HERNANDO RIBERA
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En U ville de rÂMomption , située sur le bor4 du fl^ve du Paraguay, dans la province du Rio de la Plata , le troisième jour du mois de mars de Tannée 1 646 de la naissance de
Par-devant moi, notaire public et les témoins soussignés , étant dans l'église et le monastère de Notre -Dame-de-la-Rédemptiondes-Captifs, est comparu en personne, le capitaine Hernando Ribera , conquérant dans cette province , lequel a déclaré ce qui
suit : Pendant que le seigneur Alvar Nunez Cabeça de Vaca, gouverneur, adelantade, et capitaine général de la province du Rio de la Plata pour sa majesté, résidait dans le port des Rois, par où il était entré pour faire son voyage de découverte, l'année précédente i543, il expédia ledit capitaine avec un brigantin et un certain nombre de troupes pour faire des découvertes en remontant une rivière nommée Vgatu, qui est un affluent de deux cours d'eau très-considérables et fort rapides : l'un des deux porte le nom de Ycareati, l'autre de Va^i^a d'après le rapport des Indiens.
Hernando de Ribera traversa les villages qui sont dans Tintérieur. Etant arrivé aux peuplades des Indiens nommés Xarayes , attendu les rapports qu'on lui fournit , il laissa dans le port son brigantin bien abrité , puis il pénétra dans le pays à la tête de quarante hommes afin d'examiner la contrée par lui-même Après avoir traversé un grand nombre de villages, il se procura une relation
fort étendue par le moyen de ces naturels et d'autres plus éloignés , qui vinrent pour le voir et lui parler. Il examina ce rapport, il le fit examiner, il en fit recueillir les faits particuliers pour découvrir la vérité; car il connaissait la langue des Carios. Pour y parvenir il s'aboucha avec ces peuplades et prit des informations sur le pays.
Comme à cette époque il avait avec lui un notaire de sa majesté , nommé Juan Valderas , , cet officier public prit note de certains faits ayant rapport à ladite découverte ; néanmoins Hernando Ribera ne voulut pas dire à Juan de Valderas toiite la vérité sur les choses du pays , les richesses , les villages et les diverses peuplades qui l'habitent, pour qu'il l'écrivît de sa main dans ladite relation. Cet officier ne connut donc pas les faits d'une manière claire; car le capitaine Hernando ne les lui communiqua pas , ayant alors l'intention d'en faire part audit seigneur gouverneur , pour qu'il allât en personne conquérir ce pays : ainsi
l'exigeait l'intérêt de Dieu et de sa majesté. Après avoir pénétré pendant plusieurs jours dans l'intérieur, il retint au port des Rois en vertu de lettres et d'ordres que le gouverneur lui envoya. L'ayant trouvé malade ainsi que tous les colons, il n'eut pas occasion de l'informer de sa découverte, et de lui communiquer la relation qu'ils avait obtenue des naturels. Quelques jours après, la maladie, et la crainte .que la troupe ne mourût , nous forcèrent de revenir au port de l'Assomption : le gouverneur était malade. Il y avait peu de jours ^u'il était arrivé lorsque les officiers de sa majesté se saisirent de sa personne, comme c'est un fait notoire pour tout le monde , de sorte que le capitaine Hernando Ribera ne put pas lui remettre sa relation.
