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Trèshonorez et magnifiques Seigneurs, Messieurs les Bourgmestres et Conseil de la noble ville de Francford.
Si jamais il fut besoin de proposer en exemple et imitation les actes vertueux, afin qu’ils servissent d’aiguillons à ceux qui sont lasches et paresseux, ou qui s’acquittent tellement quellement de leur devoir, il y a en ce siècle tant corrompu une telle, je ne di pas seulement nonchalance, mais aussi paresse stupide, qu’il est bien nécessaire de chercher quelque moyen pour contraindre la plus grand'part des hommes, pour le moins par honte, à faire ce qu’ils doyvent, puis que d’eux-mesmes ils ne marchent point en avant, mais plustost reculent. Vray est que nous verrons bien que tous, et en publiq et en particulier, ne sont que trop ententifs à une émulation perverse : c’est qu’il n’y a Roy ou prince qui ne tasche de monstrer qu’il ha autant d'esprit, industrie, force, et audace à amplifier et estendre par tous moyens les limites de son empire, comme ses voisins : qu'il n’y à ville, communauté, ne république qui ne vueille emporter par-dessus les autres la louange de finesse, et toute manière de ruses et tromperies : qu'entre les hommes addonnez à ambition il n’y en a pas un qui ne vueille estre moindre que son compagnon en mauvaises prattiques et subtilitez damnables: brief, sans avoir parlé ensemble, on diroit qu’ils ont fait un complot, comme par gageure, de s’accourager Îles uns les autres à mal-faire: et celuy qui est le plus habile en meschanceté, aiséement par son exemple en gaste et précipite une multitude infinie: cependant, les vices ayans un règne si commun, il se trouve tant peu de gens qui commencent à bien-faire, et monstrent exemple aux autres. Voylà pourquoy d'autant plus j'estime qu’il est besoin, quand il y a quelques vertus excellentes qui se monstrent és personnages eslevez en authorité, qu’elles soyent haut eslevées par louanges convenables, comme pour estre veuës de loin, afin que tant plus de gens soyent resveillez et incitez à les ensuyvre. Et c’est, très honorez Seigneurs, le principal but que je confesse avoir regardé en délibérant de mettre en lumière ce mien labeur présent, sous Pinscription de vostre nom. Car combien que j'estime que ce me sera une grande récompense de mon entreprise, si la promptitude que vous monstrez à bien-faire, vient à estre par ceci aucunement aug-
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mentée, toutesfois j’ay plus regardé à l’autre point que j’ay dit: asçavoir que les autres s’avancent en cest endroit autant que vous, ou pour le moins qu'ils commencent à suyvre le mesme train. Cependant toutesfois mon intention nest pas de faire un discours entier de toutes les vertus excellentes desquelles vous estes douez, mais je me contenteray pour le présent d’en louer une, laquelle à fait que moy et plusieurs autres serviteurs de Christ sommes maintenant obligez à vous d’une saincte obligation. Ce fut bien desjà un grand poinct, de ce que (cinq ans y à et plus) au milieu de l’espovantement horrible qui fut par tout le pays, lors que la calamité advenue menaçoit d’une misérable dissipation les Eglises d’Alemaigne, et quasi l'Evangile d’une ruine entière, vous, sur lesquels les premiers esclats fussent tousjours volez, demeurastes fermes en la franche et pure confession de la foy, qui estoit adonc fort odieuse: et mainteintes constamment la simple doctrine de la vraye religion, laquelle vous aviez embrassée : tellement, qu’il estoit aisé à cognoistre qu’entre les grans affaires et dangers qui vous environnoyent, vous n'aviez rien en plus grande recommandation que de batailler sous l'enseigne de Christ. Mais c’est encores un acte bien plus notable et digne de mémoire, que non-seulement vous entretenez entre vous le pur service dé Dieu, et donnez ordre songneusement que vos sujets se tienent rangez au dedans de la bergerie de Christ: mais aussi les reliques et. pièces esparses,de Ja dissipation,de J’Eglise.chassées d'ailleurs, comme povres membres deschirez, sont par vous recueillies et rassemblées. Ces nouvelles certes m'ont esté de grande consolation (selon qu’on en peut prendre au milieu des troubles et calamitez qui sont aujourd’huy) quand j’ay entendu que les bons fidèles et enfans de Dieu, lesquels estans fugitifs d'Angleterre et autres pays, estoyent arrivez en vostre ville, y ont esté humainement receus et logez: et que non-seulement vous avez ottroyé port à leur triste exil, mais aussi fait honneur convenable au Fils de Dieu, en faisant que son Evangile résonne haut et clair dedans vostre ville en langues estranges. De fraische mémoire la seigneurie de Zurich a monstré semblable humanité envers les povres Locarnois, ausquels non-seulement elle a ouvert sa ville, pource qu’il n'estoit permis à ces bonnes gens de servir Christ au lieu de ‘leur naïssance Comme ils eussent bien désiré: mis aussi assigné ün temple, auquel ils puis: sent faire leurs sainctes assemblées Ecclésiastiques : et la diversité de langage n’a point empésché qu'ils! n’ayent voulu aussi avoir Christ entr’eux parlant Italién: Mais pour revenir à vous, si