‹ Commentaires et lettres (volume 3)Chapitre 19 sur 98 · A MONSIEUR MON COUSIN, MONSIEUR DE · texte numérisé non relu

A MONSIEUR MON COUSIN, MONSIEUR DE

CONDOM

[Agen, 11 juillet 1665.]

Monsieur mon cousin, je suis arrivé en ceste ville d'Agen ce matin et laissay dernièrement le roy, partant de Bayonne, s'en allant à Saint Jehan de Luz, où il est encores, et ne retournera passer au dit Bayonne, à cause que la peste s'y est mise, ains s'en vient à Dacqs. Je vous prie, si vos affaires ne sont si pressées que ne perdez la commodité qu'ils demeurent en arrière, incontinent, veue la présente, vous en vouloir venir, carilfault nécessairement que vous et moy parlons ensemble; et aussi, si vous voulez jamais avoir aucun plaisir de monsieur du Fresne', il fault que vous-mesmes luy présentés le mulet. Toulesfoys j'ay encores retenu celluy de monsieur de Sainct Hourens. Et est aussi nécessaire que vous et moy advizons pour le paiement de la pention de monsieur le cardinal de Guyse. L'espérance que j'ay de vous veoir en brief me gardera vous en faire plus longue lettre, seulement pour me recommander de bien bon cueur à vostre bonne grâce; priant nostre Seigneur en bonne santé vous donner. Monsieur mon cousin, longue et heureuse vie.

D'Agen, ce Xr« de juillet 1 565.

Vostre meilleur cousin et amy à vous faire

service.

De Monluc.

i. Florimond Robertet, seigneur de Fiesne (t, II, p. 290, note 1).

DE BLAISE DE AlONLUC. 37

Je vous prie mener vos mulets, afin que nous advisions quel sera le plus beau pour bailler à monsieur du Fresne, car tous les jours nous aurons affere de luy.

(Lettre originale; signature aatograplie; Blbl. Imp., coll. Galgoières, vol. 344,

iAO. A LA ROYNE.

[Estillac, 12 juillet 1565.]

Madame, pour ne vous ennuyer à lire une longue lettre, j'ay eserit au long à monsieur le cardinal de Bourbon ung escandalle, qui est advenu à Montréal, qui est une viUe en Condomoys, de laquelle j'estois desjà adverti, estant à Bayonne, qui fust cause de mon si soubdain partement; et n'en voulcis parler à vostre Majesté pour ne vous en donner fascherie. Ledict seigneur cardinal, s'il vous plaist, vous monstrera la lettre et vous en fera le discours au long, qui me gardera vous en parler plus avant.

Madame, m'en venant en ce lieu d'Estillac, je trouvay l'ambassadeur du Grand Seigneur; et entr'autres proppos que eusmes ensemble, estant adverti que mon fils le chevalier estoit à Malthe, il me feit dire par son truchement si je luy voulloys escrire, m'asseurant que luy-mesmes rendroit ma lettre ou luy feroit tenir très fidellement dedans Malthe. Aussi il me fit dire, présent le capitaine Tilladet, que le Grand Seigneur, son maistre, n'avoit grande armée au siège de Malthe, et que ce qu'il en faisoit estoit pour ung despit et pour se venger du roy catholic-

que, qui l'avoit menasse de prendre Jhérusalem et quelques autres places, mais qu'il s'asseuroit que son maistre aymoit et honoroit tant le roy que, s'il le prioit de se desporter de l'entreprinse de Malthe, il léveroit promptement son siège. Je n'ay voullu faillir à en advertir vostre Majesté, affîn que, si cella est profitable pour le service du roy et vostre, vous y pourvoyés comme bon semblera à vos Majestés. Et si d'adventure vos Majestés luy veulent eserire, on le pourra atteindre avant qu'il soit à ]Marseille. Et s'il plaist à vos Majestés y envoyer, me semble qu'il seroit bon commander au dict capitaine Tilladet faire la messagerie, qui a entendu tous les discours*.

