ACTE II, SCÈNE I
informé d'abord. Il faut que tous ceux qui assistent à une pièce de théâtre connaissent tout d'un coup les personnages qui se présentent, excepté ceux dont l'intérêt est de cacher leur nom.
Vers 2. S'il m'eût caché son sort, il m'auroit mal aimée.
Qui? De qui parle-t-elle? C'est une énigme. Mal aimée, expression trop triviale.
Vers 4. Vous êtes fille, Eudoxe, et vous avez parlé.
On voit assez que cela est trop comique. Corneille a-t-il voulu faire parler cette gouvernante comme une bourgeoise qui a conservé le ton bourgeois à la cour? Cela est absolument indigne de la tragédie.
Vers o. Vous n'avez pu savoir cette grande nouvelle Sans la dire à Toreille à quelque àme infidèle.
Voilà la même faute, et dire à Voreille à une âme! On ne peut s'exprimer plus mal.
Vers 1 1. C'est par là qu'un tyran, plus instruit que troublé De l'ennemi secret qui l'auroit accablé...
Cela n'est pas français. Instruit d'un ennemi, troublé d^un ennemi: ce sont deux barbarismes et deux solécismes à la fois dans un seul vers.
Vers '13. Ajoutera bientôt sa mort à tant de crimes.
Par la construction, c'est la mort de Phocas ; par le sens, c'est celle de Maurice. Il faut que la syntaxe et le sens soient toujours d'accord.
Vers 17. Voyez combien de maux pour n'avoir su vous taire.
Ce vers est encore bourgeois ; mais les précédents sont nobles, exacts, bien tournés, forts, précis, et dignes de Corneille.
Vers '18. Madame, mon respect souffre tout d'une mère, Qui, pour peu qu'elle veuille écouter la raison. Ne m'accusera plus de cette trahison.
Cela ne donne pas d'abord une haute opinion de Léontine. Cette femme, qui conduit toute l'intrigue, commence par se tromper, par accuser sa fille mal à propos; cette accusation même est absolument inutile pour l'intelligence et pour l'intérêt de la pièce. Léontine commence son rôle par une méprise et par des expressions indignes même de la comédie.
22 RE3IARQUES SUR HÉRAGLIUS.
Vers 21. Car c'en est une enfin bien digne de supplice...
Le mot de supplice paraît trop fort ; et digne de supplice n'est pas français : c'est un barbarisme.
Vers ±1. Qu'avoir d'un tel secret donné le moindre indice.
Il faut absolument que d'avoir; c'est une trahison que d'avoir donné un indice. Trahison qu'avoir donné est un solécisme.
Vers 27. On ne dit point comment vous trompâtes Phocas, Livrant un de vos fils pour ce prince au trépas, Ni comme auprès du sien étant la gouvernante *, Par une tromperie encor plus importante....
Ces mots, étant la gouvernante auprès du sien, et tromperie, sont comiques et bas, et ne donnent pas de Léontine une assez haute idée. Voyez comme dans Athalie le rôle de Josabeth est ennobli, comme il est touchant, quoiqu'il ne soit pas, à beaucoup près, aussi nécessaire que celui de Léontine.
Vers 31. Vous en fîtes l'échange et, prenant Martian, Vous laissâtes pour fils ce prince à son tyran; En sorte que le sien passe ici pour mon frère....
Tout ce discours est un détail d'anecdotes. Comme étant la gouvernante auprès du sien n'est pas français ; en sorte que est trop style d'affaires; mais Eudoxe, en voulant éclaircir cette histoire, semble l'embrouiller ; et, prenant Martian, vous laissâtes pour fds ce prince à Phocas son tyran ne peut avoir de sens que celui-ci : Vous laissâtes Martian pour fils à Phocas. Laisser quelquhm pour fils n'est pas d'un style élégant ; mais il ne s'agit pas ici d'élégance, il s'agit de clarté. Eudoxe fait croire au spectateur que Martian a passé et passe pour fils de Phocas ; l'équivoque vient de ce mot prince: vous laissâtes ce prince a Phocas. Elle entend, par ce prince, Héraclius ; mais elle ne dit pas ce qu'elle veut dire. Elle devrait expliquer que Léontine a fait passer Martian pour son propre fils Léonce, et a donné Héraclius, fils de Maurice, pour Martian, fils de Phocas.
Vers 34. Cependant que de l'autre il croit être le père.
Cet il croit être se rapporte, parla phrase, à Martian; et cependant c'est Phocas dont on parle. Dans un sujet si obscur, il est