CHAPITRE XÎLII
On nous amènt d'autres malades»
' Le lendemain matin , un grand nombre d'Indiens vinrent nous trouver; ils nous amenèrent cinq personnes très-malades et paralysées, qui venaient chercher Castillo pour se ftire guérir. Chaque malade offrit son arc et ses flèches ; Castillo les reçut , et au coucher
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du soleil il les bénit et les recommanda à Dieu notre Seigneur. ISous le suppliâmes tous, le mieux que nous pûmes , d'envoyer la santé à ces gens, puisqu'B savait que c'était le seul moyen de faire que les Indiens nous protégeassent , et que nous vissions la fin d'une existence aussi misérable. Dieu nous exaucA avec tant de miséricorde, que le matin les malades se levèrent « fort bonne santé et si forts, qu'ils sonblaioit ne Tavoir jamais été. Les Indiens se montrèrent extrêmement surpris, et nous fûmes on ne peut plus sensibles à ce bienfidt de Dieu. Nous le remerciâmes, car nous reconnaissions évidonment sa bonté , et nous espérions qu'il nous délivrerait et nous conduirait dans un lieu où nous pourrions le sçrvir. Je puis dire qv^ jun^ j^ n'uî perdu l'espoir que sa niisérîcovde me retûremit de cet esclavage, et je n^ oefsûft de k dire k mes compagnons. Dés que les ludiena fvrait partis en emmenant çe^x qui awiept élé mn^ lades, aou$ allâmes chacher des taaa&^baa
d'alyar mu nez camça de vaca. 469
un autre «adroit oà «e trouvaient des na^ turejte nommés duaiches et Malèames. Nom trouTàmes avec eux d'autres peuplades : les Caayos et les Susolas. D*un autre côté étaient les Aîayos qui fitisaseot la guerre à ces der<^ niers : chaque jour les deux peuplades se tiraient des flèches. Gnnme dans le pays on ne parlait que des miracles que Dieu fiiisait par nos mains , de tous côtés des gens ve« naient pour se faire guérir. Deux jours après notre arrivée, les Susolas vinrent nous voir , et prièrent Castillo d'aller guérir un blessé et d'autres malades , dont un se trou*vait à l'extrémité. Castillo était un médecin trèa- timoré^ surtout lorsque les nar ladies étaient dangereuses : il craignit que ses péchés ne l'empêchassent de réusûr* Les Indiens ne dirent d'aller saigner ee» malades t que œs g«ns me voulaient dvk bien, qu'ils se souvenaieot que je les avais guéria quand ils étsknt près des noyers, et qu'ils m'avaie»k donné dies noix
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et des peaux : cela avait eu lieu lorsque je m'étais réuni aux chrétiens. U fallut donc aller avec eux : Dorantes et Estevanico m'accompagnèrent. Quand j'arrivai près de leur cabane , je m'aperçus que le malade était déjà mort. Beaucoup de monde était dehors et versait des larmes : la cabane était abattue, ce qui est un signe du décès du maître. Je trouvai que cet Indien avait les yeux retournés ; on ne sentait plus de pouls , et l'on remarquait tous les caractères de la mort : tel fut mon avis et celui de Dorantes. Je levai une natte qui couvrait le mort, et je suppliai le Seigneur le mieux que je pus de rendre la santé à cet homme et à tous les malades. Je le bénis plusieurs fois; je soufflai plusieurs fois sur lui; ils m'apportèrent son arc et me donnèrent un cabas de tunas pillées. On m'amena beaucoup d'autres Indiens qui souffraient des étourdissements , et l'on me donna deux autres paniers de tunas j je les remis aux Indiens qui voyageaient
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avec nous, après cela nous retournâmes où nous étions campés. Nos Indiens, à qui J'avais donné les tunas , restèrent. Le soir ils revinrent à leurs cabanes , et dirent que le mort que j'avais soigné devant eux, s'était levé bien portant, qu'il s'était promené, qu'il avait parlé et mangé avec eux , et que tous les autres malades que j'avais traités se portaient fort bien et étaient tressais , ce qui répandit la plus grande admiration dans le pays. On ne parlait que de cela , tous ceux qui l'entendaient dire
venaient nous chercher pour nous faire guérir leurs enfants, et pour que nous fissions le signe de la croix sur eux. Lorsque les Indiens Cu^ talchiches , qui se trouvaient avec les nôtres , furent sur le point de retourner chez eux , ils nous ofirirent toutes les tunas qu'ils avaient conservées pour leur voyage , sans en garder aucune. Us nous donnèrent des cailloux larges d'un palme et demi qui leur servent pour couper : c'est pour eux un objet d'une grande valeur. Ils nous prièrent de nous souvenir
