SCÈNE VI
Vers 97. Votre exemple est ma loi ; vous vivez et je vi.
Il est bon que dans la poésie on puisse supprimer ou ajouter des lettres selon le besoin, sans nuire à l'harmonie : je fai, je vi^ je croi,je doi, pour/e fais, je vis, je crois, je dois, etc.
{Fin de la scme.) Cette scène n'est pas de la froideur des autres, par cette seule raison que la situation est embarrassante ; mais cette situation n'est ni noble, ni tragique; elle est révoltante, elle tient du comique. Un vieux mari qui vient revoir sa femme, et qui la trouve mariée à un autre, ferait aujourd'hui un effet trèsridicule. On n'aime de telles aventures que dans les contes de La Fontaine et dans des farces. Les mots de roi, de couronne, de diadème, loin de mettre de la dignité dans une aventure si peu tragique, ne servent qu'à faire mieux sentir le contraste de la tragédie et de la comédie. Syphax est si prodigieusement avili quil est impossible qu'on prenne à lui le moindre intérêt. Pour peu qu'on pèse toutes ces raisons, on verra qu'à la longue une nation éclairée est toujours juste, et que c'est en se formant le goût que le public a rejeté Sophonisbe.