‹ Commentaires sur CorneilleChapitre 102 sur 574 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

Ver5 45. Ma gloire et mon amour peuvent bien peu sur moi, S'il faut votre présence à soutenir ma foi.

Une présence à soutenir la foi n'est pas français. On dit il faut soutenir, et non à soutenir'^.

Vers 49. Attale, qu'en otage ont nourri les Romains,

Ou plutôt qu'en esclave ont façonné leurs mains, Sans lui rien mettre au cœur qu'une crainte servile, Qui tremble à voir une aigle et respecte un édile.

La crainte qui tremble paraît une expression faible et négligée, un pléonasme. Ce yers est très-beau, qui tremble à voir une aigle et respecte un édile.

Vers 56. Et si Rome une fois contre nous s'intéresse.

On se ligue, on entreprend, on agit, on conspire contre ; mais on s'intéresse j9oi(r. On peut dire : Rome est intéressée clans un traité contre nous. Contre tombe alors sur le traité. Cependant je crois qu'on peut dire, en vers, s'intéresse contre nous : c'est une espèce d'ellipse.

Vers 63 La reine d'Arménie

Est due à l'héritier du roi de Bithynie,

Et ne prendra jamais un cœur assez abject

Pour se laisser réduire à l'hymen d'un sujet.

Cette expression de prendre un cœur, pour signifier prendre des sentiments, n'est guère permise que quand on dit prendre un cœur nouveau, ou bien reprendre cœur, reprendre courage.

Vers 73. Et saura vous garder même fidélité

Qu'elle a gardée aux droits de l'hospitalité.

Même fidélité qu'elle a gardée est un solécisme ; il faut la même fidélité, ou cette fidélité.

Vers 77. Seigneur, votre retour, loin de rompre ses coups, Vous expose vous-même, et m'expose après vous.

On ne rompt pas plus des coups que des spectacles.

Vers 79. Comme il est fait sans ordre, il passera pour crime. Faire un retour est un barbarisme.

l. // faut votre présence pour soutenir, et non à soutenir. Voilà ce qu'a voulu dire Voltaire. (G. A.)

Vers 83. Si j'ai besoin de vous de peur qu'on me contraigne, J'ai besoin que le roi, qu'elle-même vous craigne.

Il faudrait, pour que la phrase fût exacte, la négation ne: au on ne me contraigne. En général, voici la règle. Quand les Latins emploient le ne, nous l'employons aussi. Vereor ne cadat, je crains qu'il ne tombe; mais quand les Latins se servent dhit, utrum, nous supprimons ce ne. Dublto utnim eas, je doute que vous alliez ; opta ut vivas, je souhaite que vous viviez. Quand je doute est accompagné d'une négation : je ne doute pas, on la redouble pour exprimer la chose : Je ne doute pas que vous ne l'ai niiez. La suppression du ne dans le cas où il est d'usage est une licence qui n'est permise que quand la force de l'expression la fait pardonner.

Vers 88. S'ils vous tiennent ici, tout est pour eux sans crainte

n'est pas français, et n'a de sens en aucune langue. Il veut dire :

tout est sîir pour eux ; ils n'ont rien à craindre; ils sont maîtres de tout; ils peuvent tout; tout les rassui^e.

Vers 89. Et ne vous flattez point, ni sur votre grand cœur. Ni sur l'éclat d'un nom cent et cent fois vainqueur.

Un nom n'est pas vainqueur, à moins qu'on n'exprime que la terreur seule de ce nom a tout fait. On dit alors noblement son nom seul a vaincu. Il ne faut jamais se servir de ces mots inutiles,

eent et cent fois.

Vers 91. Quelque haute valeur que puisse être la vôtre

Ce vers est défectueux. Il est vrai qu'il n'était pas facile ; mais ce sont ces mêmes difficultés qui, lorsqu'elles sont vaincues, rendent la belle poésie si supérieure à la prose.

Vers 92. Vous n'avez en ces lieux que deux bras comme un autre.

Voilà de ces vers de la basse comédie qu'on se permettait trop souvent dans le style noble.

Vers 401. Deux (assassins) s'y sont découverts, que j'amène avec moi, Afin de la convaincre et détromper le roi.

Il faut, pour l'exactitude, et de détromper. Mais cette licence est souvent très-excusable en vers ; il n'est pas permis de la prendre en prose.

Vers lOo. Trois sceptres, à son trône attachés par mon bras, Parleront au lieu d'elle, et ne se tairont pas.

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