Comme actuellement les officiers de sa majesté se rendent en Espagne avec le gouverneur, et qu'il peut arriver quil meure , qu*il s'absente et qu'il aille dans deâ endroits où Ton ne pourrait paâ lui ti*ânsmettre cette re-
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lation , craignant qu'elle ne se perde , ain» que Thistoire du voyage de découverte, ce qui pourrait être désavantageux au service du roi, et causer au seigneur gou veneur des pertes et des dommages considérables » que Ton pourrait attribuer à la faute de Hernando Ribera, voulant décharger sa conscience et faire son devoir envers Dieu , sa majesté et monseigneur le gouverneur, il désire donner la relation de sa découverte par-devant moi , notaire public, afin que sa majesté soit in« formée des rapports qu'il a obtenus sur les naturels. En conséquence il m'a demandé et m'a requis de recevoir cette dite relation rédigée dans la forme suivante :
A dit et déclaré, le sus-nommé capitaine Hernando Bibera, que le vingtième jour du moisde décembre de Tannée i543, il partit du port des Rois , avfec cinquante-deux hommes, en vertu d'un ordre du gouvernteur, à bord d'un brigantin nomitaé el Golondrino ( VMi^ rondelle) \ il naviga sur l'Ygatu, qui estup
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embranchement de deux autres rivières nommées Ycareati et Yajrva. Ce cours d*eau est très-large et très-rapide. Le sixième jour il pénétra dans la rivière d'où sortent ces deux dernières. Suivant le rapport des naturels chez qui il s'arrêta , elles viennent de Tintérieur : l'Yayva doit sortir des montagnes de Sainte-Marthe ; c'est un cours d'eau très-considérable et fort rapide. Il est plus grand que la rivière Ycareati qui, d'après l'indication des Indiens, descend des montagnes du Pérou. Entre ces deux rivières il existe une vaste contrée et des villages peuplés d'une infinité de nations (toujours suivant les naturels). L'Yayva et l'Ycareati se réunissent dans le pays des Indiens nommés Perovaças, où elles se séparent de nouveau et se rejoignent encore soixante-dix lieues plus bas.
Après y avoir navigué pendant dix-sept jours, il traversa le pays des Indiens Perovaças , et il arriva dans une autre contrée , dont les habitants se nomment Xarayes. Ces gens récoltent
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beaucoup de vivres, ils nourrissent des oies, des poules et d'autres oiseaux; ils pèchent, ils chassent , ils sont civilisés, et obéissent à un chef. Quand les Espagnols furent arrivés chez les Xarayes , ils entrèrent dans une ville d'environ mille maisons , et dont le chef se nomme Camire. Ce cacique le reçut fort bien ; Hernando Ribera obtint de lui des in-* formations sur les peuplades de l'intérieur. En conséquence il laissa son brigantin avec douze hommes de garde et, accompagné d'un guide qu'il prit chez les Xarayes, il poussa plus avant.
Il marcha trois jours, et parvint aux villages d'une nation indienne nommée les Urtues ; ce sont de braves gens qui cultivent la terre comme les Xarayes. Depuis cet endroit, il voyagea dans une contrée tout habitée,] usqu'à ce qu'il fut parvenu au quatorzième degré vingt minutes, en suivant la direction du couchant. Tandis que les Espagnols étaient dans les villages des Urtueses et des Ahurunes,
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ils virent beaucoup de chefs des villages de rintérietir , qui vinrent parler au capitaine, lui apportèrent des plumes semblables il celles du Pérou , et des plaques de métal grossier (chapalone). Il prit des informations auprès d'eux, et il les questionna chacun en particulier sur le^ villages et les populations qui se trouvaient plus avant.
Ces Indiens , sans varier dans leurs réponses , lui dirent unanimement qu a dix journées de là , dans la direction noixl^ouest, il existait des femmes qui possédaient de grandes villes y qu'elles avaient une quantité considérable de métal blanc etjaune^^que leurs vases ( assientos ) et leurs ustensiles de ménage étaient tous de ce dernier métal. Leur chef est une femme de la même nation ; elles âont guerrières et redoutées des naturels. Avant d'arriver chez elles, il existe une nation d'Indiens très-petits » qui font la guerre aux femmes dont il est question , ainsi qu'à
ceux qui donnaient ces informations. A certaine époque de Tannée elles se réunissent aux Indiens, leurs voisins, et cohabitent avec eux ; si les ejnfants qui résultent de ces rapports sont des filles, elles lesgardent avec elles : elles nourrissent les garçons jusqu'à ce qu'ils cessent de téter; puis elles les renvoient à leurs pères.
De Fautre côté du village des femmes , il existe de forts grands établissements. On a raconté au capitaine ce qui a rapport aux femmes sans qu'il Fait demandé. Les Indiens lui dirent, en montrant le rivage d'un* lac très-considérable, qu'ils nomment la maison du Soleil , que ces femmes habitaient du côté où le soleil se couche , de sorte qu'elles sont au nord-ouest , entre les flancs de la montagne de Sainte-Marthe et le lac ci-dessus mentionné.
