SCÈNE V
Vers 1 . Ah 1 Nérine !
Cette simple exclamation est très-touchante. On se peint à soi-même Ariane plongée dans une douleur qu'elle n'a pas la force d'exprimer ; mais lorsque, le moment d'après, elle dit que sa douleur est si forte que, succombant aux maux qu'on lui fait découvrir, elle demeure insensible à force de souffrir, ce n'est plus la douleur d'Ariane qui parle, c'est l'esprit du poète. Il me parait qu'Ariane raisonne trop, et qu'elle ne raisonne pas assez bien.
Vers 17. Je promettois son sang à mes bouillants transports; Mais je trouve à briser les liens les plus forts.
L'un n'est pas opposé à l'autre. Le poète ne s'exprime pas comme il le doit ; il veut dire : j'espérais me venger d'une rivale, et cette rivale est ma sœur : elle fuit avec mon amant, et tous deux bravent ma vengeance. Il y a là une douzaine de vers fort mal faits ; mais rien n'est plus beau que ceux-ci :
La perfide, abusant de ma tendre amitié, Montroit de ma disgrâce une fausse pitié;