‹ CommentairesChapitre 7 sur 9 · YO EL RE Y · texte numérisé non relu

YO EL RE Y

jpJriria bes oogajes et bes exçébitions qn'mtrr^rit l'emçerenrCljarles- (Sinint beçnis son bépart brs états tir Jf lanbre (où il naquit, 1? îî féorier 1500^ selon le Bigle be jRome, et on il fat Mené), après (a mort bn roi ;f5ljiliççe son père, que Sien ait en sa gloire : te qnt arriua l'an 1516.

Après la mort du roi Philippe, il y eut par intervalles diverses guerres dans les États de Flandre, que nous nommons les Pays-Bas. L'une de ces guerres fut celle que l'empereur Maximilien soutint, de concert avec le roi Henri d'Angleterre, contre le roi Louis de France. Par la prudence, autant * que par la bravoure habituelle de l'empereur (1), les Français furent vaincus, en voulant venir au secours de Thérouanne. Après la prise de cette ville, on mit le siège devant Tournay, qui, peu de temps après, se soumit également. Il en résulta que l'archiduc Charles, petit-fils de l'Empereur, se rendit à

(1) Pola prudencia como polo esforço costumado do Emperador.

Tournay, qui était alors au pouvoir du roi Henri, et à Lille, où il eut sa première entrevue avec le même roi, et où, entre autres choses, fut traitée et résolue son émancipation. Ceci advint en Tannée

1515 181 S, pendant laquelle il fut immédiatement reconnu pour seigneur dans lesdits États de Flandre. Peu de temps après, le même archiduc envoya des ambassadeurs au roi François de France, qui, à la même époque, avait hérité de ce royaume, par la mort du roi Louis. Ces ambassadeurs négocièrent et conclurent la paix. La même année, Sa Majesté visita une partie des États de Flandre, et tandis qu'elle faisait cette visite, arriva à La Haye, en Hollande, M. de Vendôme, envoyé par le roi de France pour ratifier cette paix. La partie de ses États, qu'il n'avait pu voir cette année, il la visita Tannée sui-

i5io vante, 1816, et il tint son premier chapitre de Tordre de la Toison d'Or à Bruxelles. Ce fut Tannée de la mort du roi catholique; et, à partir de ce moment, Tarchiduc prit le titre de roi (1). A la

(1) E d'enlâô por (liante o Archiduque lomou o titulo de Rey.

même époque, il recouvra, non sans quelque résistance, les terres de Frise. Ensuite, le roi de France, à l'occasion, de son récent avènement, exprima le désir d'ouvrir d'autres négociations avec Sa Majesté (1) : ce qui eut lieu à Noyon dans le môme temps et la même année. Le roi de France envoya le seigneur d'Orval ratifier ce qui avait été de nouveau convenu. Sa Majesté resta dans les Paysioi7 Bas jusqu'au 8 de septembre 1517, jour où elle s'embarqua à Flessingue pour l'Espagne, et elle laissa pour la première fois, en son absence, madame Marguerite, sa tante, gouvernante de ses États.

Cette même année, Sa Majesté conservant la paix faite en France et l'amitié du roi d'Angleterre (2), s'embarqua à Flessingue, ainsi qu'il a été dit, traversa l'Océan, et vit pour la première fois l'Espagne, où son séjour devait se prolonger jus-

(1) Despois el Rcy de França desejou- de Irallar de novo corn Sua Majeslade, por causa da nova successâô.

(2) Continuando a paz feita cm França e amizade com el Rey d'Inglaterra.

qu'à Tan 1520. Continuant son voyage jusqu'à Tordesillas, elle alla baiser les mains de la reine sa mère, et partant de là, elle se rendit à Mojados où elle rencontra l'infant don Ferdinand, son frère, qu'elle reçut avec un grand et fraternel amour (1). Dans ce temps mourut le cardinal fray François Ximénès, que le roi catholique avait institué gouverneur de ces royaumes. Poursuivant son chemin, Sa Majesté vint à Valladolid, où elle réunit les cortès des royaumes de Castille; et elle y fut reconnue roi conjointement avec la reine sa mère (2).

En ce temps, le roi de France fit avertir Sa Majesté de certaine intention et volonté qu'il avait de faire la guerre au roi d'Angleterre, afin de recouvrer, disait-il, la ville de Tournay, qui, comme on Ta vu, avait été prise. À quoi Sa Majesté répondit conformément aux conventions qu'elle avait faites avec les deux rois. Cette réponse, bien que modérée, juste et conforme à la raison, fut interprétée de telle sorte que Je roi de France en conçut du

(1) Corn grande e fraternal amor.

(2) £ foi jurado por Rey juntamenle corn a Rainha sua mai.

ressentiment, et, peu après, il commença la guerre. D'autre part, le monarque anglais ne témoigna pas la reconnaissance que méritait une semblable réponse. Car bientôt les deux rois s'accordèrent et s'unirent, tenant peu compte des conventions qui avaient été faites entre eux et le roi catholique. Par suite de cet accord et de cette union, la ville de Tournay fut rendue aux Français (1).

1518 Dans ce temps, c'est-à-dire l'an 1518, Sa Majesté et l'infant son frère partirent de Valladolid pour Saragosse; et pendant ce voyage elle se sépara à Àranda de l'infant, qui partit de là pour s'embarquer à Santander, et se rendre par mer en Flandre, où il fut reçu par madame sa tante. Sa Majesté con-

( I ) El Rey de França fez ad vertir a Sua Magestade de cerla lençâô sua e vonlade que (inlia de fazer guerra ao Rey d'inglaterra por cobra r, segundo dizia, a Tornay que, como danles se disse, fora tomada. Ao que Sua Magestade respondeo conforme os concertos, que tinba feitos com os ditlos dous Reys. A quai r es posta, aïnda que branda, jusla , e conforme a razâô, foi tomada de sorte que el Rey de França se resenlio tee pouco despois começar a guerra» eo Ingrez nâo teve o reconhecimento que a tal resposta merecia, porque logo se concertaram e unirao ambos, fazendo pouco caso dos concertos , que es ta va m feitos entre elles e o Rey Catholico.

tinua sa roule jusqu'à Saragosse, où, de la même manière, elle assembla les cortès, et fut reconnue

ioio pour roi (1).

L'an 1519, Sa Majesté tint les cortès à Barcelone, où tout se passa de même. En chemin, elle apprit la mort de l'empereur Maximilien, son aïeul; et, pendant qu'elle assistait à ces cortès, arriva la nouvelle de son élection à l'empire, que le duc Frédéric, comte Palatin, fut chargé de lui annoncer. De là elle partit pour s'embarquer à La Corognc, afin d'aller recevoir la couronne impériale (2) à

io20 Aix-la-Chapelle.

Sa Majesté s'embarqua au port de La Corogne, laissant pour gouverneur le cardinal de Tortose, auquel elle adjoignit plus tard le connétable et l'amirante de Castille, don Inigo de Velasco, et don Frédéric Henriquez. Ayant traversé l'Océan pour la seconde fois, elle débarqua la première fois en Angleterre, où elle eut sa deuxième entrevue avec le roi, et, malgré ce qui a été dit plus haut, une

(1) Onde da mesma maneira ajuntou corles, e foi jurado porRey.

(2) A primeira corôa.

alliance plus étroite (1) fut traitée et conclue avec ledit roi. De là elle passa dans ses États de Flandre, où elle fut reçue par madame sa tante et par Tinfant son frère. Ce fut le premier retour de Sa Majesté dans ses États de Flandre : il en résulta une troisième entrevue, à Gravelines et à Calais, entre l'empereur et le roi Henri d'Angleterre. De là il partit, et continua sa route jusqu'à Aix-la- Chapelle, où il fut couronné. Puis, madame Marguerite sa tante revint gouverner les dits États de Flandre pour la seconde fois. Il y laissa aussi l'infant son frère, et tint sa première diète à Worms. Ce fut la première fois qu'il se rendit en Allemagne et sur le Rhin. Dans ce temps commencèrent à pulluler les hérésies de Luther en Allemagne, et les communidades en Espagne (2).

Sa Majesté, étant à ladite diète, fit appeler l'infant son frère, qui partit de là pour aller épouser la sœur du roi Louis de Hongrie, conformément à

(1) Mais parlicular paz.

(2) Comcçaram a pullular as heregias de Luthero em Alemanha e as communidades em Hespanha.

ce qui avait été réglé par l'empereur Maximilien. Durant la même diète, Robert de la Marck commença à soulever la guerre (1). Elle eut son origine dans la réponse, mentionnée plus haut, qu'en 1518 le roi catholique Charles avait adressée de Valladolid au roi de France. Non-seulement ce roi ne put dissimuler le dépit et le peu de satisfaction qu'il en avait éprouvé, mais tout ceci alla en croissant, surtout depuis que le roi catholique fut élu empereur (2). Il fit continuellement des réclamations et des propositions si déraisonnables, et en termes si exorbitants, que l'empereur ne put les accepter ni y condescendre (3). Pour ce motif, et pour d'autres pratiques et d'autres intelligences que le roi de France entretenait en Italie, et en Espagne avec les communidades (4),

(1) Começou a mover guerra.

(2) Daqual nâo soo mente nàopode dissimularodesgostoe pouca salisfaçâo que linha, mas cadadia ia em crescimento, e muilo mais despois que o ditto Rey Catholico foi eleilo em Emperador.

(3) £ lue forain continuamente feitos requerimenlos, e postas condiçôes tâô desarrezoidas e per termos tâô exorbitantes que nâo pode oir, nem condescender nellas.

(4) Pola quai causa , e outtras pratticas e intelligcncias que bavia em Italia, e em Hespanba corn as communidades.

commencèrent en 1521 les guerres entre Sa Majesté et le roi de France, dans lesquelles messire Robert de la Marck perdit la majeure partie de ses terres qui lui furent enlevées par le comte Henri de Nassau, alors capitaine-général de l'armée. Ces guerres se prolongèrent jusqu'à l'an 1525. Pour ce motif l'empereur fut obligé de clore la diète de Worms. En cela il fit ce qu'il put, plutôt que ce qu'il désirait et avait résolu de faire (1), et partit ainsi pour résister à ces guerres.

1521 Sa Majesté retourna, par le Rhin, dans ses États de Flandre pour la seconde fois. A celte époque, les communidades furent vaincues en Espagne, et les Français, battus et chassés du royaume de Navarre qu'ils avaient occupé, de même qu'ils s'étaient établis à Fontarabie. Toutes ces choses furent achevées avant que l'année fût écoulée.

Dans ce temps, le roi de France envoya une armée en Lombardie. Elle assiégea Pavie, qui fut défendue par le marquis Frédéric de Mantoue, qui

(1) Mais como pode que como desejava e determinava fazer.

s'y trouvait alors. Une armée ayant été réunie, en vertu de la ligue que forma l'empereur avec le pape Léon et les Vénitiens, les Français furent chassés du duché de Milan. Prosper Colonna était chef de l'armée de la ligue, et en vertu de la même ligue, le duché de Milan fut donné au duc François Sforza.

Dans le même temps, selon l'ordre de l'empereur, la ville de Tournay fut assiégée par le comte de Nassau, et elle fut rendue à Sa Majesté par les Français qui l'occupaient depuis qu'ils l'avaient reçue du roi d'Angleterre au pouvoir duquel elle avait été précédemment. L'armée du roi de France 1522 tenta de nouveau en 1522 de rentrer dans le duché de Milan , mais Prosper Colonna et l'armée de la ligue leur opposèrent une telle résistance qu'ils perdirent la bataille de la Bicoque. Elle fut suivie de la prise de Gênes.

Sa Majesté laissant pour la troisième fois à madame sa tante le gouvernement des Étals de Flandre, s'embarqua à Calais et passa pour la seconde fois en Angleterre, où elle eut sa quatrième

entrevue avec le roi. Après y être restée quelques jours, elle s'embarqua à Souihampton, traversa pour la troisième fois l'Océan et arriva pour la seconde fois en Espagne, où elle alla de nouveau baiser les mains de la reine sa mère, et où elle séjourna jusqu'en 1529. A l'époque même de son arrivée, le pape Adrien, qui avait été élu après la mort du pape Léon, s'embarquait à Barcelone pour Rome. Sa Majesté continua sa route jusqu'à Valladolid, où elle tint les cortès pour achever d'apaiser les dissensions passées, en exceptant quelquesuns des plus coupables du pardon général accordé à tous ceux qui l'avaient offensé.

is23 En l'année 1523, pendant cette guerre avec la France, l'Empereur entretint certaines communications et certaines intelligences (1) avec le duc Charles de Bourbon, qui se tenait pour offensé de quelques injustices qu'on lui avait faites (2). Ce fut pourquoi il passa au service de Sa Majesté

(1) Teve algûa communicào e intelligencia.

(2) quai se linlia por injuriado de aigus aggravos que lhe foram feilos.

Impériale. L'Empereur se rendant à Pampelune avec une armée afin d'entrer en France, en donna le commandement au connétable de Gastille don Inigo de Velasco, qui pénétra dans ce royaume, et qui à son retour reprit Fontarabie.

1524 Cela fait, l'Empereur revint en 1524 au royaume de Tolède. Il y fut malade de la fièvre, qui le

1325 quitta au commencement de l'année suivante 1525. En ce temps-là, le roi de France mit le siège devant Pavie, où commandait en chef Antoine de Leyva, et dans la bataille qui se donna devant cette ville, ledit roi fut fait prisonnier par le duc de Bourbon (1), capitaine-général de l'Empereur, Charles de Lannoy, son vice-roi à Naples , et don François d'Avalos, marquis de Pescaire, ses principaux capitaines. Le roi fut conduit par le vice-roi de Naples en Espagne à Madrid, où il tomba malade, et l'Empereur alla lui faire visite. Ce fut la première fois qu'ils se virent.

Tandis que l'Empereur était dans ladite ville de

(1) Peto dantes dilto duque de Borbon.

Madrid, on négocia et Ton conclut avec ledit roi la paix et son mariage avec la reine veuve de Portugal, madame Éléonore, sœur de l'empereur. A la même époque, arriva aussi le duc de Bourbon, qui retourna bientôt à Milan, ayant été investi de cet État par Sa Majesté.

1526 En 1526, l'empereur partit de Tolède pour Séville, où il se maria. En chemin, il reçut la nouvelle de la mort de la reine de Danemark, sa sœur. Dans- la même ville de Séville, vint le visiter son beau-frère, le seigneur infant don Louis de Portugal, qui accompagnait l'impératrice , sa sœur. Ce fut la première fois que Sa Majesté vit ledit seigneur infant. Dans ce même temps aussi, elle mit en liberté (1) le roi de France, en échange de deux de ses fils, conformément aux conditions des conventions faites à Madrid. Celui-ci, bientôt après, renouvela la guerre, et Sa Majesté Impériale reçut à Grenade un défi (2), en vertu d'une ligue conclue entre le pape Clément, qui avait été élu après

(1) Soltou.

(2) Foi desafiado.

la mort du pape Adrien, les rois de France et d'Angleterre et la seigneurie de Venise. Sa Majesté répondit à ce défi.

Dans le même lieu arriva à l'empereur la nouvelle que son beau-frère, le roi Louis de Hongrie, avait été défait par les Turcs et qu'il avait péri. C'est pourquoi Sa Majesté convoqua h Valladolid les cortès générales de tous ses royaumes de Castille, afin de s'occuper du remède à apporter à cet état de choses, et de la défense qu'il y avait lieu d'organiser contre les Turcs. Sa Majesté se trou- 1527 vait en cette ville, en 1527, quand naquit son fils Philippe, prince d'Espagne. Dans le même temps et dans le même lieu, lui parvint la nouvelle que l'armée, qu'avait levée le duc de Bourbon, était entrée à Rome, à la suite d'un assaut, où ledit duc avait été tué, et qu'elle tenait le pape Clément enfermé (1) au château Saint-Ange. Une garde avait été mise ensuite à ce château par le prince d'Orange qui, depuis la mort du duc de Bourbon, était demeuré chef de l'armée.

(1) Encerrado.

Le pape resta dans ledit château jusqu'à ce que,

s'étant entendu avec l'armée (1), il fut, par ordre de Sa Majesté, mis en liberté.

À la même époque, dans la ville de Burgos, l'empereur reçut un défi des rois de France et d'Angleterre, sous le prétexte de la détention du pape Clément (2). Sa Majesté répondit entre autres choses : que ce défi n'avait plus de motif, attendu que le pape était en liberté ; et qu'il fallait moins reprocher le fait de la détention du pape à l'empereur qu'à ceux qui l'avaient obligé à lever pour sa défense tant de gens de guerre, dont il n'avait pas été bien obéi (3).

Tout ceci étant passé, Sa Majesté revint à Madrid, et elle y tint les cortès des royaumes de Castille, où son fils Philippe fut reconnu (4) prince desdits royaumes.

(t) Tec que tendo se concërlado com o exercito.

(2) Sob color da detençâô do papa Clémente.

(3) £ o que tinha acontecido de sua delcnçâô fora mais por culpa daquelles o obrigaram a mandar para sua defensâo tanta gente de guerra que nâo foi bem obedecido, que por sua.

(4) Foi jurado.

1528 L'an 1528, Sa Majesté, se rendant à Valladolid, ressentit les premières atteintes de la goutte. Elle reçut la nouvelle qu'une armée, envoyée par le roi de France en Italie, sous prétexte de délivrer le pape Clément (qui, comme on l'a dit, était déjà libre) (1), s'était avancée pour envahir et assaillir le royaume de Naples ; qu'elle en avait déjà conquis une grande partie, et qu'elle avait mis le siège devant la capitale, dans laquelle s'était retirée l'armée qui avait été à Rome. Dans cette armée se trouvaient le prince d'Orange, don Alphonse d'Avalos, marquis du Guast, Alarcon, qui avait occupé le château Saint -Ange, et don Hugues de Moncade, qui était dans ladite ville de Naples, parce qu'il s'y était trouvé à la mort du vice-roi Charles de Lannoy ; et comme chacun prétendait au commandement supérieur, ils ne s'entendaient pas bien entre eux. Néanmoins ils firent si bien leur devoir que, avec l'aide de Dieu, ledit royaume et la capitale furent défendus, et que l'armée française

(1) Corn cor de querer livrar o papa Clémente, o quai, como fica dillo, eslava ja livre.

fut vaincue et mise en déroute (1). Durant ce siège, don Hugues de Moncade sortit avec quelques galères pour attaquer celles de l'escadre du prince Doria ; mais Hugues de Moncade fut tué, et la plupart de ses galères furent prises.

Sa Majesté, conformément à la résolution qu'elle avait prise, alla à Monzon tenir les cortès des trois royaumes d'Aragon. Ceci achevé, elle retourna à Madrid, où se trouvait l'impératrice qui avait donné le jour à l'infante dona Maria, sa première fille. Bientôt après, arrivèrent les députés du prince Doria qui, pour certains motifs et à cause du mauvais traitement qui lui avait été fait (2), offrait de venir au service de Sa Majesté, avec ses galères et celles qui avaient été prises devant Naples. Sa Majesté accueillit volontiers ces offres qui lui furent très-agréables et qui étaient indispensables pour le succès de ce qu'elle songeait à faire et de ce qui pouvait survenir ultérieurement (3).

(1) Rotto e desbaratado.

(3) Por algûas causas e mao traltamenlo que lhe fora feito. (3) quai Sua Majestade acceilou de boa vontade por este

De là, l'empereur se mit bientôt en roule pour * . Tolède; et dans cette ville il chargea l'impératrice de gouverner en son absence tous ses royaumes d'Espagne, d'où il avait résolu de s'éloigner, animé du désir d'imposer le meilleur ordre possible aux erreurs de l'Allemagne, auxquelles, comme il a élé dit , il n'avait pu porter qu'imparfaitement remède (1), à cause des guerres qu'on lui avait suscitées. Il voulait aussi, en résistant aux attaques dirigées sans cesse contre lui du côté de l'Italie,y ceindre en même temps les couronnes qu'il n'avaitpas encore reçues, et enfin se trouver plus à même d'arrêter le Turc qui, disait-on, marchait contre la chrétienté. 4529 Par ces divers motifs, l'empereur quitta la ville de Tolède pour se rendre à Barcelone, où le prince Doria arriva aussi peu après avec ses galères. Il acheva d'y équiper et d'y mettre en ordre toute sa flotte afin de s'embarquer et d'aller,

offerecimenlo Ihe ser de muito gosto e necessario para o que tratlava fazer e que cada dia se Ihe podia offerecer.

(4) Po !o desejo que linha de dar a raelhor ordera que Ihe fosse possivel aos erros anlesdittos de Alemanha que, como esta dilto, Sua Majestade deixara o remedio imperfeilo.

ainsi qu'il a été dit, se faire couronner en Italie, malgré la ligue déjà mentionnée qui avait été formée contre Sa Majesté et qui, dans le même moment, commençait à se dissoudre. Car pendant quelle était encore à Barcelone, il y eut des négociations entre le pape Clément et Sa Majesté. Là vint la nouvelle que M. de Saint- Pol avait été défait dans l'État de Milan , et qu'il était prisonnier d'Antoine de Leyva , gouverneur de cet État. Dans le même temps , madame Marguerite, sa tante, traitait à Cambray de la paix avec madame la régente de France, mère du roi. Cela fait, Sa Majesté s'embarqua, et ayant mis à la voile avec toute sa flotte, elle passa la mer du Levant et arriva pour la première fois en Italie. Comme elle naviguait le long des côtes de France, elle ouït dire que la paix était conclue; mais elle n'en eut la certitude qu'à son arrivée à Savone. En conséquence, elle envoya de Gênes, le seigneur de la Chaulx, son sommeiller de corps, pour la ratifier. De là, elle partit pour entrer plus avant en Italie, où elle fut instruite que le Turc, ayant pénétré en Hongrie,

avait mis le siège devant Vienne et donné l'assaut à cette ville : ce qui fut cause que le pape Clément et l'empereur se virent tous deux pour la première fois à Bologne où Sa Majesté ressentit sa seconde attaque de goutte. Dans le même lieu, l'empereur apprit que l'impératrice avait mis au jour son deuxième fils, Ferdinand, dont la mort lui fut annoncée l'année suivante à Augsbourg. Afin d'être plus libre pour résister au Turc, et afin de laisser l'Italie tranquille (1), il ceignit les couronnes qui lui appartenaient (2), dans ladite ville de Bologne. Il conclut la paix avec les Vénitiens, et investit de nouveau de l'État de Milan le duc François Sforza. Après une longue guerre dirigée par le pape et Sa Majeslé contre les Florentins, dans laquelle le prince d'Orange, qui déjà était vice-roi de Naples, remplit les fonctions de capitaine -général, la maison de Médicis fut rétablie dans la ville de Florence, et le duc Alexandre fut investi de cet État. Dans cette

(1) E por Sua Majeslade ficar mais livre para resislirao Turco e por deixar Ilalia quiela.

(2) Suas coroas.

expédition, le prince d'Orange fut tué. Il fut remplacé dans son commandement par don Ferdinand de Gonzague, et dans le gouvernement de Naples parle cardinal Caracciolo, jusqu'à ce que Sa Majesté en eût disposé autrement.

Sur ces entrefaites, une telle résistance fut faite par le roi son frère et ceux qui étaient avec lui à Vienne, que le Turc, tant pour ce motif que parce qu'il apprit les diligences et les préparatifs qu'on faisait pour le combattre, jugea à propos de se retirer. Dans ce même temps, l'empereur demanda à Sa Sainteté, comme chose très-importante et nécessaire pour porter remède à ce qui se passait en Allemagne et aux erreurs qui se propageaient dans la chrétienté, de vouloir, (comme unique et principal remède) convoquer et assembler un concile général (1). A cet effet, Sa Sainteté nomma un légat pour assister à la

(1) Como de cousa mais principal e necessaria, o Emperador sollicitou a Sua Santitade que, para remedio da Germania e dos erros que iâo mulliplicando em a Christandade, quisesse, como unico e principal remedio, convocare celebrar hum concilio gérai.

diète d'Augsbourg et y prendre toutes les résolutions qui sembleraient le plus propres à celte fin. 1530 Ces choses terminées, l'empereur prenant congé du pape, partit de Bologne pour se rendre à la diète qu'il avait convoquée à Augsbourg. Là vint le légat du pape pour traiter du remède desdites erreurs, et en même temps afin de pourvoir et d'obvier aux maux dont on était menacé de la part du Turc. L'empereur, passant par Mantoue et les terres de Venise, arriva à Trente, et en Allemagne pour la seconde fois. Pendant ce voyage, il rencontra le roi son frère, et ils se rendirent ensemble à ladite diète d'Augsbourg, où l'on accorda contre le Turc une bonne aide, qui plus tard fut mise à exécution à Ralisbonne. Dans ce temps, il entama des négociations (1) avec les Électeurs. Attendu que l'empereur, à cause des grands royaumes et des grandes terres, que Dieu lui avait donnés, ne pouvait prolonger son séjour dans l'empire autant qu'il le désirait et que cela était convenable (2), on traita

(1) Praltica et intelligencia.

(2) Quanto desejava e convinba.

de l'élection du roi son frère comme roi des Romains. La diète terminée, ils partirent tous ensemble, et il vit pour la troisième fois le Rbin en le suivant jusqu'à Cologne. Ce fut là, (à cause de la peste qui régnait à Francfort), que se conclut, sur la proposition de Sa Majesté, l'élection du Foi 153J son frère comme roi des Romains. De ladite ville de Cologne, l'empereur se rendit à Aix-la-Chapelle pour couronner ledit roi. Ceci étant fait, le roi et les Électeurs se mirent à traiter de leurs intérêts particuliers, et l'empereur revint pour la troisième fois dans ses États de Flandre, afin de mettre ordre aux affaires qu'il y avait, tant par suite de sa longue absence qu'à cause de la mort de madame Marguerite sa tante, dont la nouvelle lui était parvenue quand il descendait le Rhin. Afin de mettre tout dans le meilleur ordre, il confia l'expédition et la direction des affaires à la reine de Hongrie madame sa sœur. Cela étant réglé et achevé, il parcourut ses Étals, et visita une partie de ses terres. Ce fut avec l'aide et en la compagnie de ladite reine, qu'il prit toutes les mesures qui lui

parurent les plus convenables et les plus nécessaires. Entre autres choses, il tint le troisième chapitre de Tordre de la Toison d'Or, à Tournay. io32 Au commencement de cette année, l'empereur, laissant, pour la première fois, la reine de Hongrie sa sœur dans le gouvernement desdits États de Flandre, prit sa route, pour la quatrième fois, par le Rhin, afin de rentrer, une troisième fois, en Allemagne, tant pour rechercher s'il pouvait pourvoir en quelque manière au remède des hérésies qui s'y répandaient (1) que pour s'opposer à l'invasion du Turc, qui se préparait, comme on en avait reçu la nouvelle, à venir avec de grandes forces détruire l'Allemagne. A cet effet, il avait convoqué une diète impériale à Ratisbonne, pour mettre à exécution ce qui avait été convenu, comme il a déjà été dit, à Augsbourg. Pendant ce voyage, se trouvant à la chasse il tomba de cheval et se blessa à la jambe; par suite, l'érysipèle s'y déclara et il en souffrit tout le temps qu'il passa à Ratisbonne. Il éprouva

(I) Por ver se podia fazer algiîa cousa de proveilo para remedio das beregias que havia nella.

aussi une troisième attaque de goutte. Dans la même ville mourut son neveu le prince de Danemark.

Pendant que Sa Majesté était ainsi indisposée, on traita dans cette diète du remède à apporter aux affaires de religion, et Ton reçut la nouvelle certaine de la venue du Turc dans le but indiqué plus haut. Par ce motif, Sa Majesté, conjointement avec le roi des Romains son frère, s'adressa aux États de l'empire qui se montrèrent pleins de zèle dans l'accomplissement de leur devoir. On suspendit donc les affaires de religion, parce que le temps manquait (1), et on les laissa dans l'état où elles se trouvaient. Une telle armée fut réunie par l'empire ainsi que par Leurs Majestés l'empereur et le roi des Romains, que le Turc, qui voulait aller assiéger Vienne, où l'empereur et le roi des Romains l'avaient prévenu avec leurs troupes, ayant vu une partie des siens (ils s'étaient avancés sur plusieurs points) mis en déroute par le comte Frédéric Palatin, alors général de l'armée impériale, résolut de rebrousser chemin, et battit en

(1) Pola brevidade do tempo.

retraite près de Neustadt. En effet, le Turc, ayant passé la Drave et la Save, retourna à Constanlinople avec grande perle et dommage de ses gens. Dès ce moment, on commença à moins redouter ses forces (1).

Dans le même été, le prince Doria, pour opérer une diversion, alla, par Tordre de l'empereur, attaquer les possessions maritimes du Turc; il conquit la ville de Coron en Morée, où il laissa une garnison ; prit en outre beaucoup d'autres places, et fit de grands ravages.

