‹ Commentaires de Jehan Calvin sur le Nouveau Testament (volume 3)Chapitre 75 sur 113 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

1 Et Paul ayant les yeux dressez vers le Conseil, dit, Hommes frères, j'ay servi en toute bonne conscience devant Dieu jusques à ce jour.

2 Adonc le souverain Sacrificateur Ananias commanda à ceux qui estoyent près de luy, de le frapper sur le visage.

3 Lors Paul luy dit, Dieu te frappera, paroy blanchie. Que tu sois assis pour me juger selon la Loy, et que contre la Loy tu commandes que je soye

frappé?

4 Et ceux qui estoyent présens, dirent, Injuries-tu le souverain Sacrifica-

leur de Dieu?

5 Et Paul dit, Frères, je ne scavoye pas qu’il fust souverain Sacrificateur : car il est escrit, Tu ne médiras point du Prince de ton peuple".

1) Exode, XXVII, 28.

1 £t Paul ayant les yeux dressez vers le Conseil. Sainct Paul commence par le tesmoignage de sa conscience, à celle fin que toute l'assemblée entende qu'il est sans cause et à grand tort chargé d’un crime si énorme, comme s’il eust tasché de renversér le service de Dieu.

Vray est qu’il pourra bien adyenir qu’il y en aura aucuns qui tomberont lourdement par-ignorance, lesquels ne seront point autrement contempteurs de Dieu ne de religion : mais sainct Paul par ceste excuse a voulu seulement amollir les cœurs des Juifs qui estoyent aigris, pour . Se faire donner audience. Car on ne l’eust jamais receu à défense quelconque, tant que ceste opinion fust demeuré imprimée és cœurs des Sacrificateurs, qu’il estoit apostat et homme sans religion. Avant donc qu’il entre en cause, il se purge de ce crime, non-seulement pour s'acquérir

faveur en monstrant qu’il avoit affection et zèle à la religion, mais aussi afin qu'il previene les calomnies, ou pour le moins afin qu'il repousse les faux et iniques jugemens qu’on avoit desjà conceus de luy, desquels il voyoit bien toute l’assemblée estre infectée et corrompue. On ne sçait ce qu'il devoit dire outre cela. Au reste, nous sommes enseignez par ceste préface, que nul ne peut traitter comme il appartient la doctrine de piété, sinon que Ja crainte et révérence de Dieu règne en luy, et tiene le premier lieu. Or maintenant combien que sainct Paul ne parle point si honorablement aux Sacrificateurs, qu'il a fait un peu auparavant sur les degrez de la forteresse, les appelant pères : tant y a toutesfois qu'il leur fait encore cest honneur de les appeler frères : non pas qu'ils en soyent dignes, mais afin qu'il proteste que la cause de

l’estrangement ne procède point de sa faute.

2 Adonc le souverain Sacrificateur Ananias commanda à ceux qui esloyent près de luy, de le frapper. Le récit de S. Luc ne semble point s’accorder avec l’histoire receue communément. Car voyci ce que dit Josèphe des grans Sacrificateurs de ce femps-là : que comme ainsi soit que Quadratus proconsul de Syrie eust chassé Cumanus du gouvernement et administration de Judée, il luy commanda de se présenter devant l'Empereur pour plaider sa cause : et quant et quant il envoya Ananias souverain Sacrificateur lié :

et ne fait point mention qui fut substitué en sa place: sinon qu’il est vray-semblable que cest honneur fut déféré à Jonathas, lequel il dit avoir esté depuis mis à mort par la menée et trahison de Félix gouverneur de Judée, qui fut successeur de Cumanus. Car d'autant que Jonathas l’avoit souvent admonesté, Iuy ne pouvant porter la constance d’un tel homme, feit complot et marchand avec un certain Dora, de trouver des garnemens pour envoyer tuer ledit Jonathas. Lors selon le tesmoignage du mesme Josèphe, le Roy Agrippa conféra la Sacrificature à Ismaël fils de Phabeus. Et cestuy-ci fut envoyé à Rome par le peuple pour faire quelque requeste : et fut retenu par Popée femme de Néro : cependant Agrippa meit en sa place Josèphe surnommé Chabi, fils de Simon. Mais encore Agrippa se faschant bien toast de cestuy-ci, meit pour grand Sacrificateur Ananus fils d’Ananus. Mais il récite que ce dernier faict est advenu du temps, qu'après la mort de Festus, Albinus fut substitué, pour succéder en la place dudit Festus. Or je ne voy point de raison pourquoy cest Ananus doyve estre appelé Ananias, comme aucuns luy imposent ce nom. Bien est vray que ceci ha quelque couleur, qu’on dit qu’il estoit Sadducien : d'avantage, qu’il estoit audacieux et cruel, comme ayant exposé Ja ques frère du Seigneur pour estre lapidé, sans avoir authorité légitime. Mais si on adjouste foy à Josèphe, ce n’a peu estre cestuy Ananias, duquel S. Luc fait yci -mention, qui fut lors seulement ordonné Sacrificateur , après que plusieurs années

Cuar. XXIII.

furent passées depuis que Félix s’estoit parti de ceste province. Il y à une autre conjecture de laquelle je me suis advisé.

Car durant tout ce temps-là un certain Ananias Sacrificateur fut en grand bruit, lequel tenoit comme le premier lieu en tout l’ordre, excepté le titre d'honneur. Et pource que Josèphe laisse quelque temps vuide entre le premier Ananias et Ismaël, il se peut bien faire que cestuy-ci à obtenu la souveraine Sacrificature le temps d’entre-deux. Mais encore qu’ainsi ne soit advenu, si est-ce qu'on peut cognoistre par Josèphe, qu’Ananias qui mourut en la destruction de la ville, avoit autant de crédit et authorité sous l’empire de Claudius César et de Néron, comme les souverains Sacrificateurs qui estoyent pour lors. Et qui plus est, son authorité est célébrée tout ainsi comme s’il eust eu le souverain gouvernement : combien que d’autres eussent le titre et honneur. D’avantage, il est nommé indifféremment principal Sacriticateur, comme tous ceux qui estoyent de la grande Sacrificature.

Maintenant que les lecteurs advisent, si en ce passage mesme le mot Grec ne signifie point plustost principal Sacrificateur que souverain, comme bien souvent ailleurs, Car tout communéementles Evangélistes nomment ainsi les Sacrificateurs qui sont de la lignée d’Aaron, pour les discerner des Lévites, lesquels avoyent un degré plus bas de Sacrificature. Joint que cest Ananias, qui estoit estimé homme magnanime et vertueux, a peu faire l’office du grand Sacrificateur en l’absence d'iceluy. Au surplus, ce que j’ay récité de Josèphe, est en partie escrit au XXe livre des Antiquitez depuis le 3e chapitre jusques au 8°, en partie aussi au Ile livre de la guerre Judaïque. De le frapper sur le visage. On voit bien qu’il y avoit une grande insolence et désordre en ce Conseil. Car quant à ce que ce Sacrificateur a esté transporté de telle ämpétuosité, qu'il a commandé que Paul fust frappé sans aucune cause, il est bien certain qu'il l’a fait par le consentement de tous :

et qui plus est, afin qu’il acquist la grâce de ces enragez. Or Dieu permet que les meschans et orgueilleux soyent tellement {ransportez par Satan, que sans penser

Car. XXII.

ils s’eslongnent de toute apparence d’équité et attrempance, et en perdent la réputation. Car les hypocrites voudroyent bien monstrer quelque apparence de modération. Et ne faut point douter que ce Sacrificateur n’ait tasché de monstrer une gravité digne de sa personne. Mais le Seigneur luy à arraché ce masque, en sorte qu’il n’a point gardé la modestie mesme d’un homme vulgaire : mais comme une beste s’est desbordé à une cruauté violente. Cependant nous voyons quelle vileine et horrible dissipation il y à eu pour lors en l'Eglise. Comme ainsi soit que cest Ananias qui présidoit au Conseil, deust par sa gravité tenir les autres en bride, oubliant toute modestie il les pousse à violence et cruauté brutale. Il n’y avoit donc pour lors aucune discipline : mais une barbarie confuse régnoit.

