‹ Commentaires (volume 2)Chapitre 9 sur 105 · DÉDICACE A LA NOBLESSE · texte numérisé non relu

DÉDICACE A LA NOBLESSE

gne; sans mettre en compte ceux qui vivent aujourd'hui, lesquels, ardemment incités des trophées et beaux gestes de leurs prédécesseurs, s'évertuent, comme ils survivent à leur belle mémoire, d'en rapporter aussi une gloire pareille. C'est votre Gascogne, Messieurs, qui est un magasin de soldats, la pépinière des armées, la fleur et le choix de la plus belliqueuse noblesse de la terre, et l'essaim de tant de braves guerriers, qui peuvent contester l'honneur de la vaillance avec les plus fameux capitaines grecs et romains qui furent oncques.

Mais entre tous ceux qui, extraits de votre noblesse, ont jamais porté épée, nul n'a devancé la prouesse, l'expérience et la résolution de cet invincible chevalier Blaise de Montluc, maréchal de France. Cette prérogative d'honneur ne lui peut être disputée, non plus que celle que le ciel lui avait donnée d'une prompte et merveilleuse vivacité d'entendement ; d'une' souple et néanmoins trèsretenue prudence, qu'il découvrait sur-le-champ au maniement des affaires ; d'une mémoire admirable et si riche, qu'il ne s'en voit presque poinj, de semblable; d'une parole aisée, forte et courageuse, et pleine d'aiguillons d'honneur parmi l'ardeur des combats et aux affaires d'état; d'un langage rassis, rehaussé de pointes de raisons et d'arguments : le tout accompagné d'un jugement si clair et si vif, qu'encore qu'il fût destitué de la faveur des lettres, toutefois la lumière de son esprit offusquait la clarté de ceux qui avaient joint à

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