‹ Commentaires sur CorneilleChapitre 170 sur 574 · ACTE I, SCENE · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE

saient la tragédie à de simples conversations, que Corneille anima quelquefois par le feu de son génie.

Je n'ai fait aucune pièce de théâtre où se trouve tant d'art qu'en celle-ci, bien que ce ne soit qu'un ouvrage de deux mois.

Il eût bien mieux valu que c'eût* été l'ouvrage de deux ans, et qu'il ne fût resté presque rien de ce qui fut fait en deux mois.

Travaillez à loisir, quelque ordre qui vous presse, Et ne vous piquez point d'une folle vitesse i.

Il semble que Fouquet ait commandé à Corneille une tragédie pour lui être rendue dans deux mois, comme on commande un habit à un tailleur, ou une table à un menuisier. N'oublions pas ici de faire sentir une grande vérité : Fouquet n'est plus connu aujourd'hui que par un malheur éclatant, et qui même n'a été célèbre que parce que tout le fut dans le siècle de Louis XIV; l'auteur de Cinna, au contraire, sera connu à jamais de toutes les nations, et le sera même malgré ses dernières pièces et malgré ses vers à Fouquet, et j'ose dire encore malgré Œdipe. C'est une chose étrange que le difficile et concis La Bruyère, dans son parallèle de Corneille et de Racine ^ ait dit les Horaces et Œdipe: mais il dit aussi Phèdre et Pénélope^. Voilà comme l'or et le plomb sont confondus souvent.

On disait Mignard et Lebrun. Le temps seul apprécie, et souvent ce temps est long.

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