‹ Commentaires d'Alvar Nuñez Cabeça de VacaChapitre 87 sur 91 · CHAPITRE LXXXH · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXXH

Les alcades donnent aux Indiens la permission de manger de

la chair hmnaine.

Les officiers et Domingo d'Irala , voulant se faire bien voir des naturels , leur donnèrent la permission de tuer et de manger les Indiens leurs ennemis. Un grand nombre de ceux qui reçurent cette autorisation étaient des chrétiens nouvellement convertis. Les in-

siirgés avaient employé ce moyen si contraire au service de Dieu et de sa majesté , et si en horreur à tous ceux qui en eurent connaissance, pour les empêcher de quitter le pays et pour les attirer à leur parti. Ils leur dirent que le gouverneur était un méchant homme puisqu'il n'avait pas voulu consentir à leur laisser tuer et manger leurs ennemis; que c'était pour cela qu'ils l'avaient arrêté , et que non-seulement ils le leur permettaient , mais qu'ils donneraient des ordres pour qu'ils pussent le faire.

Malgré tous leurs efforts, les officiers et Domingo d'Irala , voyant que les tumultes et les querelles loin de cesser augmentaient tous les jours, résolurent de faire enlever le gouverneur de la province , çt ceux mémçs qui prirent ce parti voulurent rester dans le pays et ne pas revgiir en Espagne : ils désiraient seulement le faire sortir du p£iys lui et quel*^ ques-uns de ses amis. Les partisans du gouverneur en eurent connaissance , ce qui occa-

sionna une rixe très<-sérieuse. Vaa disait que puisque les officiers avaient dit qu'ils avaient le pouvoir de se saisir de la personne de Ga«beça de Yaca, et qu'ils avaieiit fait entendre à leurs partisans qu'ils Iraient avec lui rendre compte de leur conduite à sa majesté ; ils de-» vaient tenir leur promesse , et q[ue s'ils refusaient de s'expliquer, il fallait qu'ils fissent en sorte que deux officiers accompagnassent le gouverneur, et que les deux autres restassent dans la province (i). Pour l'emmener on arma un des brigantins qu'il avait fait construire pour découvrir le pays et en Ikire la conquête. Cette mesure occasionna de grands troubles et les plus vives altercations à cause du mécontentement que témoignèrent les habitants , en voyant que l'on voulait enlever Cabeça de Vaca delà province. Les officiers résolurent de s'emparer de ceux qui avaient plus d'influence sur la population. Ayant su qui ils étaient, ils ne

(i) Ce passage ferait croire qu'il n y avait ifue quatre officiers à la tête de rinsurrection.

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les perdaient pas de vue, mais ils n'osaient les arrêter. Ils eurent recours aux prières auprès du gouverneur, ils le conjurèrent d'ordonner de mettre fin aux troubles : que si ses amis donnaient leur parole de ne pas Tenlever de sa prison , eux-mêmes et les magistrats qu'ils avaient institués promettaient de n attenter à la liberté de qui que ce fût , de ne lui faire aucun mal, de délivrer ceux qu'ils avaient arrêtés , et ils le jurèrent. Comme il y avait longtemps que le gouverneur était en prison , et que personne ne l'avait vu, on soupçonnait qu'ils l'avaient fait mourir secrètement. On leur demanda de laisser entrer dans sa prison deux religieux et deux gentilshommes, pour qu'ils pussent le voir, et certifier à la population qu'il était vivant. Les officiers promirent de le faire trois ou quatre jours avant qu'il ne fût embarqué , mais ils ne tinrent pas leur promesse.

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