SCÈNE VIII ET DERNIÈRE
Vers 37. Elle meurt à mes yeux, mais elle meurt sans trouble, Et soutient, en mourant, la pompe d'un courroux Qui semble moins mourir que triompher de nous.
La pompe d'un courroux qui semble moins mourir que triompher ! On voit assez que c'est là de l'enflure dépourvue du mot propre, et qu'un courroux n'est pas pompeux. Éryxe répond avec noblesse et avec convenance. Il eût été à désirer que la pièce finît par ce discours d'Éryxe, ou que Lœlius eût mieux parlé : car qu'importe qu'on aille voir Scipion et Massinisse?
Versdern. Madame, encore un coup, laissons-en faire au temps
I n'est pas une fin heureuse. Les meilleures sont celles qui laissent dans l'âme du spectateur quelque idée sublime, quelque maxime vertueuse et importante, convenable au sujet; mais tous les sujets n'en sont pas susceptibles.
On n'a point remarqué tous les défauts dans les détails, que le lecteur remarque assez. La pièce en est pleine; elle est trèsfroide, très-mal conçue, et très-mal écrite.
PRÉFACE DU COMMENTATEUR
Il ne faut guère en croire sur un ouvrage ni Tauteur, ni ses amis, encore moins les critiques précipitées qu'on en fait dans la nouveauté. En vain Corneille dit, dans sa préface, que cette pièce égale ou passe la meilleure des siennes ; en vain Fontenelle fait l'éloge cVOthon : le temps seul est juge souverain; il a banni cette pièce du théâtre. Il y en a sans doute une raison qu'il faut chercher ; je n'en connais point de meilleure que l'exemple de Britannicus.fLe temps nous a appris que quand on veut mettre la politique sur le théâtre, il faut la traiter comme Racine, y jeter de grands intérêts, des passions vraies, et de grands mouvements d'éloquence, et que rien n'est plus nécessaire qu'un style pur, noble, coulant et égal, qui se soutienne d'un bout de la pièce à l'autre. Voilà tout ce qui manque à Othon.
Avouons que cette tragédie n'est qu'un arrangement de famille ; on ne s'y intéresse pour personne ; il est beaucoup parlé d'amour, et cet amour même refroidit le lecteur. Lorsque ce ressort, qui devrait attacher, a manqué son effet, la pièce est perdue.
Il est dit dans VHistoire du Théâtre-, à l'article Othon, que Corneille refit trois fois le cinquième acte : j'ai de la peine à le croire ; mais si la chose est vraie, elle prouve qu'il fallait le refaire une quatrième fois, ou plutôt qu'il était impossible de tirer un cinquième acte intéressant d'un sujet ainsi arrangé. Corneille ne refit pas trois fois la première scène du premier acte, qui est pleine de très-grandes beautés. Quand le sujet porte l'auteur, il