SCÈNE II
Vers 3 Ces lettres, mieux que moi,
Vous diront un succès qu'à peine encor je croi.
La nouvelle, arrivée de Rome, que Sylla quitte la dictature, qu'Emilie est morte en accouchant, et que Pompée peut re-
1. Les remarques sur les vers 1 et 41 de cette scène furent ajoutées en 1774: voyez la note, page 170, et aussijpagc ^217.
2. Ces deux vers sont de Boileau, Art poétique, I, lo8, et IIl, '20.
prendre sa femme, ira rien qui soit cligne de la tragédie. Elle avilit le grand Pompée, qui n'ose se marier et se remarier qu'avec la permission de Sylla. De plus, cette nouvelle n'est qu'un événement qui ne naît point de l'intrigue et du fond du sujet. Ce n'est pas comme dans Bajazct :
Viens, j'ai reçu cet ordre, il faut l'intimider*.
Vers 23. A deux milles d'ici j'ai su le rencontrer.
Ce j'ai su fait entendre qu'il y avait beaucoup de peine, beaucoup d'art et de savoir-faire à rencontrer Pompée. J'ai su vaincre et régner, parce que ce sont deux choses très-difficiles.
J'ai su, par une longue et pénible industrie ^, Des plus mortels venins prévenir la furie...
J'ai su lui préparer des craintes et des veilles ^... J'ai prévu ses complots, je sais les prévenir.
Le v[\oi savoir est bien placé dans tous ces exemples ; il indique la peine qu'on a prise.
Mais/rtisi6 rencontrer un homme en chemin est ridicule. Tous les mauvais poètes ont imité cette faute.
Vers 29. L'ordre que pour son camp ce grand effet demande L'arrête à le donner, attendant qu'il s'y rende, etc.
Tout ce couplet est confus, obscur, inintelligible ; tournez-le en prose : Son transport d'amour, qui le rappelle, ne lui permet pas d'achever son retour; et l'ordre que ce grand effet demande pour so)i camp l'arrête à le donner, attendant qu'il se rende à ce camp. Un pareil langage est-il supportable ? 11 est triste d'être forcé de relever des fautes si considérables et si fréquentes.
{Fin de la scène.) Un domestique qui apporte une lettre et des nouvelles qui n'ont rien de surprenant, rien de tragique, est une chose absolument indigne du théâtre. Aristie, qui n'a produit dans la pièce aucun événement, apprend par un exprès que la seconde femme de Pompée est morte en couches.
Arcas dit qu'il a rendu une pareille lettre à Pompée, qu'il a rencontré à deux milles de la ville. Ce ne sont pas là certainement les péripéties, les catastrophes que demande Aristie ; c'est un fait historique altéré, mis en dialogue.