CHAPITRE XXXTl
Qq nom donne des cœnn d« cerft.
Dans le village où Ton nous fit présent des émeraudes , on donna à Dorantes plus de six cents cœurs de cerfs ouverts {coraçones de venados abiertos)^ dont ils ont toujours de grandes provisions pour leur nourriture , ce qui fit que nous appelâmes cet endroit le
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village des Cœurs {elpueblo de los cormçones). Oo peat eutrei^ de ce côté daos beaucoup de provinces de la mer du Sud , et, si Ton veut y péuétrer par un autre endix>ît , on court risque de périr. La côte ne possède pas de mais, OD n'y mange que de la poudre de paille de blette {bledo), et des poissons qu'ils pèchent sur des radeaux , car ils ne construisent pas de canots. Les femmes couvrent leur nudité avec de Therbc et de la paille; ce sont des gens très-tristes et peui'eux. Nous pensons qu*à partir de la côte , dans la direction des villages que nous avions laissés , il doit y avoir plus demillelieuesde pays habitées. Les naturels ont une grande abondance de vivres : ils sèment b^ois fois par an des haricots et du mais. On y trouve trois espèces de cerfs , ils en ont d'aussi grands qîie les jeunes taureaux d'Espagne. Leurs maisons sont fixes : ils les nomment buios. Ils ont des poisons qu'ils retirent d* un arbre auèsi élevé que nos pommiers, ir suffit de cueillir le fruit et d'en frofc-
DALYAR NUNBA GABBÇA DE VACA. a5l
ter les -fléqhes. Lorsque Tarbre n'a pas de fruit, ils cas^ont une branche et ils empoisonnent leurs flcQhes avec ia^éve qui en ^écoute. Il y a beaucoup d'arbi^es decepays qui sont 3i vénéneux , que ^i , aprè3 avoir écrasé les feuilles, on les met dans Teau , les cerfs et tous les animaux qui an boivent meurent à Tinstant.
Nous séjournâmes trois jours dans ce village. A une journée 4e marche au delà il y en avait un autre 4ans lequel nous reçûmes une averse si considérable, qu'une rivière en fut augmentée, et nous fûmes obligés d'attendre quinze jours pour la passer. Pendant ce temps-là, Castillo vit au cou d'un indien une boucle de ceinturon d'épée dans laquelle était introduit un clou en fer. Il la prit, et il demanda ce que c'était. Ils nous répondirent que cela venait du ciel , que cette Jjipucle avait été apportée dans ce pays par des hommes qui portaient de la barbe comm« nous; y qui étaient arrivés du ciel sur les bords de cette rivière y qu'ils avaient des chevaux ,
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des lances et des épées , et qu'ils avaient tué deux naturels à coups de lances Nous nous informâmes le plus adroitement possible de ce qu'avaient fait ces hommes . ils nous racontérent qu'ils avaient été à la mer, qu'ils avaient mis leurs lances dans l'eau, qu'eux-mêmes s'y étaient mis ensuite , et que jusqu'au coucher du soleil ils les avaient vus sur l'eau. Nous remerciâmes Dieu avec ardeur de ce que nous entendions ; car cela nous fit concevoir l'espérance d'avoir des nouvelles des chrétiens. D'un autre côté, nous étions extrêmement affligés t pensant que ce ne pou* vaient être que des gens qui étaient venus par mer faire de découvertes. Enfin nous eûmes sur eux des rapports si certains, que nous nous remimes en route avec plus d'ardeur encore; et plus nous avançâmes, plus nous entendîmes parler d'eux. Nous dîmes aux naturels que nous allions chercher ces gens afin de leur dire de ne pas les tuer, de ne pas les mettre en esclavage, ni les arracher à leur pays;
d'aLVAR IfUNBZ CABEÇA DE VACA. 253
en un mot , de ne leur faire aucun des torts dont ils se plaignaient : cela leur fit un plaisir extrême. Nous parcourûmes une grande distance déserte ; les habitants s'étaient enfuis dans les montagnes, en abandonnant leurs cultures dans la crainte des chrétiens. Ce fut pour nous un chagrin cruel de voir un pays si fertile ^ si beau , si bien arrosé de ruisseaux et de rivières , et de ne trouver que des villages abandonnés , réduits en cendres, et quelques habitants décharnés , malades et fugitifs. Gomme ils ne pouvaient cultiver la terre, ils assouvissaient leur faim avec des écorces d'arbres et des racines. Pendant la route nous soufirions aussi de la famine, les naturels ne nous étaient que très -peu utiles ; ils étaient si aflTaiblis, qu'ils semblaient près de mourir. Ils apportèrent des manteaux qu'ils avaient sauvés des mains des chré^ tiens, et nous les donnèrent. Ils nous racontèrent que ceux-ci ayant pénétré dans le pays, avaient détruit et brûlé les villages, emmené