L'empereur voyant qu'en ce moment il n'y avait plus rien à faire contre le Turc, que la saison était trop avancée pour songer à reconquérir la Hongrie, et que la peste ravageait l'armée, résolut de licencier toutes ses troupes, afin d'éviter des dépenses inutiles. Ceci se fit sans aucun désordre. Seulement les Italiens, que Sa Majesté avait résolu de laisser en Autriche pour la défense de cet État, excités par quelques mauvais esprits, se mutinèrent

(4) Que foi principio para dalli em (liante menos estimar suas forças.

sans aucun motif, et s'en retournèrent. Cependant l'empereur, poursuivant ses desseins, se mit bientôt en route pour aller, une seconde fois, en Italie, et de là en Espagne, ce qu'il avait grand désir de faire, parce qu'il y avait déjà quatre ans qu'il était éloigné de l'impératrice sa femme. Il désirait aussi, en traversant l'Italie, avoir une seconde entrevue avec le pape Clément, tant pour traiter de la convocation du concile, du remède des affaires de religion, et de la résistance à opposer au Turc, que pour assurer la paix et la tranquillité de l'Italie. Sa Majesté, continuant son chemin par le Frioul, arriva à Bologne, et vit, une seconde fois, Sa Sainteté, sans que cela produisît toutefois le plein effet que Sa Majesté espérait atteindre (1), et elle partit pour aller s'embarquer à Gênes, ce qu'elle fit peu après. 1533 L'empereur traversa, pour la seconde fois, la mer du Levant ; et abordant pour la troisième fois en Espagne, il débarqua à Barcelone, où l'attendait l'impératrice avec le prince d'Espagne et Fin- Ci) Dônde nâo resullou inteiro effeilo do que Sua Majeslade pretendia.

fante dona Maria, ses enfants. Après être resté dans cette vilie durant quelques jours, il se rendit à Monzon pour tenir les cortès de ses trois royaumes d'Aragon. Pendant qu'il y assistait, l'impératrice éprouva de fortes souffrances, mais quand elle fut guérie, elle vint aussi à Monzon. Les cortès étant achevées, Leurs Majestés se mirent en route et arri-

1534 vèrent, Tan 1 534, à Tolède. Il y eut là aussi une assemblée de cortès, après quoi, Leurs Majestés allèrent à Yalladolid, où l'impératrice accoucha avant terme d'un fils. De là, à cause de la peste qui y régnait, elles se rendirent à Palencia où l'empereur eut, ainsi qu'il put s'en assurer, une quatrième attaque de goutte. Dans la même année, il partit de cette ville pour aller à Madrid et passer l'hiver dans le royaume de Tolède. A cette époque, se résolut et se prépara l'expédition de Tunis que Barberousse, cet été même, avait conquis avec une grande armée de Turcs.

1535 Sa Majesté, laissant pour la seconde fois à l'impératrice, qui était enceinte, le gouvernement de tous ses royaumes d'Espagne, s'éloigna de Madrid et arriva

à Barcelone, afin de commencer le voyage de Tunis. A cet effet, elle rassembla dans ladite ville de Barcelone un grand nombre de navires de guerre, les uns envoyés par le roi de Portugal, son beaufrère, les autres venus de Malaga et d'autres points des côtes d'Espagne. Là arrivèrent aussi les galères d'Espagne et celles du prince Doria, général de la mer pour Sa Majesté. Lorsqu'on eut réuni tous ces navires, ainsi que les seigneurs, les gentilshommes, les nobles (1), les gens de cour et de guerre, de mer et de terre, l'empereur s'embarqua, pour la troisième fois, à Barcelone, afin d'aller à Tunis, et il passa la mer du Levant, pour la troisième fois. Tandis que l'empereur était occupé de ces choses, l'infant don Louis de Portugal, son beau-frère, ayant appris que l'expédition qu'allait entreprendre Sa Majesté, était dirigée contre les infidèles, voulut y prendre part, comme prince chrétien et doué d'un grand courage (2). II vint donc en poste, avec plusieurs des principaux person-

(1) Os senhores, gentizhomés el fidalgos.

(2) Como principe chrislàô e de grande animo.

nages du royaume de Portugal, dans la même ville de Barcelone, où l'empereur se trouvait. Ce fut la seconde fois qu'ils se virent. L'empereur le reçut et le traita, pendant toute la durée de l'expédition, comme un frère doit traiter son frère (1), et le mieux qu'il lui fut possible.

Tous les préparatifs étant achevés, ils s'embarquèrent au printemps; et ayant mis à la voile, ils furent forcés par le mauvais temps de diriger leur roule par Mayorque, où l'empereur arriva, pour la première fois, avec toute sa flotte, et puis par Minorque, où il arriva aussi pour la première fois. De là portant le cap sur la Sardaigne, où il toucha également pour la première fois, il y trouva tous ses gens de mer et de terre, qui s'y étaient rendus sur des galères et sur d'autres bâtiments, afin que les deux flottes s'y réunissent. Là vinrent aussi six galères du pape Paul, qui avait été élu peu auparavant après la mort du pape Clément. Celle jonction opérée, tous partirent de l'île de Sardaigne,

(I) Como hum irmâô deve fazer a oulro.

en se recommandant d'abord à Dieu, par la faveur et la grâce de qui ils devaient, avant le jour, loucher la terre d'Afrique (1). Le matin venu, l'empereur avec ses galères découvrit la terre et attendit les autres navires au port Farino. Ensuite, après avoir fait reconnaître les lieux propres au débarquement, il mit pour la première fois, entre le cap de Carthage et la Goulette, le pied sur la terre d'Afrique, avec tous ses gens de guerre, dont le marquis du Guast était le général. Après avoir été retardé par quelques escarmouches, il assiégea la Goulette pendant quelques jours avec une forte artillerie (2), et elle fut enfin prise d'assaut.

En ce temps, l'empereur reçut la nouvelle que l'impératrice avait mis au monde l'infante dona Juana, sa seconde fille. Peu de jours après, l'empereur, laissant la Goulette et la flotte bien pourvues, s'avança vers Tunis avec ses gens à pied et à cheval et avec quelques pièces d'artillerie. Tandis

(1) Encommendaudo se primeiro a Deus, corn cujo favor e graça chegaram anles de dia a (erra de Africa.

(2) Gom grande batlcria.

qu'il marchait, Barberousse sortit de Tunis avec un grand nombre de Mores, à pied et à cheval, et avec une forte artillerie, et il rencontra l'empereur et son armée, entre des puits et des étangs, où l'empereur voulait s'arrêter pour rafraîchir ses soldats. L'empereur occupa ce lieu de vive force, et obligea les ennemis à se retirer après avoir perdu leur artillerie et une partie de leurs troupes. Du côté de Sa Majesté il y eut aussi quelques morts; et ce même jour, Barberousse commença sa retraite vers Tunis. Le lendemain, lorsque l'aube parut, l'empereur rangea son armée en bataille, et marcha sur ladite ville de Tunis, et ni Barberousse ni ses gens ne purent l'empêcher d'y entrer avec son armée. Quand la ville eut été saccagée, et quand on y eut délivré les esclaves chrétiens , il la rendit au roi Hassan ; et après être retourné à la Goulette , qu'il fortifia, il s'embarqua avec l'intention d'aller prendre la ville d'Afrique (1). Il en fut empêché par les vents contraires. Partant donc de Calybia, qui est aussi sur

(I) Alger. Voyez sur ce projet, Sandoval, XXII, 43.

la côte d'Afrique, il traversa, pour la quatrième fois, la mer du Levant, et aborda, pour la première fois, en Sicile ; et après y avoir tenu une assemblée et avoir donné les ordres convenables pour le bien de ce royaume, où il laissa pour vice -roi don Ferdinand de Gonzague, il passa le phare de Messine et se rendit par la Calabre, à Naples. C'était la troisième fois qu'il se trouvait en Italie. Dans ce voyage, il fut, pour la cinquième fois, et à quatre reprises, atteint de la goutte. Étant à Naples, l'empereur convoqua une assemblée dans laquelle on traita des affaires du royaume, et il y reçut la nouvelle de la mort de la reine d'Angleterre , du prince de Piémont, qui était en Espagne, et de François Sforza, duc de Milan. .

Durant ce temps, le roi François de France commença une troisième guerre pour occuper les États du duc de Savoie : ce qui obligea Sa Majesté impériale à partir de Naples le plus tôt qu'elle put, afin de remédier et d'obvier à cette attaque. 1536 L'empereur vint à Rome, où était le pape Paul , (ce fut la première fois qu'il vit Sa Sainteté) tant

pour traiter de la paix, qu'on lui avait demandée, que pour l'engager, dans le cas où elle ne se ferait pas, à aider le duc de Savoie, qui, outre qu'il était vassal de l'empire, était marié à sa belle-sœur et cousine germaine l'infante dona Béatrice de Portugal. A Rome il y eut à ce sujet des pourparlers, et il se passa beaucoup de choses, qui ne furent que des paroles sans effet (i). Il en résulta des écrits tels que l'empereur ne voulut point prendre le soin d'y répondre, comme à des choses trop frivoles (2). Il résolut donc de poursuivre son chemin. Ayant pris toutes les dispositions possibles, et désirant trouver le moyen le plus convenable de rendre au duc de Savoie la plus grande partie de ses États, dont il avait été dépouillé à main armée, il laissa une partie de son armée près de Turin , et fit avancer par les Pays-Bas une autre armée, à laquelle il donna pour capitaine le comte de

(1) Em Roma se traltou e pralicou desla materia, e passaram muilas cousas que nâo foram mais palavras sem effeito.

(2) D'onde se seguiram taes escritturas que Sua Majestade nâo quis lomar cuidado de Ibes responder, com a cousas muito frivolas.

Nassau, afin d'inquiéter l'ennemi et de lui causer du dommage. Enfin il marcha lui-même en avant avec le reste de ses troupes, dont il avait confié le commandement à Antoine de Leyva, et pénétra jusqu'à Aix en Provence. C'était la première fois qu'il entrait en France et avec une armée (1). Cependant, vu que la saison était déjà avancée, et qu'il fallait faire face à une entreprise de l'ennemi, il se retira avec toute son armée à Nice. De là il se rendit à Gênes, où il licencia et renvoya toute la partie de son armée qui était superflue et inutile. Il avait eu soin de pourvoir les frontières de Piémont, de Montferrat et de l'État de Milan, dont il fit gouverneur et capitainegénéral le marquis du Guast. Puis il s'embarqua, pour la seconde fois, à Gênes, et traversant, pour la cinquième, la mer du Levant, il retourna à Barcelone. Ce fut la quatrième fois qu'il vint en Espagne.

L'empereur se rendit en poste à Tordesillas, où étaient la reine sa mère et l'impératrice sa femme; et de là il alla à Valladolid, où il convoqua les cortès. Il fut, pour la sixième fois, fortement attaqué

(1) Que foi a primeira vezqueentrou em Francaecom exercito.

de la goutte. Il reçut la nouvelle que le duc Alexandre de Médicis avait été tué par trahison, et il investit de l'État de Florence le duc Côme de Médicis. Sur ces entrefaites, l'infant don Louis de Portugal vint à Valladolid voir Sa Majesté et l'impératrice. Ce fut la troisième visite qu'il fit à Leurs Majestés. Peu de jours après , l'empereur, laissant Timpératrice enceinte, se rendit à Monzon, où il convoqua les cortès ordinaires. Dans ce temps, le roi de France, avec des troupes levées à la hâte, entra dans les États de Flandre, et s'empara rapidement d'Hesdin et de Saint-Pol, qui fut bientôt repris d'assaut par une armée que rassembla la reine de Hongrie, et dont le général était le comte de Buren. En même temps, cette armée prit Montreuil, et mit en déroute Annibal (1), qui cherchait à ravitailler Thérouanne alors assiégée. Malgré cela, celte ville fut secourue, le siège en fut levé, et Montreuil fut abandonné.

(1) Hennebault, que Brantôme appelle l'amiral d'Annebaut, en le peignant très-brave quoique bègue ou plutôt parce qu'il était bègue.

Le roi de France, voyant que les terres du duc de Savoie, qu'il avait conquises en Piémont, manquaient d'approvisionnements et étaient serrées de près par les impériaux, et qu'il n'avait d'ailleurs aucun moyen de venir à leur secours, s'il ne s'affranchissait de la résistance qu'il rencontrait dans tes États de Flandre, proposa une trêve générale, que l'empereur fit difficulté d'accepter, parce qu'il connaissait la fâcheuse situation des terres, que le roi de France occupait en Piémont. De ces négociations il résulta que l'empereur étant informé de la triste situation où se trouvaient lesdites terres, et sachant que ses forces étaient telles que Ton jugeait impossible que ces terres pussent être secourues, et encore par d'autres raisons qui le guidèrent, conclut une trêve générale avec ledit roi, en exceptant seulement le Piémont. Il advint toutefois que le roi de France envoya tant de gens et tant de forces en Piémont, que lesdites terres furent secourues.

Les cortès étant achevées, l'empereur retourna en poste à Valladolid, afin de voir l'impératrice

qui venait d'accoucher de son quatrième fils l'infant don Juan, qui mourut peu après. Presque dans le même temps mourut aussi l'infante dona Béatrice de Portugal, duchesse de Savoie. L'impératrice fut aussi très- souffrante de ses couches; et depuis lors jusqu'à sa mort elle eut toujours peu de santé. Pendant que l'empereur était à Monzon, il y eut quelques pourparlers de paix entre Sa Majesté et le roi de France. Il en résulta une conférence de leurs ambassadeurs, qui furent de la part de l'empereur, Covos, grand commandeur de Léon, et M. de Granvelle, et de la part du roi, le cardinal de Lorraine et le connétable de France; et, comme on eut quelque espoir d'une entrevue entre Leurs Majestés, l'empereur revint en poste à Barcelone, pour voir ce qui adviendrait de ces pourparlers. Cependant le pape Paul remaquant que l'on n'aboutissait à aucune conclusion, voulut s'entremettre et ouvrir de nouvelles négociations, offrant de se rendre luimême à Nice, pendant que l'empereur irait h Villefranche, et le roi de France à Antibes : ce à quoi

l'empereur condescendit, parce qu'il était toujours enclin au bien de la paix (1).

Sur ces entrefaites, l'empereur alla visiter Perpignan et la frontière de Roussillon ; et à son retour, il trouva l'infant don Louis de Portugal son beaufrère. Ce prince, par la bonne inclination et le désir qu'il avait de s'employer au service de Dieu et d'être une cause de bien (2), vint en poste dans la ville de Barcelone, afin de voir s'il pourrait rendre quelques bons offices pour amener la conclusion de la paix. Il fut reçu et traité par Sa Majesté, comme elle avait toujours eu coutume de le faire. Mais voyant que le voyage de Nice était déjà convenu, et que Sa Sainteté voulait servir de médiateur dans cette affaire, Sa Majesté jugea qu'il valait mieux que le seigneur infant n'allât pas plus loin que Barcelone. Ainsi il s'en retourna, et ce fut la quatrième fois qu'il vit Sa Majesté.

1538 Comme cela a été dit, l'empereur se rendit par

(1) Por ser sempre inclinado ao bem da paz.

(2) Pola boa inclinacâo e desejos que tinka de se empregar em cousas do serviço de Deus e ser causa d'algûm bem.

ta poste à Barcelone ; et là , conformément à son intention de voir ce qui adviendrait de ces conférences» il s'embarqua une troisième fois, et entreprit sa sixième traversée de la mer du Levant. Tandis qu'il était encore à Barcelone, on avait engagé quelques négociations de trêves entre Sa Majesté et le roi de France, et il parut à l'empereur qu'il n'y avait pas grand inconvénient à le faire, puisqu'il allait à Nice pour traiter de la paix. Il y consentit donc au moment où il voulait s'embarquer, et envoya aussitôt sa ratification, bien que l'on n'eût pas encore obtenu celle du roi, parce qu'il n'avait pu en être informé aussi promptement. Dans le même temps, courut la nouvelle que la flotte du Turc se dirigeait vers les pays d'Occident, et l'on disait que c'était avec l'intention d'empêcher ce voyage de Nice. Sa Majesté étant arrivée aux Pomègues (1) de Marseille, on découvrit quelques voiles latines qui venaient de l'Orient. L'empereur, sachant que, peu de temps auparavant, le

(I) In insulas quae sunt ante Massiliam, vulgo Pomegas dictas. Sepulveda, XVII, 9.

roi de France avait envoyé de ce côté plusieurs de ses galères, et croyant que les voiles aperçues étaient de ce nombre, leur fit les signaux accoutumés, afin de pouvoir avec sécurité entrer en conversation avec elles, et savoir quelles nouvelles elles avaient de la flotte turque. Mais lesdites galères ou n'entendirent pas, ou ne voulurent pas entendre ces signaux , et comme elles ne savaient rien de la trêve, et qu'elles étaient ennemies, elles commencèrent à faire feu sur les galères de l'empereur, et lâchèrent à force de rames de gagner la terre de France. Cela ayant été vu par Sa Majesté et par ses galères, on leur donna la chasse, de telle sorte que l'on en prit quatre en mer; mais l'on ne voulut point poursuivre celles qui avaient gagné la terre. L'empereur adressa aux capitaines des galères qui avaient été prises, de vifs reproches sur la faute qu'ils avaient commise, et fit avertir le gouverneur de Provence de cette faute et du désordre qui en avait été la conséquence, lui donnant de plus connaissance de la trêve qui avait été conclue à Barcelone, trêve dont le gouverneur

ne savait rien. Conformément à cette trêve, il fit restituer les quatre galères saisies, et bientôt arriva la ratification du roi de France.

Cela étant fait, l'empereur continua son voyage jusqu'à Nice, oit il eut sa seconde entrevue avec Sa Sainteté, et après lui avoir baisé les pieds, il traita avec elle de différentes négociations de paix avec le roi de France, qui était aussi arrivé à Saint- Laurent. On ne parvint toutefois qu'à la conclusion d'une trêve, et divers motifs portèrent à la faire (1).

L'empereur étant à Villefranche de Nice et désirant voir la reine Très-Chrétienne sa sœur, parce qu'il y avait longtemps qu'il ne l'avait vue, celle princesse, afin d'adoucir et de concilier davantage les volontés de l'empereur son frère et du roi son mari, se rendit à Villefranche avec madame la dauphine, actuellement reine (2), madame Marguerite (3) et beaucoup d'autres dames et de grands

(1) Paras as quaes se averem de fazer ouve algûas razoes.

(2) Catherine de Médicis.

(3) Marguerite , fille de François I er , depuis duchesse de

Savoie.

personnages de France. Comme elle trouva fort court le temps qu'elle passa avec lui, elle revint une autre fois avec une compagnie moins nombreuse, et demeura une nuit dans la même ville. La reine s'étant éloignée, et la trêve ayant été conclue, l'empereur accompagna Sa Sainteté jusqu'à Gênes, où il fut atteint de la goutte, pour la septième fois. C'était la cinquième fois qu'il venait en Italie. Dans ce temps, le pape, l'empereur et la seigneurie de Venise conclurent une ligue offensive contre le Turc. Après quoi, Sa Majesté s'embarqua à Gênes pour retourner en Espagne.

Comme il avait été convenu qu'une entrevue aurait lieu entre Sa Majesté et le roi de France, Sa Majesté annonça qu'à son retour elle longerait les côtes de France, de telle sorte qu'elle s'arrêta au port d'Aiguës -Mortes. Aussitôt le roi vint, avec de petites barques , voir l'empereur dans sa galère, et celui-ci pour reconnaître une si grande courtoisie et montrer une égale confiance (i), alla

(I) Por pagar lad grande cortezia e moslrar a mesma confiança.

aussi visiter le roi dans la ville d'Àigues-Mortes. Il y demeura jusqu'au lendemain , bien traité et fêté par le roi, qui, non content de la courtoisie qu'il avait montrée à l'empereur, voulut avec ses deux fils, monsieur le dauphin et monsieur d'Orléans, d'autres princes du sang et d'autres grands personnages, accompagner l'empereur dans la chaloupe de sa galère, où ils entrèrent tous ensemble, et où de part et d'autre il y eut de grands compliments (1) et diverses offres, dont il résulta (ainsi que desdites visites et de la trêve) une grande continuation de bonne amitié et une confiance plus grande (2). Ce fut la seconde fois que Sa Majesté Impériale vit le roi de France, et la première fois qu'elle mit le pied dans ce royaume en ami. L'empereur, poursuivant sa septième traversée de la mer du Levant, revint pour la cinquième fois, en Espagne, et étant descendu à Barcelone, il partit pour Valladolid, où il trouva l'impératrice mieux que lorsqu'il l'avait quittée, mais

(1) Muitos comprimenlos.

(2) Hua grande conlinuaçâô de boa amizade e major con« fiança.

— Si —

toujours indisposée. Pour mettre à exécution la ligue qu'il avait conclue, il convoqua, pour la seconde fois, les cortès générales de tous ses royaumes de Castille à Tolède, où se trouvèrent Leurs Majestés, et où Ton traita de l'aide et de l'assistance qu'il était possible et convenable d'accorder.

Dans la même année, la Sicile fut affligée d'une grande stérilité. C'était là principalement que la flotte devait s'approvisionner, et bien que l'empereur fût prêt de son côté, il parut au pape et aux Vénitiens que l'on ne pouvait songer, cette année, à exécuter l'entreprise projetée, et l'on cessa de lever l'aide que Sa Majesté avait réclamée des cortès. Il arriva toutefois que Sa Sainteté et la Seigneurie de Venise, jugeant qu'il ne convenait pas de laisser s'écouler l'année sans rien faire, joignirent leurs flottes et les envoyèrent pour arrêter et combattre le Turc par mer comme par terre. Le résultat de cette expédition fut la prise de Castel Nuovo (1).

(!) Caslel nuovo, en Dalmalie, aux bouches de Cattaro.

4539 Les souffrances de l'impératrice continuaient et sa maladie faisait chaque jour des progrès, surtout depuis qu'elle s'était reconnue enceinte. L'empereur demeura la plus grande partie de l'année 1539 à Tolède. L'état de l'impératrice allait toujours en s'aggravant, de telle sorte qu'après qu'elle fut délivrée de son cinquième fils, il plut à Dieu de l'appeler à lui, et l'on peut tenir pour certain qu'il agit ainsi dans sa grande miséricorde. Cette mort causa une grande douleur à tout le monde, principalement à l'empereur, qui fit et commanda tout ce qu'en pareil cas il est d'usage et convenable de faire.

Depuis l'entrevue d'Aigues-Mortes, les négociations se poursuivaient et se continuaient toujours pour conclure une paix bonne et stable entre l'empereur et le roi de France. Comme il arriva qu'à cette époque certaines nouveautés commencèrent à se faire jour dans les États de Flandre, d'où Sa Majesté impériale était éloignée depuis l'an 1531, elle jugea que son absence pouvait être un obstacle au remède à porter à ces maux, et donner occasion à d'autres

maux plus grands (1). L'empereur, se voyait sans compagne; il était animé d'un grand désir de faire tout ce qui était possible afin d'obtenir un bon résultat et la conclusion de la paix, et quoiqu'il vît le prince son fils encore beaucoup trop jeune pour gouverner en son absence et pour remplacer l'impératrice dans ses fonctions , et malgré les autres empêchements qu'on lui représentait et qu'on lui mettait sous les yeux , il n'écouta que la bonne et sincère intention qu'il avait de bien faire, et d'accomplir ce qu'il devait à ses sujets afin d'éviter qu'ils ne tombassent dans de plus grands inconvénients et dans de plus grands scandales (2); il voulait aussi terminer certaines affaires qu'il avait laissées en suspens en Allemagne. Il avait formé le dessein de s'embarquer à Barcelone pour passer en

(1) laquelle tempo se commencâo a mover algûas novitades nos eslados de Flandres, e que estando sua Majestade Impérial ausente d'elles desdo anno de XXXI , sua longa absencia podia fazer fa lia para remedio dos maies que havia e dar occasiâo a outros majores.

(2) Pospondo tudo a boa e verdadeira intençâo que (inha de bem fazer e comprircom oque dévia aseus vasallos por evilar que nao caissem em outros majores inconvenientes e escandalos.

Italie ; mais dans le même temps, le roi de France lui adressa de vives instances pour qu'il voulût bien traverser son royaume, lui offrant toute sécurité et un bon accueil , tandis qu'au contraire il eût ressenti un grand chagrin et une grande peine des témoignages de méfiance que Sa Majesté eût donnés en agissant autrement (1). L'empereur se décida donc à partir d'Espagne, laissant, pour la première fois, au prince son fils, quelque jeune qu'il fût, le gouvernement de ses royaumes.

À la fin de cette année, l'empereur exécuta cette résolution , et sur la parole et la promesse du roi de France (avec lequel une trêve avait été conclue à Villefranche de Nice), il passa par son royaume, où Sa Majesté fut fêtée et bien traitée. Ce fut la troisième fois que Leurs Majestés se virent, et que Sa Majesté impériale mit le pied en France, et la seconde, qu'elle entra dans ce royaume en ami.

L'empereur vint en Flandre pour la quatrième fois.

(i) Offerecendo Ihe loda segurança e bom Iraltamenlo e que do contrario receperia grande pezar esenlimento polas monstras que Sua Majeslade daria de desconûanca.

Là il pourvut, le plus promptement qu'il put, au remède des désordres qui y avaient éclaté (1).I1 commença le château de Gand, assembla les états, et visita la plusgrande partie de ces pays. Pendant cette visite, il eut à La Haye, en Hollande, sa huitième atfaque de goutte, et conformément à l'intention qu'il avait, et aux désirs qui l'avaient toujours animé, de conclure une bonne paix, il offrit au roi de France, aussitôt qu'il fut arrivé dans lesdits États, des conditions si favorables, qu'il s'étonna de ne pas les voir acceptées, et de ne pas arriver à la paix désirée (2).

Quelque temps auparavant, messire Charles d'Egmont était mort, après avoir occupé pendant de longues années le duché de Gueldre, qui toutefois ne lui appartenait pas. Bien plus, toutes les fois qu'il voyait l'occasion de développer et d'accroître sa puissance, il ne la laissait pas échapper, et à plusieurs reprises il avait essayé de s'emparer des terres de Frise, d'Overyssel et de Groningue, d'où

(1) Proveo 6 remedio o mais prestes que pode as desordés que ha via.

(2) Offerecendo Ihe (ao grandes parlidos que se maravilhou de nao serera d'elle acceitados e de se nâo seguir a paz desejada.

il fut toujours repoussé par les impériaux, et dont actuellement Sa Majesté avait la paisible possession. Non content de cela, il fit la guerre à l'évêque d'Utrecht, qui était un prince de l'empire, et lui enleva par force ladite ville d'Utrecht. Lorsque ceci fut connu de l'empereur , à qui l'évêque s'adressa en réclamant son assistance (obligation à laquelle il était tenu comme seigneur du fief, et elle était d'autant plus forte qu'il importait de maintenir la tranquillité dans les Pays-Bas), (1) il se concerta avec l'évêque et lui vint en aide, de telle sorte que ledit messire Charles d'Egmont fut chassé d'Utrecht par les troupes impériales. L'empereur, qui s'y rendit peu après, y fit construire une nouvelle forteresse, et il obtint à ce sujet tant du pape que de l'empire les ratifications et les actes nécessaires.

