CCIV
Les névroses actives ont le plus souvent pour cause une phlegmasie située dans Pappareil cérébral ou dans fes autres viscères; les passives dépendent quelquefois d’une influence sédative, agissant sur les nerfs où elles se manifestent.
Que les inflammations soient les causes les plus fréquentes des névroses actives et passives, c'est une des plus importantes questions de la médecine physiologique. Le chaos existait dans la théorie des névroses lorsque la nouvelle doctrine vint y porter son flambeau. Rien de plus vague que l’idée de nervosité dans la plupart des têtes médicales, même encore aujourd’hui , malgré tout ce qu’on à dit de physiologique à ce sujet. Cependant, fouillez dans l’intention de ceux qui vous diront : «El y » a quelque chose de nerveux dans cette maladie , » et vous verrez qu'ils ne cherchent dans ce mot heureux autre chose que l'autorisation d'employer des stimulans d’une certaine espèce, attendu que
les autres moyens ne leur ont pas réussi. Cela posé, pour éclairer la question, il ne s’agit que de leur montrer que, dans la majeure partie des cas, les indications curatives sont fournies par des points déterminés d’inflammation qui exigent toute autre chose que les nervins et les antispasmodiques de nos matières médicales. Il suffira pour cela de leur rappeler ce qui a été dit, afin de les préparer à entendre ce qui doit l'être.
L’énumération que nous avons donnée des causes qui ont coutume de provoquer les névroses actives du domaine de relation , a prouvé que le plus souvent elles dépendaient d’une inflammation du cerveau, du rachis ou d’un nerf sensitif ou musculaire. On a vu que la même inflammation qui produisait et entretenait la névrose active, donnait lieu à la névrose passive aussitôt qu’elle avait opéré la désorganisation du lieu enflammé , et que même, dans certaines parties, la congestion et la compression suffisaient pour donner le même résultat. Il est donc bien certain que la névrose passive aussi bien que l’active peuvent être et sont le plus souvent l'effet des phlegmasies dans l’appareil de re- Jation. Reste maintenant à vérifier s’il en est ainsi des névroses viscérales. La proposition affirme le fait, et nous avons déjà rassemblé, dans le commentaire précédent, quelques données qui tendent à l’établir. Mais cela ne suffit pas : les deux propositions qui vont suivre nous donneront occasion de compléter ce que nous avons présentement à dire sur le sujet.
Dans les névroses actives fixes de lappareil de relation, la circulation capillaire est excitée, il y a congestion; l’inflammation et la subinflammation existent ou menacent de se former dans les tissus où se manifestent la névrose, aussi bien que dans le point de l'appareil cérébral où correspondent les nerfs de ces mêmes tissus, tandis que les cordons” nerveux intermédiaires $e bornent à transmettre les influences sympathiques d’un point à l’autre.
Pour entendre cette proposition , il faut se reporter au moment où les causes des névroses actives de relation commencent à agir, ou du moins à l'époque où elles n'ont pas encore produit l'inflammation du cerveau, du rachis ou du névrilème des grands nerfs, inflammation que nous avons donnée plus haut pour la cause qui entretient le plus communément les névroses dont il s’agit. Or, si l’on observe à ces époques l’irritation qui provoque les phénomènes de douleurs et de convulsions, On pourra constater l'exactitude de ce qui est avancé dans la proposition, et s'expliquer la génération physiologique de ces inflammations qui éternisent la névrose. lei nous sommes obligé de
( 626 ) sortir des assertions générales pour mettre en scène les faits eux-mêmes.
Prenons pour cause de névrose de relation une perception douloureuse, par exemple , la mort subite d’une personne chère, agissant sur un sujet en équilibre. Cet équilibre est à l’instant dérangé : une vive sensation est perçue au cœur et dans Île centre épigastrique ; la personne perd connaissance; elle tombe, et de violentes secousses convulsives se manifestent dans les muscles respirateurs et dans ceux des raembres. Elle revient à elle-même; mais elle reste sujette à une névrose active fixe de relation; c’est une migraine avec névraloïe faciale dans les accès de laquelle il y a de la céphalalgie, des convulsions dans les muscies de l’un des yeux, avec douleurs lancinantes, larmoiement et injection de la conjonctive.
