‹ Commentaires sur CorneilleChapitre 496 sur 574 · Pièces inédites de Voltaire · texte numérisé non relu

Pièces inédites de Voltaire

2. Tout le texte du Discours est de la main d'un secrétaire de l'auteur: les remarques du triumvirat, de celle de Thieriot; une seule à la fin est écrite par M. d'Argental, et toutes les réponses sont do la propre main de Voltaire. (iVo^du premier éditeur.)

pertinent de dire de moi qu'on écrira ma vie.

cru devoir au moins empêcher ^^^ mensonge et la crédulité d'insulter à ma mémoire.

LE TRIUMVIRAT

Cest par là que nous croyons qu'il faut commencer.

La comparaiso7ide Vinsecte^ n'est juste ni dans la figure 7ii dans l'application ; 710US croyo7is qu'il faut la supprimer et vous pouvez le faire sans déranger la liaison du reste.

Vous semblezd' ailleurs trop attaché à cette expression dans plusieurs e7idroits de vos ouvrages.

L'Iliade et l'Enéide ne so7it point co7nparables à la durée d'u7i insecte^ philosop}iiqueme7it parla7it , dans Vim7nensité des temps.

VOLTAIRE

Remarque inutile ici.

LE TRIUMVIRAT

Nous 7ie no7nmerions pas ledit Odieuvre, qui ne 7nérite pas cet honneur.

VOLTA IRE

Ce n'est pas plus un honneur que quand je nomme La Fresnaye ou liauche.

Les libelles diffamatoires de toute espèce qu'on a débités contre moi dans Paris, depuis que j'ai donné la Henriade^ passeront peut-être bientôt avec mes ouvrages, comme ces faibles animaux qui semblent n'avoir des ailes que pour en poursuivre un autre, et qui meurent tous à la fin de la saison qui les a vus naître; mais, soit pour le temps présent, soit pour quelques années après moi, il faut faire céder la répugnance et la honte de parler de moi-même à la nécessité d'une juste défense. Réfuter des critiques n'est qu'un vain amour - propre , mais détruire la calomnie est un devoir.

Ceux qui font le métier de calomniateur ne loferaient pas s'ils avaient plus d'esprit; mais, n'ayant pasle talent nécessaire pour écrire une saine critique des ouvrages, ils ont toute la noirceur qu'il faut pour décrier la personne.

Je ne veux point relever le libelle débité dans Paris sous le nom de mon portrait; cette peinture est aussi peu ressemblante que l'estampe au bas de laquelle il a plu au sieur Odieuvre de mettre mon nom. Celui qui m'a voulu définir, et celui qui m'a voulu graver, ne m'avaient jamais • vu ni l'un ni l'autre. C'est d'ordinaire avec aussi peu de connaissance qu'on décide dans le monde de la réputation des hommes.

1. II y avait primitivement dans le texte : comme des insectes qui en X)Oursuivent un autre : ce qui a été rayé de la main, de Voltaire, et corrigé comme on ie voit. (Note du premier éditeur.)

C'est une chose bien étrange et bien déshonorante pour les belleslettres que cet esprit de fuieur et de bassesse où s'emportent des auteurs ignorés, quand ils osent être jaloux.

On a imprimé un livre de Morbis arlificum, des maladies des artistes.

Celle-là est la plus honteuse et la plus incurable. Croirait-on qu'un de ces auteurs m'écrivit un jour : a Monsieur, voici un livre que j'ai fait contre vous: je suis dans la misère; si vous voulez m'envoyer cent écus, je vous remettrai tous les exemplaires. »

J'ai rencontré depuis cet homme dans Paris, et j'ai caché sa honte; un autre vint m'emprunter de l'argent dont il se servit sur-le-champ pour imprimer à ses frais une brochure dans laquelle il me déchirait; un autre, en me louant et en m'embrassant, faisait contre moi une satire personnelle, sous le titre de comédie italienne, dans laquelle un des hommes les plus respectables de l'Europe (aujourd'hui ministre public) fut joué en son propre nom, parce qu'il était mon ami. En vérité, le stylet et le poison des meurtriers mercenaire-?

a-t-il rien de plus criminel et de plus lâche ^ ?

Ce sont ces mains obscures qui me lancent des traits publics; ce sont elles qui impriment, tantôt que je suis riche et très-avare, tantôt que je compose pour vivre. Ce sont ces auteurs qui débitent que j'ai trompé non-seulement mes libraires, mais les particuliers qui ont souscrit pour la Henriade; on me traite dans ces

i. L'auteur désigne probablement Riccoboni, auteur d'une parodie de Zaïre, dans lacjuellc était insulté M. Falkencr, à qui cette tragédie est dédiée, et qui fut depuis ambassadeur d'Angleterre à Constantiiiople. Les parodies étaient alors un moyen fort usité de diffamer les gens de mérite. M. de Voltaire méprisait ces écrivains satiriques, et dédaignait de s'en venger. {?sote du premier éditeur.)

LE TRIUMVIRAT

Pauvreté* n'est pas vraie; médiocrité est le mot, et convient mieux.

VOLTAIRE

Qui n'est pas philosophe est toujours pauvre.

LE TRIUMVIRAT

Me favoriser, l'expression aéra, plus simple et plus modeste.

VOLTAIRE

Non.

LE TRIUMVIRAT

Tout cet endroit demande d'être adouci; V édition de îa Henriade faite depuis les souscriptions vous obligeait de donner une satisfaction aux souscripteurs.

VOLTAIRE

Cela n'est pas vrai, avec votre permission. Cela serait bon si j'avais donné une édition pareille à meilleur marché; et vous avez si grand tort

brochures de satirique, d'envieux et d'athée.

Premièrement, il importe très-peu, je crois, au public que je sois riche ou pauvre, avare ou prodigue. Mes amis qui ont eu quelquefois besoin de moi, et les gens de lettres qui se sont trouvés dans la nécessité, savent quel usage je fais de ma fortune : elle est considérable pour qui vit comme moi en philosophe, et serait trop peu pour tout autre.

Secondement, je n'ai jamais eu qu'une affaire avec un libraire^, et après l'avoir fait condamner, vous savez que je lui remis sa dette et les frais du procès, et j'exigeai seulement quelques livres pour un de mes amis.

Troisièmement, les souscriptions de la belle édition anglaise de la Henriade furent publiées par Levier, libraire à la Haye. Le livre fut ensuite imprimé àLondres.La cour d'Angleterre, qui voulait favoriser les arts et moi, fixa le prix du livre à une somme fort au-dessus de celle des souscriptions de France. Tous les Français qui envoyèrent leurs souscriptions à Londres ne payèrent que la moitié de ce que payaient les Anglais, et n'en eurent pas moins le livre.

Quelques années ensuite, à mon retour en France, l'édition anglaise étant épuisée et le temps prescrit pour retirer les souscriptions expiré, ceux qui avaient négligé d'envoyer à Londres, et qui ne devaient s'en prendre qu'à eux-mêmes, se plaignirent.

Je n'étais pas plus garant des souscriptions que le président do Thou, mort depuis cent ans, ne l'est de celles qu'on a prises depuis peu pour son histoire.

1 . Il y avait dans le texte : Mais serait de lapauvretepoiir f ouf awifre. D'après la remarque du triuuivirat, Voltaire a supprimé ce mot pauvreté. {Note du premier éditeur.)

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