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la inoitié des hommes, toutes les femmes et les eofaats, et que ceux qfii avaient pu s'ëcbapper éfbieilt encoi'e en fuite. Noos les toviods si effrayés, qu'ils n'osaient s'arrAer nulle part , encore moins ti^vailler à la terre ; ils n y pensaient même pas. Us semblaient décidés à se laisser mourir, préférant finir ainsi que d être traités aussi cruellement qu'ils Pavaient été. Ils paraissaient nous voir avec beaucoup de plaisir ; cependant nous craignions qu'en arrivant chez les naturels qui étaient prés des chrétiens, et en guerre avee eux, ils ne se vengeassent sur nous en nous maltraitant. Lorsque Dieu nous permit d'y arriver, ces fodiens eurent pour nous Isr même crainte et le même respect que les autres ; ce dont nous ne fûmes pas faiblement étonnés. Cela prouve que,
pour convertir ces gens et pour les soumettre à votre majesté impériale, il fout les traiter avec douceur; et que c'est le seul moyen d'y parvenir.Ils nous conduisirent dans un vil- 1*S^ » <|uî ^t sur la crête d'une montagne :
pour s'y rendre il faut gi^avir une hauteur très - escarpée. Nous trouvâmes un grand nombre de naturels qui s'y étaient réfugiés dansia crainte des chrétiens. Ils nous recurent fort bien , nous donnèrent ce qu'ils possédaient, entre autres choses, plus de deux mille charges de mais, que nous distribuâmes aux misérables qui nous y avaient conduits. Le lendemain nous expédiâmes quatre messagers dans le pays , comme nous en avions l'habitude . afin de rassembler le plus de monde possible dans un village des environs, et nous partîmes avec tous les habitants de Feudroit où nous étions. Nous trouvions toujours les traces des endroits où les chrétiens avaient, passé la nuit. A midi nous rencontrâmes nos envoyés, qui nous dirent qu'ils n'avaient vu personne, que tous les naturels s'étaient enfuis au fond des forêts , dans la crainte que les chrétiens ne les tuassent ou ne les fissent esclaves. La veillé au soir, en se cachant derrière des arbres, nos gens avaient aperçu les
diFcCKiK. el ils les amûcDi vus
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€tk furent trcs- cfln%cs; plorcwinrmt sar Itars pas poor docncr aTJs chcK eux île rarrÎTée des cfarétieiis ^ ci un plus grand nombre se serait en aEe de même , sî nous ne knr eoâsîoos dît de se pas le fÊÎre et de n'aroir anciine crainte. Cela Ves eoosola beancoup, et ils forent moins tristes. U j aTait aTec nous des Indiens qui Tenaient de cent Geues de là, nous arions bien de la peine â leur persuader de retourner chez eux. 2ÏOUS séjournâmes dans cet endroit pour les tranquîllîier. Le lendemain nous marchâmes toute la )oumêe, et nous pagg^i^ la nuit sur la route. Le jour suivant, ceux que nous avions envovés en éclaireurs nous menèrent
où ils avaient vu des chrétiens. Le soir, quand nous arrivâmes dans cet endroit , nous vîmes clairement qu'ils avaient dit vrai , et nous reconnûmes que c'étaient des cavaliers, aux
d'alvar munez gabeça de vacâ. 267
pieux auxquels on avait attaché les chevaux.
Depuis cet endroit , que Ton nomme le Rio Pet u tan , ji^squ'à la rivière où Diego de Guzman arriva ,Von peut compter quatre-vingts
lieues, à par tiir de celui où nous avionsentendu
parler des chréi^iens ( i) , et depuis l'endroit où nous avions ëtéaiTetés par la pluie, il peut y avoir environ douze lieues, et autant de ce dernier village à la mer du Sud. Dans toute la contrée où finissent les montagnes , nous remarquâmes des traces nombreuses d'or, d'antimoines , de fer, de cuivre et d'autres métaux. Dans la partie où les maisons sont fixes, la température est si élevée, que Ton a très-
(i) Ce passage étant très-obscur, je reproduirai le texte: Desde aquî, que se llama el Rio de Peiutan, hastà el Rio dondt ilegà Diego de Guzman puede haver hastà el ^ desde donde sU" pimos de christianos ochenia léguas. On peut proposer cette version : Depuis le Rio Petutan , jusqu à la rivière où arriva Guzman, qui est l'endroit où nous entendîmes parler des chrétiens, etc. Ou bien encore celle-ci : Du Rio Petutan, qui est la rivière où entra Diego de Guzman , on compte quatre-vingts lieues jusqu'à Vendroit où nous entendîmes parler des chrétiens.
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chaud , même au mois de janvier. Depuis ces maisons jusqu'à la partie méridionale du pays, qui est dépeuplée , et jusqu'à la mer du Nord la contrée est déserte et trés-pauvre. Cest là que nous souffrîmes une famine incroyable. Les Indiens qui parcourent ce pays, sont de mœurs très-cruelles. Ceux qui ont des mai* sons fixes , et ceux qui sont au delà , ne font aucun cas de l'or et de l'argent, et ne pensent pas qu'on puisse en tirer un avantage.