Après la mort de Charles d'Egmont, le duc Guillaume de Clèves s'empara du gouvernement du duché de Gueldre, prétendant y avoir droit. Sa Majesté impériale, voyant ce qui en était et ce que par

(1) Nos Payses-Baixos de haver quietaçâô.

bonne raison elle pouvait et devait faire, lui fit offrir de diverses manières des conditions telles que selon la raison elles eussent dû être acceptées. Mais par les sollicitations et les pratiques de la France (les Français étaient mécontents, quoique sans motifs, des conditions de la paix, qui n'étaient pas toutes conformes à leur volonté et à leurs desseins) (1) , le duc qui d'ailleurs était jeune et suivait les conseils de sa mère, ne voulut pas les accepter. L'empereur ayant fait ainsi tout ce qu'il avait à faire dans les États de Flandre, et ayant convoqué une diète à Ratisbonne, où il voulait démontrer encore plus son droit relativement au duché de Gueldre , résolut de partir pour ladite diète, car déjà, lorsqu'il était en Espagne, il avait ouvert à ce sujet des négociations avec les États de l'empire. Le roi des Romains vint voir l'empereur son frère en Flandre, et les députés de l'empire s'assemblèrent à Worms pour s'occuper de cette

(i)Como por os Francerez ficarem disconterHos (aïnda que sem razâô) das condiçoés da paz por nâo serem todas conformées a sua vontade e ao que tinham proposlo.

question. L'empereur, voyant que tout n'était pas encore complètement arrangé dans les Pays- Bas , pria le roi son frère de vouloir bien y demeurer en son absence, et il manda aussi à M. de Granvelle et h ses autres ministres, de faire avancer les affaires, pendant qu'il se trouverait à ladite diète. Du reste, comme cette assemblée de Worms, et les négociations qui eurent lieu, n'amenèrent pas la résolution qu'il espérait, tout fut réservé pour la future diète de Ratisbonne.

i5ii L'empereur laissant, pour la deuxième fois, à la reine de Hongrie le gouvernement des Pays-Bas, se rendit, en traversant pour la première fois le Luxembourg, à la diète de Ratisbonne. C'était la quatrième fois que l'empereur allait en Allemagne. Il avait convoqué cette diète principalement pour ramener la concorde et pour porter remède aux affaires de religion. Après de nombreuses disputes, l'empereur remarqua que les princes de l'empire n'étaient pas venus à cette diète et qu'on était très-éloigné dune conclusion et encore plus des moyens d'exé-

culion qu'il convenait d'adopter (1); d'ailleurs le bruit courait que le Turc voulait entrer en Autriche, et aucun ordre n'avait été donné pour s'opposer à cette invasion et faire la résistance nécessaire. Déjà, avant d'apprendre ces nouvelles, l'empereur, par diverses raisons qui le guidaient, avait fait de grands préparatifs pour entreprendre par mer, à son retour en Espagne, l'expédition d'Alger. Il quitta donc Ratisbonne avant d'être pleinement informé de l'invasion du Turc, et partit pour l'Italie afin de s'y embarquer et de commencer ladite entreprise. Ce fut la sixième fois que Sa Majesté s'y rendit. Aussitôt après son arrivée, on reçut la nouvelle certaine que le Turc faisait de grands préparatifs pour entrer en Hongrie. Par ce motif, l'empereur alla à Lucques, où il eut sa troisième entrevue avec le pape Paul, afin de traiter des moyens d'organiser la défense contre le Turc. Mais, voyant que cette conférence et ces négociations ne produisaient aucun résultat, il se rendit à la Spez-

(1) Que avia pouco de conclusâo e menos d'execuçâo que convinha fazer.

zia, port du golfe de Gênes, pour y attendre que sa flotte fût tout-à-fait prête. Bien que l'équipement et les apprêts de cette flotte eussent duré plus qu'il ne convenait, et quoique la saison fût presque perdue, toutefois, comme on ne pouvait donner un autre emploi aux dépenses qui avaient été faites, et par d'autres raisons qui, ainsi qu'on l'a dit, l'y engageaient, l'empereur, considérant que le temps est dans la main de Dieu (1), s'embarqua audit port de la Spezzia pour la Corse, qu'il vit pour la première fois, et de là pour Alger, en touchant en Sardaigne, à Majorque et à Minorque pour la seconde fois. C'était la huitième, qu'il traversait la mer du Levant, et la deuxième, qu'il descendit en Afrique. Dans ce voyage , il eut en partie le temps que comportait la saison. La flotte d'Espagne arriva aussi , et après quelques escarmouches, lorsque les troupes étaient déjà placées dans un endroit convenable pour assiéger la ville, et mises en bon ordre avec tout ce qui était néces-

(1) Considerandp que o tempo eslava em mâo de Deus.

saire pour ouvrir le feu des batteries, il se leva tout à coup en mer une si grande tempête que beaucoup de vaisseaux périrent, et l'armée qui était à terre en souffrit aussi beaucoup.

Néanmoins, on s'entr'aida et on se mit dans le meilleur ordra possible, pour résister aussi bien à la fureur de la mer qu'aux sorties et aux attaques des ennemis par terre. Enfin la tourmente fut telle, que l'empereur jugea que le meilleur parti était de ne pas poursuivre son expédition et de reprendre la mer. Mais ceci ne put s'exécuter immédiatement, parce que la tempête n'avait pas cessé. Il fut donc obligé de marcher pendant vingt milles par terre, et de franchir deux grandes rivières, avant d'arriver au Cap Matafous, où il se rembarqua.

Tout le temps que l'armée fut à terre (elle y demeura douze jours avant de reprendre la mer), elle souffrit d'une grande disette d'approvisionnements, parce que, comme on l'a dit, le temps était si mauvais que l'on ne pouvait rien tirer des vaisseaux. Après ces douze jours, l'empereur mit à la voile,

pendant une grande tempête et il fut forcé de toucher à Bougie. Les vents lui furent si contraires, et il fut retenu si longtemps qu'il souffrit beaucoup avec tous les siens du manque de vivres; et le mal eût été pire encore si le beau temps n'était pas revenu. La tempête fut telle que chacun se réfugia là où il put, et beaucoup furent poussés dans une direction toute contraire à celle qu'ils voulaient prendre. Néanmoins, les troupes se remirent et se refirent de sorte que, sans faire autant de pertes qu'on aurait dû l'attendre d'un pareil temps, tous revinrent au lieu qui avait été désigné. L'empereur congédia les hommes superflus ou le moins nécessaires , et les autres revinrent dans leurs garnisons. L'empereur, s'étant embarqué à Bougie, arriva avec un bon temps, pour la troisième fois, à Majorque, d'où le prince Doria retourna à Gênes avec ses galères, après être passé par Barcelone. 1542 L'empereur avec les galères d'Espagne toucha, pour la première fois, à Iviça ; il naviguait, pour la neuvième fois, sur la mer du Levant. Il arriva àCarthagène : ce fut la sixième fois qu'il vit l'Espagne.

Puis il continua sa route jusqu'à Ocana où il rencontra ses enfants le prince d'Espagne et les infantes.

Au commencement de Tannée 1542, l'empereur alla à Valladolid tenir les cortès du royaume de Castille. Il fut atteint de la goutte pour la neuvième fois, et au monastère de la Mejorada, où il resta jusqu'à Pâques, il l'eut pour la première fois presque généralement dans tous les membres. Dans ce temps, on négocia le mariage du prince son fils avec l'infante dona Maria de Portugal, et du prince Juan de Portugal avec l'infante dona Juana , seconde fille de Sa Majesté.

Les cortès achevées, l'empereur, bien qu'indisposé, se mit en route le plus promptement qu'il put, en passant par la Navarre, afin d'aller tenir les cortès des trois royaumes d'Aragon à Monzon , dans l'intention de retourner aussi vite que possible en Allemagne, pour traiter du remède à porter aux affaires de religion, et pour recouvrer par tous les moyens le duché de Gueldre qui lui appartenait. Cependant le roi de France, voyant le mauvais succès que l'empereur avait eu dans

l'entreprise d'Alger, et se figurant que les dépenses auxquelles il avait été obligé le .faisaient manquer d'argent, commença par quelque légère plainte, et l'empereur lui répondit en offrant toutes les justifications auxquelles il était obligé par les conditions de la trêve conclue à Nice (1). Le roi de France lui transmettait néanmoins de toutes parts l'assurance qu'il n'avait pas la moindre intention de lui faire la guerre (2); mais tout à coup il attaqua l'empereur dans les Pays-Bas, tant par le moyen de Martin Van Rossem, qui commença la guerre du côté de la Gueldre, que par l'entreprise de M. d'Orléans sur Luxembourg et de M. de Vendôme dans les États de Flandre et en Artois. De plus, il ordonna au dauphin son fils d'assiéger Perpignan, et vint lui-même jusqu'à Narbonne, afin d'encourager l'entreprise. Néanmoins, par la grâce de Dieu, l'empereur et ceux qui avaient la conduite de ses

(1) Algua fraca queixa a quai se tinham offerecido lodas as justificaçoes que o Emperador polas condiçoes da Iregoa feila era Niza estava obrigado.

(2) Assegurando o de lodas as parles que nâo tinha inlento de lue fazer guerra algûa.

affaires y mirent un si bon ordre, et l'on organisa une si belle défense , que celte fois ledit roi ne fit rien d'important.

A cette époque, le pape Paul, non content d'avoir publié une bulle qui fut un témoignage de sa bonne volonté, mais qui n'eut guère d'autres effets, convoqua un concile général à Trente et envoya en même temps ses légats à Sa Majesté et au roi de France, non-seulement afin de les inviter et de les exhorter à la paix, mais aussi pour les contraindre par les censures ecclésiastiques, s'ils n'obéissaient pas, à conclure une trêve. Ceci arriva, comme il a été dit, à l'époque où Sa Majesté fut attaquée, et où les Français furent repoussés de toutes parts et réduits à se retirer. Sa Majesté Impériale, voyant dans quelle intention Sa Sainteté voulait amener la paix entre Leurs Majestés , et que par là Sa Majesté Impériale eût été grevée et dépossédée de ce qui lui avait été enlevé par une invasion soudaine et inattendue, ne crut ni juste ni convenable d'accepter de semblables propositions de paix, mais elle se sentit excitée et

obligée à reconquérir ce qui lui appartenait et à montrer son ressentiment d'une pareille offense. L'empereur rejeta donc lesdites propositions et ne voulut d'aucune manière les écouter (1). Il congédia assez sèchement le légat qui lui avait tenu un langage peu sérieux , sans garder le respect qui était dû à Sa Majesté (2). Il protesta toutefois qu'il était, comme il l'avait toujours été, prêt à traiter de la paix, pourvu que la partie adverse voulût se gouverner selon la raison, et pourvu que la paix fût sûre et convenable au service de Dieu et au bien de la chrétienté (3).

(1) Vendo Sua Magestade Impérial a tençâo, com que Sua Sanlitade queria trallar de por em paz Suas Magestades, pela quai Sua Magestade Impérial ficara aggravado , e desapossado do que peraquella subita e repentina invasâô lhe fora lomado, nâo lhe parecendo nem justo, nem convenienle jicceilar taes modos e meios de paz , antes sentindo se mais stimulado e forçado a recobrar o seu e moslrar o senlimenlo, que tinha de hum tal aggravo, refusou osdittos modos propostos e de nenhua maneira os quis ouvir.

(2) Despedio assaz seccamenle ao legado o quai tambem tin h a usado de termos pouco graves, nem guardava o respeilo que a Sua Magestade se dévia.

(3) Offerecendo se com ludo de estar , como sempre esteve , prestes para trallar da paz, com lanlo que a parte contraria se

Les cortès d'Aragon étant terminées, l'empereur partit pour Barcelone. Il avait envoyé le prince son fils de Monzon à Saragosse, afin qu'il fût reconnu prince de ce royaume ; de là Sa Majesté se rendit avec lui à Barcelone, où il fut aussi reconnu. Après être passé par Valence, où eurent lieu les mêmes cérémonies , l'empereur se dirigea vers Alcala pour voir ses filles. Là fut fiancée per verba de futuro sa fille l'infante dona Juana , avec le prince don Juan de Portugal , conformément à ce qui avait été conclu. Cela fait, l'empereur vint à Madrid, d'où il partit le plus promptement qu'il' put, parce qu'il désirait beaucoup, selon sa première intention, passer la mer du Levant et retourner en Allemagne. En eflet il avait convoqué une diète à Nuremberg pour traiter de la défense contre le Turc et des affaires de religion. Le roi son frère et M. de Granvelle s'y rendirent, au nom de Sa Majesté, avec plusieurs autres de ses ministres qu'il y avait envoyés. L'empereur, ayant terminé tout ce

accommoda sea razâô, e ella fosse segura e conveniente ao serviçode Deuse bem da Christandade.

qu'il avait à faire dans les royaumes d'Espagne, se mit en route, après " avoir laissé, pour la seconde fois, pendant son absence, le prince son fils gouverneur desdils royaumes. Il quitta donc Madrid et arriva à Barcelone d'où il serait volon- 1343 tiers parti plus tôt, mais divers obstacles l'empêchèrent de s'embarquer avant le premier de mai, et par suite des bourrasques et des temps contraires qui survinrent, il ne lui fut pas possible de gagner la pleine mer avant le 19 de ce mois, alors que le temps était encore assez incertain et douteux. Quand il arriva près des Pomègues de Marseille, des galères françaises sortirent pour escarmoucher avec l'aide des batteries du rivage, mais on leur répondit si bien qu'elles furent forcées de se retirer, et de se mettre sous la protection de l'artillerie de terre. L'empereur ne voulant pas s'arrêter plus longtemps, continua son voyage jusqu'à Gênes. Ce fut la dixième fois qu'il traversa la mer du Levant, et la septième qu'il aborda en Italie. Comme il passait en vue de Nice, il apprit que les galères de France voulaient prendre le

château de cette ville, et tandis que Sa Majesté débarquait à Gênes, le prince Doria s'approcha avec ses galères, pour voir ce que cherchaient à faire celles de France. Et remarquant qu'elles venaient dans l'intention d'exécuter le projet qu'on leur avait attribué, il les attaqua si vivement qu'il en prit quatre.

A cette époque, Sa Majesté apprit que Barbe- rousse arrivait avec une grande flotte pour soutenir les prétentions du roi de France. (Ce Barberousse vint plus tard, resta à Toulon tout le temps que dura la guerre contre l'empereur, et s'en retourna ensuite sans avoir rien fait d'important.) Sa Majesté se rendit à Busseto où vint aussi Sa Sainteté, tant pour s'aboucher sur les affaires d'Allemagne, que pour voir s'il n'y avait pas quelque moyen d'arriver à la paix (1). Ce fut la quatrième entrevue que l'empereur eut avec le pape Paul, et il eut la goutte pour la dixième fois. Peu de jours après, voyant le peu de fruit qui résultait

(1) Para se verem ambos assi polas cousas d'AIemanha, como por ver se haveria algûm modo de paz.

de cette entrevue (i), il poursuivit sa route vers l'Allemagne, où il se trouva pour la cinquième fois.

Comme il n'y avait pas longtemps que la diète avait été réunie, et que l'empereur ne voyait, dans un temps si plein de troubles, aucune apparence de pouvoir traiter et régler les affaires de religion, il continua son chemin jusqu'à Spire, où il fit tous les préparatifs nécessaires pour entrer en campagne avec une bonne armée, à la tête de laquelle il plaça don Ferdinand de Gonzague. Il voulait résister aux offenses et aux dommages dont s'était rendu coupable le roi de France, qui avait pénétré dans les terres du Hainaut jusqu'à Binche et qui avait pris Landrecies, qu'il faisait fortifier. Il s'y trouvait aussi forcé par la guerre que lui faisait le duc Guillaume de Clèves qui avait pris les armes à l'instigation du roi de France et d'accord avec lui. En chemin, l'empereur reçut la nouvelle de la défaite et de la déroute des troupes

(1) Poucos dios despois vendo o pouco effeito, que daqueila vista resullava.

de ce duc à Heinsberg. Néanmoins, Sa Majesté étant arrivée à Spire, voulut, pour mieux se justifier, offrir aux Électeurs qui s'étaient réunis aux bords du Rhin, de traiter avec ledit duc de Clèves, par voie d'arrangement pacifique, en ce qui regardait le duché de Gueldre. Cette proposition ne rencontra que peu d'accueil, et il ne lui resta qu'à rassembler son armée, et à marcher avec elle (c'était la sixième fois qu'il se trouvait sur le Rhin) jusqu'à Bonn d'oii il se dirigea vers Duren. Là, ayant reconnu le terrain , il établit ses batteries , canonna la place et la prit d'assaut. Alors arriva le prince d'Orange avec l'armée qu'il amenait des Pays-Bas. Les deux armées s'étant réunies, et Duren ayant été pris, ainsi qu'il vient d'être dit, avec d'autres terres, tant du duché de Gueldre que des duchés de Clèves et de Juliers , Sa Majesté se dirigea vers Ruremonde, qui se rendit aussitôt, et de là elle s'avança dans la direction de Venloo. Et comme le duc Henri de Brunswick arrivait comme ami dudit duc de Clèves, l'empereur lui démontra et lui exposa son erreur, en l'engageant

à y renoncer. En ce temps mourut la mère du duc de Clèves. Celui-ci reconnut quels mauvais conseils il avait reçus, et les hommes les plus sages de l'État de Gueldre le supplièrent également de se retirer du danger où il se trouvait et de suivre de meilleurs conseils ; il le fit et vint se jeter aux pieds de Sa Majesté, confessant sa faute et en demandant pardon. Il remit et fit restituer à l'empereur tout l'État de Gueldre. Mais l'empereur, considérant que l'erreur du duc provenait plutôt de son jeune âge que d'aucun mauvais penchant ou de la volonté de faire le mal, lui fit rendre les villes et les lieux qu'on lui avait pris en d'autres contrées. Non content encore de ce qu'il avait fait, et voyant le repentir du duc et combien il persévérait dans ses bonnes intentions, il s'occupa de son mariage : en effet il lui fit épouser une fille du roi des Romains, sa nièce. Ce mariage augmenta les obligalions dudit duc envers Sa Majesté et l'amour de Sa Majesté pour ce prince.

Dès le commencement du printemps, le roi de France, afin de prendre les devants et d'opposer à

l'empereur des forces supérieures, mit en campagne deux armées , destinées à porter la guerre dans les Pays-Bas. Une partie de Tune de ces armée», dans laquelle le roi se trouvait en personne, occupa Landrecies, et l'autre partie s'établit dans les environs, tandis qu'on travaillait aux fortifications. Les deux fils du roi, pendant ce temps, avaient marché sur Binche, d'où ils furent repoussés avec perte et sans avoir rien fait. Ensuite M. d'Orléans se réunit à l'autre armée qui était à Luxembourg (cette ville, n'étant pas en état de défense, s'était rendue, et elle avait été fortifiée par les Français). Vers la même époque arriva ce que l'on a raconté plus haut de la guerre que le duc de Clèves, par ^instigation du même roi, avait portée du côté du Brabant. L'empereur ayant mis fin à celle guerre de Clèves, et s'étant emparé de la Gueldre, ainsi qu'il a été dit, partit, avec la goutte, de Venloo pour Diest, ôii les États des Pays-Bas étaient assemblés. Us lui accordèrent un fort subside, sur le pied de celui qu'ils lui avaient donné l'année précédente, pour assurer

leur défense. C'était la cinquième fois que Sa Majesté se trouvait dans les Pays-Bas. Le roi de France ayant appris ces nouvelles, rentra avec ses gens dans son royaume , après avoir fortifié Landrecies.

Cela fait, l'empereur laissant sous les murs de Landrecies l'armée qui était dans les Pays-Bas avec la gendarmerie que le roi d'Angleterre lui avait envoyée en vertu des conventions qui avaient été faites, fit marcher l'armée qu'il amenait avec lui, ainsi que celle qui était venue d'Angleterre, jusqu'à Guise. Mais comme la saison était déjà avancée, et que le temps était mauvais, il la fit bientôt revenir afin qu'elle rejoignît celle qui était devant Landrecies. L'empereur, bien que -tourmenté de la goutte, quitta Diest pour assister au siège, et sachant que le roi de France rassemblait de nouvelles troupes pour venir au secours des assiégés, il ne voulut pas s'éloigner de ses armées. Il s'établit donc à Avesnes, quoiqu'il se trouvât, comme il a été dit, encore souffrant de la goutte , et il y resta jusqu'à ce que les troupes envoyées au secours de la garnison de

Landrecies se fussent retirées. C'était la dixième fois qu'il était atteint de la goutte.

Le roi de France, sachant que ses troupes étaient en danger et manquaient de vivres, se porta avec son armée à Cateau-Cambrésis, d'où il envoya un gros corps de cavalerie reconnaître le terrain , afin d'essayer de secourir ceux de Landrecies. Pour s'opposer à ceci, les armées de l'empereur se réunirent et firent une telle résistance que cette cavalerie n'atteignit pas son but et eut peu sujet de se vanter (1). Il est vrai que pendant ce temps quelques cavaliers français, avec des sacs de poudre et quelques vivres, dont les assiégés avaient le plus pressant besoin, entrèrent dans Landrecies par un point qui ne présentait pas d'obstacle : ce qui ravitailla un peu les assiégés. Comme la saison était avancée et que le temps devenait mauvais, et comme d'ailleurs le principal dessein de l'empereur, quand il fît entrer son armée en France et assiéger Landrecies, avait été d'obliger ainsi le roi

(1) Nem tene muilo de que se jactar.

à donner la bataille (1), il fit déloger son armée et se rapprocha de la France.

Le même jour, l'empereur encore indisposé et porté en litière , partit d'Avesnes , et passa la nuit au Quesnoy. De là il alla rejoindre son armée, qui déjà était établie vis-à-vis de celle du roi de France. Le lendemain matin, Sa Majesté quittant son logement, s'avança avec tous ses gens à portée du c&non ennemi, près du camp du roi, et lui offrit la bataille. Il y eut quelques escarmouches et quelques décharges d'artillerie de part et d'autre, et enfin une bonne charge contre les Français où ils eurent le dessous, et ils trouvèrent bon de ne plus sortir de leurs retranchements. L'empereur, voyant qu'ils ne feraient pas autre chose, se porta en avant avec son armée près du camp ennemi. Le lendemain se passa en quelques escarmouches; et la nuit étant venue, le roi s'éloigna avec son armée, et se retira jusqu'à Guise. L'empereur, ayant par la négligence des siens, ignoré ce départ

(1) Forçar el rey de França a Ihe dar batallia.

jusqu'au jour suivant, il résulta de cette ruse qu'il ne put atteindre le roi avec son armée (1). Il s'avança jusqu'à un bois ou bruyère, à une distance de trois lieues, mais il ne voulut pas, à cause du désordre de ses arquebusiers (qui la plupart étaient suivis et accompagnés de plus de bagage qu'il ne convient à des gens de guerre), franchir ce bois avec son armée. Il y eut seulement quelques chevaulégers avec peu d'arquebusiers et beaucoup de gens en désordre qui le passèrent. M. le Dauphin le remarqua, et ayant réuni tous ses gendarmes français, il fît volte-face et chargea ceux qui le poursuivaient. Ceux-ci se réfugièrent dans le bois, et cela

(1) Movendo ao oulro dia pela manhâa, Sua Magestade do dilto alojamenlo se foi por com toda sua génie a liro de bombarda , junto ao arraial del Rey e Ihe apresentou batalha. E com algûas escaramuças e tiros d'artillieria de hua e outra parle e com hua bon carga , que se deu aos Franceses daqual elles fîcaram com o peor, se conlenlaram por enfonces e linerao por bem nâo sair do arraial. £ vendo o Emperador que elles nâo fariam outra cousa, se foi por com sua génie bem junlo ao campo enemigo ; o outro dia se passou com algûas escaramuças, e vindo a noute el Rey com seu exercilo se partio , e se foi tee Guisa. E nâo sabendo o Emperador por descuido dos seus desla parlida alee a outro dia pela manhâa, foi no alcânce del Rey com sua génie.

fait, ils se retirèrent vers l'infanterie. Il est aisé de croire que, si l'empereur avait eu ses arquebusiers, avec lesquels il eût pu franchir le bois en pleine sécurité , il eût atteint en partie le but de ses désirs (1); mais, comme il n'avait plus rien à faire ce jour-là et qu'il était déjà tard, il s'éloigna de ce bois, et vint s'établir au camp et aux lieux mêmes qu'avait quittés le roi de France. Il y arriva après une heure de la nuit.

L'empereur demeura quelques jours à Cateau- Cambrésis, pour voir s'il ne pouvait plus rien entreprendre contre son ennemi. Mais celui-ci résolut de dissoudre immédiatement son armée et la renvoya dans les garnisons. L'empereur, considérant aussi que la fête de la Toussaint était déjà passée, se détermina à en faire autant; et en conséquence il se rendit à Carabray, et de là à Bruxelles, où il fut fort indisposé, mais non de la goutte, tout le reste de l'année. A la fin de cette même année, la princesse d'Espagne, l'infante dona Maria de Portugal fut, con-

(1) Chegara em parte ao fim de seus desejos.

formément aux engagements qui avaient été pris, conduite en Castille et remise au prince d'Espagne à Salamanque, où leur mariage fut consommé après qu'il eût été contracté per verba de presenti. 154* L'empereur laissant, pour la troisième fois, la reine de Hongrie sa sœur, gouvernante des Pays- Bas, partit de Bruxelles, et fit, pour la sixième fois, le voyage du Rhin, qu'il continua jusqu'à Spire. Ce fut aussi la sixième fois qu'il entra en Allemagne, où il avait convoqué une diète pour exposer à ceux de l'empire les causes qui l'avaient engagé à faire l'expédition de Gueldre et à marcher contre le roi de France, causes que l'on a rapportées plus haut en peu de mots, mais qui furent plus développées dans la proposition faite alors. Et voyant qu'en ce moment il n'y avait pas d'apparence que le Turc voulût marcher contre la chrétienté, et qu'il était également impossible de faire quelque chose en ce qui touchait la religion (1), ou de traiter aucune affaire importante, il demanda un subside

(1) E lambem que a cerca da religiâô nâo se podia fazer.

contre le roi de France, qui s'était emparé de plusieurs villes et de plusieurs terres de l'empire, et qui chaque jour accomplissait ou négociait des choses qui étaient à son grand détriment (1). Ceci étant bien considéré et bien compris, tous accordèrent une bonne aide 5 Sa Majesté impériale.

Tandis que l'empereur était en route vers Spire, le pape Paul envoya près de Sa Majesté le cardinal Farnèse, sous couleur et sous pré-* texte de lui faire des représentations et de chercher à traiter de la paix. L'empereur voyant qu'en cela il n'y avait rien que des paroles, sans aucune apparence de bonne conclusion, ne voulut pas s'y laisser prendre, ni renoncer à l'exécution de ses desseins et à la poursuite de l'entreprise qu'il avait commencée pour recouvrer ce qui lui avait été enlevé. Aussi congédia t— il bientôt ledit cardinal , en déclarant qu'il serait toujours prêt à négocier une paix sincère,

(1) Contra el rcy de França o quai iinba tomado algûas cidades e terras do Imperio , e fazia e Irattava cada dia cousas em grande detrimenlo.

bonne, sûre et stable (1). Puis, aidé et fortifié par le secours qu'il avait reçu de l'empire, il commença à réunir son armée.

Sur ces entrefaites, l'empereur reçut la nouvelle que l'armée qu'il avait en Italie, avait été défaite près de Carignan. Ce fut dans un mauvais teiftps et dans de mauvaises circonstances (2). Quoi qu'il en fût, ayant appris précédemment que la ville de Luxembourg, bien que fortifiée avec soin, manquait d'approvisionnements, et que le roi de France cherchait à y faire entrer des vivres, il ordonna en grande diligence à don Ferdinand de Gonzague, à qui il avait donné le commandement de son armée, d'empêcher tout secours d'arriver à cette

(1) Indo o Emperador por caminho para Espira, veo 1er com Sua Magestade o Cardeal Farnes da parte do Papa Paulo sob color e sombra di amoestar e querer trattar de paz. E conhecendo Sua Magestade que nisto nâo havia mais que palavras sem algûa mostra de boa conciusaô, nâo se quis deixar levar d'ellos, nem d'executar a intençâô , e seguir a boa causa , que tinba e a impresa começada por recobrar o que Ihe fora tomado. E assi despedio logo ao ditto Cardeal , offerecendo se de estar sempre prestes para entender e trattar de hua verdadeira, boa, segura e firme paz.

(2) Que foi em mao tempo e occasiaô.

ville. Ce général s'acquitta de sa mission, avec peu de monde, et si bien que la ville ne tarda pas à se rendre.

Bientôt l'empereur renforça son armée de telle sorte que son dit capitaine-général s'empara en peu de jours de plusieurs villes et places fortes sur la frontière de France du côté de la Lorraine, et qu'il mit le siège devant Saint- Dizier. De son côté, l'empereur partit de Spire et passa par Metz, pour le rejoindre avec le reste de l'armée. Ce fut la quatrième fois que Sa Majesté entra en France, et pour la seconde fois en ennemi. Le feu fut ouvert contre Saint-Dizier, l'assaut fut donné et la ville conquise en peu de jours. A ce siège , le prince d'Orange fut atteint d'un coup de canon dans la tranchée, et il en mourut peu après.

Suivant ce qui avait été convenu entre Sa Majesté et le roi d'Angleterre, ledit roi était venu en personne, avec une grande armée, inquiéter et attaquer le royaume ,de France (1), et Sa Majesté

(1) Molestar e offender o reino de França.

lui avait également envoyé, sous les ordres de M. de Buren, les forces qu'elle avait promises par ladite convention. Ledit roi s'était arrêté au siège de Boulogne et de Montreuil ; et pendant le long espace de temps que Sa Majesté avait été devant Saint-Dizier, le roi de France avait eu le loisir de rassembler toute son armée, et de garnir la plupart des frontières de son royaume. L'empereur, prenant tout cela en considération, remarquant d'ailleurs qu'il ne disposait pas d'autant d'approvisionnements qu'il l'eût désiré et que la saison était fort avancée, trouvait des difficultés à toute entreprise ultérieure.

Cependant, pour ne pas laisser le roi d'Angleterre seul contre son ennemi, il ne voulut pas se retirer avec son armée. Déjà précédemment, alors que durait encore le siège de Saint-Dizier, avaient eu lieu la prise de Vitry, la défaite des chevau-légers français qui s'y trouvaient et d'autres incursions. L'emperçur, laissant en bon état de défense la ville de Saint-Dizier et dautres places plus importantes, et persévérant dans

l'intention, dont nous avons parlé plus haut, d'employer tous les moyens pour amener le roi de France à livrer bataille (1), résolut de pénétrer dans l'intérieur de ce royaume le plus avant qu'il pourrait, en cherchant toujours ledit roi et son armée (2). En conséquence , l'empereur, passant par Vitry, alla s'établir dans une plaine près de Châlons. Là il y eut quelques bonnes escarmouches, où les Français ne gagnèrent rien, et où ils n'eurent pas beaucoup à se louer des pistolets ou petites arquebuses des cavaliers allemands (3). Mais comme Châlons avait une bonne garnison, et qu'il y avait une armée française à trois petites Jieues de là, de l'autre côté de la Marne, vu que d'ailleurs l'empereur et son armée n'avaient d'autres subsistances que ce qu'ils trouvaient dans les campagnes,

(1) De por todos modos e meios lirar e Irazer el rhe de França a Ihe dar halalha.