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d'eox, «t <àt sÉp))Ker lie SéigiKai' de fèb tonser- Tcr toujours en bonne «anté; 'pà\s n& Verh 'al- Icreot eomtaie les gens leîi p1u$ cototeiVté dii Bonde , après nous avttlr dbmiié Goût ce qù'iRt avaient de miëufr. Nouk rtftUin^^ HUIt ifabii aVec Ifts Avarai^». Noiîft lofcléUKbbs lé temi^i par les laneÂ. Pendant ice tènips-U ctH tint noiifc obtrcher de tbils ïéâ c6^, et l'on Aiéàii que T^itablement tlodà étions lés enfants dil «ôleil. Jusqu'alors ïlotiitltèà et le négHi ti'i- Taîent pas guéri de ttialédeà ; mal^ les faoidbrémea impoHùnltéè «lue Vbh Hbiis Ikisait éprouver en venant Aé 6At* et d'àiitrë pour nous ohérohér, fut^iït eàuâé qiié hôHi SiHïames tous médedrifr. Gefrebdaiit je jouîssâîi de M ftius grande réfrtitiitibtf , à câti^ dé ri^ intrépidité s entreprendre tà^e e^fi^cé déguêrIsoD. Mouff ne traitions Jamais pet-sonnè iStii tjitt les malades ne finissent pa^ nom dire qifils ae portaient' bien^ et ils étaient- st periutidês de ^nérir q'utfnd nous le^ soigmôvis / qu'ils ci^oyaient positÎTement que perSiShrïè èéi
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leurs^ ne ipoi)97rait sj^ npu$ r^tioQsi Ipiiyouro avec €)ux.
Ces Ipdiens et qeux, avec qui lia* se trou*, yaient, nous contèrent une^ cliosç fort exr tfaordinaire, et qui, 4'après leurs calculs, i^^pu civr^"^^^ quinze; ou seize- ans auparavant. Ils prétendent qu'un petit homme» qu'iU croyaieqt barbu » quqiqu'ils n'eussent pas pu voir son visage, voyage t daps. ce pays. Ils le nommaient dans leur langue , chose mauh vaise. Lorsque cet homme venait chct;i; eux « leurs cheveux se hérissaient; ils tremblaient; et ils .yoy/9tient à la porte de leurs maisons un. tison enflammé. L'hooD^ne entrait, prenait, tç.ut ce., qui lui faisait plaisir, leur faisait trois grandes blessures dans les, flancs aveC/ un caillou , large comme la main, et de la Ion-* gueur de deux palmes. Puis il introduisait sa inain dans ces blessures,, retirait les intestins, coupait un boyau à la longueur d'un palme plus ou moins , et le jetait dans le feu. Il leur faisait trois autres blessures au bras e^ à la
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saignée, séparait les membres, les réunissait, imposait les mains sur leurs blessures, et ces gens prétendaient qu'à Tinstant même ils étaient guéris. Souvent , pendant leurs danses , cet être leur apparaissait vêtu en femme et quelquefois en homme, et quand il lui prenait fantaisie , il enlevait leur maison en Fair, retombait avec ces maisons et les renversait. Ils nous racontèrent que pi u* sieurs fois ils lui avaient offert des aliments; mais que jamais il n'avait mangé : qu'ils lui avaient demandé d*oà il venait, où était sa demeure , et qu'il avait répondu , en montrant une crevasse dans la terre, qu'il habitait là, en bas. Nous nous primes beaucoup à rire en les entendant raconter ces choses ; mais , voyant que nous ne les croyions pas, ils allèrent chercher un grand nombre de ceux que cet homme avait pris, disaient-ils, et nous reconnûmes les traces des blessures qu'il avait faites dans les endroits indiqués , et de la manière dont nous l'avons racontée. Nous leur
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dîmes que c'était un maudit, et que, sMls croyaient en Dieu, notre Seigneur, et s'ils étaient chrétiens comme nous , ils n'auraient pas peur de ce petit homme, qui n'oserait pas venir les tourmenter : qu'ils pouvaient être persuadés que tant que nous serions dans leurs pays jamais il n'oserait venir. Ils s'en réjouirent extrêmement et n'eurent plus si peur. Ils nous dirent qu'ils avaient vu, plus avafnt sur la côte que nous appellions des Figues, Asturiano, Figueroa et d'autres Espagnols. Tous ces gens n'ont pas la moindre connaissance de l'art de diviser le temps en observant le soleil et la lune. Ils ne comptent pas par mois et par années, et ne calculent la différence de saisons que par la maturité des fruits , la mort du poisson ou le lever des étoiles, et pour cela ils sont fort adroits. Nous fûmes très-bien traités par eux, cependant nous étions obligés d'aller chercher nos vivres, le bois et l'eau. Leur nourriture est la même que ceux dont nous avons parlé;
