‹ Commentaires sur CorneilleChapitre 188 sur 574 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Cette scène de Jocaste et de Thésée détruit l'intérêt qu'OEdipe commençait d'inspirer. Le spectateur voit trop bien que Thésée n'est pas le fils de Jocaste. On connaît trop l'histoire de Thésée,, on aperçoit trop aisément l'inutilité de cet artifice. De plus, il faut bien observer qu'une méprise est toujours insipide au théâtre, quand ce n'est qu'une méprise, quand elle n'amène pas une catastrophe attendrissante. Thésée se croit fils de Jocaste, et cela, dit-il, sans en avoir la preuve manifeste. Cela ne produit pas le plus petit événement. Thésée s'est trompé, et voilà tout. Cette aventure ressemble (s'il est permis d'employer une telle comparaison) à Arlequin qui se dit curé de Domfront, et qui en est quitte pour ( dire : « Je croyais l'être. »

Vers 85. Quoi î la nécessité des vertus et des vices

D'un astre impérieux doit suivre les caprices ? etc.

Ce morceau contribua beaucoup au succès de la pièce. Les disputes sur le libre arbitre agitaient alors les esprits. Cette tirade de Thésée, belle par elle-même, acquit un nouveau prix par les querelles du temps, et plus d'un amateur la sait encore par cœur.

Il y a dans ce beau morceau quelcpies expressions impropres et vicieuses, comme, a une nécessité de vertus et de vices qui suit les caprices d'un astre impérieux, un bras qui précipite d'en haut une volonté, rendre aux actions leur peine, enfoncer un œil dans un abîme » ; mais le beau prédomine. Ce couplet même n'est pas une déclamation étrangère au sujet ; au contraire, des réflexions sur la fatalité ne peuvent être mieux placées que dans l'histoire d'OEdipe. Il est vrai que Thésée condamne ici les dieux, qui ont prédestiné OEdipe au parricide et à l'inceste.

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