(2) Delerminou d'entrar o mais que pudesse per dentro daquelle reino, indo se sempre inegando e buscando ao dilto Rey e seu exercilo.

(3) Nem ficaram muilo conlentes dos pistoletes ou piquenos arcabuzes dos Alemaes de cavallo.

et dans les villages et les villes les moins fortes, il sembla à Sa Majesté qu'il ne devait pas faire en cet endroit une plus longue demeure (1). Et bien qu'il eût marché tout le jour qu'il y arriva, il partit avec toute son armée à dix heures du soir, et on. s'avança si bien qu'on se trouva à la pointe du jour en vue et en face du lieu où les Français avaient pris position en fortifiant avec soin leurs retranchements, surtout du côté par où venait l'empereur. La Marne coulait entre les deux armées. Sa Majesté pouvait bien la traverser, attendu qu'il y avait un pont de bois, et bien qu'il fût rompu, il pouvait être réparé, de façon à permettre le passage de l'infanterie. Il y avait aussi un gué par où pouvaient passer la cavalerie et l'infanterie. Mais cela achevé, il restait encore beaucoup à faire, et avec un grand désavantage pour les gens de l'empereur. Car une fois le pont et le gué traversés (ce qui ne pouvait se faire qu'à la file), il était nécessaire de les remettre en

(1) A Sua Magestade pareceo que nao convenha fazer mais longa demora no quelle lugar.

ordre, parce qu'on avait devant soi une plaine très-belle, mais fort exposée au feu de l'ennemi. Il fallait ensuite marcher et arriver à l'ennemi toujours sous son feu ; et quand on serait venu à bout de tout cela, restait encore un bras de la Marne, qui, bien que plus étroit, était profond, et présentait quelques passages difficiles, que l'on ne pouvait franchir sans désordre. Ensuite il était nécessaire de gravir une hauteur ou colline et d'en atteindre le sommet pour rencontrer les ennemis, parmi lesquels il y avait bon nombre de Suisses. L'empereur reconnut que toutes ces difficultés rendaient impossible de mettre l'armée en bon ordre pour combattre ; il persista donc dans la résolution qu'il avait prise de faire une grande marche ce jour-là, pour gagner les devants de l'armée française. En effet, l'intention de l'empereur était d'aller en avant, de manière à trouver sans défense les lieux par où il passerait, et il espérait qu'il forcerait les Français à s'avancer assez pour que dans leur marche vînt s'offrir l'occasion qu'il désirait. Dans la même matinée,

le comte Guillaume de Furstenberg, ne sachant pas ce qu'il faisait (1), passa le gué ci-dessus mentionné, et tomba dans les mains des Français. D'autre part, le prince de la Roche-sur- Yon, venant avec sa compagnie pour entrer au camp français, rencontra quelques chevau-légers impériaux qui le poursuivirent et le chargèrent de façon , que lui , son lieutenant et beaucoup d'autres furent faits prisonniers, et la plupart de ses gens mis en déroute.

Le même jour, l'empereur continua à s'avancer jusque près d'Ày, où il se trouva arrêté par les nombreux ruisseaux et les mauvais passages qu'il rencontra ce jour-là. D'ailleurs, son arrière-garde n'était arrivée qu'à dix heures du soir. Il y avait donc vingt-quatre heures que toute l'armée était en marche, et le jour précédent elle avait fait la même étape. S'il est permis de porter un jugement sur les choses qui auraient pu arriver, on peut bien croire que, si l'empereur avait atteint ce jour-là

(\) Nâo sabendo o que fazia.

Épernay, qui n'était éloigné que d'une petite lieue de France (la chose ne fut pas possible), de manière à faire dès le lendemain passer l'armée par le pont de pierre de cette ville, et par les ponts de bateaux qui avaient été construits sur la même rivière, il aurait pu , en suivant la colline ci-dessus mentionnée, aller attaquer le camp français par les pentes qui n'étaient pas encore fortifiées, et Dieu eût donné la victoire à qui il lui aurait plu (1). Cependant, à cause des obstacles prérappelés, l'empereur n'arriva à Épernay que le lendemain au soir, et il proposa en conseil ce qui a été dit plus haut. Mais on ne put mettre ce projet à exécution, parce que, à cause du retard de ce jour qui avait été perdu, les Français eurent le temps de se fortifier sur ces pentes, comme ils l'étaient déjà des autres côtés : ce dont l'empereur fut aussitôt prévenu. En conséquence, l'empereur partit d'Épernay, allant toujours en avant avec grande diligence et avec précaution (2).

(1) E Deus dera a Victoria a quem fora servitlo.

(2) Com granda pressa e cuidado.

Mais la route lui offrît beaucoup de contrariétés à cause des nombreux ruisseaux qu'on rencontrait à chaque pas. Dans beaucoup d'endroits elle était trèsmauvaise, et il fallait souvent prendre de longs détours de sorte que, lorsqu'on pensait pouvoir faire deux ou trois lieues de France par jour, on arrivait en parcourant de grands circuits à n'en faire qu'une. Ceci décida l'empereur à envoyer en avant un bon nombre de soldats, débarrassés de leur charroi, qui formait un grand obstacle à la marche, afin qu'ils pussent prendre (et ils la prirent, en effet) la ville de Château-Thierry. L'empereur les y suivit aussi promptement qu'il put, toujours avec l'intention de marcher en avant et de poursuivre sa route.

Or il faut savoir que pendant cette expédition que l'empereur fit en France, les ministres du roi ne cessèrent jamais de négocier chaque jour et de présenter des propositions de paix, et l'empereur, à qui la paix était et avait toujours été chère, (1),

(1) Aoque Sua Mageslade como quem lhe era e fora sempre tao affeiçoado.

ne les avait pas repousséeS. Si dès le commencement les ministres du roi avaient parlé de paix, ils le firent bien davantage et avec bien plus d'instances quand ils virent Sa Majesté dépasser Châlons avec toute son armée (i). Ils continuèrent donc ces négociations et y mirent une si grande ardeur, que Ton était presque tombé d'accord sur les articles et les conditions de la paix. Néanmoins comme le roi d'Angleterre était devant Boulogne, ainsi qu'il a été dit, et comme Sa Majesté, qui s'était avancée si loin dans l'intérieur de la France, n'avait pas de nouvelles de ce qu'il faisait et n'avait aucun moyen de lui donner des siennes, elle ne pouvait, conformément aux conventions conclues avec ledit roi, signer la paix avec le roi de France sans que le roi d'Angleterre en eût connaissance et y consentît. A cet effet, les ministres du roi de France permirent que l'évêque d'Arras,

(1) E se do principio elles Irallavam e pralicavam de paz, muilo mais, e eom maïor instancia o fizeram, quando viram Sua Majeslade passar de Clialon corn seu exercito e tanlo se continuaram, e lao grande calor se deu a estas prallicas de paz, que vieram quasi a concordar nos artigos et condieoes délia.

ministre de l'empereur, allât, de la part de Sa Majesté, informer le roi d'Angleterre de ce qui se passait en vérité. L'empereur lui fit connaître que, si avec ses forces il voulait de son côté pénétrer plus avant en France, il était prêt du sien à pousser sa marche et son entreprise, jusqu'à ce que les deux armées opérassent leur jonction devant Paris ou dans l'endroit qu'on jugerait le meilleur (1). A défaut d'accepter cette proposition, il demandait qu'il consentît à ce que Sa Majesté traitât de la paix, en l'y comprenant, conformément à ce qui^ avait été convenu auparavant.

Cependant, dans le même temps, le roi d'Angleterre continuant le siège de Boulogne serrait la place de façon qu'elle fut forcée de se rendre, ce dont à juste cause il était fort content (2). Voyant donc la saison fort avancée et considérant les grands frais que cette guerre lui avait occasionnés, il jugea qu'il

(1) Offerecendo lhe que se com suas forças e gente queria da sua parte enlrar mais per França, que o Emperador da sua continuaria seu caminho e empresa alee se arrem ajunlar os dous exercitos la para a parte de Paris, ou aonde melbor parecesse.

(2) Doque elle, e com justa causa, estava mui contente.

n'avait ni les moyens ni les ressources nécessaires pour entrer plus avant en France (1), et consentit à ce que l'empereur conclût la paix.

Or, tandis que l'empereur attendait, comme il a été dit, une prompte réponse du roi d'Angleterre, il reconnut qu'il ne pouvait pas s'arrêter plus longtemps dans le lieu où il se trouvait, à cause de la grande disette de toutes les choses nécessaires, qu'éprouvait son armée, et il remarqua qu'il lui serait difficile de continuer à aller en avant. En effet, par les motifs indiqués plus haut, il n'avait pu mettre plus de rapidité dans sa marche, et l'armée ennemie restée libre dans ses mouvements à cause de la rivière qui la séparait de l'empereur, avait eu le temps de gagner les devants et d'organiser ses forces. Il en résulta que l'empereur, faute de vivres qu'il lui était impossible de se procurer, si loin dans l'intérieur de la France (de Château-Thierry à Paris il n'y a guère que vingt petites lieues), ne

(1) E vendo a sazâo ir declinando muito, e os grandes gastos que fizera nesta guerra, nem ter as commodidades e apercebimentos necessarios para poder entrar mais per França.

pouvait s'arrêter le temps convenable pour attaquer les places qui auraient voulu se défendre, point qui était de grande importance (1). L'empereur pesa toutes ces considérations, d'autant plus que Ton devait déjà plusieurs payes aux soldats, et qu'on avait aux Pays-Bas l'argent nécessaire pour les payer, mais qu'il n'y avait pas moyen de le transporter, et sa détermination lui fut presque imposée par la nécessité, tant pour obtenir plus vite la réponse du roi d'Angleterre que pour se rapprocher des Pays-Bas, d'où il pourrait plus facilement être pourvu d'argent et d'autres choses indispensables, et aussi pour mieux régler ce .qu'il aurait à faire, selon la réponse qui lui viendrait du roi d'Angleterre. Il partit donc de Château- Thierry, prenant la route de Soissons qui se soumit à son approche. De là il pouvait mettre à exécution les propositions qu'il avait faites au roi d'Angleterre aussi bien et même mieux qu'il ne l'eût pu faire de Château -Thierry.

(1) Cousa que fora de grande importancia.

Sur ces entrefaites arriva la réponse du roi d'Angleterre. Ainsi qu'il a été dit, il consentait à ce que Sa Majesté impériale conclût la paix. La paix faite, M. d'Orléans vint visiter l'empereur. Autant en fit bientôt M. de Vendôme; et l'empereur poursuivit sa route, avec toute son armée jusqu'à Cateau-Cambrésis où elle fut payée et licenciée, et de là il se rendit à Cam&ray où il trouva la reine de Hongrie sa sœur, ainsi que les otages qui devaient lui être remis. Avec toute cette compagnie il rentra à Bruxelles. C'était la sixième fois qu'il revoyait ses États de Flandre. Quelque temps après, il y reçut la reine Très-Chrétienne et M. d'Orléans, accompagnés de beaucoup de seigneurs et de dames, qui s'en retournèrent après avoir été fêtés pendant quelques jours. L'empereur s'occupa des affaires de ses États de Flandre, avec l'intention de les visiter. Il partit donc de Bruxelles, où il avait élé menacé de la goutte, pour aller à Gand. Dans cette ville, la goutte le prit à ce point que de décembre à Pâques il en fut toujours extrêmement tourmenté, quelque sévères

que fussent le régime et la diète qu'il s'était imposés pour la première fois : c'était sa onzième attaque de goutte.

L'empereur aurait dû aller vers ce temps en Allemagne, pour tacher d'y rétablir Tordre (i). Car il faut savoir que, depuis l'année 152Q où, comme on Ta dit, il passa en Italie pour la première fois et eut une entrevue avec le pape Clément, il ne laissa jamais, toutes les fois qu'il vit ce même pape Clément ou le pape Paul, et dans tous les voyages et dans toutes les diètes d'Allemagne, et dans tous les autres temps et dans toutes les autres circonstances, de solliciter continuellement soit en personne, soit par ses ministres, un concile général, comme remède des maux de l'Allemagne et des erreurs qui se propageaient dans la chrétienté (2). En ce qui concerne le pape Clément, à

(1) Para trallar de seu remedio.

(2) Porque hede saber, que como ja se disse, desdo anno 29 que foi a primcira vez que passou a Ilalia e se vio com o Papa Clémente nunqua deixou lodas as vezes, que se vio assi com o mesmo Papa Clemenle como com o Papa Paulo. e em lodas seus caminhos, e dictas, que linha feito na dilla Germania, e

cause de diverses difficultés qui tenaient à sa personne, et malgré la promesse qu'il avait faite à Sa Majesté de convoquer ledit concile dans le délai d une année, il ne fut jamais possible d'obtenir de lui qu'il voulût l'exécuter (1). Son successeur le pape Paul déclara au commencement de son pontificat qu'il avait promis d'annoncer et de convoquer immédiatement le concile, et montra un vif désir de porter remède aux maux de la chrétienté et aux abus de l'église; néanmoins, depuis ce temps ces démonstrations et cette première ardeur allèrent en se refroidissant, et suivant les traces et l'exemple du pape Clément, il temporisa avec de bonnes paroles et différa toujours la convocation et la réunion du concile (2),

em (odos os outros tempos e occasioes de continuamenle solliciter hora em persoa, hora per meio de seus ministros, concilio gérai para remedio da ditla Germania e dos erros, que iam multiplicandô na Chrislandade.

(1) Quanlo ao Papa Clémente, por aigus inconvenientes, que liavia em sua pessoa, sem embargo da promessa, que tinlia feito a Sua Mageslade de denlro de hum anno convocar o ditlo concilio, ja mais foi possivei accabar com elle, que o quisesse executar.

(2) A Papa Paulo, ainda que no principio de seu Pontificado

jusqu'à ce que, comme il a été dit plus haut, il envoyât à Monzon, lorsque le roi de France commença la guerre en 1542, une bulle de convocation dudit concile à Trente. La saison et l'opportunité du temps montrent bien quelle était son intention, Dieu la connaît et on peut la voir clairement par ce qui se passa alors, et par la réponse de Sa Majesté (1). Cependant, par suite des changements qui survinrent dans les affaires, changements bien différents de ce qu'avaient calculé des esprits pénétrants, les choses s'arrangèrent (2), et elles furent conduites de sorte que ladite convocation eut lieu; le concile commença et continua long-

publicasse que tinha prometlido de logo publicar e convocar concilio, e moslrasse grandes desejos de remediar a Cbristandade e abusos da Igreja, corn ludo despois corn o tempo aquellas mostras e ardor primeiro se foi esfriando, e seguindo os passos e exemplo do Papa Clémente, corn boas palavras prolongou, e enlrelene sempre a convoçâô e ajunlamenlo do concilio.

(1) A sazâo e opporlunidade do tempo moslram bem, corn que tençâô isto era, e Deus o sabe, e pelo que entâô passou, e Sua Mageslade respondeo, se pode claramente entender.

(2) Con ludo polas mudanças que nos negocios sobrevieram bem differenlas do que aigus agudos engenhos tinhao discorrido, as cousas se ordenaram.

temps à Trente, jusqu'à ce que ledit pape Paul, par des raisons qui l'y portèrent (Dieu veuille qu'elles fussent bonnes !), voulût l'évoquer et le transférer à Bologne (1). Sa Sainteté étant donc vis-à-vis l'empereur dans les dispositions dont on a parlé plus haut, et ayant pris occasion des propositions faites par Sa Majesté à la diète de Spire, lui adressa un bref bien peu d'accord avec les sentiments que Sa Majesté avait professés pendant toute sa vie (2). L'empereur ne voulut pas y répondre, attendu que cela ne pouvait pas bien se faire sans compromettre l'honneur et l'autorité des deux chefs de la chrétienté, et il s'affligea beaucoup de ce que les protestants saisirent cette occasion de répondre au pape au nom de Sa Majesté (3). L'empereur poursuivit ce

(1) Alee que o ditto Papa Paulo por respeilos, que o moveram (os quaes Deus permitla que forsem bons) tratlou de avocar e Iransferir a Bolonlia.

(2) £ tendo Sua Sanlilade para cora o Emperador a lençâô, que aeinia se mostrou, e lomando oecasiaô da prattica, que Sua Mageslade fez na dieta de Spira, lue escreveo Iium brève bem différente da profissam, que Sua Mageslade fizera loda sua vida.

(3) Ào quai Sua Magestade nâo quis responder por quanlo se nâo podia bem fazer, guardando o decoro e auclhoridade das

qui avait été résolu h la diète de Spire, relativement à la réunion d'une autre diète à Worms; mais, celle-ci ayant été convoquée, l'empereur, à cause de son indisposition, ne put s'y rendre au jour fixé. Il pria donc le roi son frère de s'y trouver, et il y envoya aussi M. de Granvelle, afin qu'ils y assistassent, et se hâtassent d'aborder et de régler les affaires en employant le meilleur et le plus prompt expédient possible (1). io45 Dans le but mentionné plus haut, l'empereur partit de Bruxelles pour Anvers , quoique encore affaibli par la goutte et la diète, et il y reçut la visite de M. d'Orléans. Laissant, pour la quatrième fois, la reine de Hongrie, sa sœur, gouvernante des États de Flandre, il se rendit par le Rhin à Worms. Ce fut la septième fois que l'empereur fit cette route. Il entra en Allemagne avec l'intention et le

duas cabeças da chrislandade, e Ihe pezou hem da occasiâo, que corn grande audacia lomaram as protestantes de lue responder eni nome de Sua Magestade.

(1) E indo ganbando tempo encaminharem e ordinarem as cousas tomandoo mais brève e melhor expedienle que podesse ser.

vif désir de porter un remède à ce qui s y passait : ce qu'il espérait faire plus facilement au moyen d'un bon accord (1), vu qu'il était en paix avec le roi de France, et qu'il n'y avait alors aucune apparence que le Turc attaquât l'Allemagne. Mais comme il connaissait et avait vu le grand orgueil des protestants et leur obstination, il craignait que réellement on n'arrivât à aucun résultat convenable (2). Il avait toujours eu, ainsi que beaucoup d'autres, la conviction qu'il était impossible d'abaisser par la voie de rigueur une telle obstination et une puissance aussi grande que celle qu'avaient les protestants ; il hésitait donc sur ce qu'il pouvait faire dans une affaire qu'il convenait et qu'il importait tant de régler (3). Mais Dieu qui

H) E enlrou na Germania com lençâo e grandes desejos de Ihe dar hum remedio, o que esperava fazer mais facilmenle per meio d'algum bom aceordo.

(2) Mas como Sua Mageslade linha entendido e vislo a grande soberba e obstinaçâô dos protestantes, receava que por virlude nenhûa cousa fizcssem, que convenienle fosse.

(3) £ por quanto Sua Magestade tivera sempre, e muilos outros linham para si que via impossivel per via de força abaixar hum lâo obslinado e grande poder, quai era o que os

n'abandonne jamais ceux qui recourent à lui, même quand ils ne le méritent point (1), ne se contenta pas de faire à l'empereur la grâce de lui donner si promptement la Gueldre : l'expérience de ce qui se passait ouvrit aussi les yeux de l'empereur et éclaira son entendement, de sorte que non-seulement il ne lui parut plus impossible de dompter par la force un tel orgueil, mais, tout au contraire, cela lui sembla très-facile, en l'entreprenant dans des circonstances et par des moyens convenables (2). Comme cette affaire était dune si grande importance et d'un si grand poids, il ne voulut point en prendre sur lui seul la décision, et il la communiqua seulement (à cause du secret qu'il convenait de garder) à quelques-uns de ses ministres les plus

protestantes linliam, se achava perplexo aeerca do que poderia fazer, por remediar cousa que lanto convinha e imporlava.

(1) Mas Deus que jamais desampara aquelles, que a elle recorrem, ainda que o nâo mereçam.

(2) Mas como a expericncia do que passava Ihe abrio os olhos, e allumiou o enlendimenlo de sorte, que dalli pordianle nao soo nâo Ihe pareceo impossiveî, poder per via de força domar tao grande soberba, mas o levé por muy facil, emprendendo o em tempo e modo conveniente.

fidèles, qui avaient l'expérience du passé, et auxquels en conséquence il fit part de ce dessein (1). Leurs avis furent semblables à celui de Sa Majesté, mais l'empereur en différa l'exécution, espérant qu'elle pourrait être conforme à ce qui serait décidé à la diète de Worms, et prévoyant qu'à défaut de pouvoir par de bons moyens et des voies pacifiques rétablir l'ordre en Allemagne, on se trouverait réduit à en venir aux armes et à l'emploi de la force, suivant les circonstances et l'opportunité qui se présenteraient (2).

L'empereur, ainsi qu'il a été dit, poursuivit sa route jusqu'à Worms, où il trouva peu de princes de l'empire, mais beaucoup de fondés de pouvoirs ou

(1) E por o negocio ser de grande imporlancia e peso, nâo querendo fiar de si soo a resoluçao délie, a communicou com aigus poucos de seus ministros mais fiels por causa do segredo, que convinha se tivesse, e que tambem tinham experiencia do passado, aos quaes por causa délia se represenlou o mesmo.

(2) E Sua Mages la de deixou a execuçâo para quando e conforme ao que se podesse resolver na diela de Vormes, porque nâo podendo por bons meios e modos pacificamente reduzir Alemanha, enlâô se viria as armas e força, segundo o tempo e opporlunidade que se o (Te recesse.

commissaires avec lesquels il commença à traiter,, en continuant ce qui avait déjà été conclu dans une conférence tenue auparavant dans la même ville. Mais la faiblesse et la froideur qu'ils montrèrent dans cette négociation firent voir clairement dans quelle intention et dans quel esprit ils traitaient ces affaires (1). L'empereur, voyant ceci, communiqua sa pensée et les considérations ci-dessus exposées au roi des Romains, son frère, qui était venu à la diète, comme à un frère et à un prince fort intéressé dans cette question (2). Celui-ci, avec la ferveur qu'il mettait aux choses qui touchent au service deDieu, et avec un grand désir de remédier à de si grands maux, voyant l'obstination des protestants et les résultats peu nombreux ou nuls que l'on obtenait en agissant avec eux par des moyens et des termes de dou-

(1) D'onde se seguia lâo fraca e fria negociaçâo, que se via claramente, com que teneâo e animo se trattava de taes negocios.

(2) que vendo Sua Mageslade e vindo neste tempo â diela el Rey de Romnnos , seu irmâô como a irmâo e a quem o negocio grandemente toccava, communicou seu parecer e discurso acima ditlo.

ceur, trouva le projet de l'empereur fondé en raison et exécutable, et y acquiesça (1). L'empereur considéra que le temps et l'opportunité étaient propices et favorables à l'accomplissement de ce projet, et qu'à cette fin il convenait et était nécessaire que le pape y concourût et y aidât de sa puissance spirituelle et temporelle, étant plus tenu que personne de mettre ordre et de porter remède à de si grands maux (2). Leurs Majestés arrêtèrent donc ceci entre elles, en jurant le secret, et sous la condition que, si le secret n'était pas gardé, elles ne seraient pas obligées à ce qui aurait été révélé, et elles résolurent de communiquer leur détermination au

(1) quai com o fervor que tem nas cousas, que sâo de servico de Deus, e grande dèsejo do remedio de lâô grandes maies, vendo a obstinaçâo dos protestantes, e o pouco ou nenhurn effeito, que se seguia de procéder com elles per modos e lermos brandos, achou o ditto discurso do Emperador, fundado em razâô e possibilidade, e se conformou com elle.

(2) E considerando, que o tempo e opportunidade era mui propicia e accommodada para execular o ditlo discurso, e que para este effeito convinha e era necessario que o Papa concorresse e ajudasse com suas forças spirituaes e temporaes, como aquelle que eslava mais obrigado a dar ordem e procurar remedio a lanlos maies.

cardinal Farnèse, pelit-fils et alors légat du pape Paul, qui, à cette époque, arriva dans la ville de Worms (1). En conséquence, après qu'il eût juré le secret et accepté la condition susmentionnée, ils lui firent connaître que, si Sa Sainteté voulait, ainsi qu'il a été dit, leur prêter l'appui de sa puissance spirituelle et temporelle, Leurs Majestés, considérant que les moyens de douceur et de concorde étaient impuissants , et que l'obstination et l'insolence des protestants croissaient chaque jour davantage au point qu'on ne pouvait plus les tolérer, entreprendraient par la force de remédier et d'obvier à leur obstination et à leur insolence (2). Le

(1) Suas Mageslades assentaraui ambos cnlrc si, de corn juramento de segredo e condicâô, que se este se nâo guardasse, elles nâo estariam obrigados a cousa, que livessem ditla, e offerecida communicar sua determinaçâô com o cardeal Famés, uelo e entonces legado do Papa Paulo, que neste tempo chegou ao mesmo lugar de Vomies.

(2) E assi, despois quedeclarou a Suas Mageslades com o juramenlo e condicâô dantes dilta Ihe proposerais e offerecerâo que se Sua Santidade quisesse ajudar, como dilto ue, com suas forças spirituaes e lemporaes (vislo como os modos e meios suaves e de concordia nâo linham lugar, e a obstinaçâo e insolencia dos prolestanlcs ia cada dia crescendo de sorle que se nâo podia ja

cardinal Farnèse fut tellement effrayé de cette ouverture que, bien qu'il eût dit auparavant qu'il avait d'amples pouvoirs pour traiter de tout ce qui se rapportait au remède des maux présents, il ne voulut pas aller plus avant dans la conclusion de cette affaire (1). Et ctmme Leurs Majestés disaient que puisqu'il n'allait pas plus avant et ne voulait prendre sur lui aucune résolution, le mieux serait de consulter Sa Sainteté en ioute diligence, par un exprès qui lui apporterait la réponse, il n'en voulut absolument rien faire, mais il voulut être lui-même le messager, disant qu'il ferait bonne diligence; et en effet elle fut telle qu'elle convenait à un personnage de son autorité, mais non pas telle que l'exigeait l'importance de cette affaire (2). La pre-

soffrer) Suas Mageslades emprenderiam por via de força remediar e obviar a laes obslinaçoés e insolencias.

(1) Do quai offerecimenlo o dillo Cardeal fi cou lâo espantado, que dizendo dantes, que trazia amplos poderes para Irallar de (udo o que (ocasse ao remedio dos présentes maies, nao quis passar mais ao dianle na conclusâô deste negocio.

(2) E dizendo Ihe Suas Mageslades, que ja que nâo passava mais avante, nâo querendo per si concluir nada, o melhor séria consultarcom loda diiigencia Sua Sanlidade per hum proprio, que Ihe trouxesse a resposta, de nenhum modo o quis fazer, mas

mière chose qu'il fit en arrivant à Rome fut d'aller en tout contre son serment, et contre la condition imposée par Sa Majesté. En effet, Sa Sainteté convoqua aussitôt un consistoire où il y a toujours des opinions et des partis contraires, et elle y communiqua les offres de l'empereur (1). Sa Sainteté choisit pour légat le même cardinal Farnèse, et pour gonfalonier ou général de l'église, le duc Octave son frère. On nomma immédiatement les autres principaux capitaines et l'on battit le tambour pour rassembler des gens de guerre, en les appelant à s'associer à cette sainte expédition et à prendre vengeance du sac de Rome (2).

Sa Majesté, considérant que, lorsque la proposition ci-dessus avait été faite au cardinal Far-

elle mesmo quis ser o messageiro, dizendo que faria boa diligencia, a a quai Toi (al quai a hum personngem de sua auclhoridade convinha, mas nao a que a qualidade de negocio requeria.

(1) Porque tanlo que chegou a Roma, a priraeira cousa que se fez foi ir em tudo conlra o juramento e condiçâô, que Sua Mageslade tin ha posto; porque logo Sua Santidade chamou o consislorio onde sempre costuma haver opinoés e bandos contrarios, ao quai communicou o offerecimenlo.