Que s'est-il d’abord passé, et que se passe-t-il encore chez ce sujet? La première stimulation perturbatrice transmise par les sens externes a été exercée sur le tissu de l’encéphale : elle était trop vive pour y rester ; elle a été réfléchie par les nerfs de relation dans toutes les parties où ces nerfs se distribuent. Passons sur les premiers momens où tout p appareil nerveux a été surexcité, el voyons ce qui reste maintenant de surexcitation. Il y en a dans l’encéphale, puisque les acces commencent par la douleur et la chaleur de la tête; mais nul doute qu'elle ne soit plus forte vers la base, où s’insèrent les nerfs destinés aux mouvemens des yeux : il y en à dans ces organes, puisqu'on y voit des mouve-
mens convulsifs, de la rougeur et une augmentation de sécrétion. Voici même l’occasion de constater l'identité de lexcitation qui préside aux mouvemens musculaires , de celle qui appelle le sang dans les tissus capillaires en produisant un sentiment de chaleur , et de celle qui préside à Ja sécrétion et à FA FES Nest-1l pas clair que les nerfs oculaires
sont ici les agens de tous ces phénomènes ? Peut-on nier aussi qu'ils ne conduisent, d’une part, l’irritation du cerveau dans le tissu de l’œil pour exciter les convulsions et l’injection capillaire , et, d'autre part, l’irritation de l'œil dans le cerveau pour donner la perception de la douleur et des mouvemens convuisifs?’ Que ce double courant d'irritation parcoure alternativement les mêmes fibres nerveuses ou Îles fibres accolées , mais distinctes par leur double inserlion; que ce soit l'agent électrique qui suive la direction tracée par les fibres nerveuses ou un principe différent, mais ayant avec lui des affinités, tout cela ne change rien au fond de la chose : puisque les phénomènes de la vie sont exaltés dans le mode pathologique, il y a irritation. Cette irritation est primitivement nerveuse; elle conserve ce caractère ; elle constitue une véritable névrose active de relaon , telle que l'indique la proposition. Voyons maintenant comment linflammation va venir s’y ajouter.
On à remarqué deux points principaux d’irritaion organique , l’un dans le cerveau, l’autre dans les tissus capillaires de la conjonctive ei de la glande lacrymale ; eh bien! cette double irritation recevant
un nouveau degré d’excitement, peut se convertir en phlegmasie. La congestion oculaire peut, dans l’accès , se changer en ophthalmie; la congestion cérébrale peut prendre le caractère d’une encéphalite, dont les suites seront le délire, la fureur, les convulsions, si elle est aiguë, l’hébétude, la paralysie | Papoplexie, etc., si elle prend la marche chronique ; et l'ouverture achèvera d’attester cette conversion, en montrant les altérations qui sont les traces ordinaires des phlegmasies.
C’est ainsi que se trouvent justifiées les deux assertions principales de la proposition CEV : 1° qu'il y à congestion tendant à l’inflammation { érection vitale morbide ) d'une part, dans le cerveau , surtout au point qui correspond aux nerfs névrosés; d’autre part, dans le tissu extérieur où se manifestent Îles principaux phénomènes de la névrose. 2° Que les nerfs intermédiaires se bornent à transmettre l’irritation ; mais nous devons ajouter ici que plus souvent encore il n’y a que l’un des deux points principaux d’irritation qui contracte l’état inflammatoire. Or, tantôt ce point est le cerveau ou ses dépendances, et tantôt le tissu extérieur sur lequel a été déversée l’irritation. Les inflammations de l’encéphale et du rachis provoquées par des affections morales , celles des muscles mis en convulsion par ces causes ou par toute autre, et celles des ex-, pansions nerveuses, sensitives, externes , développées tout- à -coup par divers genres de stimulation, ne permettent pas de douter de la vérité de ce fait. C'est ainsi que les anatomistes découvrent parfois
du pus dans les muscles qui ont été violemment convulsés, et que les praticiens rencontrent des ophthalmies , des opacités du crystallin, des dartres vives et des érysipèles très inflammatoires qui se sont formés subitement pendant un emportement de colère, ou à la suite d’un accès de migraine. On sait que les hémorrhagies peuvent naître sous de pareilles influences , ce qui confirme de plus en plus la possibilité de la conversion des irritations nerveuses en irritations vasculaires. On voit aussi de violentes douleurs d’un membre, par déplacement d’un point morbide d’irritation ou par cessation d’un flux, se convertir en vastes et rapides phlegmasies. Ces faits abondent dans la pratique.
GGVI.
Lorsque dans les névroses des viscères de la poitrine et du bas-ventre il existe des douleurs ou des convulsions ambulantes dans les muscles locomoteurs, il y a deux points d’irritation qui sont enflammés , ou tendent à la phlegmasie, l’un dans ces viscères, et l’autre dans l'appareil encéphalique.