Et ne s’en faut point esbabir : car ils s’estoyent aliénez de Dieu : ils avoyent rejetté Jésus-Christ en grande mocquerie et opprobre : toute la religion estoit en vente eéntr’eux. I a donc falu qu'ils soyent tombez en une phrénésie forcenée, laquelle les Payens mesmes eussent en détestation, afin qu’ils fussent punis de leur impiété par telle ignominie.

3 Dieu te frappera, paroy blanchie.

S. Paul ne se peut taire qu’il ne monstre l'injure qui luy est faite, pour le moins qu’il ne se plaigne par dures paroles du Sacriticateur, et qu’il ne luy dénonce Ja vengence de Dieu. Car ce n’est point une imprécation et maudisson , comme il appert assez par letexte Grec : mais plustost une répréhension conjointe avec déponciation de peine. Si quelqu'un objecte, que sainct Paul n’a point gardé la modestie que Jésus-Christ commande à ses disciples de garder, quand il veut qu’après qu’ils auront esté frappez en la joue senestre , ils tendent aussi la dextre, Mat., V. 39 : la solution est bien facile, que Jésus-Christ ne requiert pas par ces paroles, que ses fidèles se taisent, en sorte que par leur silence ils nourrissent la malice et insolence des meschans: mais seulement il à voulu mettre une bride à leurs affections, afin qu’ils ne portent impatiemment l’outrage qui leur aura esté fait. Jésus-Christ veut que ses: fidèles

SUR LES ACTES

après avoir receu une injure, soyent prests d’endurer la seconde: et par ce moyen réprime tout appétit de vengence.

Or la vraye et briefve définition de souf-

france ou patience, qui est séante à tous

fidèles, est qu'ils ne laschent la bride à leur cholère, et ne rendent mal pour mal, ains s'efforcent de vaincre la malice par débonnaireté. Or ceci n’empesche point qu’ils pe se puissent plaindre des outrages qui leur auront esté faits, qu’ils ne rédarguent les meschans, et les adjournent au siége judicial de Dieu : moyennant qu'ils le facent estans paisibles en leurs cœurs:

puis après sans malveillance et haine:

comme sainct Paul appelle icy au jugement de Dieu, à ce que le Sacrificateur ne se plaise en sa tyrannie. Il l’accuse donc de ce qu’il viole la Loy, par le moyen de laquelle il se disoit avoir puissance :

dont il recueille qu'il n’en demeurera point impuni. Si quelqu'un vaincu d’impatience ne fait seulement que murmurer, encore ne Sera-il point sans coulpe : mais une accusation manifeste et sévère, qui partira d’un cœur paisible , n’outrepasse point les limites que Jésus-Christ a mis.

Si on réplique, qu’en ce que sainct Paul dit, il y a une injure meslée : je respon, qu’il faut tousijours adviser-de quel courage les paroles sont proférées. Jésus- Christ prononce que celuy qui aura seulement dit Racha à son frère, est digne d’estre puni par le conseil, et coulpable de la géhenne du feu : et qui aura dit Fol, il le submet encore à un plus grief jugement, Math., V, 22. Or si lieu est donné aux répréhensions , il faudra bien souvent parler rudement. Dont s'ensuit que l'intention du Fils de Dieu n’a point esté autre, que de défendre toute cholère, et puis tous outrages à ses fidèles. Ainsi donc, que toute affection d’injurier Soit loin, et non-seulement il nous sera licite de noter de folie nos frères, mais aussi exprimer leurs forfaits en propres termes quand besoin sera. Suyvant cela saine Paul n’a point parlé pour amour de soY, afin que par reproche de paroles il se vengeast de l’injure qui luy avoit esté faite par le Sacrificateur: mais pource qu’il estoit ministre de la parole de Dieu, il n’a point voulu dissimuler ne taire un tel for-

fait, qui méritoit bien une griefve et aspre répréhiension : veu principalement qu’il éstoit bon de tirer la lourde hypocrisie d’Ananias hors de ses cachettes, pour P’amener en lumière. Toutes fois et quantes donc que nous avons affaire avec gens meschans, si nous voulons bien défendre et conduire nostre bonne cause, il nous faut tascher qu’il n’y ait aucun mouvement d’ire bouillant en nous, qu’il n’y ait aucune Cupidité de vengencé qui nous incite à injurier autruy. Que si l'Esprit de mansuétude règne en nous, il nous sera licite comme de la bouche de Dieu, de traitter les meschans comme ils ont mé-

rité : en sorte toutesfois qu'il apparoisse

plustost que nous sommes Prophètes, que non pas que nous desgorgeons quélque chose à la volée par une “ardebr excessive.

4 Etceux qui estoyent présens dirent.

Par ceci il appert qu'ils estoyent tous entachez d’une mesme insolence et forcénerie. Car pourquoy ne blasment-ils plustost Ananñias, lequel ils voyoyent ayant mis en Oubli toute modestie, se jetter à battre d’une façon plusque barbare? Car aussi cela tournoit au déshonneur d’eux tous. Mais c’est la coustume des hypocrites, qu’estans tant plus rigoureux et austères à censurer les autres, ils ferment les yeux à leurs péchez, et s’ÿ flattent tout doucement. D’avantage, cest orgueil est conjoint avec une tyranñie, que ceux qui dominent ne veulent point que rien soit licite à leurs subjets: ét quant à eux, ils se laschent Ja bride à toutes choses.

Comme aujourd’'huy en la Papauté, tant plus que ce vilein et puant clergé se baïlle de licence et s’abandonne à toutes dissolutions et ordures, et empuantit tout le monde de ses infections, tant plus rigoureusement réprime-il les langues et bouches du povre peuple, et les tient liées.

Et pourtant s’il y a quelqu'un qui soit si osé d'ouvrir la bouche, un peu de liberté qu'on prend à parler, les fera crier comme enragez, Comme si c’estoit un sacrilége exécrable.

5 Frères, je ne scavoye pas. Ceux qui pensent que ceste excuse de sainct Paul soit sans figure, ne regardent pas bien aux objections contraires, par les-

Car. XXUIE quelles leur erreur est réfuté. IIS disent que Sainct Paul ne cognoisSOÏt point le Sacrificateur, pource qu'il y avoit long temps qu’il n’avoit esté en Jérusalem.

Voire, comme s’il ne sçavoit pas bien qué celuy qui présidoit au Conseil estoit en l'estat de Sacrificateur. Et certes. Ananias n’estoit point Si peu renommé, que Paul ne sceust bien en quel degré il 68 toit eslevé. Maïs il ne faut que ses propres paroles pour couper broche à touté disputé, quand il le reprend de ce que sous couleur de la Loy tenant le siége de juge, il procède ainsi désordonnéemeñt et avec insolence contre là Loy.