(2) Publicando que vinham a esta sancta empresa e a lomar vingança do sacco de Roma.

nèse, on était près de la Saint- Jean, et que, (Taprès la diligence qu'y pourrait mettre le cardinal, la réponse viendrait trop tard et dans une saison trop avancée pour commencer à réunir l'armée et pour faire les préparatifs nécessaires à une si grande affaire, présumant aussi que le secret ne serait pas gardé, dépêcha un exprès à Sa Sainteté pour lui représenter que, cette année, ce projet ne pouvait pas recevoir d'exécution, mais qu'il fallait que l'on gardât bien le secret, car autrement il ne se croirait plus tenu par les offres qu'il avait faites (1). Comme le secret fut violé et comme les protestants furent avertis, l'empereur crut devoir se conduire de telle sorte qu'ils n'ajoutèrent aucune foi au bruit qui

(1) Vendo Sua Mages lad e Impérial que quando proposo acima ditto ao Cardeal Famés era pelo S. Joâo, e que conforme a diligencia que o ditto Cardeal podia fazer, a resposta viria jâ fora de tempo e em sazâô muito adeantada para começar a traltar de por em ordem o exercito, e apprestar as cousas eonvenienles a tal negocio, presumindo tambcm que o segredo se nâo guardaria, despaciiou hum proprio a Sua Sanlitade advirlido o que por este anno a ditla delerminacâo se nâo podia executar e que por lanlo se guardasse bem o segredo, porque d'outra maneira nâo se linha por obrigado aos offerecimentos que fizcra.

circulait (1). L'empereur, vit aussi que dans ladite diète on ne ferait rien que perdre du temps (il voulut toutefois la prolonger jusqu'à ce qu'il connût la résolution du pape), et il se borna à des communications brèves et sèches (2), en remettant les négociations à une diète convoquée,- pour Tannée suivante, à Ratisbonne.

Sur ces entrefaites, il y eut^ dans la même ville, une conférence touchant les moyens qu'il pouvait y avoir de remédier à ces différends (3). Durant cette diète, l'empereur reçut la nouvelle que la princesse d'Espagne, sa bru, était délivrée d'un fils, qui s'appela depuis l'infant don Carlos, et quatre ou cinq jours après, il reçut la nouvelle bien différente de la mort de la môme princesse, dont il fut affligé comme de raison. Dans le même temps, le roi des Romains reçut également la nouvelle de la mort

(1) E por quanlo o segredo se rompeo, e os proleslanles foram advertidos, se levé con ludo lai modo, que a fama que corria nâo foi per elles crida.

(2) Lhe fez hua brève e secca pratlica.

(3) No mesmo lugar se fez hum colloquio a cerea dos modos, que poderia haver para remedio deslas differeneas.

— no —

de sa fille aînée, ce dont l'empereur fut aussi affligé que s'il avait été son père.

Toutes ces choses terminées, l'empereur partit de Worms , et prenant la route du Rhin pour la huitième fois, il revint pour la septième aux Pays- Bas, où il trouva la reine de Hongrie, sa sœur, à Louvain, et de là il se rendit à Bruxelles, où arriva la nouvelle que le duc d'Orléans était mort, huit jours avant l'anniversaire de la paix de Crespy, dont l'une des conditions portait que le duché de Milan lui serait donné. Cette mort vint à propos, car, comme elle fut naturelle, on put croire que Dieu l'avait résolue dans ses secrets jugements (1).

L'empereur se rendit ensuite à Bruges, où arrivèrent, tant de la part de la France que de l'Angleterre, plusieurs grands personnages chargés, à cause de ce changement, de modifier, de corriger et de rédiger de nouveau les conventions conclues entre les trois monarques (2); mais ne trouvant pas

(1) A quai morle veo a lempo, que sendo natural pode parecer, que foi ordenada de Deus por seus secrelos juizos.

(2) Para per occasiâo desla mudança, innovar, mudar, e fazer de novo.

moyen de s'arranger et de tomber d'accord, ils s'arrêtèrent aux expédients les plus convenables. Et dès lors les traités et la paix conclus entre Leurs Majestés se maintinrent tant par la dissimulation des uns que par la tolérance des autres (1).

Cela fait, l'empereur partit pour Bois-le-Duc, afin d'aller tenir le chapitre de la Toison d'Or, à Utrecht. Mais à Bois-le-Duc, il fut attaqué de la goutte, de sorte qu'il fut obligé de s'y arrêter et de remettre le chapitre à une autre époque. Bientôt après, sentant sa santé s'améliorer, il le tint à Utrecht, où la goutte le reprit. Le chapitre terminé, se trouvant un peu mieux, il partit d'Utrecht pour aller visiter les terres de l'État de Gueldre, qu'il occupait de nouveau en vertu de l'ancien droit qu'il y avait. La nécessité où il avait été de marcher contre ses ennemis l'avait empêché d'y aller aussitôt qu'elles lui furent restituées. Cette visite finie, il continua son chemin jusqu'à Maestricht, encore fort affaibli par son dernier accès de goutte qui fut le

(1) Assi pola dissimulaçao d'algûas d'ellas, corne pola tolerancia d'oulras.

douzième. Il était dans celte ville, quand il reçut les députés de quelques Électeurs et princes de l'empire. Ils dirent qu'ils étaient avertis que "Sa Majesté venait à main armée en Allemagne : chose nouvelle qui scandalisait fort la plus grande partie de ce pays (1). Ils fondaient leur mission sur un bruit qui courait et qui avait son origine dans ce qui s'était passé à Rome l'année précédente, lors du voyage du cardinal Farnèse, et dans l'arrivée de plusieurs ambassadeurs que Sa Sainteté avait envoyés à l'empereur aux Pays-Bas et à Utrecht, lesquels réclamaient et sollicitaient, avec de grandes démonstrations de bonne volonté, l'exécution de l'offre que Sa Majesté avait faite, et qui, par ce motif, montraient beaucoup de véhémence et peu de discrétion, comme cela convenait a l'exécution de l'affaire (2). Par celte raison et pour mieux rassu-

(1) Dizendo, que foram advirtitlos, que Sua Mageslade vinba com mâo armada a Germania, cousa nova, e que muilo escandalissava a maior parte délia.

(2) Fundando sua embaixada sobre algum rumor, que corria, e procédera daquelle, que o anno passado se fizera cm Roraa, por causa da ida do Cardeal Fa rues, e d'aigus minislros, que Sua

rer ceux qui n'ajoutaient pas foi à cette rumeur, l'empereur ne voulut encore rien conclure avec les ambassadeurs de Sa Sainteté (1), les remettant et les ajournant jusqu'à ce qu'il serait à Ratisbonne. Il répondit de même aux députés des princes, qu'ils pouvaient voir par eux-mêmes et selon leur propre témoignage, qu'il n'amenait pas avec lui une compagnie plus nombreuse que de coutume, qu'il désirait régler les affaires de l'Allemagne plutôt par des voies de paix et de concorde que par force et par discorde, et* que ceci était une chose sûre, conforme à ses intentions et à ses désirs, car il n'avait jamais voulu employer les armes que lorsqu'il avait reconnu qu'il fallait désespérer de tous les autres moyens, et s'était vu réduit à en faire usage (2).

Santidade Ifnha mandado ao Emperadoraos Paeses-Baixos e a Utrecli, os quaes instavam e sollicilavam corn grandes moslras de boa vontade a execuçâô de offerecimenlo que Sua Mageslade tinha feito, e por esta causa usavam de mais vehemencia e de menos segredo do que a execuçâô do negocio convinha.

(1) Pola quai razâo, e por mais verdadeiramente certificar os que nâo criam o ditto rumor, o Emperador nâo quis enlâô concluir cousa algûa corn os ministros de Sua Santidade.

(2) E assi mesmo respondeo aos commissarios dos Principes, que elles mesmos podiam ver e ser lestemunhas, que nâo levava

Comme dans le même temps, Sa Majesté fut avertie que la conférence qui était réunie à Ratisbonne devait être rompue de la part des protestants , elle insista près desdils commissaires pour qu'ils voulussent bien continuer cette conférence, jusqu'à ce qu'elle assistât à la diète dans la même ville de Ratisbonne. Ils donnèrent quelque espoir d'agir en ce sens, et proposèrent, afin de mieux la continuer, et afin de trouver quelque moyen de concorde, que le comte palatin Frédéric, alors électeur, se rendrait près de Sa Majesté à Spire, et y mènerait le landgrave de Hesse , auquel Sa Majesté donnerait un sauf-conduit. L'empereur y consentit volontiers, car à son avis, il était bien plus nécessaire de demander des saufs-conduits aux protestants que de leur en donner (1). En effet,

consigo maior companhia da que sempre coslumava levar, e que desejava mais dar medio as cousas da Germania per meio de paz e concordia, que per força e discordia, e que islo era cousa cerla, conforme sua tençào el desejo, porque jamais quis usar das armas, se nâo desespcrado de lodos los oulros meios, e forçado e conslrangido a usar d élias.

(1) Sendo lue a elle conforme seu parecer mais necessario lomar lo dos protestantes, que dar Ihe a elles.

il n'était pas moins dangereux pour lui, attendu que le secret avait été peu gardé, de faire ce voyage avec une petite escorte, que d'entreprendre la guerre ouvertement (1). L'empereur se sentait plus perplexe et plus incertain sur la résolution à prendre qu'il ne l'était lorsqu'en 1539 il se décida à traverser la France (2). Cependant il crut qu'il convenait d'essayer les moyens de douceur et de modération pour rétablir l'ordre en Allemagne, avant de se voir dans la nécessité de prendre les armes, et telle fut la résolution qu'il adopta dans l'espoir d'obtenir un bon résultat et en se tenant prêt à l'une et à l'autre de ces éventualités (3).

Après ce qui a été dit plus haut, l'empereur quitta Maestricht, laissant, pour la cinquième fois, à

(1) Porque nao linlia por menos perigo, supposlo o pouco segredo que se guardara, fazer este caminho com tam pequena companhia, que de emprender a guerra publicamenle.

(2) E se achou mais perplexo e irresolulo de fazer esla delermenaçâo do que esleve em se resolverde passar por França em o anno de 39.

(3) Conludo porque convinha lenlar por meios brandos e suaves de reduzir Alemanha, ou per necessidade lomar as armas, Sua Magestade se determinou na foram dilta, para bom effeito, e execuçàô ou de hua, ou de outra cousa.

la reine de Hongrie sa sœur le gouvernement des Pays-Bas, et passant, pour la seconde fois, par Luxembourg, il poursuivit son voyage jusqu'à Spire. C'était la huitième fois qu'il entrait en Allemagne. Là ledit électeur palatin avec ledit landgrave de Hesse déclara que, si ceux de la ligue de Smalcalde lui avaient donné la cavalerie qu'il demandait, il eût escorté et conduit l'empereur, malgré lui, jusqu'à Trente : chose assez facile à faire, vu la compagnie qu'il avait demandée, et le faible cortège, que pour les raisons mentionnées ci-dessus, l'empereur avait voulu amener avec lui (1). Mais Dieu qui gouverne et ordonne toutes choses en disposa autrement; et ce ne fut pas la seule faute et la seule erreur que Dieu qui les aveuglait permit qu'ils fissent dans leurs affaires , mais ce fut la première de celles

(I) Aonde o ditlo elector Palalino coin o ditlo Lantsgrave declarou , que se os da ligua Esmalcalda lhe deram a génie de cavallo, que pedia, houvera de accompanhar e levar ao Emperador, inda que nao quisera, atee Trenlo, a quai cousa fora assaz facil de fazer, vislo a companhia que pedia, e a pouca que polas razoes acima diltas, Sua Mageslade quisera levar consigo.

qu'ils commirent ensuite en grand nombre envers leur Dieu et leur empereur, et qui furent la cause de leur ruine totale (1). Dans les propositions et les entretiens que ledit landgrave eut avec Sa Majesté à Spire, il montra une si grande insolence que Sa Majesté le congédia en peu de paroles (2). Car, bien qu'il feignît d'ignorer que ceux de son parti qui se trouvaient à ladite conférence avaient été rappelés et s'étaient retirés, alors que Sa Majesté savait le contraire, et bien qu'il fît espérer que, s'ils étaient partis, il s'efforcerait de les faire retourner à Ratisbonne, où une diète était convoquée, néanmoins il n'en fit rien, et la conférence fut rompue et dissoute. L'empereur continua donc son voyage jusqu'à Ratisbonne. Il n'y trouva que les commissaires des États de l'empire, sans aucun prince ;

(1) Mas Deus que governa e ordena lodas as cousas dispos d'où Ira nianeira. E nâo foi esta a soa falla e erro, que cegando os permillio que fizessem em seus negocios, se bem foi o premeiro de muilos, que despois commetteram para corn seu Deus cseu Emperador, dasquaes procedeu sua tolal ruina.

(2) Nas proposlas e prallicas que o ditlo Lanlsgrave teve com Sua Mageslade em Espira, mostrou tâô grande insolencia, que Sua Mageslade em poucas palavras o despedio.

mais l'électeur de Mayence y arriva quelques jours après, tant pour s'occuper de la convocation de la diète que pour ce qui le touchait particulièrement, car peu de temps auparavant il avait été élu après la mort du cardinal électeur de Mayence. Quoi qu'il en fût, Sa Majesté fut obligée d'ouvrir la diète, et d'adresser ses propositions à ceux qui s'y trouvaient pour lors; mais elles furent accueillies avec tant de froideur, les affaires furent traitées avec tant de négligence, et les protestants continuèrent à montrer une si grande arrogance que l'empereur jugea et vit clairement que les moyens de douceur serviraient à peu de chose, et, qu'il serait forcé, bien que ce fût fort contre son gré, de faire usage d'autres moyens plus rigoureux (1).

Dans ce temps , les envoyés du pape et quelques ecclésiastiques ne cessaient d'engager l'empe-

(1) À quai foi lâô friamenle lomada e os negocios com tâô grande negligencia tratlados, e pelos protestantes continuada hua laô grande arrogancia, que Sua Mageslade julgava e via claramenle, que os remedios brandos serviram de pouco, e ainda que muito contra sua vontade, séria forçado usar d'oulros mais fortes.

reur à conclure des arrangements avec leur maître, et à prendre les armes contre les protestants (1). Toutefois Sa Majesté différait, tant pour la grandeur et la difficulté de l'entreprise, que pour se concerter avec le roi son frère (2) qu'elle avait attendu depuis plusieurs jours et qu'elle attendait encore. Ainsi qu'il a été dit, le secret avait été mal gardé, les protestants étaient sur leurs gardes et commençaient leurs préparatifs et leurs armements, ne voulant pas être pris à l'improviste; ils songeaient même à surprendre les autres (3). Cependant l'empereur n'avait rien voulu faire afin de moins agiter l'Allemagne, mais tous reconnurent

(1) Nesle (empo os minislros do Papa e aigus ecclesiasticos nâo cessa ra m de sollicilar ao Emperador, que quisesse concluir os concerlos com seu amo, c eomeçar de tomar as armas contra os protestantes.

(2) que lodavia Sua Magestade dilatava assi pola grandeza e difficuldade da empresa, como por se resolver com el Rey seu irmâo.

(3) Porque,eomo dillohe, o segredose guardara mal, e os protestantes andavam sobre aviso, e começavam de se prover e armar, como aquelles, que nao soomenle nâo queriam ser lomados desapcrcebidos, mas ainda Irattavam de tomar aos outros descuidados.

qu'il ne dépendait pas de lui d'empêcher qu'il ne perdit, en attendant plus longtemps, beaucoup des avantages qu'il pouvait avoir (1). Dès que le roi son frère fut venu , il lui communiqua l'état et les termes des affaires, et comme, longtemps auparavant, le duc Guillaume de Bavière avait offert ses services , engageant et excitant Leurs Majestés à prendre les armes, comme le seul remède à tant d'insolences (2), Leurs Majestés négocièrent avec lui pour qu'il voulût aussi entrer dans l'alliance ou la ligue que mettaient en avant et proposaient les envoyés du pape (3); mais après s'être montré dans le principe si zélé et si ardent dans cette affaire, il se refroidit tellement qu'à cause de lui la conclusion en fut différée plus qu'il ne convenait(4).

(1) que Sua Mageslade nâo linha feito per menos alterar a Germania alee que todas vira m que nâo podia o fazer, e que por ter tanlo esperado, perdera muilo da venlagem, que podera 1er.

(2) Como muilo tempo antes o Duque Guilhelmo de Bavera se tinha offerecido, incilando e induzido Suas Magestades a tomar as armas, como unico remcdio de (antas insolencias.

(3) No concerto, ou ligua, que os do Papa soliicilavam e offereciam.

(4) Mas mostrando se de pnncipio tâô sollicito e quente no

Enfin l'on fit avec lui une alliance, dont on retira peu de profit, excepté que son pays fournit des vivres à l'armée impériale. On s'adressa aussi aux ecclésiastiques , pour qu'ils voulussent contribuer de leur part et entrer dans ladite ligue. Ceux-ci, avant d'en venir à l'exécution, avaient également montré beaucoup d'ardeur; mais quand il fallut s'assembler et conclure, ils n'osèrent pas, soit par crainte des protestants, soit de peur d'entrer dans une si grande affaire, soit par d'autres considérations, s'aventurer en entrant dans la ligue (1). Toutefois ils consentirent à une contribution en argent, en vertu d'un accord passé dans les diètes précédentes ; contribution à laquelle les protestants non-seulement ne se crurent pas tenus, mais à laquelle de plus ils s'opposèrent, en empê-

negocio, se esfriou de sorte, que por sua causa se dilalou a conclu sâô mais do que convinha.

(1) Os quaes da mesma maneira anles de vir a obra, se tinham mostrado muito desejos, mas quando se veo ajûritar e concluir, ou por receo que tivessem dos protestantes, ou por medo d'en- Irar em hua tàô grande cousa, ou por outros respeitos, nâo se avenlurarara, nem atreveram a enlrar na liga.

chant plusieurs de payer leur part (1). Ainsi les protestants avaient gagné, par ces préparatifs, l'avantage que l'empereur aurait pu avoir sur eux, si le secret avait été gardé. Par toutes ces raisons l'affaire rencontrait beaucoup plus de difficultés et de risques. Cependant l'empereur comprit qu'il serait difficile d'éviter l'exécution de ce qui avait été convenu, que le temps se perdait, et que plus l'on tardait, plus la chose deviendrait publique, difficile et périlleuse (2). Il considéra de plus, comme on l'a dit, qu'il était en paix avec la France, et que le roi François était fort empêché par la guerre qu'il avait avec le roi d'Angleterre (3); que le bruit courait qué

(1) Do quai os protestantes nâo soo nâo fizeram caso para contribuirem, mas ailles contra vinham, e iao a mâo a aigus por pagarem sua parle.

(2) Assi ainda que polo apparalho dantes dilto , os prolestantes tinham ganhado e tomado a venlagera sobre o Eraperador, que elle podera lomar sobre elles, se segredo se nâo rompera, e por lodas estas cousos o negocio ficava mais difficulloso earriscado, com tudo vendo Sua Magestade, queja mal se podia escusar d'execuçaô do que cstava lraltado, e que o tempo se hia passando e que quanlo mais se tardava, tanto a cousa mais se publicava, difficultava e se fazia mais perigosa.

(3) E el Rey Francisco may gastado por causa da guerra, que teve com el Rey dlnglaterra.

le Turc voulait marcher contre le Sophi ; que par conséquent l'on pouvait supposer avec quelque vraisemblance que de ce côté Ton n'aurait aucun danger h craindre; et que pour plus d'assurance, dans le même temps, l'empereur et le roi des Romains avaient député quelques personnages au Turc, pour l'entretenir et en obtenir, s'il leur semblait que cela fût utile au but proposé, une trêve qu'en effet ils conclurent plus tord. Il observa enfin que les protestants avaient déjà dépouillé toule honte, et qu'ils mettaient activement des troupes sur pied et s'efforçaient d'accomplir leurs desseins (1). Leurs Majeslés se déterminèrent donc à conclure avec le pape, et à mettre à exécution ce à quoi la nécessité les obligeait, et ce qui avait été l'objet de si longues négociations (2). En effet , les choses étaient déjà tellement avancées, que dans le cas où l'empereur

(1) E considerando ullimamenle que os protestantes tinham ja de lodo perdido a vergonha, e com toda a pressa faziam génie, e puni) a m por obro seus descnhos.

(2) Se determinaram Suas Magestades de concluir com o Papa, e dar execuçâô a que a necessidadc os obrigava, e estava trattado havia tanto tempo.

n'aurait pas abordé l'entreprise , l'organisation des protestants leur eût permis de mettre à exécution le conseil que le landgrave, comme on l'a dit plus haut, leur avait donné (1).

Aussitôt après l'arrivée du roi h Ratisbonne, la reine sa femme, y vint avec ses filles, et l'on y vit arriver aussi le duc Guillaume de Bavière et le duc Guillaume de Clèves, avec leurs femmes et leurs enfants, et plusieurs autres princes de l'empire. On célébra dans la même ville les noces du duc Albert de Bavière et du duc Guillaume de Clèves.avec deux filles du roi et de la reine des Romains. Les noces achevées, la reine et ses filles, les ducs et les duchesses et les nouveaux époux s'en allèrent. Puis le roi et le duc Maurice s'éloignèrent pour attaquer, chacun de leur côté, les terres de Jean-Frédéric de Saxe, ce qu'ils exécutèrent, de sorte qu'après avoir fait essuyer une grande défaite à son armée, ils lui prirent une bonne partie

(1) Pop que as cousas estavam ja tanlo avante, que se o Emperador nâo dèra principio a empresa, os protestantes estavam em tal ordem, que poderam por em execuoâô o conselho, que danles se disse, que o lantsgrave lbes tinha dado.

de ses domaines. Ce fut à Ratisbonne que l'empereur commença à mettre son armée sur pied, en négociant à cet effet avec plusieurs princes, capitaines et gens de guerre, de telle manière qu'en peu de jours il réunit un certain nombre de soldats allemands auxquels se joignirent les Espagnols qui se trouvaient en Hongrie.

Les principales villes de Souabe , qui faisaient partie de la ligue de Smalcalde, avaient reçu précédemment une lettre écrite par l'empereur où il leur disait qu'il était informé qu'elles réunissaient des troupes, par suite d'un bruit qui courait qu'il voulait leur faire la guerre pour cause de religion, et où il les assurait que ce bruit était faux, qu'il n'avait pas eu la pensée d'entreprendre la guerre, principalement contre ceux qui lui avaient obéi et qui n'avaient rien fait contre l'autorité impériale, et qu'en conséquence, si elles licenciaient leur armée et faisaient preuve d'obéissance, elles pouvaient s'aboucher avec Sa Majesté; mais les députés qu'elles envoyèrent vers ce temps montrèrent tant d'obstination, et dans leur insolence, ils répondirent avec

tant d'orgueil que Sa Majesté les congédia comme ils le méritaient (1). De la même manière, les commissaires des prolestants, qui étaient à la diète, vinrent un jour près de Sa Majesté, et lui exposant les bruits de guerre qui circulaient, ils lui demandèrent de leur faire connaître ses intentions (2). Sa Majesté leur répondit qu'elle ne voulait faire la guerre que si elle y était forcée pour maintenir son autorité, contre laquelle on attentait chaque jour, en travaillant à l'abaisser et à l'amoindrir (3). Dès qu'ils

(1) Neste tempo os depulados das principaes cidades de Suevia, que erara da liga Esmalcaldiana, sobre liûa carta, que o Emperador escrevera dizendo lhes, como fora avisado, que faziam génie de guerra por algua fama que corria , que lhes queria fazer guerra por causa da religiâô , assegurando llie qua ta! fama era falsa, e que elle nâo tinha pensamcnlo de fazer (al cousa, principalmenle contra aquelles, que lbe fossem obedientes,e nâo fizessem conlra a auctboridade Impérial, e que por tanlo s' elles eram desles,desfizessem o exercilo,e se moslrassem obedientes, vieram 1er corn Sua Mageslade, es corn grande obstinaçâô em sua insolencia responderam mui soberbamenle. O que vendo o Emperador, os despedio, como elles mereciam.

(2) E propondo Ihe a fama, que corria de guerra, pediram que os cerlificasse de sua lençâô.

(3) Que elle nâo queria fazer guerra senâô forçado por conservar sua auclhoridade, con(ra a quai via que cada dia se atlenlava, e trabalhava pola abaixar e deminuir.

reçurent cette réponse, tous les protestants se retirèrent sans dire adieu (1).

L'empereur, voyant que la diète pouvait déjà être considérée comme terminée et rompue, eut avec ceux qui étaient restés une explication sèche et brève (2). Alors les gens de guerre que lesdites villes avaient levés, furent conduits à Fuessen sous le prétexte d'empêcher l'entrée des soldats étrangers en Allemagne. Ils s'emparèrent de Fuessen , et de plus d'une autre forteresse nommée Clusa, qui appartenait au roi des Romains, de sorte qu'ils furent les premiers qui engagèrent les hostilités et commencèrent la guerre (3). Ils firent ainsi une faute grave, dans leurs mauvais desseins et dans leurs mauvaises inspirations , en prenant ce chemin plutôt que celui de Ratisbonue (ce fut la seconde faute qu'ils commirent par la permission de Dieu, qui les aveuglait), car à cette époque Sa

(1) E tendo esla risposla todos os protestantes se foram sem dizerem : A Deus.

(-2) Com os que ficaram fez hua brève e secca prattica.

(3) Demodo que elles fotam os primeiros, que começaram a offender e a romper a guerra.

Majesté n'était pas encore en mesure de leur résister d'une manière convenable (1).

L'empereur, sachant que les Italiens que le pape avait envoyés sous la conduite du cardinal Farnèse, comme son légat, et du duc Octave, comme son gonfalonier. étaient en route, ainsi que les Espagnols qui devaient venir de Lombardie, considéra quelles difficultés rencontrerait leur jonction avec lui; il remarqua aussi que Jean-Frédéric de Saxe et le landgrave étaient déjà avec toute leur armée à Donawerth, et que s'ils venaient se placer entre Sa Majesté et ses troupes, ses forces resteraient divisées et chaque corps par conséquent serait plus faible; et bien que quelques-uns se fissent scrupule, par respect pour la réputation de Sa Majesté, d'abandonner Ratisbonne, l'empereur ne tint pas compte de ces vanités (2). Il était dé-

(1) E nâo erraram pouco por seguir sua maa lençâo, e maos prineipios em lomar anles esle caminlio, que o de Ralisbona (e foi esle o segundo erro que fizeram por permissâo de Deus, que os cegou) por que Sua Magestade nâo estava ainda aquelle tempo bera apercebido para Ihes resistir, corto convinha.

(2) Nâo fazendo caso deslas vaidados.

cidé, quand il conçut cette entreprise dans le but principal qui l'y déterminait, à la mener à bonne fin, quoi qu'il en pût advenir, parce qu'il voulait rester, mort ou vivant, empereur en Allemagne (1). Il forma donc le dessein de laisser la ville de Ratisbonne bien pourvue de gens de guerre, et de se rendre à Landshut, domaine du duc de Bavière. Il y arriva avec le peu de monde qu'il amenait, mais voyant la multitude d'ennemis qui l'attendaient près de là, il tint conseil avec le duc d'Albe, qu'il avait fait son capitaine-général, et avec d'autres capitaines, afin de savoir comment il pourrait prendre la meilleure position et se fortifier le mieux, tant pour résister à l'ennemi que pour attendre les siens, qui, à cause de la longueur et de la difficulté de la route, n'arrivaient pas aussi promptement que tous le désiraient.

Dans ce temps, les protestants, qui avaient pris Rhain, terre du duc de Bavière, marchaient sur

(1) Estando determinado quando propos de seguir esta emprese, visla a causa principal por que a emprendia, de vir ao fini délia, qualquer cousa que ouvesse d'acconlecer, por que Unha uroposlo e assentado denlro de si, vivo ou morto, ficar Emperador em Alemanha.

Ingolstadt, ville du même due, dans laquelle l'empereur avait mis quelques troupes. Ils lui envoyèrent, par un trompette et un page, suivant leur coutume, une lettre bien longue et non moins insolente, dont Sa Majesté ne tint compte et k laquelle elle ne prit point la peine de répondre (1). Puisqu'ils étaient entrés dans celle voie, mieux eût valu pour eux se conformer à ce défi où ils avaient abjuré toute retenue et exécuter leurs menaces, que de s'arrêter, comme ils le firent après s'êlre montrés si fanfarons et si insolents (2). Dieu les aveugla ; il permit que ce fût la troisième faute qu'ils commirent, afin qu'ils n'atteignissent pas le but de leurs desseins pervers (3). L'empe-

(1) Lhe mandaram per hum trombela e hum page, conforme seu costume, hua carta bem comprida, e nâo menos desavergonhada, da quai Sua Mageslade nâo fez caso, nem lomou pena de lhe responder.

(2) Mclhor fora para elles, ja que eslavam poslos em tal caminho, de seguir sua pouca vergonha no cartel, eexecutar os flos, de que nelle usavam , que despois de se terem mostrado lâô bravos e insolenles ticarem quaes ficaram.

