasard, /'histoire a gardé le silence sur ce fait; après la prise de vive force, le pins grand des maux pour une ville libre, c'était le retour victorieui de bannis,, qui pouvaient reprendre leurs biens vendus et réclamer la vengeance comme un droit. La plupart, après une longue misère, étaient devenus de véritables bandits. Ce

root même a été créé pour une classe semblable d'individus ; on oe savait plus la cause de leur expulsion , le Gibelin et le Bianco étaient sons les mêmes drapeaux ; ni le débiteur ni Je criminel fugitif n'étaient dédaignés , pourvu qu'ils fussent robustes. L'aventure d'Ap. Herdouius prouve qu'alors Rome comptait beaucoup de baunis ; les fils des compaguons des Tarquins , des patriciens et des plébéiens , formaient un mélange bizarre d'hommes pervers. Coriolan demandait leur rétablissement , cela est aussi avéré que si cela était soutenu par tous les témoignages possibles. C'était là une terVible prétention pour tous ceux de Rome qui ne voulaient point que tout fût bouleversé sans distinction de parti. De chauds partisans, qui lui eussent volontiers conféré le pouvoir royal, si le sénat et les curies eussent été maintenues dans toute leur considération , et si l'on eût anéanti la liberté plébéienne, tremblaient néanmoins de le voir rentrer comme chef d'une bande qui regardait avec le même dédain la bourgeoisie et la commune; et qui, s'il l'eût voulu , se serait livré aux forfaits que plus tard Rome eut à souffrir des bordes de Marius et Cinna. Ces hommes cependant étaient devenus son peuple; comment pouvait-il s'en séparer? » En prenant ainsi ses coudées franches, il est facile de refaire l'histoire. Ainsi Coriolau ne nous offre plus un de ces exemples si communs dans l'antiquité, d'un grand homme mécontent qui va mettre ses talents au service de l'étranger, c'est un noble patricien qni ne dédaigne pas de se faire chef de brigands. Où est le roman ? je le demande.

Ciip. XLI. — Verberosse ac ne casse. Quand nn fils était nommé à quelque emploi public , sa promotion suspendait l'exercice de l'autorité paternelle , mais elle ne 1 éteignait pas , car elle continuait non-seulement pendant la vie du fils , mais encore sur sa postérité.

Ibid. — Peculiumque filii Cereri consecracisse. Un enfant ne pouvait acquérir aucune propriété sans le consentement de son père , et son acquisition s'appelait peculium.

Ibid. — A quœstoribus. Tite-Live fait ici mention des questeurs sans avoir indiqué l'époque où fut établie cette magistrature. Les questeurs étaient chargés de la garde du trésor et de la perception des revenus , ainsi que l'indique leur nom (quœstor a quœrendo). Deux questeurs urbains avaient été institués par les rois. Leur nomination après l'expulsion des Tarquins avait été confiée aux consuls, puis au peuple, qui les élisait dans les comices par curies. L'an de Rome 534 on créa deux tribuns militaires pour suivre les consuls à la guerre. Vers l'an 488 on en ajouta quatre autres chargés d'administrer les provinces questoriales. Sylla en porta le nombre à vingt et César à quarante. Du reste , avant les lois annales , on n'avait égard, dans la recherche des honneurs, ni à l'âge ni à l'importance des magistratures , et voila pourquoi l'an de Rome 296, Quintius fut créé questeur après avoir été trois fois consul. Plus tard , la questure devint le premier dégrèves honneurs. A l'époque où nous sommes parvenus, ils étaient chargés d'assigner à comparaître devant le peuple ceux qui s'étaient rendus coupables de quelque grand crime. Vojex III , 24 et 23.

