‹ Commentaires sur CorneilleChapitre 4 sur 574 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

Vers 13. Autant que sa fureur s'est immolé de têtes, etc.

Cela est en même temps négligé et forcé : négligé, parce que ce mot vague de tempêtes n'est là que pour la rime ; forcé, parce qu'il est difficile de voir autant de tempêtes qu'on a fait de crimes.

Vers 15. Et comme il n'a semé qu'épouvante et qu'horreur, 11 n'en recueille enfin que trouble et que terreur.

C'est le fond de la même pensée exprimée par une autre figure. On doit éviter toutes ces amplifications. Ce tour de phrase, comme il n'a semé, comme il voit en nous, etc., est très-souvent employé par Corneille : il ne faut pas le prodiguer, parce qu'il est prosaïque.

Vers 18. Mon trône n'est fondé que sur des morts illustres; Et j'ai mis au tombeau, pour régner sans effroi,

Tout ce que j'en ai vu de plus digne que moi.

Ce dernier vers est beau ; je ne sais cependant si un empereur qui a eu assez de mérite et de courage pour parvenir à l'empire, du rang de simple soldat, avoue si aisément qu'il a immolé tant de personnes plus dignes cjue lui de la couronne ; il doit les avoir crues dangereuses, mais non plus dignes que lui de la pourpre. En général, il n'est pas dans la nature qu'un souverain s'avilisse ainsi soi-même: c'est à quoi tous les jeunes gens qui travaillent pour le théâtre doivent prendre garde : les mœurs doivent toujours être vraies.

Vers 26, Byzance ouvre, dis-tu, l'oreille à ces menées.

On ouvre l'oreille à un bruit, et non à des menées ; on les découvre.

Vers 29. Impatient déjà de se laisser séduire

Au premier imposteur armé pour me détruire.

Se laisser séduire à quelqu'un n'est plus d'usage, et au fond c'est une faute ; je me suis laissé aimer, persuader, avertir par vous, et non pas aimer, persuader, avertira vous.

Vers 31. Qui, s'osant revêtir de ce fantôme aimé

Peut-on se vêtir d'un fantôme? L'image est-elle assez juste? Comment pourrait-on se mettre un fantôme sur le corps? Toute métaphore doit être une image qu'on puisse peindre.

6 REMxVRQUES SUR IlÉRACLIUS.

Vers 32. Voudra servir d'idole à son zèle charmé.

Quollcs expressions forcées! Pour sentir à quel point tout cela est mal écrit, mettez en prose ces vers :

Le peuple est impatient de se laisser séduire au premier imposteur armé pour me détrôner, qui, s'osant revêtir d'un fantôme aimé, ^oll(lra sorAir d'idole à son zèle charmé.

Enlondra-t-on un tel langage? Ne sera-t-on pas révolté de cette foule d'impropriétés et de barbarismes? Le sévère Boileau a dit»:

Sans la langue, en un mot, l'auteur le plus divin Est toujours, quoi qu'il fasse, un méchant écrivain.

Mais souvenons-nous aussi que lorsque Corneille faisait les beaux morceaux du Cid, des Horaccs, de Cbma, de Pompée, il était un admirable écrivain.

Vers 33. Mais sais-tu sous quel nom ce fâcheux bruit s'excite?

Un bruit ne s'excite point sous un nom. Qu'il est difficile de parler en vers avec justesse! mais que cela est nécessaire!

Vers 37. Sa mort est trop certaine, et fut trop remarquable.... Il n'avoit que six mois; et lui perçant le flanc, On en fit dégoutter plus de lait que de sang ;

expressions trop familières, trop prosaïques; et lui perçant le flanc est un solécisme, il faut en lui perçant.

Vers 41. Et ce prodige affreux, dont je tremblai dans l'âme, Fut aussitôt suivi de la mort de ma femme.

Ce prodige n'est point affreux, c'est seulement une croyance puérile, assez commune autrefois, que les enfants au berceau avaient du lait dans les veines. Phocas même l'insinue assez en disant : // n'avait que six mois, et on en fit dégoutter plus de lait que dcsanfj. Cette conjonction et signifie évidemment que ce lait était une suite, une preuve de son enfance, et par là même exclut le prodige. Mais si c'en était un, que signifierait-il? A quoi servirait-il ?

Vers 4'i. 11 fut livré par elle, à qui, pour récompense,

Je donnai de mon fils à gouverner l'enfance, etc.

Je donnai àUontlnc son e)ifance a gouverner. — Juge par là combien ce conlc est ridicule. — Tout est jusqu'ici de la prose un peu

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