‹ Commentaires sur CorneilleChapitre 438 sur 574 · DU PREMIER ÉDITEUR · texte numérisé non relu

DU PREMIER ÉDITEUR

L'auteur en avait tiré le sujet des anciennes annales romaines. Voici ce qu'on en trouve dans Tite-Live et d'autres historiens. Numitor, roi d'Albe, l'un des descendants d'Énée par Ascagne, fut détrôné et confiné dans une

prison par Âmulius, son frère puîné. L'usurpateur fit égorger ^gestus, fils de Numitor, et força Rhéa-Sylvia, sœur de ce jeune prince, à se consacrer au culte de Yesta, pour qu'elle ne laissât point de postérité. Cependant Rhéa- Sylvia devint enceinte et donna le jour aux deux jumeaux Remus et Romulus. Bientôt instruit de cet événement, Amulius, furieux, fit mourir la mère et jeler les enfants dans le Tibre. Un ancien serviteur de Numitor, nommé Faustus, ayant aperçu ces enfants qu'entraînait le fleuve, courut à leur secours avec quelques-uns de ses voisins, parvint à les sauver, et les fit nourrir et élever par sa femme, nommée, dit-on, Lupa. Parvenus à l'âge de dix-huit ans, les deux frères, instruits de tout ce qui s'était passé, résolurent de venger leur aïeul et leur mère : ils se mirent à la tête d'une troupe de paysans, forcèrent les gardes, s'emparèrent du palais d'Amulius, qui péril sous leurs coups, et remirent sur le trône Numitor. Les Romains dans la suite, pour illustrer leur origine, ne manquèrent pas de dire que c'était le dieu Mars qui avait rendu mère Rhéa-Sylvia, et que Rémus et Romulus tenaient de lui leur caractère guerrier et entreprenant, 'que le lait d'une louve (Lupa) avait encore entretenu et fortifié. Les Romains eurent en effet la voracité de cet animal, car ils ne cessèrent de faire leur proie de tous les peuples qu'ils purent atteindre, jusqu'à ce qu'ils devinrent eux-mêmes celle des peuplades barbares sorties des contrées septentrionales.

Ces détails feront mieux entendre le fragment de la tragédie. Il est malheureusement peu considérable, mais il nous paraît intéressant sous un double rapport. D'une part, ces vers d'un enfant de douze ans font voir que le génie poétique était, pour ainsi dire, inné dans lui; et de l'autre, que l'instinct le porta d'abord au genre tragique, dans lequel il devait exceller, et qu'il aima toujours de préférence. S'il lui fit des infidélités passagères (qui ne furent pas sans fruit pour nous), on le vit constamment revenir à ce premier et principal objet de ses travaux, et s'y livrer avec passion pendant soixante et douze ans, depuis Amulius jusqu'à Agathocle.

Les noms des interlocuteurs ne sont point indiqués dans le manuscrit, qui ne contient que les vers. On ajoute ici le nom des personnages, suivant des conjectures assez plausibles. Dans le premier fragment, Amulius s'adresse à un ancien guerrier qui l'a aidé dans son usurpation, et dont rien n'indique le nom. Dans le second, l'auteur, en changeant une circonstance de l'histoire, paraît avoir fait de Faustus, non un pâtre, mais un guerrier, ami du précédent.

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