Cbap. LXII. — Dulcedo agrariœlegis ipsa perse

subibat animos. La proposition de la loi agraire fut l'arme qui , entre les mains des tribuns , devait offrir le plus de dangers pour les patriciens. En effet, le résultat d'une telle loi n'aurait pas été de donner quelque chose à ceux qui n'avaient rien. Proposer, comme fit plus tard

Licinins Stolon, le partage égal des terres, c'est-4-dire des fortunes , puisqu'il n'y avait point à Rome d'autre richesse que la terre, c'était demaiidCT indirectement l'égalité des droits politiques; car, ainsi que nous l'avons dit, par les lois de Servius, les droits politiques-avaient été répartis selon les fortunes. Voilà pourquoi la loi agraire reparut à toutes les époques de la république . pourquoi aussi le sénat la combattit sans cesse de toutes ses forces ; voilà pourquoi enfin elle disparut sous les empereurs, parce que l'empire amena l'égalité de tout sous un maître.

Chip. LXII.— Duumvir ad idipsum creatus,dedicavit. La dédicace des temples était accompagnée de cérémonies religieuses auxquelles présidait soit le général qui avait fait vœu d'élever l'édifice sacré, soit l'un des deux consuls que le sort désignait (voyez ch. vm et iv,29), soit des duumvirs créés à cet effet, soit les duumvirs chargés des sacrifices {diuimriri sacris faciundis, voyez VI , 5; Vil, 28, XXII, 35; XXIII, 21; XXXIV, 53 ; XXXV, 41). Quelquefois cependant, le peuple, pour témoigner sa haine aux consuls, ou pour être agréable à quelqu'un de ses favoris , confiait cette mission à des citoyens qui n'étaient revêtus d'aucune des dignités énoncées plus haut. Ainsi, au ch. xxvn , bous avons vu la dédicace du temple de Mercure faite par le centurion du premier manipule des Triaires. Mais, dans ce cas, il fallait nn ordre du sénat on une décision de la majorité des tribuns du peuple. Cf. IX, 46. Sur les rites usités en pareille circonstance , voyez Cicéron , pro Domo , 45-54.

Ibio. — Oppia virgo vestalis, damnata incesti pâmas dederit. Cette vestale est appelée Pompila dans la chronique d'Eusèbe, p. 167; Popilia dans Orose, II, 8; et Opimia dans Denys d'Halicarnasse, VIII, 89 et 90. Ce dernier raconte qu'elle fut ensevelie vivante dans le champ du crime, près la porte Colline, et que ses deux complices subirent le supplice de la furca ( voyez plus haut la note du ch. xxxvi). Telles étaient, en effet, les peines infligées aux vestales et à leurs corrupteurs, cf. VIII, 15; XXII, 57; Denys, II, 65; Plutarque, Vie de Kuma , ch. x et Quœst. rom., ch. xxv ; Lips,, de Vesta , cb. xiii.

Cbap. XLIII. Ortonam. Ville latine, située au delà de l'Algide , non loin de Corbion. Voyez sur cette ville Tite- Live , III , 30. II existait une autre ville du même nom dans le pays des Frentans avec un port de mer sur l'Adriatique; Strabon (V, p. 167) appelle celte dernière

O'prw.

Ibid.— Sp. Licinius, tribunusplebis. Dans Denysd'Halicernasse ( IX , p. 559 ) il est appelé i*4ptoç indXxoç ( !«»>«* dans un manuscrit de Rome), et Sigonius propose avec assez de raison de lire Sp. Jcilius. En effet , à cette époque la famille lcilia donna au peuple un assez grand nombre de tribuns, ennemis acharnés des patriciens. Voyez ch. lviii ; III , 44 et suiv.; IV , 52 et surtout 54.

Ibid. — Jnstare instructos. Muret a proposé de lire stare instructos, qui , en effet , parait préférable. Cependant, instare se prend quelquefois dans le sens de store, comme dans Suétone, Vie de Tibère, ch. lxxii : « ÏNec > abstiuuit consuetudine, quin tune quoque instans in • medio triclinio, adstante lie tore, singulos valere di- » centes appellaret. »

Cuip. XLIV. — Vt ne magna imperia morialia essent. Un traducteur de Tite-Live, Guérin, remarque que l'historien semble oublier ici que la république romaine

HISTOIRE ROMAINE. — NOTES

n'était point encore un grand empire» mais M. Dureau de la Malle lui répond a? ec raison que les idées de puissance et de faiblesse sont relatives , et que Rome pouvait dès lors paraître puissante aux peuplades qui l'environnaient.