Paul donc a bien cognu en quel degré il estoit, quand il dit qu’il a abusé de son authorité. Les autres s’advisent d’un sens plus Subtil, asçavoir que Paul wa point yci parlé d’Ananias en s0y, mais de son office et de la personne publique d'iceluy. Mais en premier lieu, c’est une exposition contrainte. Car si sainct Paul avoit en révérence la Sacrificature, il devoit aussi porter quelque honneur à l’homme qui estoit eslevé à ceste dignité et office. Or il n’est point croyable que comme ainsi soit que la majesté de la Sacrificature fust abolie par la venue de Jésus- Christ, et qu'après fust venue une si vileine profanation, sainct Paul ait porté l'honneur accoustumé à ceux qui Sans droict quelconque dominoyent pour lors sous titre de Sacrificateurs, comme S'il : Y eust eu encore puissance entière et légitime. Maccordant donc avec sainct Augustin, je ne doute point que ce ne soit vci une excuse faite par ironie. Et à ceci n’est point contraire Ce qu'un simple propos est bien séant aux ministres de vérité.

Car comme àinsi Soit qu’il y ait deux espêces d’ironie, l’une qui est couverte de ruse pour tromper : l’autre, qui dénote tellement par figure la chose de laquelle il est question, qu’elle poingt plus asprement : il n’y a rien qui ne soit bien séant aux serviteurs de Dieu en ceste seconde.

Voyci donc quel est le sens de ces paroles, Frères, je ne recognoy rien eh cest homme-ci, qui soir digne d'un Sacrificateur. 1] adjouste aussi le tesmoignage du ch. XXII du Deut., v. 28 auquel passage combien que Moyse face mention propre-

Crée. XXIIL

ment des Juges, toutesfois ceste sentence se peut bien estendre à tout ordre ét puissance légitime. Ainsi toute dignité qui est ordonnée pour maintenir la police, est bien digne qu’on lait en saincte révérence et honneur. Car quiconque

s’eslève outrageusement contre le Magis-

trat, et contre ceux qui sont eslevez en honneur ou domination, cestuy-là appète s’exempter de sujétion. Or un tel appétit désordonné tend à troubler toute police et ordre, et mesme pour faire oublier toute humanité. Pourtant saihct Paul se purge d’un tel crime : en sorte toutesfois qu'il nie qu’on doyve réputer Ananias pour Sacrificateur de Dieu, d'autant qu’il avoit malheureusement corrompu tout ordre d'Église, et perverti toute discipline.

Mais on pourroit yci faire une question, s’il ne faut pas obéir au prince, quelque cruauté ou Éyranhie qu'il exerce. Car si Céluy qui s’acquitte mal du devoir de son office, ne doit pas estre pourtant privé de Son honneur, S. Paul a failli en despouil-

SUR LES ACTES

lant le souverain Sacrificateur de son honneur. Pour faire response à ceste question, je di qu’il y a quelque différence entre les Magistrats civils et les prélats de l'Eglise. Car combien que ladministration d’une domination terrienne ou civile soit confuse et perverse, néantmoins le Seigneur veut que la subjétion demeure en son entier. Mais quand Je gouvernement spirituel est abastardi, les ( consciences des fidèles sont desliées, à ce qw’elles ne rendent obéissance à quelque domination inique : et principalement s’il y à des gens meschans qui se couvrent faussement du titre de Sacrificature pour renverser la doctrine de salut, et s'ils usurpent une domination pour assujetir Dieu mesme, et abbaisser son authorité.

Ainsi aujourd’huy non-seulement il est licite aux fidèles de rejetter le joug du Pape, mais aussi il est nécessaire, veu qu’ils ne peuvent autrement obéir à ses loix, que quant et quant ils ne se révoltent de Dieu.

6 Æt Paul scathant qu'une partie estoit des Sadduciens; et l'autre des Pharisiens, S’escria dans le Conseil: Hommes frères, je suis Pharisien, fils de Pharisien : je suis accusé pour l'espérance, et résurrection des morts.

7 Quand il eut dit cela, dissension fut esmeue entre les Pharisiens el Sad-

duciens, et l'assemblée fu départie.

8 Car les Sadduciens disent qu'il n'y a point de résurrection, ni Ange, ni esprit : mais les Pharisiens confessent l'un et l’autre :

9 Æt fut faict un grand cri.

Adonc les Scribes de la partie des Pharisiens

se levérént, et débatoyent, disans, Nous n'avons rien trouvé de mal en cest homme : mais si un esprit ou un Ange a parlé à luy, ne bataillons point con-

tre Dieu.

1) Act., XXIV, 21. Phil., I, 5.

6 Et Paut scachant qu'aucune parlie esloit, etc. La ruse de Paul yci récitée par sainct Luc, ne semble estre bien séante à ün serviteur de Christ. Car l’astuce et finesse de laquelle il a usé, à esté enveloppée de quelque feintise, laquelle estoit prochaine de mensonge. Il dit que ie nœud de sa cause consistoit en la résurrection des morts. Toutesfois on peut bien sçavoir qu'il y avoit débat d’autres choses, asçavoir qu’il abolissoit les cérémonies, ét qu’il admeltoit les Gentils à l'alliance de salut. Je respon que combien que ces Choses soyent vrayes, néantmoins

sainet Paul n à point menti. Car il ne nie poirt qu’il n'ait esté atcusé d’autres choses: et he constitue pas tout le différent en ce Seul poinet : mais il parle en vérité, protestant que les Sadduciens “ Youloyent mal, pour ceste raison qu’il affermoit la résurrection des morts. Il Sçavoii bien que ceux qui avoyent Conspiré COntre luy avoyent des divisions et sectes entr'eux-mesmes. De luy, il sentoit bien sa bonne conscience, et s’il eust eu des jugés équitables, il luy eust esté facile de monstrer que sa cause estoit bonne et juste.

Toutesfois voyant qu’on va contre luy par

mutinerie et à l’estourdi, et qu’on ne donne ouverture ni audience à la défense de sa cause, il met en combat ses adversaires l’un contre l’autre. Il faut donc noter que sainct Paul a tellement commencé, qu’il désiroit bien déclarer franchement et rondement toute sa cause: et n’a point reculé par finesse de faire une confession pure et entière, telle que fidèles serviteurs de Christ doyvent faire :

mais pource que l'entrée luy estoit fermée, et qu’on ne luy donnoit audience, il

a usé d’un dernier remède, pour donner

à cognoistre que ses ennemis estoyent transportez d’une haine aveugle, et où il n’y avoit nulle raison. Car l’issue monstre bien qu’ils n’ont point esté menez de raison ou jugement, veu que les discors qu’ils avoyent entr’eux les transporte ailleurs à la traverse. Maintenant si quelqu'un obscurcissant la lumière de la pure doctrine, vouloit excuser son astuce par l'exemple de sainct Paul, on le pourra facilement repousser. Car c’est bien autre. chose regarder et procurer son proufit particulier en faisant tort à la vérité, et destourner les ennemis manifestes de Christ de l’assaillir, en faisant qu’ils combatent entr’eux. Au demeurant, nous voyons que combien que les meschans ayent des dissensions mortelles entr’eux, toutesfois ils oublient leurs débats facilement toutes les fois qu’il faut faire guerre à l'Evangile. Car Satan père de discors ne procure autre consentement entre ses supposts, sinon qu’ils ayent un mesme cœur, une mesme volonté à esteindre la vraye religion. Ainsi aujourd’huy nous voyons que les factions bouillantes qui sont en la Papauté demeurent comme endormies, afin que d’un commun accord ils s’employent à opprimer lEvangile. Tant plus de courage doyvent avoir les fidèles du Seigneur Jésus à entretenir entr’eux une bonne unité, afin qu’ils résistent mieux, quand ils seront conjoints ensemble. Nous recueillons aussi de ceci, quelle paix nous est recommandée par l’Escriture. Jésus-Christ prononce que les enfans de Dieu sont pacifiques, Matth., V, 9. Et ceci est vray, entant que par leur moyen il se peut faire que tous soyent fraternellement

Car. XXIIL

unis sous le Seigneur. Mais cela n’empesche point que sous l’enseigne et conduite de ce mesme Seigneur nous ne resveillions les meschans comme par le son de la trompette, à ce qu'ils s’entretuent eux-mesmes comme les Madianites, Juges, VII, 22 : pourveu qu'il y ait et simplicité de zèle, et prudence de l'Esprit qui nous y dressent. Qu'une partie estoit des Sadduciens. Nous voyons yci derechef comme en un miroir, quelle ruine difforme et confuse il y avoit pour lors en l'Eglise. La foy est l’âme de l’Eglise : il n’y a rien plus propre à la foy que le consentement, et rien plus contraire que les sectes. Mais il faloit nécessairement que cela adveinst, veu qu’un chacun laissant la parole de Dieu, attiroit des disciples après ses inventions. Car il n’y a point d'autre lien sacré d’unité, que la simple et naifve vérité de Dieu.

