CHAPITRE LXII
Arrivée du gouverneur au Rio^liénte.
Il y avait cinq jours que nous voyagions
dans le pays, toujours obligés de nous ouvrir
une route avec beaucoup de peine, lorsque
nous arrivâmes à un petit cours d*eau qui sort
d'une montagne : l'eau en était très-chaude,
claire et fort bonne ; les Espagnols y pêchè- 6. 2Z
rent. Ici le guide commença à hésiter , disant que, comme il y avait fort longtemps qu'il n'avait fait cette route , il ne la reconnaissait plus et ne savait par où nous conduire; car l'on ne voyait plus les anciens chemins. Le lendemain , le gouverneur quitta le Rio-Galiente (la rivière Chaude) ; on suivit le guide avec beaucoup de peine , en ouvrant la route au milieu des bois et des broussailles.
Le même jour , à dix heures du matin, deux Indiens Guaranis se présentèrent pour lui parler. Ils dirent qu'ils faisaient partie de ceux qui étaient t*esté6 dans ces déserta à l'époque où leur nation avait fait, contre les Indiens du pays , les guerres dont nous avons parlé. Les autres avaient été taillés en pièces. Leurs femmes et leurs enfants , parxrainte des iiuligènes, se réfugiaient dans les endroits les plus secrets et les plus boisés : ces gens pouvaient être quatorze. Ils confirmèrent ce qu'avaient dit les deux premiers , c'est-à-dire qu'à une demi-lieue de là il y avait une pe-
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tîte maison de Gi^ranis qui pouvait contenir dix personnes, parmi lesquelles se trouvait un de lenrs alliés. Suivant eux, d'autres Gua» ranis étaient répandus dans le pays des Xarayes et leur faisaient la guérie. Ces Indiens paraissant effrayés de voir les chrétiens et les chevaux , le gouverneur dit à Tinterprète de les tranquilliser. II leur ût demander où étaient les habitations : ils répondirent qu'elles étaient très-peu éloignées. Presque aussitôt leurs femmes , leurs enfants et leurs parents vinrent au nombre de quatorze personnes. On leur demanda comment ils se nourrissaient dans ce pays , et depuis quand ils l'habitaient* Ils répondirent qu'ils cultivaient du maïs, et qu'ils vivaient de chasse, de miel, de fruits sauvages très^bondants dans cette contrée : que leurs pères étant morts après leur défaite les avaient laissés très-jeunes. Les Indiens les plus âgés dirent que ces gens paraissaient avoir trente-cinq ans.
On leur demanda s'ils connaissaient le che-
min qui conduisait aux villages de Tintérieur, et combien de temps il fallait pour arriver au pays habité. lis répondirent que comme ils étaient très-petits quand ils avaient fait cette route , et qu'ils n y étaient plus rétournés, ils ne savaient pas par où il fallait se diriger^ et ils ignoraient combien il fallait de temps pour s'y rendre; mais ils ajoutèrent que leurs parents qui demeuraient dans la maison à deux journées de là, avaient plusieurs fois suivi ce chemin , et qu'ils le connaissaient. Voyant que ces Indiens ignoraient la route du pays que l'on voulait découvrir, le gouverneur leur dit de retourner chez eux : il leur donna des présents ainsi qu'à leurs femmes et à leurs enfants , et ils regagnèrent leurs habitations, fort satisfaits.