tost que j’ouy que de vostre grâce vous aviez permis à Ceux de nostre Langue de dresser une Eglise en vostre ville, m'en senfant en particulier obligé à vous, je délibéray de vous en faire recognoissance! par le présent Aequel! maintenant je vous offre. Car comme à bon droict la condition de nostre nation est à déplorer, :à laquelle, par là tyrannie sacrilége de la Papauté, la démeurance ‘de’ SOn pays 6st quasi un bannissement du Royaume de Dieu: aussi d'autre part ee Ity est un bien singulier d'obtenir quelque retraitte’ en pays estrange, où élle puisse rendre à Dieu un service légitime. Certes ceste saincte et sacrée hospitalité que vous avez présentée, non point tant aux hommes qu’à Christ mesme, fera (comme j’es: père).que l’estat de vostre république, desjà honorable et florissant, recevéra nou veaux accroissemens des grâces de Dieu, et poursuyvra enicelles d’un train’ continuel. Pour le moins quant à moy (comme j’ay desjà protesté) c’est ce qui m’a'incité à vous dédier ce mien labeur. Or: c’est un commentaire sur l’Harmonie bastietdés trois Evangélistes, lequel j'ay composé en grande fidélité et diligence: auquel tou: tesfois il n'est jà besoin de réciter plus au long combien j'ay travaillé: et quant à l'avancement que je puis avoir apporté, j'en laisse le jugement aux autres: j'enten aux gens honnestes et de bon vouloir, sçavans et sages, lesquels ne Sont point en? tachez dune honte sotte et barbare, qui leur oste le désir de proufiter, et sont affectionnez à utilité publique. Car je ne me arreste point aux canailles pervers et pleins d'envie. «le parle non-seulement des moines enfrocquez, qui nous font guerre ouverte pour défendre et maintenir la tyrannie du Pape : mais aussi de ces vermines,
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lesquels meslez entre nous comme bourdons entre abeïlles, d'autant qu’ils cherchent quelque cachete pour couvrir leur ignorance, seroyent contens de veoir toute Iumière de doctrine esteinte et mise bas. Car qu’ils abbayent impudemment contre moy tant qu’ils voudront, j’auray tousjours ma réplique preste, Que je ne suis ne de droict divin ne de üroict humain sujet à la censure de telles gens, qui mériteroyent aussi bien d'avoir des verges pour leur:lourde asnerie, comme le fouet pour Pobstination endurcie en malice et impudence dont ils sont pleins. Tant y a que je puis hardiment protester sans vanterie, que j’ay cherché en bonne conscience de proufiter en l'Eglise de Dieu. Sainct Jehan a desjà esté mis en lumière, il y a deux ans passez avec mon exposition, laquelle je m'asseure n’avoir esté inutile. Ainsi done, comme estant.un de.la.compagnie. de ceux qui vont devant pour faire. faire place à leur Roy, je me suis efforcé selon mon pouvoir de faire honneur à Christ, porté et conduict magnifiquement par ses quatre chevaux de pareure royale: et suis certain que les lecteurs honnestes et non malins, quand ils auront esté soulagez et aidez par mon labeur, n'auront point de regret de confesser que l'issue a aucunement respondu à mon affection. Je n’accompare pas sans cause à quatre chevaux accouplez l’histoire Evangélique enregistrée par les quatre tesmoins à ce ordonnez de Dieu: car il semble que de ceste harmonie tant propre et bien accordanfe, Dieu ait voulu expresséement dresser et équipper à son Fils un chariot de triomphe, duquel il apparoisse en arroy magnifique à tout le peuple des fidèles, et sur lequel estant porté d’une grande agilité, il face sa reveue d’un bout du monde à l'autre. Et à ce propos sainct Augustin n'à point parlé improprement, en disant que les quatre Evangélistes sont Semblablès à à des trompetes, desquelles lé son retentit de tous coëtez du monde, afin que l'Eglise estant app: de, s’assemble d'Orient, d'Occident, Midi, et Séptention en une saincté union de foy. Parquoy d'autant moins doit ‘estre supportée là Sotte curiosité de ceux, lésquels ne se contentans pas du tesmoignage de ces saincts héraux célestes, mettent en. avant sous le nom d’Evangile des büntes mal bastis et pleins de miaïseries, qui ne font autre chose que souiller et profaner la pureté de Rà foy, et exposer le nom de Christ en risée et mocquerie entre les meschans. Au rèste, quant à vous, nobles Seigneurs, puis qu'ainsi est que vous ‘avez en horreur et détestation toute manière de levain: qui Corrompt la nayfve pureté de l'Evangile, ’et monstrez que n'avez rien en plus grande recommandation que de maintenir et défendre la Simple doctrine, comme elle nous a esté laissée de Christ non-seulement je suis asseuré que vous approuverez bien fort ce mien labeur, qui desploye et expose le thrésor de l'Evangile: mais aussi je me confie que d'autant qu il est dédié à vostre Seigneurie, vous aurez agréable cetesmoignage de l’humble révérence que je vous porte. Et sur ce très honorez Seigneurs, je prendray pour .ceste heure congé de. vous, Christ yous gouverne tousjours par son Esprit, soustiene par sa vertu, défende sous sa protection, et enrichisse abondamment vostre ville et République de toutes bénédictions. De Genève ce premier jour. d’Aoust, M. D. LV.
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