Passant ledict ambassadeur par Condom et estant au devant la porte de la dicte ville pour entrer, le portier luy reiTuza l'entrée, ne le congnoissant et pour n'avoir jamais veu gens de telle nation, que premièrement il n'en eust adverti les consuls, qui estoient assemblés en leur maison de ville pour certains afferes. Le dict ambassadeur fût fasclié de cela et ne volsist attendre que le portier eust adverti les consuls, ains s'en alla; de quoy les dicts consulz advertis, incontinent montèrent à cheval et le trouvant qui n'estoit guières loing de la ville le prièrent de y

1 . L'ambassadeur turc traversa la France avec une suite de cinquante hommes et de cent chevaux que le comte de Tende lui avait donne's à Marseille. Il arriva au commencement de juin à Toulouse (coll. St-Germ. fr., vol. 689, M, f° 166), et vers le ik à Dax [ibid., f" 179). L'objet apparent de sa mission, dit François d'Avala, ambassadeur d'Espagne, était de demander au roi de France un abri pendant l'hiver, dans les ports de ^Marseille et de Toulon , pour l'escadre et l'armée turque employées au siège de Malte (Ai'chives de l'empire, K. Io04, n" 6).

vouloir retourner, ce qu'il refTuza faire; et voyans qu'ils n'y pouvoient faire autre chose, ils l'accompaignèrent jusques à une lieue de là, où il séjourna, et y demeurèrent jusques à son partement, et envoyèrent quérir au dict Condom tous les vivres qui estoient nécessaires pour luy et sa trouppe. Je vous supplie très humblement, Madame, croire que ce qu'en a esté faict provient de la faute du portier et non des dits consulz. J'en ay escrit à ceulx de Lectoure, de Lavit de Lomaigne et autres villes de mon gouvernement, qui sont sur son chemin, le recevoir et traiter humainement et l'accommoder de ce qu'il auroit besoing.

Vous ne scauriés croire. Madame, le grand bien que le prévost de monsieur le mareschal de Bourdillon a faict en ce pays. Il a faict exécuter à Montauban douze ou treize voleurs ou faulx-monnoyeurs, à Moyssac quatre. Il m'est venu trouver en ce lyeu d'Estillac et je l'ay envoyé à Nérac pour faire le procès à sept des complices, que y sont prisoniers, entre lesquelz il en y a deux qui sont des princippaulx chefs. Ils sont troys ou quatre trouppes des dicts voleurs, à cliascune desquelles il y a pour le moings cent cinquante ou bien deux cens hommes, qui est cause que je vous supplie très humblement commander au dict prévost, nommé Vyaletes, demeurer pour quinze ou seize jours auprès de moy, et jusques à ce qu'il ayt pieu à vos Majestés me pourvoir d'ung vice-séneschal, et en commander la dépesche pour m'estre envoyée promptement, car autrement il s'en yroit trouver le dict seigneur mareschal.

Madame, je supplie nostre Seigneur qu'en toute

grandeur et félicité vous doinet très longue et très heureuse vie.

D'Estillac, ce XII"^" jour de ju'llet 1565.

Yostre très humble et très obéissant subject et serviteur.

De Monluc.

(Lettre rapportée de Saint-Pétersbourg et co imimiquée par M. le comte de Laferrière.)

[iÂi. AUX CONSULS d'aUCH.]

[Estillac, 13 juillet 1565.]

Messieurs les Juges de la royne de Navarre et archevêque d'Aux et consuls de la dicte ville, je vous envoyé des lettres que le roy vous escript pour la réception des consuls de vostre ville, comme il est pourté par lesdites lettres *, le nom desquels verres dans icelles, que sa Majesté veult estre receus et que vous leur faictes preste le serament et faire jouir des privilèges que ont accoustumé les aultres de tout temps et ancienneté. Et de tant que sa Majesté me commande tenir la main à ce que ses vouloir et intention soient suivis, je vous prie procéder à ladite réception et leur faire preste le serament en tel cas requis, et aultrement exécuter la volonté dudit seigneur, comme mieulx l'entendes. Que sera fin, me recommandant de bon cueur à voz bonnes grâces, et prie nostre Seigneur en bonne santé vous donner. Messieurs, ce que désirés.

1 . L'ordonnance royale est ti'anscrite à la suite de cette lettre sur le registre de délibe'rations consulaires d'Auch,

D'Estillac, ce 13 juillet 1565.

Yostre meilleur voysin et amy,

(Copie; Arcb. miin. d'Auch, Registre de délibérations consulaires, f" 204.)

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