‹ Commentaires sur CorneilleChapitre 180 sur 574 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Vers 10. Appréhender pour lui, c'est lui faire une injure.

Ce vers seul suffirait pour faire un grand tort à la pièce, pour en bannir tout l'intérêt. Il ne faut jamais tâcher de rendre odieux un personnage qui doit attirer sur lui la compassion : c'est manquer à la première règle. \ J'avertis encore que je ne remarque point dans cette pièce les fautes de langage : elles sont à peu près les mêmes que dans les pièces précédentes. Corneille n'écrivit presque jamais purement. La langue française ne se perfectionna que lorsque Corneille, ayant déjà donné plusieurs pièces, s'était formé un style dont il ne pouvait plus se défaire ^

Mais voici une observation plus importante. Dircé se croit destinée pour victime, elle se prépare généreusement à mourir ; c'est une situation très-belle, très-touchante par elle-même. Pourquoi ne fait-elle nul effet ? Pourquoi ennuie-t-elle ? C'est qu'elle n'est point préparée ; c'est que Dircé a déjà révolté les spectateurs

1. « Voltaire oublie, dit Palissot, que la langue française se perfectionna par les beaux vers du Cid, des Horaces, de Cinna, de Pompée, et de Polyeucte, et qu'ainsi ce fut à Corneille lui-même qu'elle fut redevable de ses progrès. Il y a plus loin, en effet, du style de ce grand poëte à celui de ses prédécesseurs que de son style à celui de Pascal, de Boileau et de Racine, qui achevèrent de perfectionner la langue. »

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