SCÈNE V
Vers I Que je le plains! tant de fidélité,
Madame, méritoit plus de prospérité, etc.
La faiblesse du sujet se montre ici dans toute sa misère ; ce n'est plus ce goût si fin, si délicat : Phénice parle un peu en soubrette.
Vers 5. Je l'aurois retenu
est encore plus mauvais ; cela est d'un froid comique : il importe bien ce qu'aifl'ait fait Phénice! Mais ce défaut est bientôt réparé par le discours passionné de Bérénice :
Cette foule de rois, ce consul, ce sénat.
Qui tous de mon amant empruntoient leur éclat, etc.
Vers 31. En quelque obscurité que le ciel l'eût fait naître. Le monde, en le voyant, eût reconnu son maître.
Un homme sans goût a traité cet éloge de flatterie ; il n'a pas songé que c'est une amante qui parle. Ce vers fit d'autant plus de plaisir qu'on l'appliquait à Louis XIV, alors couvert de gloire, et dont la figure, très-supérieure à celle d'Auguste S semblait faite pour commander aux autres hommes : car Auguste était petit et ramassé, et Louis XIV avait reçu tous les avantages que peut donner la nature. Enfin, dans ce vers, c'était moins Bérénice que Madame qui s'expliquait. [Rien ne fait plus de plaisir que ces allusions secrètes ; mais il faut que les vers qui les font naître soient beaux par eux-mêmes.
Vers 39. Aussitôt, sans l'attendre, et sans être attendue, Je reviens le chercher, et, dans cette entrevue,
1. C'est Titusi, et non Augu-te, qui est l'un des personnages de Bérénice,
Dire tout ce qu'aux cœurs l'un de l'autre contents Inspirent des transports retenus si longtemps.
Ces vers ne sont que des vers d'églogue. La sortie de Bérénice, qui ne s'en va que pour revenir dire tout ce que disent les cœurs contents, est sans intérêt, sans art, sans dignité. Rien ne ressemble moins à une tragédie. Il est vrai que l'idée qu'elle a de son bonheur fait déjà un contraste avec l'infortune qu'on sait bien qu'elle va essuyer ; mais la fin de cet acte n'en est pas moins faible.