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néanmoins ils ne recueillent ni maï», ni glwdsy ni noix. Nous étions touft nus oomme eux, la nuit seuleoM^t noua ncms couvrions avec des peaux de carfs. Pendant huit mois que nous restâmes avec eux^ nous en. passâmes six touypurs aflBunés; car ila prennent fort peu depoissons. Enfin les tunas commençant à mûrir, nous nous enfuîmes sans être aperçus, et nous allàmea ches des ladiena nommés Maliacones ; ils étaient plus avant. Nous allâmes , moi et les nègres, à une j<;mmée de marche de Tendroit où nous ëtiooSé Trois jours après je fis venir GastiUo. et Dorantes. Quand ils forent arrivés, nous partîmes tous ensemble avec des Indiens qui allaient se nourrir d*un petit fruit produit par des arbres , et dont ils vivent pendant dix ou douze jours , en attendant que les tunas soient mûres. D'autres Indiens , nommés jtt'badaos se joignirent à ceux avec qui nous étions. Nous trouvâmes parmi les Arbadaos un si grand nombre de malades, de gens al^
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fkiblia et enfles que noi]3 en fumes surpris. Les Indiensavec qui nousToyagions suivirent la même route qu'eux i nous leur dîmes que nous voulions rester avechsautres^ ce qui leur fit beaucoup de peine* Nous nous établîmes donc dans la campagne prés de leurs maisons; quand ceux-ci le virent, ils se concertèrent, chacun d'eux prit un des nôtres par la main et le conduisit à sa cabane. Nous souffrîmes beaucoup plus de la faim chez les Arbadaos que chez les Maliaconés. ï^endant toute la journée nous ne mangions que deux poignées des fruits dont j'ai parlé : ils étaient verts et remplis d'un suc qui nous brûlait la bouche.
Noua étions si éStàmés, que nous échangeâmes avec eax des filets , vtùe peau dotit je" me
eduvraifi^^ et d'autres objets contre deux chiens. J'ai déjà dit que tffint que nous restâmesf dané ce pays y nous étions nus^ et, comme nous n'y étions pas aeeoutuxiiés, no«is changions' de
peaa. comme lesserp^nts^ deux, fim par an. Le
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froid et Tair nous faisaient venir sur la poitrine et sur les épaules des dartres vives trèsgrandes , qui nous causaient les plus cruelles douleurs. Nous étions chaînés de fardeaux si pesants, que les cordes qui servaient a les porter nous entraient dans les bras et nous coupaient les chairs. Le pays est si sauvage et si couvert de broussailles , que souvent , lorsque nous allions ramasser du bois dans les forêts , après avoir achevé notre ouvrage , le sang nous sortait de tous les càtés du corps , par les déchirures que nous avaient faites les épines et les buissons. H m^est arrivé d'avoir été chercher du bois , et, après m'être tout ensanglanté à le recueillir, il m'était impossible de l'emporter, soit sur mon dos, soit en le traînant Au milieu de tous ces maux, mon seul remède et ma consolation étaient de réfléchir à la passion de notre rédempteur Jésus-Christ , au sang qu'il avait répandu pour moi ; et je m'imaginais combien
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devait être plus cruelle la douleur des épines qu'il avait endurée. Je commerçais avec ces Indiens, je leur fournissais des arcs, des ûèches et des filets , Je leur faisais des peignes , et nous fabriquions des nattes dont ils ont grand besoin. Quoiqu'ils sussent faire tous ces objets , ils ne voulaient nullement s'en occuper, préférant aller chercher de quoi vivre ; parce que lorsqu'ils s'adonnent à ces travaux, ils souifrent extrêmement de la faim. Us me faisaient racler des peaux et les rendre flexibles. Ces moments étaient pour moi les plus heureux; car j'en raclais beaucoup, et je me nourrissais de ces raclures . pendant deux ou trois jours.
Nous étions convenus avec ces Indiens , et ceux que nous avions laissés , qu ils nous donneraient la viande crue, pour la manger ainsi ; parce que , si nous la faisions rôtir , le premier Indien qui arrivait s'en emparait et la dévorait ; nous ne voulions pas nous y ex-
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poser : nous TauriôD» pfréfiérëe cuite; mais il tbllaît bien la manger ainsi. Telle est Texis» tence que nous menions, et nous ne devions ce peu de nonrrHure qu'aux échanges qui étaient lé travail de nos mains.