Nous avons pris pour exemple de la génération de l’inflarimation par la névrose, des tissus qui sont destinés aux phénomènes de relation, et cependant nous y avons vu des modifications considérables
des phénomènes de la vie organique : la circulation capillaire, la calorification , la nutrition, ont été dérangées dans le cerveau et dans les tissus extérieurs ; elles Pont été par l’irritation, et c’est de là qu'estrésultée la phlegmasie. Îl ne sera donc pas difficile de comprendre comment la névrose cérébrale pourra produire des inflammations dans les viscères, et comment les irritations de ceux-ci, réagissant sur l’encéphale, y développeront à leur tour des points d'irritation inflammatoire.
En effet, lorsque nous avons rendu compte des premiers effets de l’excitaltion mentale sur le cerveau, nous avons parlé des sensations douloureuses rapportée es soit au cœur, soit à la région épigastrique. Or, les sensations provoquées par l’innervation du cerveau que l'affection morale avait surexcitée , sont la preuve que les nerfs des viscères étaient alors surexcités. Mais ne doit-on pas maintenant se demander dans quels nerfs résidait cette surexcitation, et si elle peut être étrangère aux tissus capillaires circulatoires ou sécréteurs, c’est-à-dire aux phénomènes de la vie organique de Bichat?
La stimulation , partie du cerveau, a cheminé par les fibres nerveuses de la huitième paire : ce sera, si l'on veut, par celles destinées à la sensation. Il n’en est pas moins vrai, comme nous l’allons voir, qu'elle ne peut manquer d'exciter des mouvemens.
Arrivée dans les extrémités du pneumogasirique , la stimulation morale, c’est-à-dire d’origine morale, quelle qu’elle soit, car il faut ici contempler le
CH phénomène dans sa plus grande fatitude, dou suivre toutes les directions de ce nerf. Il a des cordons qui vont dans ceux du grand sympathique; mais il en a d’autres qui se rendent dans les viscères directementi : la stimulation parvient donc en même temps dans les tissus capillaires, circulatoires, sécréteurs et excréteurs des viscères, dans les muscles viscéraux et dans les respirateurs.
Réfléchie vers le cerveau, immédiatement après son arrivée, par des fibres nerveuses appropriées, la stimulation ne donne pas la conscience de tout ce qui se passe dans les viscères; elle ne fait connaître d'abord que trois ordres de phénomènes : 1° l'excitation des extrémités sensitives du nerf pneumogastrique par une douleur mal définie , et tellement différente des douleurs qui proviennent des extrémités sensitives des autres nerfs cérébraux, que l’on est forcé d'admettre une modification provenant du grand sympathique; 2° l'excitation non moins prompte des fibres musculaires des viscères qui en sont pourvus : on sait que celle du cœur se manifesie par la constriction, les palpitations, dont la suffocation est la suite; celle de l'estomac, par le vomissement quand l'affection morale est de nature à le produire, comme le dégoût; celle de la vessie et du rectum, par l’exonération de ces réservoirs musculeux; 3° enfin le dernier phénomène dont la stimulation des viscères réfléchie sur le cerveau donne la conscience, c’est ia modification des muscles respirateurs, qui devient évidente par des soupirs , des sanglots, ou seulement par un état de constriction qui
semble arrêter leurs mouvemens. Il est vrai que cette influence est le plus ordinairement l'effet de la sensalion viscérale que l'affection morale détermine, ou du changement d'action qu’elle produit dans les viscères ; mais elle est toujours au nombre des phénomènes que la conscience peut attester dans le cas qui nous occupe.
Outre les phénomènes que la conscience atteste à l’homme affecté d'une sensation morale qui produit la névrose, 1l s’en passe d’autres dans les viscères, que perçoit un observateur attenuf: les sécrétions internes sont altérées ; des pluies sanguines ont lieu dans les cavités viscérales ; il s’y développe une chaleur perceptible au toucher; des pulsations s’y font sentir, et le palper ou la percussion y font découvrir des engorgements qui achèvent d’attester l'existence de linflammation; elle peut être aiguë ou chronique; mais c’est particulièrement dans ce dernier mode qu’elle nous intéresse maintenant, car, ainsi existante, elle constitue un point d’irritation permanent qui entretient les phénomènes nerveux dont elle fut d’abord Peffet.
C’est ainsi que des modifications primitivement nerveuses, telles que les affections morales, peuvent devenir causes d’inflammations dans les viscères, et quoique nous n'ayons pas sous les yeux les tissus où elles se développent, il est assez démontré pour nous que leur mode de formation ne diffère pas de celui des inflammations et des subinflammations externes qui dépendent des mêmes causes, et dont il a été question dans le précédent commentaire.