Chap. XLV. — Capita confenint. — Id est Consultant occulte. Voyez Cic, In Verrem, Act. II, 3. Le» Allemands disent de même : die Kctpfe zusammen stecken.

Ibid.— Fabiumnomen , Fabia gens. Schœfer considère avec raison les mots Fabia gens comme une glose passée dans le texte.

Ibid. — At ego injuratus. Suivant Denys, IX , p. 567, les consuls avaient aussi juré de revenir vainqueurs.

Cbap. XLV1I. — Triarii. C'était le nom qu'on donnait aux soldats de la troisième ligne ou du corps de réserve. Voyex VIII, 8.

Ibid. — Ad prœtorium. Le prétoire était l'endroit du camp où le général avait sa tente, le quartier général.

Cbap. XLV III. — Et pecunia vacet. Denys d'Halicarnasse (IX, 15) explique mieux que ne le fait Tite-Live l'offre de la famille Fabia. Le sénat avait arrêté de tenir un corps d'armée stationnaire snr les frontières dn territoire romain. Mais deux obstacles s'opposaient à l'exécution de cette mesure : d'une part , le défaut d'argent , parce que les guerres précédentes avaient épuisé le trésor, et de l'autre, le danger et la fatigue d'un pareil service qui effrayaient tellement les citoyens qu'il s'en présentait peu pour s'enrôler. S'il faut en croire ISiebuhr, le départ des Fabius n'est pas inspiré par le dévouement, c'est une de ces déterminations qui, chez les Grecs, donnèrent naissance aux plus florissantes cités : « Ils voulurent, avec leurs clients et leurs partisans, quitter un lien où l'on ne pouvait plus vivre en paix , et fonder un établissement qui fût cependant de quelque utilité pour le peuple, auquel les attachait la naissance et le sang.» Suivant lui, les Fabius, qui n'avaient pris cette résolution désespérée qu'après avoir vainement tenté de rapprocher les partis , allèrent construire un fort dans le pays des Véiens et s'y établirent avec femmes et enfants. Ainsi cette émigration patricienne serait la contre-partie de la retraite du peuple sur le mont Sacré; mais j'ai bien peur que ce ne soit en ore là nn rêve de l'audacieux restaurateur des annales romaines.

Chip. XL1X. — Unius familiœ viribus. Denys d'Halicarnasse (IX, 15) raconte le fait d'une manière beaucoup plus vraisemblable. Suivant lui , nn corps d'environ quatre mille hommes , amis on clients des Fabius , aurait marché contre l'ennemi sous la conduite de cette famille (cf. Ovid., FasU, II, 195-242). Cette assertion semble confirmée par ce passage d'Aulu-Gelle (XVII, 21) : « Sex et trecenti Fabii cum familiis suis... circum-

• venti perierunt. » Passage dout ISiebubr s'est autorisé pour prouver que les Fabius avaient emmené avec eux femmes et enfants. Ce qu'il y a de certain , c'est que , comme le remarque ce critique, il eût été impossible à une poignée de trois cents hommes de te maintenir dans le pays des Etrusques et d'y devenir redoutables à Veies.

Ibid. — Dextro Jano. Toutes les portes de Rome avaient deux arches désignées par le nom de Janus. Cic, JVot. Deor., II, 27 : « Principemin sacrincando Janum

• esse voluerunt : quod ab eundo nomen est ductuni; ex

• quo transitiones pervi» Jani. • L'une de ces deux

arches était pour les partants , l'antre pour les arrivants, et chacun prenait la droite. Encore au siècle d'Auguste aucun Romain , pour peu qu'il fut attaché aux croyances religieuses de ses pères , ne sortait de la ville par cette porte , et , quelque voisin qu'il en fût, il faisait un détour pour en prendre une autre. C'est ce que prouvent ces vers d'Ovide ( Fast., II , 201) :

Cannentis ports dextro via proxima Jano est : Ire per hanc noli , quisquû es : oinen habet.

