SCÈNE II
{Fin de la scène.) Comment se peut-il faire qu'une scène où un mari envoie du poison à sa femme soit froide et comique? C'est que cette femme lui renvoie son poison, après que ce poison lui a été présenté comme un message tout ordinaire ; c'est qu'elle lui fait dire qu'il n'a qu'à s'empoisonner lui-même. Après une si étrange scène, tout ce qui peut étonner, c'est qu'il se soit trouvé autrefois des défenseurs de cette tragédie ; et ce qui serait plus étonnant, c'est qu'on la rejouât aujourd'hui.
{Fin de la scène.) Cette scène paraît au-dessous de toutes les précédentes, par la raison même qu'elle devait être touchante. Une femme à qui son mari envoie du poison, et qui en fait confidence à sa rivale, semble devoir produire quelques grands mouvements, quelque changement surprenant de fortune, quelque catastrophe ; mais cette confidence, faite froidement et reçue de même, ne produit qu'un vers de comédie :
Que voulez-vous, madame? il faut s'en consoler.
Les expressions les plus simples dans de grands malheurs sont souvent les plus nobles et les plus touchantes; mais nous
avons déjà remarqué combien il faut craindre, en cherchant le simple, de tomber dans le comique et dans le bas.