‹ Commentaires sur CorneilleChapitre 284 sur 574 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

Sans Plautine

L'amour m'est un poison, le bonheur m'assassine.

Les douceurs du pouvoir souverain

Me sont d'affreux tourments, s'il m'en coûte ma main... Vous voulez que je règne, et je ne sais qu'aimer.

Je ne remarquerai que ces étranges vers dans cette scène ; ils sont en partie le sujet de la pièce. Otlion est amoureux : car, quoi qu'on en dise, encore une fois il n'y a aucun des héros de Corneille qui ne le soit ; mais il est amoureux froidement. Il n'a d'abord demandé la fille de Yinius que par politique ; il n'a pas de ces passions violentes, qui seules réussissent au théâtre, et qui seules font pardonner le refus d'un empire. Il a commencé par étaler la profondeur d'un courtisan habile ; il parle à présent comme un jeune homme passionné et tendre. Il dément le caractère qu'il a fait paraître dans la première scène; et le même homme qui se fera nommer empereur et qui détrônera Galba renonce ici à l'empire. Le spectateur ne croit guère à cet amour; il ne s'y intéresse pas. Un des meilleurs connaisseurs, en lisant Othon pour la première fois, dit à cette seconde scène : « Il est impossible que la pièce ne soit froide ; » et il ne se trompa point. En effet, ces craintes éloignées que montre Yinius de ce qui peut arriver un jour ne sont point un assez grand ressort. ^11 faut craindre des périls présents et véritables dans la tragédie, sans quoi tout languit, tout ennuie.

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