Le Cal, acte III, scène vi
Quel ridicule espoir en garderoit mon âme, Si votre dureté me refuse ma femme?
Est-il rien plus à moi, rien plus à balancer ?
Lselius répond à ces vers comiques que sa femme n'est point sa femme ; le Numide ne parle alors que de son amour fidèle, de ce qu'un digne amour donne d'impatience, des amours de Mars et de Jupiter ; il dit qu'il ne veut régner et vivre que dans les bras de Soplionisbe : il parle beaucoup plus tendrement de sa passion pour elle à Lœlius qu'il n'en parle à elle-même, et par là il redouble le mépris que Lœlius lui témoigne. C'était là pourtant une belle occasion de répondre avec dignité à Lœlius, de faire valoir les droits des rois et des nations, d'opposer la violence africaine à la grandeur romaine, de repousser l'outrage par l'outrage, au lieu de jouer le rôle d'un valet qui s'est marié sans la permission de son maître. Il soutient ce malheureux personnage dans la scène suivante avec Sophonisbe ; il la prie de venir demander grâce avec lui à Scipion : et enfin la faiblesse de ses expressions ne répond que trop à celle de son âme.
{Fin de la scène.) Massinisse parait dans un avilissement encore plus grand que Syphax : il vient se plaindre de ce qu'on lui prend sa femme; il fait l'apologie de l'amonr devant le lieutenant de Scipion, et il fait cette apologie en vers comiques : Pour aimer à notre âge en est-on moins parfait? etc.; et Lœlius, qui ne paraît là que pour dire qu'il ne faut point aimer, joue un rôle aussi froid que celui de Massinisse est humiliant.