Au delà des peuplades qui sont après les villages des femmes , il existe d'autres nations très - considérables ; ce sont des nègres. D'à-
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près ce que Ton indiqua aux Espagnols, ils sont noirs et ont des barbes alongées à la manière des Maures, On kur demanda comment ils savaient que ces gens étaient noirs ; ils répondirent que leurs pères les avaient vus , et que d'autres nations qui habitent près de là le leur avait rapporté. Ces gens s'habillent, leurs maisons et leurs villes sont en pierres et en terre, elles sont très-grandes. Ils possèdent beaucoup de métal blanc et jaune; ils en ont une quantité si considérable, que chez eux les vases , les marmites , les cruches, etc. , ne sont pas fabriqués d'une autre matière. Le capitaine demanda auxdits Indiens où étaient établies lés habitations et les villes de cette nation noire; ils firent signe que c'était au nord-ouest, et quie si les Espagnols voulaient s'y rendre ils arriveraient en quinze jours aux villages qui sont sur la frontièredeces nègres. A en juger par le côté qu'ils indiquèrent, ces villages sont situés à douze degrés du côté du nord-ouest, entre
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les montagnes de Sainte-Marthe et du Mai'agnon ; c'est une nation guerrière, qui combat avec des arcs et des flèches. Ces Indiens firent Toir aussi que beaucoup d'autres nations trè^ considérables vivent du côté du nord-ouest jusqu'au nord-ouest quart noixl. Il y a des villes si grandes, quedans une journée on ne peut se rendre d'une extrémité à l'autre. Tous ces Indiens possèdent beaucoup de métal blanc et jaune, qu'ils emploient dans leurs maisons ; ils sont habillés. On peut se rendre che^ eux très-promptertient et en traversant une contrée fort peuplée.
Hernando de Ribera dit aussi qu'à l'ouest il avait vu un lac si large , que d'une rive à l'autre on n'apercevait pas la terre , que les bords étaient habités par des populations très-considérables qui sont vêtues, riches en métal : qu'elles possédaient des pierres très-brillantes dont ils bordaient leurs étoffes ; ces Indiens retiraient ces pierres de ce lac. Ils avaient des villes fort grandes dont les habitants
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étaient tous cultivateurs. Ils possédaient des vivres en très-grande abondance. Ils élevaient beaucoup d'oies et d'autres animaux. Du point pu se trouvait le capitaine on pouvait se rendre h ce lac et aux populations qui Thabi^ taient en quinze jours , sans quitter un pays peuplé, où Ton trouvait beaucoup de mét^l et dç bonnes routes quand les eaux seraient abaissées. XiCS Indiens proposèrent de l'y conduire, quoiqu'il n'eût avec lui c[u'un petit nombre de chrétiens , et que les villages qu'ils devaient traverser fussent grands et très-peuplés.
Le capitaine déclara formellement qu'on lui avait dit, et qu'on lui avait montré que vers l'ouest quart sud-ouest , il y avait de grandes villes bâties en terre, dont les habitants étaient de braves gans, habillés, très- Hcbes, qui possédaient beaucoup de métal, récoltaient du grain , çt qui élevaient de trè«grands niputons avec lesquels ils défrichaient les tisrres çt les cultivaient. Ils employaient
aussi ces animaux comme bétes de somme. Hernando Ribera s'informa si les villages de ces Indiens étaient fort éloignés : il apprit qu'on pouvait y arriver en peu de temps , et que le pays était très-peuplé.