(3) Deus oscegou e permiltio, que es(a fosse a terceira falla, que elles eommctleram por nâo chegar ao fim de sua perversa lençîK).

reur, profitant de ce temps et de cet avantage (1), fit presser l'arrivée tant des gens du pape et des autres princes italiens que des Espagnols qui avaient été appelés de Lombardie et de quelques Allemands, qui, à cause des empêchements et des obstacles apportés par la marche des prolestants, n'avaient pu venir plus tôt. Tous atteignirent Landshut, et aussitôt l'empereur, avec toutes les troupes qu'il avait réunies, se mit en route pour Neustadt, ville du duc de Bavière, avec l'intention et le désir de s'y établir, afin de s'y fortifier et de se rapprocher peu à peu de l'ennemi, ce qu'il ne pouvait faire en ce moment, faute d'approvisionnements, parce que, comme l'on était au début de la guerre, on n'avait pas encore mis bon ordre à ce que l'armée fût pourvue aussi abondamment qu'il convenait. En conséquence l'empereur partit de Neustadt pour Ratisbonne ; et là il régla si bien les choses, que l'on ne sentit plus aucune disette de subsistances, du moins manifeste et notable. Dans la même ville

(4) E assi lendo dado esta commodidade e espaço ao Empe-

rador.

arrivèrent les Espagnols qui venaient de Naples par la mer Adriatique; et aussi les marquis Jean et Albert de Brandebourg, et le maître de Prusse, avec la cavalerie allemande qu'ils avaient pu rassembler, en quoi ils rendirent service à Sa Majesté (1).

Cependant les protestants s'imaginaient, dans leur orgueil, que l'empereur battait en retraite et s'éloignait d'eux, et ils se portèrent sur l'autre rive du Danube pour occuper les montagnes qui de ce côté dominent Ratisbonne, afin de faire jouer de là leur artillerie, dont ils faisaient grand cas (2), contre l'armée de l'empereur, qui y avait ses quartiers et qui ne pouvait en prendre d'autres sinon au bord du fleuve. Or, l'empereur ayant, comme on l'a dit, réglé le service des vivres, et ne voulant pas perdre de temps ni rester loin de ses adversaires (3), quitta Ratisbonne, et se rendit par étapes à

(1) D'onde Sua Magestade (inha bem que fazer.

(2) Para dalli jogar da artilharia, de que elles faziam grande caso.

(3) E nâo querendo perder lempo, nem estar longe de seus adversarios.

Neustadt. Tandis qu'il faisait ce chemin, les ennemis prenaient celui que nous avons indiqué plus haut et ils arrivèrent ainsi à trois lieues de Ratisbonne; mais voyant que leur projet avait échoué, et qu'ils marchaient à travers un pays rude et montagneux, ils craignirent que l'empereur, assaillant leurs flancs, ne leur coupât les vivres. Ils firent donc grande diligence pour revenir sur leurs pas et gagner un passage étroit et difficile près d'un lieu nommé Perengries à deux lieues allemandes de Neustadt, où, comme on l'a déjà dit, l'empereur était arrivé avec son armée. Faute d'avoir été averti par ceux qui savaient ce qui se passait, et qui pouvaient et devaient l'instruire (1) de l'avantage qu'il aurait eu en attaquant les ennemis dans un lieu si désavantageux pour eux, il perdit une excellente occasion; mais ce ne fut point par sa faute (2).

Cela fait, Sa Majesté, passant le Danube, assit

(1) Por falta de nâo ser advirtido per aquelles que sabiam, podiam e o deviam advirlir.

(2) Que todavia se nâo perdeo por sua culpa.

son camp dans une belle et forte position en face de Neustadt. Les ennemis, ayant franchi le passage dont nous avons parle, continuèrent leur marche, et se logèrent près du Danube, a deux lieues plus près de Neubourg que d'Ingolstadt. L'empereur désirait aller à eux, malgré la grande disproportion des forces (1), tant pour gagner chaque jour du terrain, que pour dégager et faciliter les mouvements de M. de Buren, qu'il avait chargé de rassembler un bon nombre d'Allemands, h pied et à cheval : ce qu'il avait fait, en emmenant aussi avec lui d'autres cavaliers allemands envoyés par les princes susdits, par leducHenri de Brunswick et par d'autres capitaines, qui étaient au service de l'empereur. Cette cavalerie, que les protestants avaient empêché de passer, était allée, par ce motif, se réunir à M. de Buren, afin de faire route avec lui, et de rejoindre ensemble Sa Majesté. L'empereur, exécutant son intention et le projet susmentionné, partit du camp près de Neustadt, pour prendre, près d'Ingolstadt, une posi-

(1) Aïnda que se achava hem différente em forças.

tion où il avait la face tournée vers l'ennemi (1), le Danube à sa gauche, la ville d'Ingolstadt à dos, et à sa droite une plaine découverte. Mais comme cette position offrait des difficultés, l'empereur s'en était réservé une autre bonne et forte entre Neustadt et Ingolstadt. Sa Majesté, ayant reconnu celle qu'il avait l'intention d'occuper devant Ingolstadt, envoya quelques chevau-Iégers escarmoucher jusqu'au camp des ennemis, si bien que ceux-ci se mirent en mouvement, et Ton tint pour certain qu'ils venaient tout droit se loger près du camp que Sa Majesté avait résolu d'occuper : ce qu'ils étaient parfaitement en état de faire, parce qu'ils étaient plus rapprochés de cet endroit et avaient la supériorité des forces. Cela engagea l'empereur à s'arrêter et à établir son camp au lieu qu'il s'était réservé, ainsi qu'il a été dit, jusqu'à ce qu'il sût exactement ce que feraient les ennemis. Apprenant qu'ils se retiraient dans les quartiers d'où ils étaient sortis, il alla incontinent occuper avec son

(1) A cara para o campo dos enemigos.

armée la position qu'il voulait prendre devant Ingolstadt, et il fit telle diligence qu'il y arriva, bien que tard, le même jour. Pendant toute celte nuit (qui ne se passa pas sans quelque bruit, parce que la multitude qui suivait, pouvait difficilement pendant la nuit reconnaître 'ses quartiers), il fit creuser des tranchées, autant que le temps le permit; et à ce que l'on n'avait pu faire pendant la nuit on chercha à remédier au point du jour.

Pendant plusieurs jours, les deux camps restèrent rapprochés et en vue l'un de l'autre, et il y eut quelques escarmouches ou, avec l'aide de Dieu, les ennemis eurent toujours le dessous (1). Toutefois, ils vinrent s'établir à une lieue plus près de Sa Majesté. La nuit suivante, eut lieu une bonne camisade qui leur causa grand dommage. Le lendemain, il y eut encore une bonne escarmouche; et le jour suivant, de grand matin, ils se portèrent, avec toute leur armée et leur artillerie en bon ordre, à portée de canon, vers l'armée

(!) Sempre levaram.o peor.

impériale. L'empereur, en ayant été averti immédiatement par le duc d'Àlbe son général, s'arma, monta à cheval, et ordonna au duc de mettre aussitôt, mais sans bruit et sans battre l'alarme (1), toute l'armée sur pied. L'empereur ne s'était pas encore montré, et Tordre qu'il avait donné n'était pas encore exécuté, quand les ennemis, qui avaient déjà établi une partie de leur artillerie sur un coteau, qui à cet effet leur venait fort à propos, commencèrent, avec cette artillerie, et avec une infinité d'autres pièces, qu'ils avaient placées en différents endroits, à battre le camp et l'armée de l'empereur, de telle manière que, de huit heures du matin jusqu'à quatre heures du soir, ils tirèrent de huit à neuf cents coups de grosse artillerie, chose que jusque là on n'avait pas encore vue, car jamais aucune armée n'avait été exposée à un pareil feu en pleine campagne, sans être protégée par des tranchées. Néanmoins les soldats de l'empereur le soutinrent si bien que nul ne montra le moindre semblant de peur ; et par la

(1) Sem eslrôndo e sem loccar alarma.

grâce de Dieu, ladite artillerie ne causa pas un grand dommage. Les ennemis souffrirent beaucoup plus de l'artillerie avec laquelle on leur répondit de l'armée impériale. On dit qu'ils formèrent le projet de cesser le feu de leurs batteries et d'attaquer le camp de l'empereur. Il se peut qu'ils aient eu raison de ne pas le faire : il ne faut du moins pas leur adresser un reproche de ce qu'ils ne le firent pas (1).

Ainsi se passa cette journée, et les ennemis retournèrent à leurs quartiers, que sur ces entrefaites ils avaient fait réparer. L'empereur ordonna que, cette nuit, tous dormissent dans les tranchées; que, s'il survenait quelque alarme, la cavalerie allât à pied aux tranchées et que tous se missent en bon ordre pour les fortifier : ce qu'ils firent de fort bonne volonté. Car pendant toute cette nuit, et le jour suivant, que les ennemis ne

(t) Se dissèque elles delerminaram de cessar com a artilheria e accommeller o arraial do Emperador ; pode ser, que andaram melhor em o nâo fazer, ao menos nâo se devem culpar por que o nâo fizeram.

firent plus jouer leur artillerie, ces tranchées furent mises dans un si bon état, que ceux qui s'en trouvaient proches étaient en parfaite sécurité.

Dans le même temps, on prolongea une tranchée dans la direction du camp des ennemis, ce dont ils ne furent pas fort contents, car ils envoyèrent quelques-uns de leurs arquebusiers y mettre obstacle, ou voir ce que Ton faisait. De ladite tranchée du camp impérial sortirent aussitôt environ huit cents soldats également armés d'arquebuses; et de part et d'autre commença une- escarmouche. Les ennemis, voyant que les arquebusiers impériaux étaient en rase campagne, lancèrent trois escadrons de cavalerie pour les charger et les assaillir, mais les arquebusiers nonseulement ne reculèrent pas, mais ils firent de plus une si belle charge, que les ennemis, rompus et ouvrant leurs rangs, montrèrent le dos, après avoir éprouvé de grandes pertes (1), et lesdits

(1) De sorte que ronipcndo se e abrindo se mostraram as coslas, com grande damno.

arquebusiers revinrent à la tranchée. Ainsi se passa le second jour.

Le troisième jour, à la même heure que le premier, les ennemis recommencèrent le jeu de leur artillerie, mais ils ne firent ni plus ni moins que le premier jour. Ceux qui allaient et venaient dans Tinlérieur du camp recevaient plus de mal que les troupes qui étaient aux tranchées, et l'artillerie de l'empereur causa plus de dommage aux ennemis ce jour-là que le premier. Pendant la nuit, on leur donna de fausses alertes, et par là ils eurent peu de repos. Ainsi se passa cette journée. Le quatrième jour, ils se reposèrent, comme ils l'avaient fait le deuxième, et tout se réduisit à quelques coups de feu et à des escarmouches. Le cinquième jour, mécontents et fatigués de la peine et du travail qu'ils s'étaient donnés, inquiétés d'ailleurs par la tranchée qui s'étendait et se prolongeait toujours davantage, et sachant bien qu'elle ne laisserait pas de leur causer un grand dommage, ils envoyèrent en avant la grosse artillerie, pendant la nuit, à la même heure qu'elle était arrivée le premier jour,

et décampèrent le sixième. Ils menaient leurs escadrons en bon ordre, et ils cheminèrent ainsi jusqu'au camp situé à deux lieues d'Ingolsladt, où ils s'étaient établis précédemment. De là, ils allèrent se loger à deux lieues plus loin, à Neubourg, où ils s'arrêtèrent plusieurs jours. L'empereur, pendant ce temps, ne bougea pas de son camp, attendant des nouvelles du comte de Buren et des troupes qu'il amenait, pour se régler en conséquence. Car il pensait avoir assez fait, avec une telle infériorité tant au point de vue de ses retranchements que du nombre de ses troupes, en obligeant l'ennemi, qui était venu l'attaquer avec tant de fureur, à quitter ses positions et à battre en retraite (1).

Presque en même temps, l'empereur et les protestants reçurent la nouvelle que M. de Buren avait opéré la jonction qui lui avait été ordonnée,

(1) Por que lhe parecia, que tinha assaz feilo de havendo tâô grande differença do seu campo e gente a dos enemigos que o vieram com lanla braveza accommelter, fazer los deixar o seu alojamento e relirar se.

et qu'après avoir passé l'inspection générale de ses troupes au delà du Rhin, il s'avançait pour franchir ce fleuve et venir se réunir à Sa Majesté. Les protestants, qui étaient informés chaque jour et plus exactement (1) de ce que faisait M. de Buren, avaient placé sur le Rhin, du côté de Francfort, de nombreuses troupes, qu'ils avaient laissées en arrière pour en défendre le passage contre M. de Buren. Celui-ci déploya toutefois une telle valeur et une telle activité qu'il opéra ce passage par la force et malgré l'ennemi (2). Les protestants, en ayant été avertis, partirent de Neubourg, où ils avaient leur camp, et se portèrent vers Bendingen , terre du duc de Bavière, excellente position pour marcher en avant, et pour barrer le chemin par lequel le comte de Buren pouvait venir rejoindre l'empereur. Mais comme, pour exécuter cette marche, il fallait s'éloigner des principales villes de Souabe, qui, comme on peut

(I) Os protestantes que mnis particularmente e que cadre dia

(2) quai contudo levé lanlo esforco e pos lanta diligencia que apezar délies e per força o passou.

sabiâo.

le croire, étaient peu rassurées de voir si près d'elles l'empereur avec une armée, ils changèrent d'avis, et revinrent s'établir à Donawert, d'où ils étaient sortis dans le principe. Ils auraient beaucoup mieux fait, pour le succès de leur dessein, de retourner à Neubourg, où ils étaient mieux en mesure de tenir tête à l'empereur, qu'à Donawert. Ce fut la quatrième faute qu'ils commirent, et non la moins considérable (1).

Dans ce temps, l'empereur reçut la nouvelle que le comte de Buren avait passé le Rhin, et qu'il arrivait et s'approchait chaque jour davantage pour opérer sa jonction avec Sa Majesté. Il fut aussi informé du dessein qu'avaient les protestants, quand ils prirent la route de Bendingen; et cela lui avait donné beaucoup d'inquiétude, car il savait combien il importait que le comte de Buren arrivât sans accident (2). En conséquence, l'empereur avait résolu de s'avancer sur les derrières des protestants, et de régler

M) Que foi o quarto, e nâo menor erro, que commetleram. (2) Visio quanlo imporlava que o dilto conde viesse seguramenle.

si bien ses marches en prenant des positions bien fortifiées, que les protestants ne pussent livrer combat au comte, sans être obligés d'en venir aussi immédiatement aux mains avec Sa Majesté ; et, s'ils se retournaient contre l'empereur, le comte devait trouver la route libre et ouverte pour opérer sa jonction avec lui (1). Le comte fit si bonne diligence qu'il arriva avec tous ses gens sains et saufs devant Ingolstadt, au camp de l'empereur. Celui-ci ayant fait reconnaître et ayant reconnu lui-même la ville de Neubourg, passa avec toute son armée le Danube, près du camp, devant Ingolstadt, et marcha vers ladite ville de Neubourg, où se trouvaient quatre enseignes d'infanterie qui capitulèrent. L'empereur arrivé à Neubourg y laissa une garnison, et après avoir réglé tout ce qui était nécessaire, il alla s'établir sur le Danube en un

(1) Para o que o Emperador tinha determinado de indo nas coslas dos protestantes fazer jornadas tâô proporcionadas, e tomar sempre alojamentos tâô forlificados, que os protestantes, nâo podessem pelejar com o coude, que subito nao ouvessem tambem de viras maos com SuaMagestade, ou, se virassem sobre Sua Majestade, o conde ficasse o caminho livre e desembaraçado, para se puder vir ajuntar com Sua Mageslade.

lieu qui se nomme Maresheim, à une bonne lieue de Donawert, où les ennemis, ainsi qu'on Ta dit, avaient un camp bien fortifié, et où ils s'étaient renforcés des troupes qu'ils avaient laissées en arrière pour fermer le passage à M. de Buren. Et bien que les deux camps fussent fort près l'un de l'autre, pendant les quelques jours qu'on passa dans cette position, on ne put pas en venir aux mains (1).

Ceci porta l'empereur à recourir à une autre combinaison. Il quitta sa position de Maresheim, et s'éloignant du Danube sur lequel il avait toujours conservé son camp , et laissant les ennemis à sa gauche, il gagna un lieu de l'État de Neubourg, qui se nomme Monheim. Le lendemain, qui fut la veille de la Saint-François, partant de là, il alla s'établir près d une petite montagne située vis-à-vis d'Eltingen et de Nordlingen, sur laquelle il plaça une partie de son artillerie , en établissant son camp à l'entour. Cela étant fait, l'empereur reçut à la

(J) Le texte portugais est plus énergique : Jamais se poderam morder.

chute du jour l'avis que Ton entendait les tambours des ennemis. Le bruit venait d'un bois qui se trouvait entre l'empereur et les ennemis ; l'obscurité allait croissant, et en même temps un brouillard commençait à s'élever : toutes ces causes empêchèrent de bien savoir ce que faisaient les ennemis. Le son des tambours fut entendu toute la nuit et toute la matinée du lendemain, qui fut le jour de la Saint-François. Pendant la nuit, l'armée et le capitaine -général restèrent dans le camp afin de connaître les dispositions et les intentions des ennemis. L'empereur qui, deux jours auparavant, avait été atteint de la goutte au pied, veilla lui-même la majeure partie de la nuit pour savoir ce qu'on avait appris de nouveau , et pour donner les ordres convenables : ce qui ne l'empêcha pas, quoiqu'il souffrît de la goutte, de se lever avant l'aurore. Il se confessa et entendit la messe, tenant pour certain que ce jour-là on livrerait bataille. Malgré le brouillard et malgré les douleurs qu'il éprouvait , il monta à cheval; et sortant du camp, il gravit la montagne

sur laquelle se trouvait l'artillerie, afin de savoir plus tôt ce qui se passait; mais la goutte le tourmentait h ce point qu'il fut obligé d'attacher une bande de toile à l'arçon de la selle, afin de reposer le pied, et il le porta ainsi tout le jour (1). Durant tout ce temps, on ne put rien apprendre des ennemis, à cause du brouillard qui s'était élevé la nuit précédente, et qui continua à s'épaissir tellement qu'on ne pouvait voir à deux pas, tant que ledit brouillard ne tomba point, ce qui n'arriva que vers les dix heures avant midi ; et alors on découvrit que les ennemis avaient passé le bois dont on a parlé plus haut, et qu'ils occupaient les montagnes qui se prolongent jusqu'à Nordlingen, sur lesquelles ils avaient rangé tous leurs escadrons en bon ordre. Il est vrai que les derniers de l'arrièregarde, et quelques autres qui se trouvaient encore dans le ravin entre le bois et la montagne, eurent à essuyer une telle charge des chevau-légers impériaux qu'ils prirent une allure plus rapide que le

(1) Que foi forçado por hum lençol sobre o arçâo da sella em que respousasse o pee, eassi o Irouxe lodo o (lia.

pas pour fuir vers les montagnes (1) où se trouvait le gros de leurs forces. Dans l'intervalle, l'empereur avait fait sortir du camp toute son armée. Dès que le brouillard fut tombé, il rangea les escadrons en bataille ; et ayant été averti que l'armée des ennemis était en vue, il marcha en bon ordre et d'un pas régulier dans la direction de l'ennemi. Il se porta ainsi en avant et occupa une petite montagne qui était plus près de la rivière, afin de mieux voir et de prendre les dispositions convenables. Là se réunirent le duc d'Albe, son général, et beaucoup d'autres capitaines et de grands personnages, discutant et disant chacun ce qui lui paraissait préférable. L'empereur qui, à cause de son indisposition, ne pouvait se déplacer ni se donner de la peine comme il avait coutume de le faire (2), trouva la majeure partie de ses capitaines d'avis qu'il fallait traverser la rivière qu'on rencontrait de ce côté et combattre, ou tout au moins faire

(1) Hua tal carga que elles se reliraram mais que de passo para as montanlias.

(2) Nem (raballiar como coslumava fazcr.

passer un bon nombre de cavaliers soutenus de quelques arquebusiers , qui chargeraient l'arrièregarde, et verraient en quel endroit se plaçaient les • ennemis, en même temps que Ton conserverait l'armée prête, comme elle Tétait, pour la mettre en mouvement, dès que cela serait nécessaire. Comme l'empereur n'avait pas, ainsi qu'il a été dit, bien étudié la disposition des lieux et que tous étaient d'accord sur la nécessité de combattre, il adopta cette opinion, et ordonna aussitôt à ladite cavalerie de passer la rivière. Mais au moment où il se retournait vers ses escadrons, afin de les faire marcher au combat, un meilleur conseil lui fut donné par un grand de sa maison (1) qui lui exposa la disposition des lieux , et l'impossibilité de franchir la rivière pour donner la bataille, sans courir le danger évident et presque certain d'être mis en déroute, à cause du grand avantage qu'auraient les ennemis. L'empereur le comprit fort bien et approuva ces raisons, et il fit aussitôt rappeler la

(I) Llie foi da<Io oulro parecer melhor de hum grande de sua casa.

cavalerie, qui avait déjà traversé la rivière à grand peine, et qui la repassa avec plus de peine encore, le passage étant fort difficile; et l'armée rentra tout entière dans le camp. Quant aux ennemis, ils continuèrent leur marche jusqu'à ce qu'ils fussent établis sur la montagne dont il a été parlé, près de Nordlingen.

Fallait-il franchir la rivière, et donner la bataille? Sur ce point, il y eut alors, il y a eu depuis et l'on croit qu'il y a encore aujourd'hui de grandes discussions et diverses opinions. L'empereur voulut plus tard prendre à son aise une exacte inspection des lieux, et sans qu'il y eût là personne qui pût le gêner. Il en résulta que Sa Majesté, ainsi que tous ceux qui alors avaient été d'avis de ne pas franchir la rivière et de ne pas combattre, se raffermirent dans leur opinion qui pour eux cessa d'être douteuse, et la chose leur parut d'autant plus impossible, qu'il était bien plus aisé aux ennemis qu'à l'empereur d'attaquer et de donner la bataille. Ceux qui, ce jour-là, avaient été d'avis de combattre, avouèrent, dès qu'ils eurent vu les lieux, que leur

avis ne valait rien, et ceux-là qui, d'après la discussion, avaient jugé que Ton ferait mal de ne pas combattre, confessèrent aussi, après avoir vu les lieux, leur erreur. Ceux qui ne les ont pas vus et qui soutiennent encore l'opinion qu'il fallait combattre, feraient bien de les visiter, et s'ils persistaient dans la même idée, il serait à désirer qu'ils se représentassent exactement l'armée qui était sur l'autre rive (1) : cela modifierait peut-être leur avis.

Ainsi qu'il a été dit, l'empereur retourna cette nuit loger au camp, d'où il était parti, et voyant que les ennemis étaient plus loin qu'il ne l'eût voulu, il délogea le lendemain et fit asseoir le camp sur le bord de la rivière qui, la veille, avait été l'objet de la discussion prérappelée, et alors on vit bien quelle opinion avait été la meilleure. Le camp embrassait deux petites montagnes voisines et dans la position la plus favorable. Quand l'empereur prit ces quartiers, quelques cavaliers protestants

(4) Far a m bem d'imaginar o cxercilo que eslava em contrario.

descendirent des montagnes dans la plaine, et aussitôt plusieurs des impériaux traversèrent la rivière. Il y eut une forte escarmouche, beaucoup de décharges d'arquebuse, et des morts de part et d'autre, mais plus du côté des protestants, et surtout parmi les principaux. Là périt entre autres le duc de Brunswick. Cependant il était déjà tard, et l'empereur ne pouvait aller au secours des siens, comme le faisaient les ennemis pour leurs combattants, attendu qu'il était nécessaire, comme il est dit, de passer la rivière. L'empereur voulait d'ailleurs asseoir son camp, et il fit cesser cette escarmouche. Plusieurs fois il examina et fit examiner diverses positions pour voir s'il y avait quelque moyen de faire du mal aux protestants, mais n'en trouvant aucun, il pesa et régla secrètement ce qui pouvait se faire (1); enfin il résolut d'envoyer le nombre de troupes nécessaires pour attaquer Donawert, ville impériale, d'où les ennemis étaient partis, quand ils étaient venus près de Nordlingen,

(I) Cuidou e pratticou em segredo o que se poderia fazer.

et où ils avaient laissé une garnison chargée de la défendre. En conséquence, à l'entrée de la nuit, il fit partir lesdites troupes, qui arrivèrent au point du jour, et qui, du premier assaut, emportèrent les faubourgs. Peu après, la ville capitula.

Cela fait, Sa Majesté quitta son camp, et se rendit à Donawert, avec l'intention de suivre le Danube, du côté d'Ulm, afin de voir s'il y avait ainsi moyen d'empêcher le ravitaillement des ennemis , et dans l'espoir de les affaiblir et de les épuiser (et les habitants de la ville d'Ulm avec eux), en les obligeant d'abandonner les montagnes et de venir dans un lieu où Ton pourrait plus facilement leur livrer bataille (1).

Il faut savoir que, pour aller à Donawert, l'empereur avec son armée devait nécessairement passer la rivière et se mettre en ligne en pleine campagne, près du camp des protestants. Bien que des ponts de bateaux eussent été établis pour le passage de la rivière , et quoique Ton connût

(1) Onde mais facilimente she les podesse dar balai ha.

les gués mieux que lorsqu'on y arriva la première fois, le passage était toutefois si difficile (et il y avait encore de l'autre côlé d'autres rivières à traverser), que, si les ennemis avaient eu un grand désir de combattre, ils auraient pu ce jour-là le faire avec un grand avantage (1). Par quoi, il y a lieu de juger, sans savoir les motifs qui les ont dirigés, que l'on peut compter ceci pour la cinquième faute qu'ils commirent (2).

L'empereur, voyant que les protestants ne bougeaient pas, marcha en bon ordre jusqu'au camp qui était sur le Danube entre Donawert et Hastat. Ceux qui l'occupaient l'abandonnèrent, et les habitants de Hastat apportèrent les clefs de leur ville à l'empereur qui, le lendemain, se dirigea vers Dillingen qui suivit l'exemple de Hastat. Puis il s'établit près de Laubingen, terre qui appartenait au duc Othon-Henri de Bavière, où il y avait quatre

(1) Que se os enemigos liveram grande vonlaile de pelejar, elles o podcram fazer nesle dia com grande venlagem sua.

(2) Pelo que se pode julgar, sem saber as causas que a isto os moveram, se pode esta contar pola quinla falla ou erro que elles commetteram.

enseignes d'Allemands, et ce soir-là, elles firent mine de vouloir se défendre.

L'empereur, étant averti que les ennemis voulaient venir secourir cette ville et prendre position sur quelques hauteurs qui se trouvaient à la sortie d'un bois, ordonna, bien qu'encore assez éloigné de la ville, que le lendemain, aux premières lueurs de l'aube, toute l'armée se tînt prête à se porter eq avant, quand et là où il voudrait; il partit lui-même de bonne heure avec le duc d'Àlbe, son général, et plusieurs de son conseil, pour voir quelle position on pourrait prendre comme la plus avantageuse pour combattre les ennemis quand ils déboucheraient dudit bois. Il était en route, quand plusieurs habitants de ladite ville sortirent et vinrent la livrer à Sa Majesté. Autant en firent les habitants de Gondelfingen. Ceux de Laubingen donnèrent avis que lesdites quatre enseignes s'étaient retirées et avaient passé le pont du Danube avant le jour avec quelques pièces d'artillerie et un des capitaines de la ligue, qui était arrivé la veille et les avait empêchés de se rendre dès lors; et ils ajoutaient

qu'avec lesdites quatre enseignes et cette artillerie il avait pris la route d'Augsbourg.

A cette nouvelle, l'empereur remarquant qu'il n'avait pas appris qu'il y eût quelque mouvement dans le camp des protestants, rejoignit l'armée, et en passant devant Laubingen, où il laissa une garnison convenable, il fît traverser le pont par quelques chevau-légers à la poursuite desdites quatre enseignes. Ils les atteignirent et, après une escarmouche, ils les pressèrent de telle sorte qu'elles abandonnèrent leur artillerie, qui fut amenée à l'empereur. Vu le grand désir qu'il avait de gagner les devante, l'empereur marcha si rapidement avec son armée, que le même jour il franchit une rivière qui se nomme la Brenz, et s'établit dans un lieu situé sur le bord d'une autre rivière qui coule vers Ulm, nommé Sontheim. En arrivant là, l'empereur fut informé qu'il y avait dans le voisinage quelques cavaliers ennemis, dans une petite ville impériale nommée Giengen, sur ladite rivière de Brenz. Sa Majesté y envoya son général accompagné comme il convenait; mais dès que ces cavaliers l'aperçurent, ils se

retirèrent. Il y avait dans la même ville quelques gendarmes de l'ennemi : ceux-ci, espérant ou sachant que toute leur armée arriverait le lendemain, dissimulèrent, parce qu'il était déjà tard, lorsqu'on les somma de se rendre, en donnant leur parole qu'ils se rendraient le lendemain, et ils gagnèrent cette nuit par leur ruse. Cette même nuit, l'empereur étant venu à son camp, envoya des espions de deux ou trois côtés pour apprendre quelque chose des ennemis. Ceux qui allèrent du côté où ils ne se trouvaient pas, ne rapportèrent aucunes nouvelles; mais ceux qui se dirigèrent du côté où ils étaient, donnèrent dans leurs vedettes; les uns furent retenus prisonniers, et les autres revinrent sans rien savoir. Par suite, l'empereur se trouva le matin indécis et irrésolu : il ne savait s'il valait mieux prendre la direction d'Ulm , afin de gagner les devants sur les ennemis, ou s'arrêter, parce que, en faisant grande diligence, ils auraient pu prendre aussi une position qui lui eût intercepté* l'arrivée des vivres.