Chap. XLIX.— Ad Saxa rubra. Petite ville, non loin du fleuve Crémère , à neuf milles de Rome , sur la voie Flaminienne.

Cbap. L. — Cœsi ad unum omnes. Niebuhr voit encore dans le récit de Tite-Live les traces d'une épopée , et pour mieux appuyer cette opinion , il suppose bien gratuitement que notre historien les fait mourir accablés sous des projectiles et des pierres. Mais s'il n'eût fait dire à Tite-Live tout autre chose que ce qu'il dit en effet , comment aurait-il pu terminer par cette comparaison : « Les héros furent enterrés comme Cénée sous des rocs entassés. >

Ibid. — Rclictum stirpem genti FabUe. Perizonins a le premier, je crois, fait observer combien il était peu vraisemblable que dans une famille assex nombreuse pour fournir trois cent six combattants, il n'y ait en qu'un seul enfant hors d'état de porter les armes, et il conjecture que la garnison de Crémère , composée en tout de trois cent six soldats, n'en comprenait qu'un petit nombre appartenant à la famille Fabia , et que le reste se composait de leurs clients ; que peut-être plusieurs enfants restèrent à Rome, mais qu'un seul parvint à l'âge viril, L. Fabius Vibulanus, qui fut trois fois consul et dictateur. 11 est constant, par les fastes, que de ce Fabius descendaient tous les Fabius qui paraissent ultérieurement dans l'histoire. On s'est aussi fort étonné de voir que dix ans plus tard ce même personnage ait été consul (voyez III, 1). Mais il serait possible que les leges annales n'eussent pas été encore portées à cette époque , ou que Fabius eût été , comme d'autres le furent plus tard, jugé digne d'une dispense d'âge ( voy. XXV, 2).

Ibid. — Satis commit. Tite-Live suit, touchant la défaite des Fabius auprès de la Crémère, la tradition la plus ancienne et en même temps la plus étonnante (voy. Denys, IX, xix). Pour tout le reste, partout où il est d'accord avec Denys, il est probable que les historiens n'offraient pas de variantes.

Cbap. LI. — Major cœdes fuit. « Comme ils étaient en plus grand nombre que n'avaient été les Fabius, lors de leur désastre , leur perte fut plus considérable.» Cbkvieb.

Chap. LU.— Cum multa fiduciainnocentiœ gratiœque. Crévier propose de lire causœque , « plein de confiance dans son innocence et dans la bonté de sa cause. » 11 remarque judicieusement qu'il est peu vraisemblable qu'un homme qui , en paix , s'était montré constamment . l'ennemi de la loi agraire et dont la témérité venait d'exposer l'armée à une entière défaite, pût compter sur une grande faveur, graiiœ.

Chap. LIV. — Vopiscum Julium pro Vîrginio in quibusdam annalibus consulim invenio. C'est aussi ce nom qu'on trouve dans les Fastes capitolins, dans Denys d'Ualicarnasse ( IX, p. 594 ; cf. Pigh. Ann. t ad ann. 288).

Ibid. — Claris insignibus telut infulis, velatos ad mortem destinari. On sait que les cornes des victimes

destinées è la mort étaient entourées de Toiles de laine attachés avec des bandelettes blanches. Votez Vossius , ad Virg., Georq., III, 487.— Dans les sacrifices humains on ceignait aussi de bandelettes la tête de la victime. Lucrèce ( de Nat. rer., 1 , 87 ), en parlant d'Ipbigénie , au moment où elle va être immolée , nous fournit un argument en faveur de cet usage :

Cui simul infula virgineos circumdata comptas.

Ex utraque pari malarum parte profusa est.

Dans Virgile ( /En., II v 155 ), Sinon , au moment d'être immolé , voit se préparer les bandelettes fatales :

Jamque dies infanda aderat : mihi sacra parari ,

Et salsx fruges et circum tempera vittœ,

Cbap. LIV.— Domi mortunm esse inrentum. Denys d'Ualicarnasse (IX. xxxvm) ajoute qu'il ne parut sur son corps aucuue trace de mort violente. Ce détail a tout l'air d'être de son inveulion.

