Pièces inédites de Voltaire
2. Cette production de la jeunesse de M. de Voltaire était, comme les précédentes, restée jusqu'aujourd'hui inconnue au public. La copie qui en existe semble avoir été faite à la hâte, et laisse apercevoir quelques vides. Rien d'ailleurs n'y fait connaître le temps et le lieu où cette cantate fut composée, ni à quelle occasion. On présume que c'est une allégorie relative à la passion de l'auteur pour quelque princesse ou grande dame, plutôt qu'une simple fiction poétique. Si on ne voulait que déguiser des noms de personnages vrais ou supposés, pourquoi, au quatrième vers, aurait-on mis des points au lieu d'un nom fictif quelconque? ou pourquoi, s'il n'y a pas d'allusion, le poëte ne se fùt-il pas borné à rajeunir dans un tableau neuf l'aventure d'Jxion? Elle se retrouve à peu près ici, mais avec un dénoûment moins tragique, car on n'y voit point attaché à sa roue cet Ixion,
Qui toujours circulant, se suit et fuit toujours *.
Au surplus cette cantate, sans nulle indication particulière, est ici telle qu'on l'a trouvée dans les manuscrits. {Note du premier éditeur.)
' Volvilur IsÀon et se seqniiurque fugilque.
(OviD., i]lel., lib. IV, V. 460.)
Entre les mortels et les dieux ; C'est l'amour seul qui les égale.
Souvent ses traits capricieux
Plus puissants que le tonnerre,
Mettent les dieux sur la terre,
Et les mortels dans les cieux.
RECITATIF.
Eli quoi ! s'écriait-il, les yeux baignés de larmes, Orphée a de sa voix fait entendre les charmes
Dans l'affreux empire des morts ; Du fier dieu des enfers il a dompté la rage, Eurydice avec lui quittait les sombres bords. Plus amoureux que lui, je pourrai davantage.
Amour, daigne me seconder :
Si tu Tas pu conduire au ténébreux rivage,
C'est au ciel qu'il faut me guider.
Les respects et les craintes, Les soupirs et les plaintes, Servent peu les amants ; La seule audace Obtient leur grâce.
RECITATIF.
Il dit, et sur les pas des filles de Mémoire, Couvert de ses lauriers, couronné de leur gloire, Porté par l'Espérance et guidé par l'Amour,
Il vole au céleste séjour.
Devant lui des portes du jour, Le dieu qui le conduit fait tomber la barrière ; Il soutient de ces lieux l'immortelle lumière.
Il fait entendre à la divine cour Sa voix qui si longtemps avait charmé la terre.
Aux accents de sa voix Diane moins sévère,
Songea moins à ses bois ; Pour la première fois Minerve voulut plaire ; Chaque dieu prompt à se rendre Fut percé des traits les plus doux, Vénus en devint plus tendre, Et Vulcain fut moins jaloux.
Triomphe, heureux amant, Junon te rend les armes ; Tu jouis du bonheur do posséder ses charmes.
Elle goûte avec toi dans une nuit profonde Les Plaisirs, enfants des Amours, Que jusqu'alors elle ignora toujours Dans les bras du maître du monde.
Dieu terrible Qu'adore l'univers.
Vois sous ton pouvoir inflexible Les cieux, la terre et les enfers.
De ta grandeur immense Le cœur n'est point flatté; Garde ta puissance, Et nous laisse la volupté.
YIII K
A MADAME