L'empereur, étant dans ce doute, reçut la nouvelle

que les protestants étaient en marche; mais il ne savait pas encore bien où ils voulaient s'établir. En conséquence l'empereur et son général et beaucoup d'autres personnages, allèrent reconnaître les dispositions des ennemis qui marchaient en bon ordre, pour se loger à Giengen, Alors l'empereur, voyant qu'il n'avait pas mis son armée en ordre de bataille, et qu'au contraire elle était prête à se mettre en marche vers Ulm, sur la rive opposée à celle qu'occupaient les ennemis, retourna à son camp, et fit entrer ses troupes dans leurs quartiers : les ennemis firent de même.

L'empereur ayant reconnu la situation et la disposition des ennemis, il fut convenu que ce jour-là on leur dresserait une bonne embuscade; mais comme on ne put pas en terminer les apprêts, elle ne fut pas exécutée comme il convenait. Il est toutefois à présumer que, si elle avait été bien ordonnée, elle aurait eu de grands résultats; car, malgré toute l'irrésolution qu'on y mit, les arquebusiers impériaux firent essuyer de si grandes pertes aux ennemis, qu'ils se souvinrent toujours de cette

journée. En effet, lorsque plus tard l'empereur voulut établir une embuscade telle qu'elle devait être, en profitant d'une occasion favorable, et envoya des éclaireurs en avant pour attirer les ennemis, il ne fut jamais possible de les faire sortir en grand nombre et loin de leur camp.

Cette embuscade échoua peut-être aussi, parce que Giengen est situé dans un bas- fond, et les protestants avaient leur camp sur le bord de la rivière opposé à celui où Sa Majesté avait le sien. De ce côté du camp de Sa Majesté, il y avait une hauteur qui dominait à la fois Giengen et une partie du camp des protestants. Pour ce motif, ceux-ci firent passer la rivière et occuper cette hauteur par une bonne partie de leurs gens ; et comme on pouvait difficilement venir à leur secours d'un camp à l'autre, ils fortifièrent très-bien cette position, et de ce camp, l'on découvrait une partie de l'embuscade qui avait été placée. Il en résulta que Sa Majesté ordonna que ladite embuscade rentrât au camp. Afin d'essayer tous les moyens de causer quelque dommage aux ennemis, il sembla

bon de résoudre, comme on le fit, une camisade (1); mais ils furent avertis, et prirent si bien leurs mesures qu'on agit très-sagement en n'exécutant pas ce dessein. Comme les protestants occupaient la hauteur dont il a été parlé, au-dessus de Giengen, du même côté de la rivière où se trouvait le camp impérial, et que Sa Majesté occupait aussi une autre hauteur de la même manière du côté où étaient les quartiers des protestants, on commença, dès qu'ils furent arrivés à Giengen, et par plusieurs bonnes raisons, à fortifier la hauteur qui était vis-à-vis du camp impérial, pour y loger les Italiens qui étaient restés. Car presque tous étaient déjà partis, se plaignant de mauvais traitements et de l'insuffisance de la paye. Ceux qui étaient restés étaient de si mauvaise volonté que, voyant s'éloigner le légat, que le pape avait fait rappeler, ils voulurent saisir l'occasion qu'ils trouvaient de s'en retourner dans leur pays, au moment même où l'on cherchait à gros-

(1) Allaque nocturne dans laquelle les assaillants se couvraient, afin de mieux se reconnaîlre, d'un sarrau blanc qu'on appelait camise.

sir l'armée de Sa Majesté, parce que les protestants recevaient de nombreux renforts du Wurtemberg, et à mettre une garnison dans le fort que Ton construisait. Dans ce même temps, sur les quatre mille hommes de Sa Sainteté, il en partit trois mille en une matinée. Ainsi l'empereur fut obligé de renoncer à ses desseins (1), parce qu'il n'avait plus assez de monde pour en mettre dans le fort qu'il avait commencé, et par ce motif on le laissa inachevé.

La saison était déjà fort avancée, puisqu'on touchait à la Toussaint, et les pluies commençaient. L'empereur, voyant que de son camp il ne pouvait pas nuire aux ennemis, résolut, après quelques petites escarmouches, de repasser la rivière et d'aller prendre ses quartiers près de Laubingen. Il se mit donc en route et marcha en bon ordre, attendant que les ennemis voulussent tenter la fortune, ce que, selon lavis de quelques-uns, ils eussent pu et dû faire (2). Toutefois, par les motifs

(1) Ficou frustrado de scu inlento.

(2) Se os enemigos quereriam lenlar a forluna, o que a!gùs querem que elles poderam e deveram fazer.

qu'ils jugèrent bons, ils ne bougèrent pas ce jour-là, et l'empereur poursuivit sa marche jusqu'au lieu où il voulait s'établir. La pluie et le mauvais temps continuaient. De plus, le terrain était gras et humide, et le camp impérial, plein de boue. Bien que le camp des ennemis fût sur les hauteurs, il n'était pas toutefois, ainsi qu'on l'apprit plus tard, dans une meilleure condition (1). Cela fut cause que, tout le temps que l'empereur demeura dans son camp, l'on ne fit rien d'important. Au contraire, à la même époque, les protestants voulurent traiter de la paix; mais Sa Majesté, voyant qu'on n'arriverait pas à un accord convenable, rompit la négociation. Tandis que Sa Majesté se trouvait dans ledit camp, elle reçut la nouvelle que Jean-Frédéric de Saxe avait été défait par les troupes du roi et du duc Maurice.

A cause du mauvais temps, el pour d'autres motifs qui déterminaient quelques personnes, on était généralement d'avis que l'empereur devait mettre les

(I) Nâo ficavam de melhor eomlioao.

soldats dans des garnisons. De cette façon, il eût serré et pressé davantage les protestants, surtout les villes qui tenaient pour eux, car ces garnisons leur auraient enlevé leurs approvisionnements et leurs vivres, et on leur aurait fait ainsi une rude guerre; mais l'empereur considéra que tout le bon effet de son entreprise consistait à disperser l'armée des protestants et à séparer leurs forces ; il lui sem* bla que placer son armée dans des garnisons, c'était la diviser, l'amoindrir, la rompre (1). L'empereur fit reconnaître, et à plusieurs reprises, des quartiers qui parussent avantageux et convenables pour hiverner et pour tenir tête à l'ennemi, jusqu'à ce qu'on vît laquelle des deux armées renoncerait la première à la lutte, ou serait réduite à se licencier (2). Puis il partit du lieu susmentionné, parce qu'il était humide et fangeux, et par suite peu

(1) Mas considerando Sua Magestade que lodo o boni effeilo de sua empresa consislia em romper o exercilo e dividir as forças dos proleslanles, pareceo Ibe que por o seu em garniçôes, séria dividilo, diminuilo e rompelo.

(2) Àtee ver quai dos dous exerçilos se deixaria primeiro, ou séria forçado a se desfazer.

fi

agréable et peu avantageux pour une armée; et il chercha une autre position, exempte d'humidité, forte et bien assise, au goût et à la satisfaction des soldats (1). On veut soutenir (2) que ce jour-là les protestants auraient pu de nouveau combattre avec avantage. S'il en est ainsi et s'ils ont commis une faute, il faut la laisser à celui qui l'a faite (3). Sa Majesté résolut donc de poursuivre son entreprise jusqu'au bout et d y persévérer jusqu'à ce que l'une des deux armées fût obligée de se dissoudre par la force, le mauvais temps, la famine ou toute autre nécessité (4).

L'empereur fut informé qu'il y avait un autre lieu, dans une belle et bonne situation , où il pourrait , en se rapprochant des ennemis, leur faire éprou-

(1) Para outro enxulo, forte, de bello assenlo, e a goslo e salis fa oâô dos soldados.

(2) Querem dizer.

(3) Se assi lie e se commeleram erro, se deve deixar ao que nisso lia.

(4) Sua Mageslade delerminou seguir sua empresa alee o fini e persislir alee que hum dos dous exercilos fosse per força, |>or ruim lempo, per famé, ou por ouïra qualquer necessidade constrangido a se desfnzer.

— iG5 —

ver tant de pertes, et avoir tant d'avantages sur eux, que sans aucun doute on pouvait tenir pour certain qu'on les jetterait à bas par force et qu'on les obligerait à se dissoudre et à se séparer (1), et il résolut de mettre dans un bref délai cette entreprise à exécution. Mais comme la chose était de grande importance et ne manquait pas de difficultés, et qu'il ne faut pas, sans avoir fait les préparatifs nécessaires, tenter une entreprise ardue et périlleuse (2), l'empereur différa l'exécution jusqu'au moment opportun. Or, il arriva que, dans le même temps, la ville de Nordlingen traita de sa soumission, et l'empereur pensa qu'en l'occupant il trouverait un autre moyen d'inquiéter les ennemis , en restant maître d'adopter et de prendre la meilleure de ces deux voies. L'empereur reconnut la situation et les grands avantages de cet endroit, et rechercha comment il pourrait en profiler pour rompre les ennemis. Comme d'autres qui plus tard l'examinèrent égale-

(1) Que por força os levaria riebaixo, e faria romper e dividir.

(2) Os negocios arduos e perigosos nao se devem emprender senâo feilas as prepararoês necessarias.

ment, il jugea que c'était chose faisable et convenable, pourvu qu'elle fût bien exécutée.

Les protestants avaient cru que la marche de l'empereur sur Laubingen était le résultat de quelque nécessité ou de quelque découragement (1), mais en voyant l'empereur occuper les quartiers qui ont été indiqués plus haut, ils se trouvèrent déçus dans leurs espérances. Aussi, quand ils apprirent que Sa Majesté commençait de nouveau à se rapprocher , ils montrèrent beaucoup moins d'énergie et de courage qu'auparavant (2), et malgré les escarmouches qu'engagea l'empereur, et les occasions qu'il leur offrit de sortir de leur camp, il n'y eut aucun moyen de les en tirer (3). Déjà il s'était élevé entre eux des contestations et des disputes (4); les villes impériales étaient fatiguées

(1) Procédera de algua necessidade ou desfallecimenlo.

(2) Moslraram logo muilo menos spirilos e coragem do que d'antes linliam.

(3) Mo ouve remedio para os lirar fora.

(4) E lendo ja passado entrelies alguas conlradiçoes e disputas, e enfadando se as cidades i m péri a es dos grandes gastos e^despesas que faziam, e nâo podendo os outros da liga suppriros gastos.

des grands frais et des dépenses qu'elles supportaient, et les autres membres de la ligue ne pouvaient subvenir à ces frais. En conséquence , les protestants renvoyèrent leur grosse artillerie; et enfin, le 22 novembre au matin, lassés et rebutés de leurs travaux, du mauvais temps et de beaucoup d'autres choses qui les tourmentaient, et pour d'autres motifs qu'ils connaissaient mieux que personne, ils levèrent le camp, et allèrent tous se loger sur quelques montagnes de l'autre côté de la Brenz, sous la protection d'un château situé aux frontières du Wurtemberg, qui se nomme Heydenheim.

La nuit précédente, l'empereur avait été averti par un espion que la grosse artillerie des protestants était partie; et craignant ce qui arriva en effet, il renvoya le même espion au camp ennemi, en lui commandant de revenir, à quelle heure que ce fût, rendre compte de ce qu'ils faisaient. Cet espion, qui était parti dès minuit pour l'en instruire, raconta qu'à la même heure ils s'étaient mis en marche ; mais , comme il avait rencontré des troupes sur

sa route, il avait été obligé de se détourner; et, par la nuit et le brouillard qui s'était élevé le matin, il s'était égaré , de sorte qu'il n'arriva au camp de l'empereur qu'après que Sa Majesté se fut éloignée. Soit qu'il eût dit la vérité, soit que ce fussent de fausses excuses, il en résulta qu'il revint fort tard et non plus en temps utile. Car, l'empereur ayant été prévenu, vers dix heures du matin , que les protestants, comme il a été dit, étaient partis, envoya aussitôt son général avec quelques cavaliers et quelques arquebusiers en éclaireurs (1) pour savoir la vérité. Sa Majesté le suivit avec d'autres cavaliers, laissant l'ordre à toute la cavalerie de s'avancer promptement, et à toute l'infanterie de se tenir prêle à faire ce qui lui serait commandé. Après avoir dépassé le camp qu'avaient abandonné les protestants, on les suivit jusqu'à ce que l'on rencontra un de leurs escadrons (2), qui servait d'arrière-garde, avec lequel

(I) Com aigus cavallos, e arcabuzeiros desmandados. (-2) Assi despois de (er alravessado o seu campo, os protestantes foram seguidos alee se ver hum dos seus esquadrôes.

on engagea une escarmouche, telle que toute leur armée se rangea en bataille, et se mit en marche pour combattre et soutenir la lutte (1). Après quelques discussions sur ce qu'il fallait faire, l'empereur ordonna à toute la cavalerie de s'arrêter au lieu où elle se trouvait, en vue des ennemis; et comme il était déjà tard, il retourna immédiatement à son camp pour faire avancer l'infanterie et l'artillerie, car son intention était d'établir, cette nuit même, toute l'armée si près des ennemis qu'elle pût les charger au point du jour. L'infanterie et l'artillerie se mirent aussitôt en marche à la suite de Sa Majesté qui servait de guide (2), et elles arrivèrent, une heure après minuit, là où se trouvait arrêtée et établie la plus forte partie des troupes, et où elles se reposèrent, selon le temps et le lieu, chacun le mieux qu'il put, sans quitter son escadron le reste de la nuit.

L'empereur s'était porté en avant pour re-

(1) E comeoou a caminhar para 1er mâo, e soslcntar a escaramuça.

(2) Seguindo a Sua Magestade que servia de guia.

joindre son général, plus près des ennemis, mais quand parut le jour où il pensait poursuivre et accomplir ses desseins, une neige épaisse succéda au grand froid de la nuit précédente, et l'empereur, voyant que ses soldats, n'ayant avec eux que leurs armes, n'avaient rien qui pût les défendre ni de la faim, ni du froid (1), se détermina à rentrer au camp, d'où il était parti la veille; et ce ne fut pas à tort, parce que les protestants étaient établis de sorte que, eût-il fait le meilleur temps du monde, on ne pouvait rien tenter contre eux, avec quelque avantage.

L'empereur, étant revenu au camp, s'y arrêta peu, car il se mit aussitôt en route pour aller au devant des protestants et pour les empêcher de gagner quelque position commode et favorable (2); car, en ce moment, ils cherchaient un appui dans la force et dans la situation des lieux, et se trouvaient au milieu des montagnes et dans des terrains

(1) Vendo que os soldados nâo linham oulro reparo contra a fomes e o frio que suas armas.

(2) Que nâo lornassem para a terra boa e grossa.

âpres et difficiles. C'est ce qui porta les habitants de Nordlingen et d'autres villes et châteaux, où ils avaient laissé du monde, et qui se voyaient abandonnés et sans espérance de secours, à se soumettre à Sa Majesté. L'empereur, dont l'intention était plutôt de rompre et de désunir les protestants que de prendre vengeance desdits lieux (1), les reçut à composition et se mit en route du côté de Nordlingen.

Comme il a été dit, l'hiver était déjà fort rigoureux. Les soldats se trouvaient fatigués et épuisés, et la plupart ou presque tous étaient d'avis qu'il serait bon que l'empereur se contentât des résultats obtenus, mît ses troupes en garnison aux frontières et laissât reposer son armée. L'empereur l'eût fait volontiers, tant pour ménager les troupes, que pour ne pas suivre presque seul son opinion (2); mais il comprit quel inconvénient en pouvait résulter, et que l'on perdrait ainsi le fruit

(1) Cuja lencâô sendo mais accabar de romper e dividir a os protestantes, que toniar vingança dos dillos lugnres.

(2) Como por nâo seguir quasi soo sua opiniâo.

de tous les succès déjà obtenus, car les protestants étaient convenus entre eux qu'ils iraient avec toute leur armée prendre leurs quartiers dans la Franconie, où ils auraient pu se refaire d'argent, d'hommes et d'approvisionnements, afin de recommencer la lutte et avec plus d'obstination. Il se détermina donc bien contre son gré à suivre son opinion (1). Il faut ajouter à cela cette considération importante qu'il avait quelque motif d'espérer que, les deux armées continuant la route qu'elles suivaient, l'une toujours à la suite de l'autre, à une distance de quatre, cinq ou six lieues, il pouvait se présenter quelque occasion, en se rapprochant le plus possible des ennemis et en marchant toute une nuit, les nuits étant longues, de les attaquer au point du jour. Ainsi Sa Majesté se mit en route, en suivant la ligne droite (2), et par un bon pays, dans la direction de Dingelspuhel. Cette ville était aussi entrée dans la ligue, et

(1) Se determinou bem contra sua vonlade de seguir sua opiniâô.

(2) Como quem vai pela corda.

quoiqu'elle y eût librement persisté longtemps avant de rentrer dans le devoir, elle se soumit toutefois. L'empereur se dirigea ensuite sur Rotenburg, qui n'avait pas fait partie de la ligue, et qui envoya également des députés au devant de Sa Majesté. Les protestants marchaient à travers un pays de montagnes, faisant des détours et revenant sur leurs pas, de sorte qu'ils souffraient beaucoup plus de mal, de peine et d'embarras, que l'armée impériale. Pour montrer qu'ils faisaient quelque chose , ils attaquèrent en passant et prirent Gemundt, ville impériale qui était toujours restée fidèle et qui s'était maintenue dans l'ancienne religion : aussi plus tard l'empereur fît-il bien réparer le dommage qu'elle avait éprouvé, par ceuxlà mêmes qui en avaient été la cause.

Les protestants reconnurent que, par la route qu'avait prise l'empereur, ils se trouvaient trompés dans leurs desseins et obligés de se dissoudre ou de se séparer (1), puisque dans cette route l'armée de

(1) Ficavam fruslrados de seus intentos e conslrangidos a se romperou dividir.

l'empereur ne s'écartait pas de la direction indiquée plus haut. Us commencèrent à se disperser de jour en jour, de sorte qu'ils laissèrent en arrière une partie de leur artillerie et de leurs bagages et qu'en peu de temps toute leur armée se rompit et se défit. Il ne leur resta que peu de troupes avec Jean-Frédéric de Saxe, qui parvint par des pays boisés et montagneux à passer le Mein et se réfugia à Gotha , château-fort de ses États. Cependant l'empereur, pour mieux s'assurer de ce qui se passait, expédia de Rotenburg le comte de Buren avec le reste des gens qu'il avait amenés, et celui -ci ne rencontra plus les mêmes obstacles qu'à son arrivée. Déjà la cité impériale de Francfort avait annoncé qu'elle se soumettait à l'empereur, et après avoir reçu garnison, elle lui envoya des députés pour faire acte d'obéissance.

Cela ayant eu lieu, l'empereur voyant qu'il ne rencontrait plus de résistance, et qu'au contraire plusieurs des villes, qui lui avaient été hostiles, commençaient à traiter de leur soumission, s'arrêta quelques jours à Rotenburg, où il logea les sol-

dats à couvert et où il les laissa prendre quelque repos. Il y fut atteint de la goutte; mais dès qu'il se trouva un peu mieux, et que l'armée se fut refaite et reposée, il marcha vers la ville de Halle, en Souabe (qui était entrée dans la ligue, mais qui reconnut sa faute); il y eut une nouvelle attaque de goutte. Là l'Électeur vint le saluer, désolé de ne pas avoir fait mieux (1). Ceux d'Ulm revinrent aussi à l'obéissance en avouant leur faute, et on leur imposa une garnison.

L'empereur, étant un peu rétabli de la goutte, se mit en route pour Heilbron, ville qui avait aussi été de la ligue et qui avait agi comme la plupart des autres, et il envoya en avant son général dans l'État de Wurtemberg. Dès que celui-ci y fut entré, on vit en peu de jours presque toutes les places qui se trouvaient en pleine campagne se rendre à lui. Le duc de cet État chargea des députés d'entamer des • négociations, et après un échange de propositions et de répliques, un arrangement fut conclu, et le

(I) O Eleclor veo alli fazer a reverencia, bem pezaroso de o nâo 1er feito melhor.

duc fut reçu par l'empereur à qui il prêta obéissance. La goutte vint de nouveau tourmenter l'empereur à Heilbron; et elle dura si longtemps, que, même lorsqu'il partit pour aller à Ulm, où il arriva au commencement de Tannée 1847, il n'était pas encore bien portant. Comme, depuis l'attaque qu'il en avait ressentie h la Saint -François, il n'avait fait que retomber d'un accès dans un autre, ce qui peut compter pour sa treizième atteinte de goutte, il résolut, afin de s'en délivrer, de se mettre en traitement et à la diète. Sur ces entrefaites, les habitants d'Àugsbourg, reconnaissant aussi leur faute, se présentèrent à Sa Majesté, et lui rendirent obéissance. On leur imposa également une garnison. Autant en firent ensuite ceux de Strasbourg. Dans le même temps parvint aussi à Sa Majesté la nouvelle de la mort du roi d'Angleterre. 1547 Tandis que l'empereur était, comme il a été dit, à Ulm, où il attendait la saison convenable pour se mettre au régime et assurer sa guérison (1), chaque

(I) Esperando sazâô accomodada para se por cm regimenlo, e se curar para o efleifo e fim.

jour lui arrivaient nouvelles sur nouvelles que Jean- Frédéric de Saxe (qui, comme on Ta dit, n'avait conservé avec lui, de la grande armée des protestants, que peu de troupes, avec lesquelles il s'était retiré à Gotha), se renforçait et augmentait constamment le nombre de ses soldats. Non-seulement il voulait essayer de reconquérir ce que le roi des Romains et le duc Maurice lui avaient enlevé, mais de plus il travaillait et préparait tout pour s'emparer de leurs possessions, exciter et agiter leurs sujets, et enfin leur faire le plus de mal qu'il pourrait (1). Le roi des Romains et le duc Maurice en avertissaient tous les jours Sa Majesté, et il fut convenu qu'on enverrait de ce côté une partie de l'armée qui était restée à l'empereur, armée qui, par suite des fatigues qu'elle avait supportées, se trouvait considérablement diminuée; et ce qui contribua encore à l'affaiblir, c'est qu'il arriva précisément dans le même temps que le pape Paul (outre tous les mauvais offices qu'il avait déjà

(I) Trabaluava e procurava de lomar o seu délies, e concitar e allerar seus subdilos e em fi m de 1 lies fazero peor que podcsse.

rendus, comme on l'a raconté plus haut en partie, et qu'il rendit ensuite, en écrivant aux Suisses certaine chose qu'il pensait devoir être d'un grand préjudice à l'empereur) (1), chargea son nonce de prévenir Sa Majesté qu'il rappelait tous les soldats italiens, que jusqu'alors il avait payés. Quelles que fussent les instances de l'empereur pour qu'il ne le fit point et pour qu'il s'associât à l'honneur de la victoire (2), le pape ne voulut pas les écouter, et lesdits Italiens se retirèrent.

L'empereur se trouvait donc fort embarrassé (3) de voir d'un côté qu'il pouvait difficilement partager ses troupes, et de l'autre que sa sanlé réclamait un traitement (4), et il ne savait ce qu'il devait décider. Toutefois, voyant les succès de Jean-Frédéric et, plus tard, la défaite et la captivité du margrave

(1) Alem de lodos os officios que o Papa Paulo tinba feilos como era parte acima se contem, e despois fez escrevendo aos Suiços algûa cotisa, que cuidava ser de grande prejuizo.

(2) Por mais que o Emperador inslou que fal nâo fizesse e que quisesse 1er parle na honra da vicloria.

(3) Confuso.

(4) Que sua saûde pedia cura.

Albert de Brandebourg, qui avait été envoyé par l'empereur, avec quelques troupes à pied et à cheval, au secours du roi son frère et du duc Maurice; ayant en même temps appris la mort de la reine des Romains, sa belle-sœur, et considérant la douleur et l'affliction que le roi son mari en ressentait, il résolut (tant pour le consoler que pour l'assister) (1), d'ajourner le traitement et la diète qu'exigeait sa convalescence. Il jugea donc qu'il fallait laisser à Augsbourg, à Ulm et à Francfort, les garnisons qu'il y avait placées, etpartit aussitôt avec le reste de son armée; et comme non-seulement il ne convenait pas de la partager, mais qu'au contraire il était nécessaire de l'accroître , il leva un nouveau régiment d'Allemands. Cela fait, il quitta Ulm, et, en arrivant à Nordlingen, il s'y trouva si mal de diverses indispositions qui lui survinrent, à la suite des fatigues qu'il avait éprouvées, qu'il fut contraint d'y rester plusieurs jours. Cependant, voyant l'inconvénient qui pouvait résulter

(1) Assi polo consolar em hum caso, como polo adjudar em

oulro.

d'un trop long retard, il se mit en route, bien que malade, en litière et comme il le put (1), et continua jusqu'à Nuremberg, où il fut reçu comme dans une ville qui n'avait point pris part à la ligue et qui ne lui avait jamais été hostile. Là, il eut une rechute, de sorte qu'il fut forcé de s'y arrêter plus qu'il ne l'eût voulu. Néanmoins, il fit un tel effort (2), que tantôt en litière, ainsi qu'il a été dit, tantôt d'autre manière, il atteignit Egra. Pendant ce trajet, il rencontra le roi son frère et le duc Maurice, et le fils de l'électeur de Brandebourg. Celui-ci, écoutant l'affection que sa maison avait toujours montrée pour celle d'Autriche, et laissant en suspens toutes les questions d'opinions (3), était convenu avec ledit roi des Romains de lui fournir des troupes et de l'assister dans cette guerre qui, comme on l'a dit, n'était pas engagée seulement avec le duc Jean-Frédéric, mais qui avait aussi troublé à tel point les populations

(1) Em liteira e corne pode.

(2) Contudo se esforçou e fez tanto.

(3) Segundo a afleiçâo que sua casa tivera sempre a de Austria, deixando lodas as opinioés suspensas.

de la Bohême, qu'elles voulaient s'en mêler plus que de raison (1).

Tandis que Leurs Majestés se trouvaient à Egra, elles reçurent la nouvelle de la mort du roi de France. Elles réglèrent leurs affaires de telle manière que, peu de jours après, elles partirent avec tous leurs gens de guerre. L'empereur avait d'abord donné au duc d'Albe, son général, et aux autres capitaines, Tordre d'écarter certains obstacles qui pouvaient gêner la marche : ils firent si bien leur devoir qu'ils soumirent tous les lieux et places du parti contraire, qui se trouvèrent sur leur passage, et les garnisons qui les occupaient furent mises en déroute et perdirent leurs enseignes. Leurs Majestés partirent le jour suivant , de telle sorte que, après neuf jours, elles arrivèrent à une maison du duc Maurice, nommée Somhof. Dès qu'elles y furent, le duc Maurice et le duc d'Albe allèrent reconnaître le bas du fleuve pour voir ce qu'il y avait lieu de faire. A leur retour, après

(1) Mas tambem elle tinlia de lai modo concitado aos de Boemia que se quiseram nieller mais nella do que lues eslava bem.

quelques rumeurs et quelques fausses alarmes, elles acquirent la certitude que le duc Jean-Frédéric avait son camp à Meissen , sur l'autre rive de l'Elbe, à trois grandes lieues de l'endroit dont on a parlé plus haut, où logeaient Leurs Majestés. Comme les soldats avaient marché tous ces neuf jours à peu près sans s'arrêter, il sembla bon à l'empereur qu'ils se reposassent le lendemain de leur arrivée, car la nécessité pouvait se présenter (et c'est ce qui eut lieu), d'engager quelque bonne affaire (1). Pendant ce jour de repos donné à l'armée, l'empereur, pour ne pas demeurer oisif , et afin d'avoir des nouvelles des ennemis, envoya des reconnaissances de deux côtés. Les uns allèrent droit à Meissen, où ils n'aperçurent plus le camp des ennemis, parce que, comme ils s'en assurèrent, ceux-ci avaient décampé à minuit. Cette ville se soumit, mais lesdits éclaireurs trouvèrent le pont rompu et brûlé. Les autres qui avaient remonté la rivière (2) , découvrirent

(1) De fazeralgum boni négocie

(2) Os que foram coulra a correnle do rio.

Tannée des ennemis qui élait en marche sur l'autre rive ; et vers les trois heures après-midi , ils virent l'avant-garde s'établir dans un lieu, situé aussi sur la rive gauche de l'Elbe, nommé Muhlberg, à trois lieues du camp de Leurs Majestés; et ils jugèrent, d'après les bagages qu'elle conduisait avec elle, que l'arrière-garde ne pourrait prendre ses quartiers, que vers minuit. Ces divers avis arrivèrent presque à la fois, vers les cinq heurès du soir, à l'empereur, et Dieu sait combien il se repentit de s'être arrêté ce jour-là, parce qu'il lui semblait que le lendemain il serait trop tard pour atteindre les ennemis; mais Dieu y pourvut par sa bonté (1).

