SCÈNE V
Vers 3. Je crains qu'à la vertu par les Romains instruit... Il ne conçoive mal qu'il n'est fourbe ni crime Qu'un trône acquis par là ne rende légitime.
Ces derniers vers sont de la conversation la plus négligée, et ce sentiment est intolérable. On retrouve le même défaut toutes les fois que Corneille fait raisonner un prince, un ministre; tous disent qu'il faut être fourbe et méchant pour régner. On a déjà remarqué que jamais homme d'État ne parle ainsi 2. Ce défaut vient de ce qu'il est très-difficile de ménager ses expressions, et de faire entendre avec art des choses qui révoltent. C'est une grande imprudence et une grande bassesse dans une reine de ) dire qu'il faut être fourbe et criminel pour régner. Un trône acquis par là est une expression de comédie.
Ters 11. Rome l'eut laissé vivre, et sa légalité
N'eût point forcé les lois de l'hospitalité.
Légalité n'a jamais signifié justice, équité, magnanimité; il signifie authenticité d'une loi revêtue des formes ordinaires.
Vers 13. Savante à ses dépens de ce qu'il savoit faire, Elle le souffroit mal auprès d'un adversaire.
Savante de est un barbarisme. Savante, savait; répétition fautive.
Vers 46. De chez Antiochus elle l'a fait bannir; expression trop basse ; de chez lui, de chez nous.
Vers 21. Car je crois que tu sais que quand l'aigle romaine...
Tout écrivain doit éviter ces amas de monosyllabes qui se heurtent, car, que, quand. Mais ce qu'on doit plus éviter, c'est de dire à sa confidente ce qu'elle sait. Ce tour n'est pas assez adroit.
Vers 22. Vit choir ses légions aux bords du Trasimène, Flaminius son père en étoit général.
Choir, expression absolument vieillie.