PORTRAIT
DE LA MARQUISE DU CHATELET
Vous voulez de notre Emilie Que je fasse un portrait charmant :
Est-ce la nature embellie Par l'art, l'esprit ou l'agrément?
1. Nous avions placé ici des vers sur l'expulsion du prince Edouard, qui sont de l'abbé Sigorgne.
2. Extrait du Dernier Volume des œuvres de Voltaire, 1861 : « Ces quatrains, c'est ainsi que M. de Beaufeu désignait ces stances, sont demeurés tout un siècle au château de Beaufeu, dans des papiers cotés et paraphés par les notaires. Celui qui les possède aujourd'hui les croyait connus de tout le monde. Il écrivait, quand il en donna une copie : « J'avais bien les œuvres de Voltaire, mais je n'ai jamais « eu la curiosité de feuilleter la Correspondance ou les Poésies pour retrouver ces « vers. »
« Ces stances sont de 1734 ou de 1735, si nous jugeons bien. Étaient-elles adressées à Cideville, à Yoisenon, ou à l'aïeul de M. de Beaufeu? Peut-être étaient-elles détachées d'une lettre, comme la plupart des petits vers de Voltaire écrits au courant de la plume.
tt II y a une variante pour la douzième strophe, qui semble d'une autre écriture :
L'amour, hélas! c'est un beau thème Que je ne fais plus qu'à moitié.
Je ne traduis aujourd'hui j'aime Que par ce seul mot : amitié. »
La ressemblance est impossible, La belle change à tout moment ; De peur de paraître sensible, Elle raille le sentiment.
Avec la beauté de Lesbie, Avec la grâce de Ninon, On pourrait faire une Emilie :
11 faudrait lame de Newton.
C'est Pallas traversant Cythère Avec la majesté des dieux ; Elle a des appas pour la terre, Elle a des ailes pour les cieux.
Sachez que ce: te âme rebelle Mesure le ciel au com[)as.
Et parcourt mieux que Fontenelle Les mondes qu'on ne connaît pas.
Cette belle âme est une étoffe Qu'elle brode en mille façons; Son esprit est un philosophe.
Mais elle aime un peu les pompons.
Quiconque est dans sa comédie y perd son grec et son latin ; Elle étudie, elle étudie, L'amour n'est qu'un entr'acte vain.
L'aurore à l'étude l'appelle, Déjà son creuset est au feu.
Mais le soir on revoit la belle Qui se prend de lureur au jeu.
Elle a de beaux yeux d'où s'élance Un regard profond ou moqueur; Une bouche dont le silence Est éloquent et parle au cœur.
Un bouquet orne son corsage.
Ici ce qu'on montre est divin; Ce qu'on cache... je suis un sage...
Le pinceau me brûle la main.
Je ne peins pas la beauté nue, De peur, nouveau Pygmalion, D'être amoureux de ma statue Et de tourner comme Ixion.
L'amour! j'ai vu de près la Parque, Et je n'aime plus qu'à moitié, Je n'aventure plus ma barque Qu'au rivage de l'amitié.