L'empereur considéra que l'armée des protestants avait marché près de vingt-quatre heures , et qu'il leur était impossible de déloger aussitôt et de faire une longue journée; il avait aussi été instruit, le jour même qu'il arriva à Somhof, qu'il y avait un

(1) Deus sabe se se arrependeo bem de se ter detido aquelle dia, por que Ihe parecia, que nâo liaveria tempo ao outro dia para poder alcançar aos enemigos, o que todavia Deus por sua bonlade remediou.

ou deux gués près ou vis-à-vis de Muhlberg, où l'on passait parfois le fleuve, quoiqu'il fût large et profond. Il appela donc sans retard le roi son frère et le duc Maurice, auxquels il communiqua, en même temps qu'à son général, ce qu'il pensait et voulait faire (1). Bien qu'il rencontrât de l'opposition chez quelques-uns , surtout parce que Ton croyait certain qu'il n'y avait pas de gué, son avis fut toutefois approuvé par d'autres, et il le maintint. Afin de balancer et de réparer la faute qu'il croyait avoir commise en ne se mettant pas en route ce jour-là-, il voulait partir, sans hésiter, à l'heure même avec toute son armée, laissant en arrière les hommes inutiles et les bagages ; mais en cela il trouva des contradicteurs (2), parce que, l'emplacement du camp étant entouré d'un ruisseau et d'une issue fort difficile, on n'aurait pu, comme il faisait déjà nuit, éviter à la sortie du camp beaucoup de confusion et de désordre. L'empereur se conformant à cette opinion, et voyant

(1) O que tinha no pensamenlo e vontade de fazer.

(2) Mas foi 1 he isto con trariado .

qu'elle était raisonnable, résolut de remettre le départ au matin. Et afin de ne manquer de rien dont il pût avoir besoin, il ordonna à son général de tirer du camp quelques pièces d'artillerie légère, et tous les chariots chargés débarques et de ponts. En effet, si l'un des gués lui faisait faute, il voulait s'aider d'un pont de bateaux afin de faire passer promptement l'infanterie nécessaire pour soutenir et appuyer la cavalerie, qui aurait franchi l'autre gué; et si cela ne se pouvait pas, il voulait du moins essayer (en traversant la rivière ou de toute autre manière) tous les moyens de faire le plus de dommage et le plus de mal possible aux protestants.

Cette résolution prise, et tout ce qui devait se faire cette nuit ayant été exécuté, l'empereur se coucha jusqu'à minuit. Alors il se leva, et aussitôt il fit donner le signal du boute-selle (1), afin que tout fût en ordre pour partir aux premières lueurs de l'aube. Avant qu'il fit jour , il envoya en avant le duc d'Albe, avec quelques chevau-légers, et des

(1) £ logo fez dar sinal a cellare.

arquebusiers à cheval pour reconnaître la disposition et l'état des ennemis. L'empereur, après avoir entendu la messe avec le roi son frère et le duc Maurice, le suivit avec l'avant-garde, et ayant mis en mouvement toute son armée ou la plus grande partie, ainsi qu'il convenait, il s'avança dès que parut l'aurore (qui en cette saison commence à poindre à trois heures du matin), et alla, vers huit heures, s'établir avec toute son armée, vis-à-vis du camp des ennemis.

Toute cette matinée il y eut un fort brouillard qui fut un grand obstacle à la marche, et l'empereur fut vivement contrarié de voir l'embarras et l'ennui que dans ces circonstances lui donnait le brouillard. Il durait encore lorsqu'on arriva vis-àvis du camp des ennemis, de sorte qu'on ne pouvait rien découvrir. Cependant l'empereur remit le tout aux mains de Dieu, afin que, soit qu'il voulût le conserver, soit qu'il voulût l'anéantir, sa volonté fût faite (1), et Dieu daigna, dans sa miséricorde,

(I) Conludo pondo o Emperador tudo nas mâos de Deus para que se os quisesse conservai* ou arruinar, sua vonlade fosse feita.

répandre tout à coup une si grande clarté que Ton vit que la supposition que Sa Majesté avait faite le jour précédent s'était réalisée, car non-seulement les ennemis n'étaient pas partis et ne faisaient pas mine de s'éloigner, mais ils ne savaient rien de l'arrivée de Leurs Majestés avec une armée ; et de plus le brouillard, qui avait contrarié la marche de Leurs Majestés, leur fut favorable en empêchant les ennemis de découvrir jusqu'à ce moment l'armée impériale, qui, malgré le brouillard, avait marché en si bon ordre que chacun gardait le rang qui lui avait été assigné.

Leurs Majestés et le duc Maurice se portèrent en avant pour examiner de plus près les ressources et la disposition des lieux. Le général de l'empereur vint lui rendre compte de ce qu'il avait vu, continuant toutefois à conserver ses doutes sur l'existence d'un gué. En conséquence, Leurs Majestés se dirigèrent vers un petit village voisin, pour trouver quelqu'un qui les renseignât sur ce gué, et elles réussirent si bien qu'elles rencontrèrent un jeune campagnard sur une ânesse, qui l'avait franchi la

nuit précédente et qui s'offrit h le montrer. Leurs Majestés l'envoyèrent au général ; et tandis que Leurs Majestés et le duc Maurice mangeaient une bouchée (1), elles firent marcher en avant un bon nombre d'arquebusiers qui devaient, dès que le brouillard tomberait, commencer la féte (2).

En ce moment le brouillard se dissipa et les ennemis découvrirent ce que jusqu'alors ils n'avaient pas vu ; car ils s'étaient figuré que la troupe qui était arrivée au bord du fleuve n'était pas plus nombreuse que celle qu'ils avaient aperçue la veille, et ils n'en avaient pas tenu compte. Mais dès qu'ils reconnurent ce à quoi ils ne s'attendaient pas, ils changèrent aussitôt d'avis, et commencèrent à plier leurs tentes et leurs pavillons, à monter à cheval et à se mettre en ordre de marche. En outre, ils firent descendre le fleuve à leurs équipages de pont, dans la direction de Torgau et de Wittenberg, villes qui appartenaient à Jean-Frédéric de Saxe, croyant les sauver de celte manière.

(1) Temiam hum bocado.

(2) Paraque, (anto que a nevoa caisse , começassem a festa.

Leurs Majestés avaient déjà quitté le village où elles avaient déjeûné, afin de donner les ordres nécessaires. On commanda à quelques Hongrois et à quelques chevau-légers et arquebusiers à cheval de courir jusque vis-à-vis de Torgau, et quand ils y arrivèrent, il s'y engagea une escarmouche dans laquelle ceux de Torgau leur envoyèrent quelques volées d'artillerie. Pendant leur marche, Leurs Majestés reçurent des nouvelles de ce qui vient d'être dit, et des mesures que Ton avait prises pour sauver les barques. L'empereur manda alors à son général de faire avancer les arquebusiers mentionnés ci-dessus, que Sa Majesté rencontra : ils revinrent aussitôt vers le fleuve, et beaucoup y entrèrent et engagèrent le feu. Les ennemis, quelle que fût la résistance qu'ils leur opposassent avec leurs arquebusiers et leur artillerie, furent contraints d'abandonner leurs ponts, et quelques arquebusiers espagnols, qui s'étaient lancés à la nage portant l'épée entre les dents , les ramenèrent au rivage où se trouvaient Leurs Majestés. Sur ces entrefaites, une partie de l'armée ennemie commença à s'éloigner un peu du

fleuve; et par suite le jeune homme, dont on a parlé plus haut, eut le temps de montrer le gué. L'empereur ordonna aussitôt aux Hongrois, à quelques cbevau-légers et à quelques arquebusiers à cheval de tenter le passage : ce qu'ils firent bravement. Enfin, après une double décharge de part et d'autre, les ennemis trouvèrent bon de s'éloigner du fleuve, et l'on peut bien compter (ceci est hors de doute), que ce fut leur sixième faute (1). Car à coup sûr, s'ils avaient voulu garder et défendre le fleuve, on n'aurait pu ce jour-là reconnaître le gué, ni les déloger, et ils auraient eu la nuit pour se mettre en sûreté. Ils doivent savoir ce qui les a portés à prendre ce parti (2).

Les ennemis, ayant abandonné le fleuve à l'empereur, on lui adressa de grandes instances pour qu'il fît passer la cavalerie afin de poursuivre les ennemis. Mais considérant que c'était par sa détermination et son avis que l'armée avait été conduite

(1) Esta se pode bem conlar, e sem du vida ter pola sua sexta falta e erro.

(2) Elles devem saber o que os moveo a fazer islo.

là, il répondit qu'il n'avait pas agi ainsi pour recevoir un affront, mais que bien mieux, avec la grâce de Dieu, il entendait obtenir l'honneur de la victoire (1). Il tint ce langage parce que les ennemis étaient aussi forts que lui en cavalerie, et que de plus ils avaient cinq à six mille fantassins avec de l'artillerie, ce que Sa Majesté ne pouvait avoir aussi promptement, parce qu'on avait besoin d'un peu de temps pour jeter le pont, qui était trop court pour un fleuve aussi large ; mais, néanmoins, on parvint, en s'aidant des pièces de bois enlevées aux ennemis, à construire le pont ; et tandis qu'on l'établissait, l'empereur envoya un des principaux personnages de l'armée (2) sur l'autre rive, avec Tordre exprès de l'avertir dès qu'il verrait les ennemis à la distance d'une petite lieue du fleuve. Car il avait la conviction (en tenant compte de l'obstacle que les Hongrois et les chevau-légers apportaient à leur

(1) Mas considerando que por sua determinaçâô e parecer linha la levado o exercilo, respondeo que nâo fizera islo para receber affronta, antes enlendia corn o favor de Deus alcançar a honra da Victoria.

(2) Algûa pessoa principal.

marche), que cette distance n'était pas si forte que, après avoir effectué le passage, on ne pût les atteindre. Si, au contraire, ils voulaient se retourner contre l'empereur, le pont était déjà tellement avancé, et l'on avait fait telle diligence, que Ton avait de l'infanterie et de l'artillerie pour soutenir le combat.

Quand l'empereur reçut l'avis qu'il attendait, il fit aussitôt marcher en avant tous les Hongrois et les chevau-légers, et de plus toute l'avant-garde, avec laquelle se trouvait le duc Maurice, et que commandait le duc d'Albe. Leurs Majestés, ayant laissé des troupes suffisantes à la garde du camp, les suivirent aussitôt avec le corps d'armée, et elles firent si bonne diligence qu'après trois lieues d'Allemagne, elles les atteignirent. Bien que plusieurs fissent difficulté d'attaquer seulement avec de la cavalerie, sans infanterie et sans artillerie, parce que les ennemis étaient bien fortifiés, et en position près d'un étang, l'empereur considéra néanmoins qu'il était déjà tard, et qu'il était impossible, d'après le chemin qu'on avait fait, que l'infanterie et l'artillerie

eussent pu suivre, fl considéra aussi qu'il importait de mettre fin à cette guerre, et que, si les ennemis échappaient celte fois, il pourrait arriver qu'elle se prolongeât plus qu'il ne convenait. Il reconnut de plus, chez les ennemis, une certaine frayeur (1), et il vit à leurs mouvements qu'ils étaient comme étonnés et stupéfaits (2); il résolut donc de faire ce qui était à faire avec la cavalerie qu'il avait avec lui. En conséquence, il ordonna à son général de marcher en avant et de reconnaître la disposition et l'attitude des ennemis. Celui-ci les trouva telles qu'à l'entrée d'un bois (où leurs gens de pied s'étaient arrêtés en bon ordre, avec quelque artillerie) il chargea avec le duc Maurice et l'avantgarde, leurs cavaliers qui furent rompus et portèrent le désordre dans l'infanterie , et ceux qui échappèrent prirent la fuite. Comme, à cause de l'étang, Leurs Majestés n'avaient pu, avec le corps d'armée, garder l'ordre qu'elles avaient observé en rase campagne , elles furent contraintes de suivre

(1) Cerlo pavor.

(2) Como altonitos e pasmados.

l'avant -garde , ce qu'elles firent pour maintenir l'ordre accoutumé, et pour servir de renfort et d'appui si cela était nécessaire. Les ennemis furent poursuivis pendant une bonne lieue d'Allemagne; et quand Leurs Majestés s'arrêtèrent, elles apprirent que le duc Jean -Frédéric avait été fait prisonnier. Le duc d'Àlbe étant revenu de la poursuite (elle dura toute la nuit et une partie du lendemain) , l'empereur le chargea de chercher Jean- Frédéric , et le duc d'Albe le lui amena et le lui présenta. L'empereur le confia à la garde vigilante dudit duc, et on l'entoura d'un nombre de soldats suffisant pour l'emmener en toute sécurité. Le duc Ernest de Brunswick fut aussi conduit prisonnier à Sa Majesté, et remis à la même garde. Ces ordres ayant été donnés, Leurs Majestés, avec les troupes qu'elles purent rassembler et qui revenaient de la poursuite, se mirent en route pour rentrer au camp, qui était de l'autre côté du fleuve, et en chemin elles rencontrèrent les gens de pied et l'artillerie légère, qui les avaient suivies aussi rapidement que c'était possible. On leur confia les chariots et les bagages

qui étaient restés en route, et après avoir marché encore pendant trois fortes lieues d'Allemagne, on franchit le pont, et on arriva au camp vers minuit. Ceci se passa le 24 avril.

Leurs Majestés s'arrêtèrent dans le camp pendant deux jours. Le troisième, elles partirent pour Torgau, qui ouvrit aussitôt ses portes à l'empereur. Pendant la route, on lui présenta toutes les bannières et tous les étendards qui avaient été pris le jour de la bataille. Leurs Majestés, continuant leur marche, assirent leur camp en face de Wittenberg, où leur parvint la nouvelle de la défaite qu'avait essuyée, près de Brème, le duc Henri de Brunswick. Le siège de Wittenberg se fît comme cela a lieu d'ordinaire. L'électeur margrave de Brandebourg se rendit près de l'empereur, et l'on commença, tarit de la part de Jean-Frédéric de Saxe, que de celle de sa femme et de ses enfants, qui étaient dans • la ville, à négocier et à traiter d'un arrangement;

et ces pourparlers continuèrent de telle sorte que la ville capitula. D'autres places lui furent aussi remises, et d'autres furent démolies, le tout suivant

IS

ce qui avait été convenu; et, d'après les mêmes conventions, ledit duc continua à rester gardé à la cour de Sa Majesté, qui donna le titre d'électeur et les places qui lui appartenaient, au duc Maurice pour les bons services qu'il lui avait rendus et pour la bonne volonté et l'affection qu'il lui portait et lui témoignait (1). L'empereur fit mettre en liberté le marquis Albert de Brandebourg et le duc Henri de Brunswick, et d'autres qui avaient été faits prisonniers précédemment.

Le roi des Romains et le duc Maurice électeur, avec les troupes qu'ils avaient amenées, quittèrent Wittenberg deux jours avant le départ de l'empereur : le roi, pour apaiser les troubles de la Bohême, et le duc, pour consolider ses affaires, suivant ce qui venait d'être résolu d'un commun accord (2).

L'empereur, considérant qu'il y avait longtemps qu'il soutenait ces deux guerres, et qu'il n'y avait enfin plus de chef important qui pût s'élever contre «

(1) Polos bons servi ço s, que Ihe fizera e boa von lad e e affeicam, que Ibe tinha e moslrava.

(2) Por segurar suas cousas conforme ao que entre lodos eslava concertado.

lui (1), se détermina à licencier ses troupes, et voulut terminer ce qui lui restait à faire par la voie de douceur (2), et par une conférence générale des députés de l'empire (3). Il résolut la convocation d'une diète, et à cet effet il partit pour Halle en Saxe, qui le reçut avec une complète obéissance. Pendant ce voyage, arriva une ambassade des habitauts de la Bohême, qui demanda à l'empereur, aussi bien qu'au roi son frère, les troupes et les forces nécessaires pour pacifier ce royaume : ce que le roi exécuta plus tard.

Avant le départ de l'empereur, de Wittenberg, certaines conditions, je veux dire, certaines offres de réconciliation et d'amende honorable (4), avaient été mises en avant par les électeurs de Saxe et de Brandebourg au nom du landgrave de Hesse; mais l'empereur les rejeta parce qu'elles étaient trop

(1) Que em Gin nâo havia cnbeça algûa principal, que se podesse levanlar conlra elle.

(2) Per via de brandura.

(3) Per gérai communicaçâô do Imperio.

(4) Algûs parlidos, rtigo offerecimcnlos de reconeiliacâô e arrependimento.

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générales, et qu elles présentaient peu d'importance et de garantie (1). On lui soumit alors un autre écrit qui, après avoir été approuvé par les mêmes électeurs et par le landgrave, fut examiné par l'empereur, qui l'accepta pour contenter tout le monde (2). Ces dispositions ayant été ratifiées par tous, le landgrave de Hesse vint se présenter à Sa Majesté dans la ville de Halle, où il reconnut sa faute et fît acte d'obéissance, comme il le devait. (3) L'empereur ordonna à son général de le tenir en sa garde, ce qui, d'après ledit écrit, pouvait et devait être fait (4) ; et bien qu'alors et depuis, ledit landgrave et les électeurs aient prétendu que l'empereur agit autrement, en donnant à l'écrit une interprétation conforme à ses défi) Por serem muito geraes, e de pouca importancia e segurauça.

(â) E bem vislo e considerado de Sua Magestade polos con- (enîar a (odos o quis acceilar.

(3) E seguindo a disposiçâô délie sendo per (odos ratificado, o ditto Lantsgrave se veo appresenlar na il i lia cidade de Alla a Sua Mageslade, onde despois deconhecer sua culpa, e dar a obediencia que dévia.

(4) Que conforme ao dillo papel se dévia e podia fazer.

sirs (1), on ne peut nier toutefois que l'empereur n'ait pu faire ce qu'il fit, et que ce qu'il fit ne fût conforme à la convention (2).

Un grand nombre de princes et de villes du Nord, qui avaient adhéré à la ligue de Smalcalde et qui avaient contribué auxdites guerres, reconnaissant leur erreur, revinrent à l'obéissance de l'empereur; et les autres villes, qui n'étaient pas entrées dans la ligue et n'avaient pas contribué aux guerres, envoyèrent des députés pour faire acte de l'obéissance due et accoutumée, ainsi que de soumission (3).

Comme on le voit fréquemment chez les soldats, qui, dès qu'ils sont oisifs, sentent le besoin de faire quelque chose, il arriva que, l'empereur ne pouvant plus les occuper (4), ils se mutinèrent entre eux, na-

(1) Inlerpretando o escrilto conforme a seus desejos.

(2) Conludo nâo se pode negar que o emperador pode fazer o que fez, e que o que fez foi conforme ao papel.

(3) Para (lie fazer e dar a dévida e costumada obediencia, e reconhecimento.

(4) Como lie cousa ordinaria entre os soldados, que quando cslâo ociosos, buscam eai que se empregar, nâo lendo o emperador cousa em que os occupar.

tion contre nation, et il surgit des différends qui ne furent pas faciles à calmer. Néanmoins, l'empereur régla tout et établit un si bon ordre que, ayant trouvé le temps et le moyen de les séparer, il leur assigna divers logements, si bien que toutes les difficultés et toutes les causes de trouble disparurent. Cela fait, l'empereur prit le chemin de Nuremberg, et, conformément à l'intention, dont il a été parlé plus haut, il convoqua une diète à Àugsbourg.

Après ces deux grandes victoires que Dieu, dans son immense bonté, daigna accorder à l'empereur (1 ), il reçut de divers pays un grand nombre d'ambassades, et quelques-uns lui firent offrir des félicitations qui étaient bien à contre-cœur (2). En effet, les pratiques que l'on découvrit alors, auparavant et depuis, l'agitation qui se manifesta à Naples, l'entreprise du comte de Fiesque, à Gênes, les mouvements isolés, excités peut-être par des

(1) Estas duas tâo grandes viclorias alcançadas, que Deus foi servido por sua immensa bondade de dar ao emperador.

(2) Aigus Ihe mandarom dar os parabems, que eslavam beni pezarosos.

instigations étrangères, qui éclatèrent à Sienne, et d'autres événements dont on a déjà fait mention, donnent assez à juger le projet et la volonté que l'on avait de troubler et de contrarier l'accomplissement d'une si bonne œuvre, en même temps que la marche des affaires de l'empereur (1).

Il y eut telles personnes qui s'abstinrent de prendre une plus grande part aux événements, désespérant dune bonne réussite, mais plus tard elles en eurent un tel regret que, en cherchant un remède, elles détruisirent ce qu'elles avaient fait et établi, et les choses changèrent à ce point qu'elles furent obligées de modifier leurs desseins et de dissimuler leurs volontés. Si ces personnes ne sont pas telles qu'elles doivent être, Dieu veuille y porter

(1) Porque pelas pratticas , que naquelle tempo, hum pouco antes e despois, se descobriram, assi da inquielaçâo que ouve em Napoles, como da quella que o conde de Fiesco fez em Genova, e doutras paxoes particulares, que por ventura per instigaçâô d'aigus se moveram entre os de Sena, et ouïras de que se tem feito mençâô, se pode bem julgar a tençâô e vontade, que havia de perturbar e impedir lâo boa obra, e as cousas do Emperador.

remède, comme il la fait par le passé, en réglant Jes choses de manière que leurs désirs ne s'accomplissent pas (i).

Tout cela étant fait, l'empereur partit de Nuremberg, où il gagna la jaunisse. Il en était presque guéri quand, ayant continué sa route jusqu'à Augsbourg, il eut une rechute, et il en fut tellement accablé qu'il en souffrit encore longtemps après son arrivée. Avant d'être en parfaite convalescence, il fît sa proposition à la diète pour que l'on traitât du remède à apporter aux affaires qui y étaient indiquées et qui tendaient toutes au service de Dieu, au bien, à la tranquillité, à l'union de l'Allemagne et à sa défense contre ceux qui voudraient l'attaquer (2). La diète était commencée

(1) Taes pode ser deixaram de se métier mais nestes negocios, desconflando do bono successo délies, dos quaes îespois o arrependimento foi tal, que querendo remediar, perderam o que linbam feilo e posto da sua parte, e as cousas se Irocaram de maneira que elles foram forçados a mudar seus desenhos e dissimular suas vontades. Se ellas nào sâo quaes derem ser, Deus o queira remediar, como fez o passado, ordenando as cousas de maneira, que seus desejos nâo lèvera m effeilo.

(â) Para que se traitasse do remedio das cousas nella conleu-

quand y vint le roi des Romains, qui avait achevé de réduire la Bohême à son obéissance. Plus tard arriva, dans la même ville d'Àugsbourg, la reine douairière de Hongrie, pour diverses affaires qu'elle devait y éclaircir. En ce temps, après la jaunisse, l'empereur eut la goutte; et bien qu'elle ne fût pas aussi générale que les précédentes, elle se fit sentir, à plusieurs reprises et en plusieurs lieux, de sorte qu'elle dura jusqu'au printemps de l'an 1848. L'empereur l'avait pour la quatorzième fois; et, au printemps, pour hâter sa convalescence, il prit de la tisane de bois de Chine.

Durant la diète impériale d'Augsbourg, il y eut quelques pratiques toutes hostiles , tendant à empêcher les bons résultats, dont on a parlé plus haut (1). Dans la même diète aussi, l'empereur fit tant que les États de l'empire se soumirent au concile qu'il avait toujours réclamé, comme on l'a

(1rs, as quaes todas eram encaminhadas ao serviço de Deus, bem, Iranquillidade, e unidd da Germania, e defensâô contra os que a quisesscm offender.

(l)Durandoa ditfa diela impérial, ouve alguas prallicas todas contrarias e para impedir o boni effeito do que acima se trattou.

vu plus haut, depuis 1529 (1). Mais au moment où ce concile, convoqué à Trente, était appelé à exercer le plus d'influence, le pape Paul, par un motu proprio, voulut le transférer à Bologne et l'évoquer à lui, Dieu sait dans quelle intention (2). L'empereur, voyant les grands maux qui pouvaient en résulter, s'y opposa , et y mit sans cesse empêchement, en insistant tellement que ledit concile est resté à Trente (3).

L'empereur était guéri de la jaunisse, et un jour qu'il se trouvait à la chasse pour se fortifier, il reçut certaines nouvelles de Plaisance, qui lui apprirent que, par suite de la rigueur du duc Pierre-Louis, fils dudit pape Paul, et des mauvais traitements qu'il faisait éprouver aux habitants,

(1) Tambem o concilio, que , como dillo lie, desde o anno 29 o emperador linha sempre procurado, e tanlo feilo, que pelos estados do lmperio na dilta dietta se acceilou.

(2) No mesmo tempo, quando se havia de dar maior calor, o Papa Paulo de seu motu proprio lentou de o transfert r a Bolonha, e avocar a si : corn que tençâô islo fosse, Deus o sabe.

(3) Vendo o emperador o grande mal, que dislo poderia resullar, o contradisse, e impedio sempre, e de lal modo persistio, que o ditlo concilio esta em Trenlo.

ceux-ci s'étaient soulevés contre lui, et que s'élant rendus maîtres de la ville, ils offraient de la remettre à celui qui leur ferait les meilleures conditions. Le gouverneur de l'Étal de Milan, en ayant été itiformé, accepta, au nom de Sa Majesté et avant que personne pût entrer dans le duché de Plaisance, les propositions qu'on lui adressa. L'empereur, par les motifs mentionnés, et aussi pour conserver et garder le droit de l'empire (1), ratifia et confirma ce traité.

1548 Malgré tout ceci, et en dépit des pratiques dont il a été parlé plus haut, on prit dans la diète d'Àugsbourg les mesures convenables pour atteindre le but de sa réunion ; et, en ce qui touche la religion, on adopta un règlement qui devait être observé jusqu'à ce que le concile eût prononcé à Trente (2). Dans le même temps, les soldats allemands,

(1) Polas causas dittas, e ïambe m por conservar e guardar o direilo do Imperio.

(3) Nâo obslanle ludo islo e as prallicas dan tes ditlas, se tratlou na dilla diella o que convinlia para o effeito e fi m polo quai .se ajuntara, e quanto a religiâo, hum modo de viver atee que o concilio se célébrasse em Trento.

qui composaient la garde de l'empereur, se mutinèrent. Cela produisit plus de scandale que de danger (1), car, en s'enquérant de la cause de la mutinerie, on reconnut qu'il fallait l'attribuer plutôt à l'intérêt de. quelques personnes isolées qu'à la mauvaise volonté des soldats.

La diète prit donc toutes les résolutions qu'elle pouvait prendre (2), et comme elle siégeait depuis longtemps, l'empereur lui adressa, de l'avis du roi son frère et desdits États, une bonne proposition (3); puis la diète s'acheva et chacun retourna chez soi.

Avant le départ du roi, frère de l'empereur, on régla entre Leurs Majestés le mariage de la fille aînée de l'empereur avec le fils aîné du roi son frère, qui se nomme 5 présent le roi de Bohême ; et comme l'empereur nourrissait l'intention et le désir de faire chercher le prince d'Espagne son fils, pour qu'il vît ses pays et fût connu de ses

(1) Que foi causa de maior scandalo que de perigo.

(2) E lendo se concluido nella o quo enlâo se pode concluir.

(3) Hùa boa pratlica.

vassaux (1), il pria le roi son frère et le roi son gendre de vouloir bien que sondit gendre allât se marier en Espagne, et qu'il y demeurât au nom de l'empereur, en l'absence du prince son fils, pour gouverner ces royaumes : à quoi ils consentirent. Aussitôt ledit roi de Bohême partit d'Augsbourg et traversant l'Italie, il s'embarqua à Gênes, puis aborda à Barcelone, et se rendit par la poste à Valladolid, où les noces furent célébrées. Le roi des Romains se mit aussi en route peu après pour veiller à ses intérêts; et l'empereur demeura encore quelques jours pour achever de régler ce qui restait à faire.

Toutes ces choses étant terminées, l'empereur partit d'Augsbourg, après avoir laissé deux mille Espagnols en garnison dans trois places fortes du Wurtemberg, et après avoir retiré les troupes qui avaient été envoyées à Augsbourg. Ayant ainsi pourvu au bien et à Tordre de la chose publique (2), il prit la route d'Ulm, d'où il retira aussi

(1) Para ver aquelles terras e ser conliecido de seus vassallos.

(2) Deixando a republica betn provida e ordenada.

la garnison, pour en emmener une partie avec lui, puis il se dirigea par Spire et par le Rhin vers Cologne. C'était la neuvième fois qu'il faisait cette route, et la huitième qu'il retournait aux Pays-Bas.

L'empereur trouva la reine sa sœur à Louvain, puis il se rendit à Bruxelles, pour s'occuper de ses affaires aussi bien que de celles de ses États des Pays-Bas.

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