Cbap. LVI. — H and pana res. H parait difficile de concilier ce que dit ici Tite-Live avec sa remarque du cbap. lx, que l'absence des patriciens ôta plus de dignité aux comices qu'elle ne donna de puissance réelle au peuple , ou qu'elle n'enleva d'autorité aux sénateurs.

Ibid. — Occupant tri bu ni templum. Nous avons vu plus haut, dans la note sur le chap. vi du livre I, qu'on donnait le nom de templum à tout emplacement consacré par les augures. Il signifiait aussi la tribune aux harangues. C'est ce dernier sens qu'il a ici et dans plusieurs auires passages, par exemple, III, 17; V11I, 14 et 55.

• Ibio. — ISihil cedtntes viatori. Les riateurs étaient chargés dans le principe de convoquer les sénateurs qui demeuraient à la campagne. Plus tard , ils furent spécialement attachés comme appariteurs à la personne des tribuns du peuple et des édiles. On en trouve cependant aussi auprès des autres magistrats. Voyez Creuzer, Abriss. der Rom. antiq., g 174 , 256 de la 2« éd.

Ibio. — Et conlemptim de jure dissertndo, La traduction de ce passage ne rend peut-être pas suffisamment le sens de contemptim. LaHorius , vieux soldat et pléblëien , n'entendait rien au droit dont les patriciens s'étaient fait uu privilège. Appius même, en traitant la question superficiellement et comme s'il dédaignait de l'approf mdir, devait sans peiue jeter le trouble dans l'esprit du tribun, eu même temps que son ton dédaigneux devait blesser et exaspérer ce violent adversaire.

Ibid. — Aine magistratu. ■ Pourquoi, dit Plutarque ( Quœst. Rom ., <b. lxxxi), les tribuns sont- ils les seuls magistrats qui ne portent point la prétexte ? Est-ce parce que le tribun du peuple n'est pas réellement magistrat? En effet , ils ne siègent point sur un tribunal pour rendre la jnsti* e ; ils ne prennent point possession de leur charge au commencement de l'année , avec les formalités observées par les autres magistrats; la création d'un dictateur n'entraîne point l'abdication de leur pouvoir, qu'ils continuent d'exercer pendant la durée de la dictature. Le tribunal est plutôt une entrave perpétuelle aux magistratures qu'une magistrature réelle. • U ne faut pat oublier d'ailleurs que les tribuns étaient nommés sans qu'on prit les auspices et sans qu'on observât aucune des formalités en usage pour l'élection des autres magistrats.

Cbap. LIX. — Duplicariosque. On appelait ainsi ceux des soldats qui , en récompense de leur valeur, recevaient une double ration. Voyez VII, 57; Varron, de L. L , IV, 16; Végèce, II, 7; cf. Lipsius, Mil. Rom., V, 16; et Schel., sur Polybe, en. vu.

Cbap. LX. — Quam virium ont plebi edditum est aut demptiimpalribus. Quoi qu'en dise Tite-Live, qni est ici en contradiction avec lui-même ( voyez ch. lvi \ rétablissement des comices par tribus augmenta bien réellement le pouvoir du peuple et diminua celui du sénat. Dans les comices par centuries , les suffrages appartenaient de fait aux patriciens , tandis que dans les comices par tribus, tenues par les tribuns sans qu'on pût les dissourire en alléguant les auspices , c'était bien réellement le peuple qui décidait. C'était enlever aux patricien» la possibilité de porter leurs créatures au tribunat , par les suffrages de leurs clients. Du reste , la résistance d' Appius prouve à quel point cette loi blessait les prétentions du premier ordre de l'état.