Aussi tost qu’on s’est destourné d’elle, il ne se faut esbahir si les hommes sont escartez les uns deçà et les autres delà comme membres deschirez. Parquoy la corruption de la Loy a esté la source des sectes entre les Juifs : comme le Seigneur a puni de semblable peine la profanation de sa parole en la Papauté, après qu’elle a esté corrompue par diverses inventions des hommes. Ce qui nous doit d’autant plus faire craindre qu’une plus horrible dissipation que celle qui à esté en la Papauté ne soit bien prochaine, de laquelle on apperçoit desjà quelques marques. Et ne s’en faut esbahir, veu que nous provoquons en tant de sortes lire de Dieu par nostre ingratitude. Mais combien qu’il y ait beaucoup de taches et macules en la face de l'Eglise, quelque déformité aussi qui puisse advenir ci-après, souvenons-nous de ceste consolation, que tout ainsi que nostre bon Dieu a eu soin pour lors de conserver miraculeusement son Eglise qu’elle ne veinst à estre du tout esteinte : aussi il y aura tousjours quelque semence de reste par sa grâce. Certainement il ne se peut faire, qu'au milieu de telles confusions ‘si horribles, il ne viene quelque.

fois en l’entendement aux fidèles de quitter tout : mais apprenons de mettre ce bouclier au devant, que le Seigneur qui

Cuar. XXII.

a gardé son Eglise entre les Juifs au milieu de telles ténèbres d'erreurs si obscures, au milieu d’un si grand amas de superstitions, au milieu d’une licence tant desbordée de sectes, ne permettra jamais qu’elle soit du tout. abolie en ce monde.

Autant en est-il advenu en la Papauté.

Car comme ainsi soit que le serviteur de Dieu y estant renversé, la doctrine de salut opprimée, le Royaume du Fils de Dieu abbatu et du tout démoli, l'impiété horrible y a régné manifestement : toutesfois Dieu par sa grande bonté y a encore réservé quelque résidu secret et caché, et tousjours il y a eu quelque grain de froment sous la paille. C’est une chose bonne et grandement proufitable de conférer ces exemples l’un avec lautre. Quand nous crions aujourd’huy contre la Papauté, ceux qui se sont loez pour la défendre crient d’autre part qu’il n'y à rien plus absurde que de forger que l’Eglise de Dieu ait esté du tout esteinte par plusieurs siècles. Voire, comme si nous donnions à entendre, ou imaginions que Dieu n’a point eu de peuple de reste, quand ceux qui devoyent maintenir le pur service de Dieu, se sont monsitrez apostats. Au contraire, nousnous plaignons de ce que l'Eglise à esté corrompue par ces tyrans, que le temple de Dieu a esté profané par eux, en sorte qu'il ne s’en faut guères qu’il ne soit semblable à une auge de pourceaux, qu'ils ont dissipé le troupeau du Seigneur Jésus : brief, que l'Eglise a esté tellement cachée, qu'elle n’apparoissoit plus devant les yeux des hommes : en sorte toutesfois que le Seigneur à tousjours bien recognu les siens (jà soit qu’ils fussent dispersez) et les à gardez et maintenus Comme cachez sous ses ailes. Au reste, par ceci on peut facilement veoir combien les Papistes se glorifient follement de titres d'honneurs, veu que l’Eglise Judaïque a esté bandée et divisée anciennement par discors mortels, non point par le menu peuple, ou quelques hommes privez, mais par les grans Sacrificateurs mesmes. Parquoy il ne faut point que nous facions difficulté de résister hardiment au Pape et au grand orgueil de tous ses supposts, contre

SUR LES ACTES

lesquels nous avons le mesme combat qu’avoyent les Prophètes et Apostres contre les Sacrificateurs de leur temps.

Et tout ainsi que la révérence de l'Eglise W’a point empesché ces saincts personnages de crier vivement contre la meschante tyrannie des mauvais Sacrificateurs : aussi ne devons-nous point estre estonnez de ces masques, desquels les Papistes se couvrent à fausses enseignes, comme ainsi soit qu'ils ont mal-heureusement rejetté la doctrine de piété. Il est bien certain que pour lors le peuple estoit divisé en trois sectes : mais sainct Luc laisse les Esséniens, et ne fait mention que des Pharisiens et Sadduciens, d'autant que son propos le requéroit ainsi. Quant aux noms, combien que ceste opinion estoit coustumièrement receue, que les Pharisiens estoyent ainsi appelez à cause de la séparation, pource qu’ils se séparoyent du reste du peuple sous couleur de leur saincteté feinte : et les Sadduciens à cause de leur justice, comme Zédukim : toutesfois comme j’ay déclaré ailleurs, je consen plustost à l’opinion de ceux qui disent que les Pharisiens ont prins ce nom à Cause qu'ils estoyent expositeurs de la Loy : car le mot Hébrieu Phrus, signifie exposition :

d’où vient le mot Phruschim, qui signifie expositeurs. Or nous sçavons que les Pharisiens ne se contentans point de la vraye et naturelle doctrine de la Loy et des Prophètes, ont meslé beaucoup d’inventions, lesquelles ils se vantoyent avoir receues de main en main des Pères.

8 Car les Sadduciens disent. Combien que sainct Luc mette trois poincts esquels ces sectes discordoyent, nonobstant il les restraint bien tost après à deux : pource qu'il y a une mesme raison quant aux Anges et aux esprits. Il dit done que les Pharisiens confessoyent l’un et l’autre : qu’il y aura résurrection des morts, et que les esprits tant des hommes que des Anges sont immortels.

Or sainct Luc monstre bien yci en quelle signification l’Apostre a protesté qu’il estoit Pharisien : non pas qu’il s’accordast à toutes leurs folles inventions, mais seulement en la résurrection des morts.

Nous sçavons de quelle véhémence le

Seigneur Jésus reprend leurs meschans erreurs, Matth., XXII. Parquoy il faloit adjouster cesté exception, afin que hul ne pensast que sainct Paul se voulust joindre à eux én tout et par tout. Au reste, quant à cé que les Sadduciens nioyent la résurrection, il ne faut point que pouf cela nous pensions qu'ils ayent esté du tout Sémblables aux Epicuriens. Car ils confessoyent que le monde estoit gouvérhé par la providetice dé Dieu, et que salaire estoit donné à un chacun pour ses œuvres. En cest endroit ils avoyent un peu ieilleure opinion que les Epicurietis. Mais cependant c’estoit üne resverie trop lourde, d’enclorre en ceste vie présente les guerdons de justice, ét les punitions des pécheéz. Car encore que nous laissions là l’Escriture, si est-ce que lPexpérience monstre et enseigne ouvertement, que les bons et mauvais indifféremment ou sont affligez de beaucoup de fascheries et angoisses, ou sont bénignement et doucement traittez :

mesme que bien Souvent les meschans Sont à leur aise et se baignent en délices, cependant que ceux qui Servent à Dieu Sont en peine et destresse, comme il est dit au Ps. LXXIIE, V. 4. Parquoÿ quiconque estime le jugement de Dieu par la condition présente des hommes, soit bonne où mauvaise, il faudra nécessairement qu’il tombe de la foy, et qu’il viene à un contemnement tel qu'ont les Epicuriens de Dieu. Cest desjà yci une stupidité brutale, de s’arrester à ceste vie caduque et fragile, et n'avoir Nul sentiment par-dessus la terre : ce qui nous doit faire d’autant plus fuir cest erreur, comme un monstre exécrable et horrible.

