‹ Commentaires sur CorneilleChapitre 344 sur 574 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Vers 1. Faut-il mourir, madame? Et. si proche du terme,

Votre illustre inconstance est-elle encor si ferme? etc.

Cette seconde scène tient au delà de ce que la première a promis. Un Domitian qui veut mourir d'amour ! C'est mettre un hochet entre les mains de Poh phème. Et qu'est-ce qu'une illustre inconstance proche du terme, si ferme que les restes d'un feu si fort se promettent la mort de domitian dans quatre jours? Ces paroles, ces tours inintelligibles qui sont comme jetés au hasard, forment un étrange discours. La princesse Henriette joua un tour bien sanglant à Corneille quand elle le fit travailler à Bérénice.

On ne voit que trop combien la suite est digne de ce commencement. Quels vers que ceux-ci, et que de barbarismes ! Ce n'est pas un mal c/ui vaille en soupirer; un choix qui charme arec un peu d'appas qu'on met si bas ; et tous ces compliments ironiques que se font Domitian et Domitie ; et cette beauté qui n'a écouté aucun des soupirants qui ^accablaient de leurs regards mourants; et son cœur qui va tout à Domitian quand on le laisse aller.

On est étonné qu'on ait pu jouer une pièce ainsi écrite, ainsi dialoguée et raisonnée.

Tous ces raisonnements de Domitie ne peuvent être écoutés. Comme la passion du trône est la première, elle est la dominante : ce n'est pas qu'elle ne se violente à trahir l'amour; mais il est juste -que des soupirs secrets la punissent d'aimer contre ses intérêts.

Il semble que, dans cette pièce. Corneille ait voulu en quelque sorte imiter ce double amour qui règne dans VAndromaque, et qu'il ait tenté de plier la roideur de son caractère à ce genre de tragédie si délicat et si difficile. Domitian aime Domitie, Titus aime aussi Domitie un peu. On propose Bérénice à Domitian, et Bérénice est aimée véritablement de Titus. Avouons qu'on ne pouvait faire un plus mauvais plan.

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