Cbip. LXI. — Ut vestem mutarel. Les accusés et les suppliants , pour exciter la commisération des citoyens , étaient dans l'usage de se présenter en public couverts de vêtements d'une couleur sombre et en désordre. Leurs parents et leurs amis , souvent même une grande partie du sénat et du peuple imitaient leur exemple. Voyez ch.Liv;HI,58;lV,42; VI, 16,20; XLIIl,i5.

Cbap. LXII. —Vicorumquibus fréquenter habitabatur. On voit par ce passage et par d'autres encore ( XIX , 15; Polybe, II , 17 ) que les premiers peuples de l'Italie et des autres contrées habitaient des bourgs isolés, vicatim , xara xei/wtç , xw/M7(Wv. Plutarque (Vie de Rom., ch. xvi ) dit expressément que les Sabins tenaient de leurs ancêtres, les Lacédémoniens, l'usage de vivre dispersés dans des bourgades et non réunis dans des villes. C'est sans doute , comme on l'a déjà remarqué . à cette dispersion qu'il faut attribuer leur rusticité ( Virg., Grorg., II, 552; et Horace, Ep., Il, i, 25), et peut-être aussi leur conquête par les Romains.

Chip. LXIII.— Cenonem. Cénon, aujourd'hui iïettuno, était une petite ville voisine d'Anlium dont eVe était le port et à laquelle elle servait de marché. Voyez Denys d'Ualicarnasse, livre IX , p. 612.

Cbap. LXIV. — Tertia fere rigilia. Le temps de la nuit, depuis six heures du soir jusqu'à six heures du matin , était divisé en quatre veilles de trois heures chacune. La troisième allait donc de minuit à trois heures. A chaque veille on sounait la trompette pour relever les sentinelles.

Ibio. — In stationem educit. Le mot statio désigne proprement un poste avancé, un avant-poste. Voyez VU, 26, 57 ; XXII , 12; XXXV, 59 , etc.

Ibio. — Frémi fus hinnilusque equorum. « lia Ovidius, Metam., III , 704 :

Ut frémit acer equus , quum bellicus sre canoro Signa dédit tubicen.

Horat., IV, Od. m, 25:

Frementetn Mittere eqnnm medios per ignés.

Alibi tamen fremitus hominum et hinnitus equorum distinguuntur, ut apud Curtium, IV, 12 : « Nihil aliud » quam fremitum hominum , hinnitumque equorum > exaudisse nuntiat; * et cap. 15 : « Fremitus hominum; • equorum hinnitus. ■ Lemaibi.

Cbap. LXV. — Post principia. Ces mots n'ont pas été traduits. Lisez : « Où leurs lignes encore intactes (la première seule avait été rompue) trouvèrent derrière la réserve un refuge assuré. Principia ne signifie pas toujours la première ligne d'une armée, mais quelquefois

HISTOIRE ROMAINE - NOTES

aussi, comme dans ce passage, les corps d'élite placés en réserve. Voyez Saumaise , de MU. Rom., ch. iv; Térence, Eunuque» IV, vu , 1 1 :

• Taaxso : Tu bosce instrue bic ego ero post principia :

iode omnibus sigoum dabo.

• Gnato : Uluc est sapere! ut bosce instruiit, ipsus

sibi cavit loco. »

Douât sur ce passage s'exprime eo ces termes : « Mi-

• litare dictum est. Et ambigunt multi , an in extreroo

• agminesit bic locos, an in medio. > Le passage suivant de Varron ( R. R. III , 4 ) ne peut laisser d'incertitude : « Uode velis me incipcre, Axi, die. Ule , Ego vero. in-

• quit, ut aiunt, post principia in castris, id estab bis

• potius temporibus , quam posterioribus. »

Cbap. LXV. — JSuUa oppugnantium nota tri. Crévier propose un sens qui s'écarte de celui qui a été suivi par la plupart des interprèles et que nous avons adopté. Ces mots, d'après lui, signifieraient: « saos augmenter les forces que les Romains avaient sur pied l'année précédente, et qui ne leur avaient pas paru suffisantes pour former le siégé d'Antium. » La phrase qui suit et le génie même de la langue s'opposent évidemment à cette interprétation, d'ailleurs fort ingénieuse.

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