Car combien que la crainte de Dieu ha aussi des promesses de la vie terrienne, toutesfois pource que nous sommes tant et plus misérables si nous arrestons nostre espérance au monde, il faut que les enfans de Dieu commencent par cest apprentissage, qu’ils lèvent les yeux au ciel, et méditent assiduellement la gloire de la dernière résurrection. Ni Ange ni esprit. Ce passige est exposé en trois façons. Plusieurs le rapportent au sainct Esprit : mais cela n’est point vraÿ-semblable. Car combien que les Sadduciens

ét.

Caap. XXII.

ne soyent pas moins inexcusables és autres erreurs, toutesfois pource que l’Escriture répète tant de fois le nom de l'Esprit de Dieu, à grand’peine me pourroit-on faire à croire qu’ils ayent nié ce que les Phärisiens croyoyent Seulément à la légère et bien povrement. Car la foy de ceux-ci n’estoit non plus distincte quant au sainct Esprit, én sorte qu'ils cognussent une propre subsistance de l'Esprit en l'essence de Dieu. Îl y en à d’autres qui disent que ces deux mots Ange et Esprit ont uné mesme Signification, comme $i une mesme chose estoit deux fois dite. Mais quel besoin estoit-il de répéter uhe chose deux fois, veu que le premier mot n’est point obscur? C'est que ce qui s'ensuit les a déceus, où il sérble bien que sainet Lie ne fait point

de distinction. Mais la raison en à esté

amenée ci-dessus, que d’autant que les âmes des hommes ét des Anges sont d’une mesme nature et substance, elles.

sont mises en un mesme rang. Et pourtant je ne doute point que ce ne soit le vray sens de sainct Luce, que les Sadduciens nioyent les Anges, et outreplus quelques esprits que ce fussent. Or veu que sainet Paul crie et proteste qu'il est Pharisien en ceste partie de doctrine, ir condamne oùvertement tous fantastiques qui sont aujourd'huy entachez de ce mesme erreur. Comme de faict il y a certains profanes et ignorans, qui imaginent que les Anges et es diables ne sont autre chose que les bonnes et mauvaises inspirations. Et afin qu’ils ne soyent sans quelque belle couleur, ils disent que tout ce que l'Escriture enseigne des bons et mauvais Anges, est venu des Payens :

au lieu que ceste opinion receue par tout le monde à plustost tiré sa source et origine de la doctrine céleste :: mais les Payens ayans receu ceste doctrine des Pères, l’ont souillée de leurs mensonges et faussetez. Quant aux âmes des hommes, pource qu’il y a encore aujourd'huy un tas de gens oiseux et curieux, qui imaginent que les âmes ésvanouissent en là mort jusques au jour de la dernière résurrection, leur folie est aussi réfutée par le tesmoignage de sainet Luc.

9 Et fut faict un grand cri. Yci est

Cuar. XXII.

encore mieux exprimée la dissension et sédition de laquelle un bien peu auparavant sainct Luc fait mention : asçavoir que non-Seulemenñt ils furent bandez en Opinions diverses, mais aussi s’entrebatoyent par bruits et hauts cris. Parqüoy le mot Grec signifie quelque chose plus que dissension. Au reste, nous sommes ebseignez par ce passage, quel mal les dissensions trainent après elles. Car pource que volontiers la source d’icellés vient d'ambition, de là diséement les hommes entrent en contentions et riotes : et puis incontinent après l’obstination survient.

Et quand ils sont venus jusques-là, pource que raison né jugement n’ont plus .de lieu, on ne regarde plus aussi à prendré aucune cognoissance de cause.

Ceux qui avoyent Paul en exécfation, se prenent incontinent à estre ses advocats et défendre sa cause. Et ce seroit bien fait, s'ils le faisoyent avec jugement. Mais pource qu'ils ont picque contre les Sad-

SUR LES ACTES

duciens, la haine laquelle ils ont conceue contr’eux, fait qu'ils sont aveugles en la cause de Paul. Par ainsi apprenons à fuir tant plus diligemment la ferveur de combats, par laquelle toutes choses sont meslées de troubles, Mais si un esprit ou un Ange, etc. Il est bien certain que ceci doit éstre exposé du sainct Esprit.

Au reste, on ne pouvoit dire chose ou plus sainctement ou plus modestement.

Car aussi tost qu’il appert que quelque doctrine est procédée du ciel, tous ceux qui ne la reçoyvent, bataillent meschamment contre Dieu. Mais d’où vient cela qne les Scribes ont si soudainement changé d’opinion, qu’ils aÿent eu Paul en réputation de Prophète de Dieu, lequel ils estoyent prests de tuer de leurs propres mains, et lequel ils avoÿent condamné en eux-mesmes par leur jugement, jusques à tant que leur différent contre les Sadduciens s’est embrasé?

10 Et comme grande Mutlination se fut faite, le Capitaine craignant que Paul ne fust mis en pièces par éux, commanda que les gend’'armes descendissent, et qu'ils le ravissent du milieu d'eux, et l'amenassent en la forteresse.

AA Bt la nuict ensuyvant le Seigneur se présenta à luy, et dit, Paul, ayes

bon courage :

car comme tu as réndu tesmoignage de moy en Jérusalem :

ainsi t'en faut-il aussi tesmoigner à Rome.

49 Le jour venu, aucuns des Juifs feirent comploë el serment avec exécration, disans qu’ils ne mangeroyent ne beuroyent, jusques à tant qu'ils eussent

occis Pal.

43 Et estoyent plus de quarante qui avoyent fait ceste conjuration.

1% Lesquels veindrent aux principaux Sacrificateurs et aux anciens, et dirent, Nous avons fait vœu avec exécralion, que nous ne gousterons de rien, jusqu à temps que nous ayons occis Paul.

15 Maintenant donc vous autres signifiez au Capitaine et au conseil, qu'il le vous ameine demain, comme si vous vouliez cognoistre quelque chose plus certaine de luy. Et nous serons prests pour le tuer devant qu'il approche.

16 Mais le fils de la sœur de Paul ayant ouy les embusches, veint'et entra

en la forteresse, et le rapporta à Paul,

A0 Et comme grande mutination fut - faite, etc. On peut bien veoir derechef, quel mal horrible c’est que contention, laquelle estant une fois bouillante, ha des impétuositez si violentes, que mesmes les plus prudens ne se peuvent retenir. Parquoy aussi tost que quelque comlhéricement se monstrera, donnons ordre d'aller de bonne heure au-devant, de

peur que nous ne venions trop tard pour ÿ appliquer remède pour arrester le mal au milieu de son cours : car il n’y a feu qui gaigne pays si tost pour tout embraser. Or le Capitaine (comme il estoit ordonné ministre de la providence de Dieu pour garder la vie de S. Paul) derechef le tire de la gueule de la mort par ses gend'armes. Car combien que ce que le Ca-

pitaine donne un secours si diligent, il ne le fait à autre intention, sinon pour obvier à des tumultes et meurtres plus grans : toutesfois le Seigneur destinant du ciel secours à son serviteur, dresse à cela les mains aveugles de cest homme profane.

