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SCÈNE IL

Vers 7 Ce qui me surprend,

C'est de voir que Pompée ait pris le nom de Grand, Pour faire encore au vôtre entière déférence.

Faire déférence est un solécisme. On montre, on a de la déférence ; on ne fait point déférence comme on fait hommage.

Vers 14. . . . Nous forçons les siens de quitter la campagne.

Quitter la campagne est une de ces expressions triviales qui ne doivent jamais entrer dans le tragique. Scarron, voulant obtenir le rappel de son père, conseiller au parlement, exilé dans une petite terre, dit au cardinal de Richelieu :

Si vous avez fait quitter la campagne Au roi tanné qui commande en Espagne : Mon père, hélas ! qui vous crie merci, La quittera, si vous voulez, aussi.

Vers 26. ... Au lieu d'attaquer il a peine à défendre

est un solécisme ; il faut il a peine à se défendre. Ce verbe n'est neutre que quand il signifie prohiber, empêcher: je défends qu'on prenne les armes, je défends qu'on marche de ce côté, etc.

Vers 33. J'aurois cru qu'Aristie ici réfugiée,

Que, forcé par ce maître, il a répudiée, Par un reste d'amour l'attirât en ces lieux Sous une autre couleur lui faire ses adieux.

Cela n'est pas français, c'est un barbarisme de phrase. On vient faire, on engage, on invite à faire, on attire quelqu'un dans

une ville pour y faire ses adieux ; mais attirer faire est un solécisme intolérable. De plus, toutes ces expressions et ces tours sont de la prose trop négligée et trop embrouillée.

J'aurais cru quAristie l'attirât est un solécisme : il faut V attirait, h l'imparfait, parce que la chose est positive : j'aurais cru que vous étiez amis, je ne savais pas que vous fussiez amis, je pensais que vous aviez été amis, j'espérais que vous seriez amis.

Vers 45. C'est ainsi qu'elle parle, et m'offre l'assistance

De ce que Rome encore a de gens d'importance.

Gens iV importance, expression populaire et triviale que la prose et la poésie réprouvent également.

Vers 49. Leurs lettres en font foi qu'elle vient de me rendre.

Cela n'est pas français; il faut leurs lettres qu'elle vient de me rendre en font foi. Toute cette conversation est d'un style trop familier, trop négligé.

Vers 59. J'aime ailleurs.

Un tel amour est si froid qu'il ne fallait pas en prononcer le nom. J'aime ailleurs est d'un jeune galant de comédie. Ce n'est pas là Sertorius.

Cette passion de l'amour est si différente de toutes les autres qu'elle ne peut jamais occuper la seconde place; il faut qu'elle soit tragique, ou qu'elle ne se montre pas. Elle est tout à fait étrangère dans cette scène, où il ne s'agit que d'intérêts d'État; mais on était si accoutumé aux intrigues d'amour sur le théâtre que le vieux Sertorius même prononce ce mot, qui sied si mal dans sa bouche. Il dit : J'aime ailleurs, comme s'il était absolument nécessaire à la tragédie que le héros aimât en un endroit ou en un autre. Ces mots j'aime ailleurs sont du style de la comédie.

Vers 59. . . . A mon âge il sied si mal d'aimer.

A mon âge est encore comique, et il sied si mal d'aimer l'est davantage. Il semble qu'on examine ici, comme dans Clèlie, s'il sied à un vieillard d'aimer ou de n'aimer pas. Ce n'est point ainsi que les héros de la tragédie doivent penser et parler. Si vous voulez un modèle de ces vieux personnages auxquels on propose une jeune princesse par un intérêt de poHtique, prenez-le dans l'Acomat de l'admirable et sage Racine :

Voudrois-tu qu'à mon âge Je fisse de l'amour le vil apprentissage ?

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