Entre ces populations il y avait d'autres chrétiens , des déserts de sables très-étendus et sans eau. On leur denianda comment ils savaient qu'il y avait des chrétiens du côté de ces peuplades : ils dirent qu'autrefois ils avaient entendu rapporter, par des Indiens qui habitent dans le voisinage , qu'ils avaient entendu dire aux naturels des peuplades en question , que leurs compatriotes en traversant les déserts avaient vu venir une grande multitude d'hommes habillés , blancs et barbus, qui em* menaient avec eux des animaux ( ils indiquèrent par des signes que c'étaient des chevaux ) montés par des hommes. Comme ils n'y trouvèrent pas d'eau , ils les avaient vus rebrousser chemin : un grand nombre avait péri. Les Indiens de ces villages croyaient que ces gens
venaient du côté des déserts. Ils firent signe que vers l'ouest, quart sudrouest il y avait de grandes montagnes et un désert. Les Indiens ayant appris qu'il existait de l'autre côté des populations, avaient essayé de le traverser, mais ils n'avaient pu y réussir parce qu'ils mouraient de feim et de soif; On les interrogea pour savoir comment ils avaient appris cela , ils répondirent que toj^s les Indiens de cette contrée communiquaieut entre eux , et qu'ils le savaient avec certitude, parce qu'ils avaient eu des rapports avec eux, qu'ils avaient vu ces chrétiens et les chevaux traverser le désert : qu'à l'extrémité des montagnes indiquées , vers le sud-ouest , il existait de grandes villes et une nation fort riche en métal. Les Indiens qui rapportaient ce fait, assuraient avoir connaissance que de l'autre côté , dans l'eau salée , naviguaient de trèsgrands vaisseaux. On leur demanda si dans les villes dont ils parlaient, les habitants avaient des chefs : ils dirent que toutes les
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nations et toutes les villes n'ont qu'un seul chef du même pays. Le capitaine Hernando Ribera déclara quepour découvrir la vérité auprès de ces Indiens et savoir s'ils différaient dans leurs rapports, il les avait interrogés pendant un jour et une huit chacun en particulier : qu'il avait employé divers moyens , que tous ces gens-là s'étaient trouvés d'accord sans varier dans leurs dépositions.
Le capitaine Hernando Ribera déclare que la relation ci-dessus détaillée, a été reçue avec toute clarté, fidélité et loyauté, sans mauvaise foi , sans ruse et sans fraude , et afin que Ton y accorde toute foi et crédit, et que l'on ne puisse élever aucun doute sur la totalité ou une partie, il dit qu'il le jurerait, et il le jura sur le nom de Dieu, de sainte Marie , et sur les quatre saints Evangiles.
En conséquence, il posa sa main droite
sur un missel que tenait alors dans ses liiains ,
et ouvert , Francisco Gonzalès Pan y Agua ,
du côté où étaient écrits les saints Evangiles , 6. 32
et sur le signe de la croix ainsi qu'elle est indiquée +. Il mit donc sa main droite comme témoignage que la relation dans la forme et de la manière qu'il l'a rapportée, déclarée , et telle qu'elle est contenue ci-dessus , lui a été donnée, exprimée, énoncée et déclarée par lesdits Indiens, chefs de ladite terre, et d'autres hommeg âgés qu'il interrogea et examina avec tout le soin possible , afin de découvrir la vérité , et la clarté des faits ayant rapport à l'intérieur du pays.
Après s'être procuré cette relation auprès d'autres Indiens , habitants de villages difiFérents, et surtout d'une ville trèsconsidérable , nommée Uretahere , il s'éloigna à une journée de distance de cet endroit. Luimême recueillit ces informations de tous les Indiens; tous s'accordèrent dans leurs rapports à l'égard de cette relation , avec clarté et sans mystère.
Il déclare , sur la foi de son serment , qu'il n'existe dans cette relation ni dans ses par
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ties aucune chose exagérée ni feinte, sauf seulement à vérifier l'exactitude de tout ce qu on lui a dit, et dont il s est informé sans fraude ni ruse aucune. Il dit aussi que les Indiens susdits lui avaient assuré que le Rio Aréati Ycaréati fait une chute au-dessus de hautes montagnes.
Le capitaine Hernando de Ribera certifie que tout ce qu'il a racon.té est la vérité , que s'il en est ainsi j Dieu lui soit en gar4e, autre*ment qu'il lui envoie dans ce monde les souffrances du corps , et dans l'autre où il doit exister plus longtemps la perte de l'àme. Ce serment lui ayant été lu, il dit : Oui je le jure, Amen !
Ledit capitaine m'a demandé et a requis de moi , notaire , ci-dessus nommé , que je lui remisse cette relation , tant pour sa tranquillité personnelle que pour servir de témoignage audit seigneur gouverneur, comme garantie de son droit.
Fait en présence des témoins suivants : Le
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révérend père Pan y Agua , sus-nommé , Sébastien de Valdiviesso , valet de chambre dudit seigneur gouverneur, Gaspard de Hortigdsa , Jiian de Hoses , bourgeois de la ville de Cordoue , qui tous signèrent de leurs noms comme il suit :
Filaucisco Gouzalez-Pait t Agua, SiiASTiEir de Valdiviesso, Juan de Hoses, Hernando de RtBBftA , Gaspard de Hortigosa.
Par-devant moi, Pêro Hernaudez, notaire.