A1 Ætla nuict ensuyvant. Sainct Luc récite que Paul a esté confermé par révélation divine : afin qu’il eust un courage invincible contre des impétuositez si terribles au milieu de si grans troubles et confusions. Certainement il ne se pouvoit faire que son cœur ne fust touché de plusieurs estonnemens, et que quant et quant il ne fust angoissé pour le temps à-venir.

Parquoy ceste révélation n’a pas esté superflue. Vray est que les révélations précédentes, par lesquelles il avoit esté admonesté que Dieu avoit soin de Iuy, luy devoyent suffire pour entretenir son espérance, et pour la soustenir: tellement qu’il ne fust point abbatu: mais pource que quand les dangers sont grans, Satan propose coup sur coup de nouveaux espovantemens, par lesquels s’il ne peut du tout ensevelir les promesses de Dieu és cœurs des fidèles, pour le moins il les obscurcisse comme de brouillars : à ceste cause il est besoin que la mémoire d'icelles nous soit rafraischie, à celle fin que la foy aydée de nouveaux appuis, demeure plus ferme. Or la somme est, que Paul ait bon courage, d'autant qu’il doit rendre tesmoignage de Jésus-Christ à Rome aussi. Mais il semble que c’est une consolation froide et vaine : comme s’il estoit dit, Ne crains point, car il te reste encore à avoir des affaires plus grans et plus fascheux. Car il luy eust beaucoup mieux valu seloh la chair, d’endurer une fois la mort et en estre bien tost quitte, que de languir si long temps en la prison. Le Seigneur ne luy promet point délivrance, non pas mesme bonne issue : seulement il luy prolonge ses fascheries, desquelles il estoit desjà assez pressé. Or de ceci on peut mieux recueillir de quelle importance est ceste seure fiance, qu’au milieu de nos misères et afflictions Dieu jette ses yeux sur nous, combien qu’il ne mette tout soudain la main pour faire sentir son secours. Apprenons donc à nous appuyer

Cuar. XXII.

et reposer sur la seule parole de Dieu, voire en toute extrémité de fascheries et afflictions : et ne perdons jamais courage, cependant qu’il nous vivifie par le tesmoignage de son amour paternelle. Et pource que maintenant nous n'avons point des révélations qui nous soyent envoyées du ciel, et que le Seigneur ne nous apparoist plus par visions, il nous faut méditer à bon escient tant de promesses, par lesquelles il tesuifie qu’il sera perpétuellement prochain de nous. S'il est expédient qu’un Ange descende à nous, Dieu ne nous refusera pas mesme ceste facon de confirmation. Cependant il nous faut porter cest honneur à la Parole, que nous contentans d’icelle seule, nous attendions en patience l’aide qu’elle nous promet. Joinct qu’il y en à eu aucuns, à qui il n’a de rien proufité que des Anges leur ont esté envoyez des cieux. Et aussi Dieu ne seelle point pour néant par son Esprit és cœurs des fidèles les promesses lesquelles il leur a faites. Cependant tout ainsi qu’il ne les répète point sans cause, aussi que nostre foy s'exerce diligemment en la recordation continuelle d’icelles. Car s’il a esté nécessaire que la foy de sainêt Paul ait esté redressée par nouvelle aide, il n’y à nul de nous qui n’ait besoin de beaucoup plus -d’aides. Quant et quant il faut que nos esprits soyent armez de patience, afin qu'ils puissent outrepasser les longs et ennuyeux circuits de fascheries.

42 Le jour venu aucuns des Juifs.

Sainet Luc monstre par ceste circonstance, combien il a esté nécessaire à sainet Paul de reprendre nouvelle force de foy, à celle fin qu’il ne fust surprins de tremblement en ce très-grand et soudain danger. Car estant adverti de la fureur sidésespérée de ses ennemis, il ne pouvoit prendre autre résolution, sinon que c’estoit fait de sa vie, Ce vœu fait avec exécration, duquel parle S. Luc, c’est comme une espèce de malédiction. La cause de ceste exécration estoit, afin qu’il ne leur fust licite de changer de conseil, ou de rétracter ce qu’ils avoyent comploté ensemble. Bien est vray qu’en tous les sermens que les

hommes font, il y a tousjours quelque exécration tacitement conjointe, si quel-

Car. XXIII.

SUR LES ACTES

qu’un ou trompe, ou se parjure: mais | hommes sont enclins à mal faire, veu

quelques fois les hommes y adjoustent quelques certaines formes de maudissons à celle fin qu’ils se rendent plus astraints, et désavouent leur salut, ou se donnent au diable, pour donner plus grande frayeur et horreur. Au reste, ceste histoire monstre bien clairement qu’il y aun tel zèle cruel és hypocrites, qu’ils ne considèrent point ce qui leur est licite, mais se jettent sans aucun souci par tout où leur appétit enragé les meine. Prenons le

cas que Paul ait esté un homme meschant

et digne de mort: toutesfois qui avoit permis à ses gens, qui estoyent hommes privez, de le punir? Si quelqu'un leur

eust demandé, pourquoy ils hayssoyent

Paul d’une façon si despite, ils eussent promptement respondu, pource qu’il estoit Apostat et schismatique: mais ils n’en sçavoyent rien asseuréement : seulement leurs esprits estoyent préoccupez à

la volée d’une sotte opinion qui estoit

conceue d’un bruit incertain. Les Papistes aujourd'huy sont poussez d’un mesme aveuglement, et de semblable stupidité, en Sorte qu’ils ne pensent rien leur estre illicite, quand il est question de nous ruiner. Ils sont tellement aveuglez d’hypocrisie, qu’ils sont transportez de leur zèle, tantost à commettre quelque desloyauté, tantost à user de finesses et diverses tromperies, maintenant à une cruauté horrible, brief, à entreprendre toutes meschancetez, comme s'ils estoyent exemptez de la subjetion de toutes loix, et divines et humaines. D’avantage, nous appercevons bien en ceste histoire, combien est grande la témérité des-meschans. Ils jurent avec exécration qu’ils ne mangeront ne beuront, que premièrement ils n’ayent occis Paul. Voire, comme si sa vie eust esté entre leurs mains. Ainsi donc ces phrénétiques s’attribuoyent ce que le Seigneur en son Escriture se réserve tant de fois à soy particulièrement : asçavoir qu’il veut estre seul qui dispose de la vie et de la mort des hommes, lesquels il a créez, Deut., XXXII, 39. Joint qu'il n’est point.yei question seulement de deux ou de trois compagnons d’une telle forcénerie : mais il s’en trouve plus de quarante.

Dont aussi nous apprenons, comment les

qu’ils s’assemblent ainsi par bandes. Au surplus, veu que Satan les fait marcher et pousse si furieusement à leur ruine, combien sera vileine nostre Jascheté, quand à grand’peine remuons-nous le petit doigt pour maintenir la gloire de Dieu? Il nous faut bien tenir ceste modération, que nous r’attentions rien que par le commandement de Dieu : mais quand il nous appelle nomméement, si nous dilayons, il n°v aura point d’excuse.

14 Lesquels veindrent aux principaux Sacrificaieurs. Quant à ce que les Sacrificateurs s’accordent à une conspiration si meschante et détestable, ils monstrent bien par cela, qu'ils ne sont touchez d'aucune crainte de Dieu, et qu'ils n’ont nulle humanité. Non-seulement ils approuvent ce qu’on leur propose d’un homme qui devoit estre tué par embusches : mais aussi sont-ils prests d’exécuter une partie de ce brigandage, en livrant entre les mains des meurtriers le personnage qu’ils voudroyent veoir mort comme que ce soit. Car ravir un homme de la main du juge pour le mettre à mort, qu’estoit-ce autre chose sinon faire acte de brigans en plein jugement? Que sil y eust eu une seule goutte d'affection droite ou d'humanité en ces Sacrificateurs, il est certain que jamais ils n’eussent approuvé ce conseil tant inique, voire quand ils eussent eu tant peu soit de sens humain, Joinct qu’il n’a pas tenu à eux qu’ils n’ayent mis tout le peuple et eux quant et quant en grand danger. Mais Dieu a ainsi descouvert leur impiété désespérée, laquelle estoit cachée sous le beau titre de leur estat de sacrificateurs.

