LIVRE XLIX
SOMMAIRE. — Troisième guerre punique commencée la 601 • aunée de la fondation de Rome , et terminée au bout de cinq ans. — Un débat s'élève entre M. Porcins Caton et Sd-
HISTOIRE ROMAINE. - NOTES
pion Naslca, le premier regardé comme le citoyen le plus sensé de Rome , le second t» nu de plus , au jugement du sénat, pour le plus honnête. Caton voulait la guerre, il voulait abattre et anéantir Carthage; Nasica était d'un autre avis. Il est décidé cependant que la guerre sera déclarée aux Carthaginois, pour avoir construit des vaisseaux en violation du traité, pour avoir passé les frontières avec une armée, pour avoir porté la guère àMassinissa, ami et alh édu peuple romain, et pour avoir refusé de recevoir, dans leur ville, Gulussa, fils de Massinissa . qui accompagnait les députés romains. — Avant qu'aucune troupe ait été embarquée , arrivent à Rome des députes d'Otique, apportant une entière soumission de leurs personnes et de leurs bien*. — Cctt* ambassade , acceptée comme un heureux présage . fut aussi agréable au sénat qu'amére aux Carthaginois. — Comme le prescrivaient les livres sibyllins, on célèbre sur le Terentura, en l'honneur de Pluton , les jeux célébrés cent ans auparavant, pendant la première guerre punique , la 501* année de la fondation de Rome. — Trente députés viennent à Rome apporter la soumission des Carthaginois. — Caton fait triompher son avis, de maintenir le décret, et d'ordonner aux consuls d'entrer en campagne le plus tôt possible. Ceux-ci passent en Afrique, et se font d'abord livrer trois cents otages et toutes les armes, tous les instruments de guerre qui se trouvaient à Carthage: mais lorsque, conformément aux ordres do sénat , ils enjoignent aux Carthaginois de transporter leur ville dans un autre endroit qui soit éloigné de la mer de dix mille pas au moins , alors l'atrocité de la sentence exaspère les Carthaginois et les force à la guerre. — Les consuls L. Marcius et ai' Manilius commencent le siège et l'attaque de Carthage. Dans celte attaque , deux tribuns qui s'étaient Jetés témérairement avec leurs cohortes sur uue partie de la muraille négligemment gardée, se trouvaient d<m* un pressant danger, lorsqu'ils sont dégagés p <r Scipion l'Africain. Aidé de quelques cavaliers il sauve aussi un fort des Romains qui allait être emporté de nuit ; et c'est encore à lui quYst attribué le principal honneur d'avoir délivré le camp assiégé par les Carthaginois, qui avaient fait une sortie générale de toutes leurs forces.— Pendant l'absence de son collègue, que les consuls avaient appelé à Rome, le consul voyant ses efforts Inutiles , lève le siège et mène son année à la rencontre d'Asdrubal, qui avait pris position avec un corps de troupes dans un défilé escarpé. Scipion dissuade d'abord le consul d'engager le combat sur on terrain aussi défavorable; mais l'avis du plus grand nombre , envieux de son habileé et de son courage, l'ayant emporté, il pénètre avec les autres dans le défilé, et ses prédictions se réalisent: l'armée romaine est battue et mise en fuite , deux cohortes sont assiégées par l'ennemi. Il rentre alors dans le défilé avec quelques escadrons de cavalerie , dégage les cohortes et protège leur retour. Son courage trouve un admirateur dans Caton lui-même, si prompt d'ordinaire au blâme, et qui va jusqu'à dire dans le sénat que tous ceux qui servaient en Afrique n'étaient que des ombres, qu'il n'y avait de vigueur que dans Scipion. La faveur du peuple romain s'attache si vivement à lui , que dans les comices ta plupart des tribus inscrivent son nom pour le consulat , bien que son âge s'y oppose. — L. Scribooius , tribun du peuple, ayant proposé une loi pour rendre à la liberté les Lusitaniens qui s'étaient livrés a la foi du peuple romain, et que Serv. Galba avait fait vendre en Espagne, est chaudement appuyé par Caton , dont le discours existe encore et se trouve dans ses Annales. — Q. Fuivius Nobilior, qui, lui aussi avait été souvent l'objet des attaques de Caton dans le sénat, répond pour Galba; et Galba lui-même, se voyant près d'être condamné, embrasse ses deux fils couverts de la prétexte et le fils de Sulpicius Gallus son pupille, et se défend en termes si pathétiques que la loi est rejetée. Il existe trois discours de Galba, deux au sujet des Lusitaniens contre le tribun du peuple Libon et sa rogatiou. un autre contre L. Cornélius Céthégus, dans lequel il déclare avoir fait massacrer les Lusitaniens qui avaient leur camp auprès du sien, parce qu'il avait acquis la certitude qu'après avoir, suivant leur usage, immolé un cheval avec son cavalier, ils voulaient, en affectant des intentions pacifiques, assaillir son année. — Un certain Andriscus , h jinmc de
la plus basse naissance . qui se donnait pour le fils du roi Persée, et avait changé son nom en celui de Philippe, s'échappe secrètement de Rome, où l'avait envoyé, à eau.* de ce mensonge même, Démétrius, roi de Syrie; et cette fable trouvant autant de crédit que la vérité , il voit accourir auprès de lui assez de monde pour en former une armée . et bientôt les armes ou la lionne volonté de la nation le rendent maître de toute la Macédoine. Voici l'histoire qu'il avait inventée : Né du roi Persée et d'uue de ses concubines, il avait été confié, pour être élevé, à un certain Cretois, afin que dans les hasards de la guerre que le roi soutenait alors contre les Romains . il pût survivre quelque rejeton de la race royale. Après la mort de Persée. il fut élevé à Adramyte jusqu'à l'âge de douze ans , ignorant sa naissance , et se croyant le fils de celui qui relevait Celui-ci étant tombé malade, et voyant approcher son dernier jour, avait alors dévoilé son origine et confié à celle qui passait pour sa mère un petit écrit marqué du sceau du roi Persée , qu'elle devait lui remettre lorsqu'il aurait atteint la puberté; la conjurant, par les dernières prières, de tenir la chose dans le secret jusqu'à ce moment. Devenu pubère, on lui avait remis cet écrit dans lequel iï était dit que son père lui laissait deux trésors ; et alors la femme, qui avait le secret de cette substitution, loi découvrit sa véritable origine qu'il ignorait, et le supplia, s'il voulait éviter la mort, de quitter ces lieux avant que la chose arrivât aux oreilles d'Eumène , l'ennemi de Persée. Plein de frayeur* il se rendit en Syrie où il espérait trouver quelque secours en Démétrius; et ce (ut là que, pour la première fois, il osa divulguer sa condition.
Censorinus , De Die Natali , Cb. ivn.
• De qnartorum ludornm anoo triplex opiuk> e*t Autias enim et Varro et Livius relatos esse prodiderunt L Marcio Gensorino, M' Manilio clnsulibus, post Romain conditam anno seicentesimo quinto.
c Sur Tannée des quatrièmes jeux séculaires, il y a trois opinions différentes. Valérius Antias, Vairon et Tiie- Lfve nous apprennent qu'ils furent célébrés sous le consulat de L. Marcius Censorinus et de Manius Maniliua , 605 ans après la fondation de Rome, s