Maintenant , il s’agit de poser un autre faii non moins avéré, c'est que les inflammations viscérales, indépendantes des causes intellectuelles, modifient le système nerveux de manière à produire aussi l’état de névrose : ainsi les gastrites et les néphrites provoquées par Îles erreurs du régime ; les métrites dépendantes des stimulations immédiites de lutérus; les affections irritatives du cœur nées sous l'influence des gastrites, des phlegmasies goutteuses et rhumatismales , ou directement produites par les efforts musculaires de divers genres, toutes ces irritations, dis-je, peuvent porter dans lappareil nerveux une excitation telle, qu'il en résulte des névroses pareilles à celles qui se développent par l’action perturbatrice des causes morales.
Quant au mode physiologique de cette production, le voici : L'irritation, développée et fomentée primitivement dans les viscères, est propagée à l’encéphale et y fait naître des érections vitales plus ou moins intenses, mais toujours subordonnées à la modification organique qui produit celles dépendantes des causes morales ; ensuite ces érecions vitales, à force de se répéter, deviennent babituelles, morbides, et réagissent irrilativement sur les points d’irritation viscérale qui leur ont donné naissance.
On voit donc encore ici se vérifier Île fait physiologique énoncé dans la proposition CCV , et reproduit dans celle-ci, c’est-à-dire l'existence de deux points d'irritation principaux qui sont enflammés ou tendent à le devenir, l’un dans le cerveau, et l’au-
f" * Path. 00
(554 ) tre dans un autre viscère. Dans la névrose d’origine morale, ou plutôt par perception trop vive, le point cérébral a l'initiative ; c’est le contraire dans la névrose par cause physique; l’un et l’autre peuvent prédominer alternativement en intensité : tantôt le premier point est plus près de l’inflammation désorganisatrice ; d'autre fois c’est le second, etc., etc. Mais toutes ces différences, qui influent tant sur la forme, ne dérangent rien au fond de la maladie : dans tous ces cas, il y a deux points fondamentaux d'irritation dans lesquels la substance nerveuse est soumise à une modification inflammatoire, et le reste de l'appareil nerveux n'est affecté que secondairement et comme conducteur de l’excitation partie des deux foyers principaux. Que, dans la suite, ces foyers se multiplient, que les nouveaux prédominent sur les anciens parcequ'ils s’établissent dans un organe plus vivant; cela n'apporte aucune différence à la nature de la maladie : elle ne change que par la complication qui peut survenir, ou d’une
+ phlegmasie aiguë, si le sujet en a les moyens, ou
*d+, inflammation chronique additionnelle qui produt ‘un flux colliquatif tel que la diarrhée, une fonte purulente des poumons, ou d’un obstacle au cours du sang qui cause la dyspnée et interdit la locomotion, où d’une hydropisie qui résulte de cet obstacle ou de l’inflammation elle-même, etc., etc.
Nous mentionnGns tout cela dans l'intention d'’offrir la perspective complète du cours des névroses, qui commencent toutes par les simples lésions du sentiment et du mouvement, et finissent, quand leurs
(505: ) pr ogrès n'ont point élé arrêtés D du la désorganisalion des principaux organes dé l’économie.
C’est entre ce premier mouvement de l’irritation encore nerveuse des deux foyers signalés, et leur désorganisation définitive qui achève la destruction de l'individu, que se trouvent placés tous les phénomènes qui constituent l'état de névropathie, ceux d'hypochondrie, de mélancolie et d’hystérie, enfin tout ce qui compose la section des névroses des fonctions intérieures. Les phénomènes qu’on y remarque se réduisent tous aux quatre chefs suivans : 1’Sensations : elles sont de diverses espèces, (A)percues dans le viscère irrité; elles varient selon ce viscère, le degré de l'irritation et la susceptibilité des malades : paipitations, sensations plus ou moins extraordinaires dans le cœur, suffocations dans la poitrine, pincemens, torsion brûlante, sentiment de déchiremens, cempression, et autres douleurs plus ou moins difficiles à supporter dans l'estomac, les intestins, le foie,la rate, les reins;(B) perçues dans les muscles et les organes des sens qui sympathisent le plus avec le viscère irrité : douleurs et sensibilités locales excessivement variées, imitant ja goutte, le rhumatisme , la pleurésie, les meurtrissures, et changeant fréquemment de place; ardeur à la langue, aux yeux, sifflemens dans les oreilles, etc.; (C) sensations anomales plus ou moins extraordinaires , véritables hallucinations , quine peuvent être rapportées qu’à l’irritation de l’encéphale tourmenté par Îles irradiations de l'organe souffrant : l’un se figure que son bras tourne, quoiqu'il soit
se