16 Mais le fils de la sœur de Paul.

Nous pouvons bien veoir yci comme Dieu obvie aux conseils des meschans, et y vient au-devant comme à la traverse.

Vray est qu’il leur permettra bien de machiner beaucoup de choses, et que leurs meschans efforts ayent cours : mais quand le temps opportun est venu, il monstre bien à la fin qu'il se rit d’enhaut de tout ce que les hommes machinent vei-bas sur la terre. Salomon dit, Il n’y a ne prudence ne conseil pour résister au Seigneur , Prov., XXI, 30. À quoy s'accorde

ce que dit Isaïe, chapitre VIE, v. 40, Faites des entreprinses, et elles seront dissipées : proférez la parole, et elle ne sera point ferme. Ceci nous est proposé en ceste histoire présente comme en un miroir. La chose estoit presque faite, que Paul sortist Te lendemain pour estre mis à mort, comme une povre brebis qu’on a ainsi marquée. Mais le Seigneur monstre bien que la vie d’iceluy estoit munie d’une garde fidèle, en sorte que tout ce que les hommes machinent s’en va en fumée. Et de nostre part ne doutons point que pour nous défendre il n’estende jusques à nous sa saincte providence, de laquelle il a lors bien monstré un beau tesmoignage : car la promesse demeure ferme et stable,

\7 Et Paul ayant appelé à

Car. XXII,

asçavoir, Un seul cheveu ne tombera de vostre teste, Luc, XXI, 48. Outreplus, il est bon que nous notions qu'il a accoustumé d’user bien souvent de moyens non attendus pour maiptenir et garder ses fdèles, afin qu’il exerce mieux nostre foy.

Qui eust pensé que ces embusches deussent estre descouvertes par un jeune garcon, desquelles les autheurs et complices de la conspiration PeNSOYENE que personne ne sceust rien qu eux ? Apprenons donc, combien que n’appercevions aucun moyen ordinaire pour nous maintenir en sauveté, de mettre toutesfois nostre fiance au Seigneur, qui trouvera bien chemin et passage facile par des lieux où il n’en ÿ a point.

soy un des Centeniers, luy dit, Méne ce jeune

homme au Capitaine : car il a quelque chose à luy rapporter. 48 Il le print donc, et le mena au Capitaine, et dit, Paul qui est prisonnier n'a appelé, ef prié de t’'amener ce jeune homme, qui ha quelque chose

à te dire.

19 Æt le Capilaine le prenant par la main le tira à part, el luy demanda,

Qu'est-ce que lu as à me rapporter ?

20 Æt il dit, les Juifs ont conspiré de te prier que demain lu envoyes Paul au conseil, comme S'ils HRRERE enquérir quelque chose plus diligemment*

de luy.

91 Mais ne l'y accorde point : car plus de quarante hommes d'entr’eux sont en embusches contre luy, qui ont fait vœu sur peine d'exécration de ne manger ne boire, jusqu'à tant qu'ils l'ayent mis à mort: et maintenant ils sont prests,

attendans ce que tu leur promettras.

92 Le Capitaine donc renvoya le jeune homme, luy commandant qu'il ne dist à personne, qu'il luy avoit déclaré ces choses.

23 Puis ayant appelé deux certains Centeniers, dit, Tenez prests deux cens gend'armes, pour aller jusques à Césarée, et septante hommes de cheval, ei deux cens archiers à trois heures de nuict.

24 Et qu'il y ait monture preste, afin qu'ayans fait monter Paul, qu'ils Le mènent en sauveté au grand Gouverneur Félix.

1) Ou, avant.

17 Et Paul ayant appelé à soy, etc.

C’est une chose bien certaine que S- Paul n’estoit pas si convoiteux de vivre, qu’il ne se fust volontiers exposé à la mort, s’il eust semblé bon au Seigneur: mais pource qu’il sçait bien qu'il sert au Fils de Dieu à ceste condition qu’il soit à luy à vie aussi bien qu’à mort, il ne s’endort point au danger qui luy est descouvert.

Et il ha bien ceste certaine persuasion, que Dieu est garde de sa vie: tant y a

toutesfois qu’il n’attend point que Dieu desploye son bras du ciel pour faire quelque miracle, ainsi il use du remède qui luy est offert, ne doutant nullement qu'il luy estoit ordonné de Dieu. Ainsi doyvent faire tous ministres du Fils de Dieu, qw’estant munis d’une copstance invincible, autant que requiert leur vocation, ils ne craignent point les dangers : eénonobstant qu'ils ne se jettent point à la mort d’une audace outrecuidée, Qu'ils in-

Cuar. XXII.

voquent hardiment le Seigneur au milieu des dangers extrêmes : en sorte toutesfois qu’ils ne mesprisent les remèdes et aides qui leur sont mises entre mains. Autrement ils, feront tort à Dieu, non-seulement en estoupant les aureilles à ses promesses, mais aussi en meésprisant le moyen de leur délivrance, qui leur avoit esté par luy ordonné.

19 Et le Capitaine le prenant par la main. Ce que le Capitaine s’est monstré si facile et humain envers ce jeune garçon, ce qu'il l’a mené par la main en un lieu à part, et qu’il l’a ouy patiemment et bénignement, il ie faut imputer à la grâce de Dieu, lequel a promis à son peuple de luy faire trouver grâce envers les Egyptiens, Exod., JE, 21, qui à accoustumé d’adoucir les cœurs obstinez et endurcis, de domter les esprits farouches, et de duire à toute humanité ceux desquels il a délibéré se servir pour aider à ses fidèles. Cestuy-ci estant homme de guerre pouvoit bien rudement repousser ce jeune homme qui luy estoit inconnu, aussi bien qu’il pouyoit rejetter la requeste de Paul.

Le Seigneur donc qui ha les cœurs des hommes en sa main, a fleschi cest homme profane à donner audience. Il luy a servi aussi d’avoir Sceu au paravant comment les Juifs estoyent transportez d’une cruauté furieuse Contre sainct Paul, afin qu’il fust plus volontaire à secourir Paul qui estoit afiligé et destitué d'aide. Au reste, <eux qui sont constituez en domination, sont admonestez par cest exemple, quelle vertu c’est qu'humanité. Si le Capitaine eust esté difficile à aborder, il eust-mis

SUR LES ACTES

sainct Paul entre les mains des Juifs pour le faire mourir ne le sçachant point. Ainsi les Magistrats tombent bien souvent par leur orgueil en plusieurs fautes etlourdes, d'autant qu’ils ne veulent ouir ceux qui les vienent advertir.

23 Puis ayant appelé deux certains Centeniers. On peut bien encore plus clairement appercevoir la providence de Dieu. Combien que l’intention de ce Capitaine ne tendist à autre but, Sinon à remédier de bonne heure à lPesmotion publique, de laquelle il luy eust falu rendre conte devant le grand Gouverneur : tant y à toutesfois qu’il exécute le conseil de Dieu à délivrer Paul. Car il luy faloit amasser nombre de gend’armes : par ce moyen faloit qu’il desnuast la ville de sa garnison : et le voyage ne se pouvoit faire sans frais. Il nous faut donc tellement considérer la prudence de ce Capitaine, que cependant la foy doit lever les yeux au ciel, et entendre que Dieu a dressé le cœur de cest homme profane par un instinct secret, et que luy-mesme est conducteur et guide du chemin tant à Paul qu'aux gend’armes, à ce que Paul viene en sauveté jusques à Césarée. La troisième heure de la nuict estoit la fin de la première veille. C’est donc autant comme si le Capitaine ordonnoit que les gendarmes fussent prests à la seconde veille. Or quant aux archiers desquels parle sainet Luc, c’estoyent gens qui portoyent javelots ou demies picques, qui estoyent mis sur les ailes: veu que les légionnaires estoyent plus propres pour faire la guerre arrestée.

25 Et luy escrivit unes letres d'une telle teneur :

26 Claude Lysias, au trèspuissant Gouverneur Félix, Salut.

271 Comme cest homme empoigné des Juifs, estoit prest d'estre tué par eux, je suis survenu avec la garnison, et le leur ay osté, ayant cognu qu’il estoit

bourgeois de Rome.

28 Et voulant scavoir la cause pourquoy ils l'accusoyent, je le menay en leur

conseil.

29 Là où j'ay trouvé qu'il esloit accusé touchant des questions de leur loy, n'ayant commis nul crime digne de mort ou d'emprisonnement.

30 Æt ayant esté adverti des embusches que les Juifs avoyent préparées contre luy, incontinent je le Lay envoyé, ayant aussi commandé aux accusateurs, de dire devant toy les choses qu'ils ont contre luy. Bien te soit.

Caar. XXIIL.

31 Les gend'armes donc selon qu’il leur estoit enjoint, prindrent Paul et le

menèrent de nuict en Antipatris.

32 Æl le lendemain laissans les hommes de cheval, pour aller avec luy, re-

tournèrent à la forteresse.

33 [ceux donc estans venus en Césarée, après avoir baillé les letres au grand Gouverneur, présentèrent aussi Paul devant luy.

34 Et quand le grand Gouverneur les eut leuës, et l'eut interrogué de quelle province il estoit, ayant cognu qu’il estoit de Cilice,

35 Dit, je l’orray, quand tes accusateurs seront venus aussi. Et commanda

qu'il fust gardé au palais d'Hérode.

25 Et luy escrivit unes letres, etc.

En premier lieu, les lecteurs doyvent estre advertis en un mot, que ce Félix estoit frère de Pallas, lequel estant liberté de l'Empereur, c’est-à-dire ayant esté affranchi par l'Empereur, estoit des plus riches et puissans de toute la ville.

. Il y a bien plus, que le Sénat Romain luy avoit décerné les ornemens de Préteur, avec termes d’une flatterie honteuse et vileine. Comme ainsi soit donc que ceux que l'Empereur Claudius avoit affranchis, abusans de sa sottie, gouvernassent tout l'empire Romain à leur appétit, et principalement Narciséus et Pallas, il ne se faut esbahir si Pallas a ordonné son frère Félix Gouverneur de Judée. Or le but de VEpistre tend à ce que Paul soit soula-

gé, par ce que desjà le Capitaine en juge

en soy-mesme, et à ce que par luy le Gouverneur Félix soit aûverti au paravant que ses accusateurs SOyent venus :

afin que le Gouverneur ne soit préoccupé de leurs faux rapports, et que toute foy leur soit ostée, à ce qu’ils ne luy puissent nuire.

97 Comme cest homme, etc. Ceci est dit en faveur de Paul, et pour rendre les Juifs odieux : asçavoir qu’un homme Romain a esté poussé par violence, et frappé durement, et presque occis par eux.

D’avantage, il fait valoir son droict de bourgeosie, à celle fin qu’il soit plus bénignement traitté. Au surplus, ceste recommandation n’a esté faite ne par prières ne par flatteries, ni obtenue pour or ni argent. Comment donc dirons-nous que cela s’est fait, que le Capitaine s’est monstré de soy-mesme tant benin envers un homme de si basse condition, et hay de tous, sinon pour autant que le Seigneur l’avoit ordonné pour procureur à

son serviteur? Ainsi nous voyons bien qu'il gouverne les langues et les mains des infidèles mesmes, au profit de ses serviteurs.

29 Là où j'ai trouvé qu'il estoit accusé, etc. I absout yci Paul de crime, asçavoir selon la portée de son jugement.

Mais il nous faut bien noter que c’est un homme profane qui parle. Car entre le peuple de Dieu, corrompre la doctrine de vraye religion par meschantes et fausses opinions, est un forfait digne de punition aussi griefve que de violer entre les hommes le droict et équité par quelque outrage ou maléfice. Et de faict, les Romains n’eussent jamais souffert qu'on eust parlé contre leurs superstitions, ou contre les services de leurs dieux, qui estoyent choses inventées par les hommes : mais Comme ils ne faisoyent nul conte de la Loy de Dieu, et qui pis est, ils eussent bien voulu qu’elle eust esté du tout esteinte : ce n’estoit point une, chose criminelle entr’eux, de n’avoir point adjousté foy à Moyse et aux Prophètes, ou d’avoir troublé l'Eglise par fausses doctrines. Pourtant il y avoit Loy que les Gouverneurs ne cognussent point de cest affaire : mais que ceux qui estoyent par les provinces, demeurassent tellement en leur religion, que s’il y eust eu quelque chose commise à l’encontre, les Magistrats Romains ne se souciassent d'en faire la punition. C’est Ja raison pourquoy Île Capitaine ne met point en conte de crime ou maléfice, d’avoir esmeu des questions touchant la Loy. Or aucunes gens ignorans abusans Ge ce passage, veulent que licence leur soit donnée et à tous autres d’esmouvoir des troubles, Le Seigneur en prononce bien autrement, lequel punit plus griefvement

Cuar. XXIV. SUR LES ACTES. 897

les hommes, quand ils ont violé son ser- | justice, S’'appuyans sur leur bonne cause. vice, que quand ils ont fait quelque ou- | Maintenant on peut veoir facilement qu’ils trage que ce soit aux hommes. Et de n'ont pas la raison et le droict de leur faict, il w’y à rien plus absurde, que de}costé, veu qu'ils ont recours à faire laisser les sacriléges impunis, veu qu’on | meurtre. punit les larrecins. Au demeurant, comme | 32 Æ£t le lendemain laissans, etc. le Capitaine ne tient conte de la religion | Combien que sainet Luc n’ait point ex- Judaiïque, aussi les calomnies des Juifs | primé ci-dessus, qu’il eust esté commansont purgées, desquelles ils eussent vo- | dé aux gend’armes de s’en retourner du lontiers grevé Paul. chemin : néantmoins il est bien certain 30 Et ayant esté adverti, etc. C'est! qu'ils n’ont point esté donnez à Paul la seconde partie des letres de Lysias, | pour luy faire compagnie, sinon jusques Où il fait retourner la haine sur les ad- | au lieu où le Capitaine pensoit bien que versaires de Paul, asçavoir en ce qu'ils | Paul seroït en seureté : car il estoit sorti ont tasché de tuer Paul par embusches. | de nuict secrètement. Or le Capitaine Dont aussi on peut bien conjecturer que | sçavoit que quand ils auroyent fait une c’estoit à grand tort qu’ils faisoyent fas- | partie du chemin, il ne faloit plus craincherie à sainet Paul, et se monstroyent | dre, d'autant que les ennemis n’avoyent si fort ses ennemis pourchassans sa | point d'espérance de les pouvoir atteinmort. Car s'ils l’eussent persécuté à bon | dre : et toutesfois qu’il n’estoit pas seur droict, ils s’en fussent rapportez à la | de renvoyer l’autre partie de la garnison.

or om

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